CHAPITRE Y. «4t
des 8^ns differens confondus ensemble. De là il arrive qu'on ne connaît point les syllabes réelles , et que celles qu'on distingue sont presque toutes arbitraires et conventionnelles. Presque toujours les modifications du ton sont confondues avec celles de la durée ou de la voix 5 et presque jamais elles ne sont marquées régulièrement , non plus que celles de la durée. En un mot , nos alphabets , vu leur défectuosité et le mauvais usage que nous en faisons , c'est-à-dire nos vicieuses orthographes , méritent encore à peine le nom d'écriture. Ce ne sont réellement que de maladroites tachieraphies , qui figurent tant bien que mal ce qu^ y a de plus frappant dans le discours , et en laissent la plus grande partie à deviner , quoique souvent elles multiplient les si* gnes sans utilité comme sans motif.
Aussi , l'abbé d'Olivet est-il oblig;é de convenir que , on ne saurait ent^oyer une phrase de cont^ersation a Montpellier ou a Bordeaux , et faire qu'elle r soit prononcée , syllabe pour syllabe , comme a la cour. Ce sont ses propres termes (i).
Sue serait-ce , s'il s'agissait d'envoyer cette même ^ irase dans un autre pays de l'Europe , ou même dans une autre partie au monde? Nous n'avons donc réellement pas une peinture fîdéle de la parole ; nous n'en possédons qu'un croauis informe, où il est difficile et même impossible de la reconnaître.
Si on en veut une preuve plus forte encore que l'aveu du savant académicien , on n'a qu'à ouvrir un de nos dictionnaires. On y verra que trt^ssouvent; après avoir écrit un mot, on nous dit,
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ce mot se prononce de telle manière ; et , pour' iîgurer la laçtSlî'dont il doit être prononce, on le récrit avec d'autres caractères, qui souvent le figurent encore fort mal , au moins pour un étranger. Assure'ment, c'est bien là imiter ce peintre malhabile , qui , après avoir dessiné un animal , est obligé , pour qu'on le reconnaisse , de mettre en bas du tableau ; Ceci est un chei^at. C'est même faire pis encore ^ car du moins, après sa naïve inscription , il n'y a plus lieu à aucune in- , certitude ; au lieu qu'après l'explication du dictionnaire on ne sait encore, dans beaucoup île cas, de quels sons il s'agit. Il est donc démontre que nos écritures actuelles , quoique 'les moins mauvaises de celles auxquelles on est arrivé jusques a présent d'améliorations en améliorations, sont encore très-défectueuses et même très-vicieuses.
Actuellement , oserais-je , après tant d'autres, proposer de corriger notre écriture? Ce ne serait pas le peu de succès de tous les réformateurs qui m'ont précédé qui me découragerait. Ceux même qui nous ont donné, sur ce sujet, les travaux les plus estimables^, à la tête desquels je mettrai M. Domergue, me paraissent cependant s'y être mal pris , en ce qu'ils se sont trop pressés. Ils ont distingué avec sagacité et avec soin les différentes modifications de la voix et de l'articulation ^ mais ils ne sont pas remontés jusques à la première des deux analyses que nous avons faites ici, celle du son lui-même. Ils n'ont pas séparé scrupuleusement les unes des autres les aifiërenfes qualités des sons vocaux. D'où il est arrivé quHls n'ont pu reconnaître nettement les divers sons ou syllabes réelles j qu'ils les ont laissées mêlées et