‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 73 sur 93 · CHAPITRE VI. «6Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. «6Î

et cela nous ramène a examiner seulement en quoi consiste la perfection d'une langue, jusques à quel point elle est possible , et .quels sont les moyens d'en approcher.

Ce sujet est vraiment beau ^ mais pour ne pas l'égarer en le traitant, il faut se hâter de le cir-

mvorable à la podsie , à la musique , a l'éloquence, et qu^'elle se prêtât à tous les besoins de l'homme, et encore à tous ses plaisirs; mais en enyisageant de cette manière l'idée de perfection j il ne pourrait ôtre Question q:ue des langues orales , car il n'y a qu'elles qui so]^ent susceptibles de ces ayantages , au lieu que nous , qui ne considérons dans les signes de nos idées que le moyen d'accroître et d'épurer nos connaissances , d'arriver à la vérité et d'éviter l'erjçeur, nous i*egarderions comme parfait un langage de quelque nature qu'il fût ,

Sourvuqu'il atteignit ce but. Ainsii, nous consiérons notre sujet sous un point de vue à la fois Ïdus général et plus restreint. Pour n<^us , une angue serait parfaite , de quelques signes qu'elle fût composée , si elle représentait nos idées d'une manière commode , précise , exacte , et de façon qu'il fût tellement ifnpossible de s'y méprendre , qu'elle portât dans la déduction des idées de tout genre, la mâme certitude qui existe dans celle des idées de quantité. Voilà ce qu'est pour nous la perfection en fait de langues ; voila celle qui serait pour nous d'un prix inestimable.

Cette manière de la définir suffît seule pour montrer qu'elle est impossible a atteindre ; car nous avons TU, chap. 17 de Tldéologie , que i'in-

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certitade de la yalenr des signes de nos idëes est inh<^rente « non pas à la nature des signes , mais à celle de nos racultës intellectuelles, et qa'il est impossible que le méixle signe ait' exactertient la même yalenr pour tous ceux qui l'emploient , et même ponr chacun d'eux dans les différens momens ou il l'emploie (i).

Cette tffiste yërité est cef^ui constitue essentiellement le TÎce radical de Tesprît de l'homme: ce qui le condamne à ne jamais arriver complètement à l'exactitude , excepte dans quelques cas fort simples , ou considérés sous uh rapport parculier, et ce qui fait que presque tous ses raisonnemens sont nécessairement fondés sur des donn ées

éviter de mettre sous chacun oé ces signes , tantôt plus d'idées , tantôt moins , sans s'en apercevoir. 11 est donc impossible qu'aucun de ces si^es ait une signification complètement dcteritimée et fixe , et qu'aucune collection de signes , aucun langage, nous conduise avec pleine assurance dans tous nos raisonnemens. Dans ce genre, et par suite dans tous les autres, nous devons donc renopcer à la perfection : tout ce que nous pouvons , est de voir les causes qui nous en écartent invinciblement; et cela même e'st utile, en nous apprenant à surmonter tous les obstacles qui ne sont pas- insurmontables.

Après tavoir prouvé, i* qu'une langue, fUtcUe parfaite, ne saurait devenir universelle, comme langue savante, qu'après avoir été la

(1) Voyrx Idéologie , chap. 17;

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iattgoe osnelle d^on peuple qui ait ea de «rands eucoèB f et que , par con»é<|ueiit , aucune Tangue Composée exprés à ee dessein, ne peut atteindre «e but ; iP qu il n^est pas a désirer, pour le progrés des lumières , qu^il existe une langue unirerselle purement tarante; 3^ qu'une langue, fût-elle parfaite , ne saurait devenir unirerselle eomme langue usuelle , et que quand , par impossible « elle serait derenue telle » elle cesserait bientôt de Pétre, parce qu'elle ne pourrait éviter de s-altérer de différentes manières par Pusage , comme cela est arrivé au premier des langages qui a été in*^ Tenté ; 4* que ce qui serait rraiment d'un prix inestimable ^ une langue parfaite , ne fàt-*elle pas tmiverâelié , est une ohoee abs(^ument impossible, panse que la difficulté ne tient pas aux sipies , mais à la nature de notre esprit ; après , dis-je , avoir éclairci ces quatre points, il semble qu'il ne reste plus rien a dire sur cette idée d'une langue universelle parfaite , et qu'il n'est pas bien néceftsaire d'examiner en détail les conditions d'un problème qui ne présente que des solutions impossibles eu inutiles.CepcndantyCommece projet a exercé de^iands esprits et de beaux génies, et que de temps en temps on le reproduit , on du moins quelque cbose d'approchant , tantôt sous une forme , tantôt sous une autre , souvent sans bien connaître le véritable état de la question , je ne crois pas hors de propos de dire quelles seraient les qualités que je voudrais trouver dans une langue, et qui me feraient souhaiter de la voir remplacer toutes les autres. 8i l'on pense ' que ce sontefiectirementcelles^lé qui «ont desirâbles , on n'essayera pas de composer des langages qui en soient dépourvQS | et du moins l'on

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ne Terra pius proposer des projets de laoeiies telles que, si elles pouyaient être adoptées, elles nous feraient prompteraent regretter celles an'elleiB auraient remplacées. Peut-être même, au heu de songer à créer de nouYelles langues , on cherchera tout simplement â donner à celles qui existent les propriétés que l'on voudrait trouver dans celle que Ton tenterait en vain de leur sub^ fitituer ; et cela aura des résultats bien plus ayantageux. Voyons donc ce que detrait être une langue , si l^)n s''ayi$ait de la créer tout d'un coup, exprés, et dedesseio prémédité.

D'abord il est évident que ce ne devrait pas être une de ces langues «econdaireç dont noub ayons parlé , qui sont composées de signes abso*lument de convention , dont la signification ne nous est connue que par celle des gestes ou des sons, en un mot , des actions que nouS' employons

Sour la manifester. On ne peut pas penser imméiatementavec ces langues. Elles ne peuvent pas devenir assez profondement habituelles pour se lier intimement à nos idées ^ elles nous ex]x>senty chaque fois que nous nous en seryoos , au danger d'une double traduction. Elles sont • donc bien loin de parvenir a une représentation plus parfaite de nos idées que les langues vulgaires. Elles augmentent les diflicultés au lien de les diminuer^ Ces considérations écartent d'abord tous ces sys-^ tèmes de figures .tracées, que l'on regai-de alternativement corn me des écritures et comme des langues ; et que l'on prend, tantôt pour une écriture universelle , tantôt pour une lang'ie correspondante à toutes les autres , et destinée à les remplacer dana les sciences. Ce ne sont là , en dernière analyse, que des espèces d'hiéroglyphes

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