‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 68 sur 93 · CHAPITRE T. . a · texte numérisé non relu

CHAPITRE T. . a

confondues dcins des syllabes arbitraires, et que la vraie théorie de la représentation de la parole leur ^ encore e'chappé en partie : de sorte que leur manière de figurer le discours , quoique déjà très-bonne , n'en est pas encore une peinture tellement exacte , qu'elle force absolument à le reconnaître. Elle n'a donc pas ce degré de perfection qui subjugue l'assentiment quand on peut y parvenir. . •

Je ne serais pas arrêté non plus par les raisons de ceux qui prétendent qu'il faut conserver une mauvaise manière d'écrire par respect pour l'étymologie : je les renverrais aux raisonneméns de Duclos, qui me paraissent sans réplique j et particulièrement à celui par lequel il leur prouve que l'écriture a toujours dû suivre , et a réellement suivi tant qu'on a pu la prononciation , quok[ue souvent par des moyens très-maladroits, et dans lequel il montre que beaucoup de vices de nos orthographes sont tout-à-fait contraires à l'étymologie , au lieu de la conserver. Mais surtout je citerais comme péremptoire l'aveu de Beauzée , qui , au moment même où il combat ce qu'il appelle les néographes, dit, P^gc 187 : iSi Vorthographe est moins sujette que la voix a subir des changemens de forme , elle déifient , par-la même , dépositaire et témoin de (^ancienne prononciation des mots; et elle facilite la connaissance des étymologies , qui rCest pas sans mérite ni sans utilité ; et il ajoute, page i9'a , à propos du phf auquel il voudrait qu'on substituât toujours Vf: (y est aux étymologistes a puiser des principes dans Vhistoire même de Vorthographe , et non a en entretenir les défauts : les Italiens , qui ont banni U ph de la leur, n'en sont pat moims

à5o GRAMMAIRE.

bons étymoloffistes. Ces deux passages précieux me paraissent décider la question sans retour. Car, d!*unc part , il est trcs-clair que ce n'est pas telle ou telle mauvaise orthographe qui donne les lumières les plus sûres et les plus curieuses sur re'tymologie de certains mots, mais bien Phistoire des changeroens successifs que cette orthographe a e'prouvés^ et de l'autre, il est ëyidcnt que plus l'écriture représentera fidèlement la prononciation , et de manière a ne pou* ■voir s'y tromper, et plus elle suivra de près «tes moindres altérations , plus l'histoire de Torthographe sera instructive , non-seulement sur l'origine des mots, mais sur la manière dont le gé-* oie de chaque langue tend à les modifier par l'usage.

Si ]e ne propose pas de changer notre matière d'écrire , ce n'est donc aucune des raisons dont

I'e viens de parler qui m'en empêche , mais bien a conviction intime que tout projet de ce genre est d'une inutilité absolue , surtout venant d'un homme isolé : en effet, une réforme partielle détruisant une ou deux défectuosités pour efi laisser subsister mille autres , n'a aucun avantage ^ et' une réforme complète est presque impossible, parce que trop d'habitudes y résistent. Pour changer totalement un usage qui tient par tant de points à toutes les institutions sociales , il faudrait un consentement unanime qui ne peut pas même se supposer , et ce serait un véritable bouleversement dans la société. II ne faut donc pas y songer j mais je crois qu'en laissant subsister cet usage, puisqu'on ne peut le détruire , ce serait une chose très-utile que de bien signaler •es vices , leurs causes et leurs conséquences , et

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^ile placer à cM 3e notre ëcritnre telle qu'elle est , un modèle parfait de ce qu'elle devrait être. Peut-être même est-ce là en ge'ne'ral la seule manière de combattre avec succès les erreurs trop re'pandiies.

Or, tout le monde convient que le but et le devoir de l'écriture est de repre'senter les sons du discours le plus fidèlement et le plus exactement possible. C'est ce qui la distingue éminemment des peintures hiéroglyphiques et symbo liques , et ce qui constitite sa proaigieuse utilité. Tous les grammairiens répètent , aepuis Quintilien , que la Jonction clés lettres est de con-server ia parole et de la rendre au lecteur comme un dépôt confie (i). Il est reconnu aussi que pour bien rendre ce dépôt tel qu'il a été reçu , pour représenter ces sons avec exactitude , et de manière à ce qu'on ne puisse s'y méprendre , il faut figurer scrupuleusement chacune de leurs qualités , comme pour bien décrire un corps il faut faire Ténumération précise de toutes ces propriétés; car les êtres quelconques ne sont pour nous que la réunion de leurs effets sur nous , puisque l'existence que nous leur connaissons n'est autre chose que ces effets eux-mêmes , et (^ue celle que nous ne leur connaissons pas n'est nen à notre égard.

Je voudrais donc qu'un corps savant, nomposé d'hommes éclairés et accrédités, refît le travail que nous venons de tenter ; qu'il examinât de nouveau , avec scrupule , toutes les qualité» des sons de notre langue j qU'il déterminât, après

(l) Hte tnim uêVê ttt liltêrvtum , ut cuttoiiùnt roetê , ei relut éep9 tHum redduHtUgentibu . Quinl. fnstir. oral., i. 4>

»Sa GRAMMAIRE.

mûre ilâib^fraiion , le nombre des articulations.

chaque articulation et à chaque voix un caractère dont il réglerait la forme de la manière ju^e la plus avantageuse , sous tous les rapports relatifs à la lecture , à l'e'criture et à l'impression , et qu'il fixât de même les moyens par lesquels on marquerait les tons et les durées de chaque son.

Je voudrais ensuite qu'il fît imprimer plusieurs beaux morceaux de nos meilleurs auteurs, tant en prose qu'en vers, avec cet alphabet qui ne laisserait rien de sous-entendu ^ et comme cela ne pourrait se faire qu'après avoir déterminé avec le plus grand scrupule la valeur précise de chaque son , je voudrais que dans ces modèles d'écritures il y eût des marques qui indiquassent la manière dont les syllabes physiques écrites correspondent aux syllabes conventionnelles.

Par ce moyen , la saine prononciation et la véritable prosodie se trouveraient fixées en même temps avec toute la précision possible.

Enfin , je voudrais que les mêmes, hommes fissent imprimer, par les mêmes procédés et avec le même soin , diflTérens morceaux des langues étrangères les plus disparates entre elles, en créant quelques caractères de plus s'il en était besoin y et en consultant des nationaux instruits , si cela était nécessaire pour être bien sûr de la prononciation et de la prosodie.

Par ce moyen on aurait un alphabet vraiment complet, une orthographe réellement digne de ce nom , qui signifie manière d'écrire vraie et

cBtfiTia: V. j,^

eorfecte , et :nii monument mey<>\<ypiAi<né <{« létal acUjel de i« parole et desi reprë«3tetî^ fidèle. Alors on pourrai t, sans inconrenirat" contlwera JaiMer ch«p,e emture parfical^ré sou» le joug de la routine etdel'uMg™pars«^r^a ne peut nas le, y «.ustrairc. Cette rfcrltrôe uZer" selle, dont bientôt tout homme un peu "nitrait »V»mpre8,er..t d'acquérir l'intelligiTco "S <m.ac<p..ert ee le de» caractères aîgébriqnCT ou chimiques, ou de. alphabets <?trang^r,, S ^n type commun et immuable, dont Sn ripproche- »ait toutes les autre, écriture,. etelleanVait de,

îuplunr*''''"'"'^" "I'" "•'^«* *-l^"" «»

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Voudraitjan s'assurer de, changemens arrivé*

cette prModie?elfe vous en fournirait desmoàu" «en, .rrecusàUe,. puisqu'elle le, aurait toXurs .U.T1S eMCt-nent; etc'ert bien alors que 1? ma! niere «Tecnre aerTirait à l'étymologie

Voudrait-on , comme nous ie diSoiis ci-dessus • prop», de, écrrture, oritentales, fournir àTn papfe un moyen de représenter sa langue ri,rf^° incommode que celui dont U est en t^sW?

au heu do donner notre alphabet, ce qui n^,i Kuere au fait que remplacer un manrai,°ostrumcnt par un autre un peu nioms maftrais on lui offrirait cette repréwntation fidèle de lapa" Mie; on lu» apprendrait à décomposer nsduriu-

rJT»? %'if"?''..!* ° H' "?*«"■ «««•«Pulenfemcnt. Cette méthode étant fondée dans la nature «

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en acquerrait bientôt Fasage/ et bientât'mémer il s^en servirait utilement podr apprendre nos langues.

Bientôt nous-mêmes nous y aurions: recours pour nous rendre compte de toutes les bizarreries de nos orthographes,, pour nous accoutumer plus facilement à notous y soumettre , et pour apprendre à lire plus }iromptement et plus correctement : car Diiclos a eu bien raison de dire c|ue quiconque sait lire, sait le plus difficile de tous les arts. Il est même a remarquer que tous les autres arts s^appremient plus ov moins bien à ton.t âge 9 au lieu que quand* on n'a pas appris à lire avant que la raison soit deFeloppée , ce n'est qU'aT-ec une peine estréme! qu'on y parvient quand le jugement est forme. La raison en est «mple. La mémoire seule peut servir à cette ëtuac ; aucuu raisonnement ne peut y aider. Aa contraire , il faut à tout moment faire le sacrifice de son bon sens, renoncer à toute analogie, a. toute de'duction , pour suivre aveuglément Vtisage établi > qui vous surprend continuelle** meut par son inconséquence, si, malheureasement pour vous, irous avez la puissance et l'habitude de réfléchir.

Or, j'en appelle à tous ceux qui ont un pea médité sur nos facultés intellectuelles : y a-t-îl rien au monde de plus funeste qu'un ordre de choses qui fait que la première et la plus longue étu4^ de.J.'egfance' est incompatible avec l'exercice du jugement ? Et peut-ou calculer le nombre prodigieux dlesprits faux que peut produire une si pernicieuse haliitu^e, qui devance toutes les autres ? Cest cette dernière considération , plus encore qu« l'utilitf dont elle serai t ppur la pœ'sie ,

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