CHAPITRE VI. l'X
A toutes ces précautions prises en faveur de sa ^ clarté, de son exactitude, et de la facilité de rapprendre et de ne point manquer à ses régies, j'ajouterais encore que l'on ne s'j permettrait jamais plusieurs locutions différentes pour présenter la même idée, ni aucun de ces tours irréguliers qu'on appelle dans nos langues vulgaires , des idiotismes; qu'on en bannirait avec scrupule les hyperboles, les allusions, les demi-réticences, les fausses délicatesses , les tropes , les divers emplois d'un même mot ; que toujours un signe avertirait quand ce mot est pris au sens propre ou au sens figuré ; enfin, que l'on apporterait dans le style le même esprit d'exactitude qui aurait présiaé à la composition des mots et aux lois de la syntaxe. Voilà comme je conçois qu'une langue pourrait approcher de la perfection , dans l'expression et la déduction de nos idées.
Encore une fois , je n'ai pas l'espérance que ce rêve puisse jamais se réaliser. Je ne l'ai décrit avec détail, que pour dégoûter des tentatives mal conçues , que je crois plus propres à écarter du but qu'à en approcher ; pour avoir une occasion de signaler toutes les causes qui contribuent à l'inexactitude de nos langues , et nussi dans l'espérance d'inspirer Je désir de les laisser petit à petit se rapprocher ae ce modèle (i).
On ne manquera pas de dire que la langue qu6
(i) Une orthographe et une langue parfaites feraient pour toutes nos orthographes et nos langues , Je même effet , que Je STstème métrique décimal produit sur toutes les mesures usitées «ans les différens pays , il ne les détruit ni ne les change; mais il leur donne un moyen facile d'évaluation commune , et il leur offre un type excellent, dont elles peuvent toujours tAeher de « rapprocher. .
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je propose serait tratnante , monotone » sans grâce» et peu propre aux mouyemens de Peloquence.
Comment , quand on ne se propose que clarté et vérité, ne pas paraître bien stérile a certaines personnes? Cependant je crois ces objections plus apparentes que réelles.
D'abord, une langue n'est point tratnante quand on y permet toutes les ellipses que Vesprit peut suppléer sans crainte de se tromper. Bn second lieu, elle n'est point monotone , par cela seid ou'elle s'assujettit à la construction directe, b'ailleurs, celle-ci étant composée méthodiquement,
Kut être très-pittoresque et trés-imitative par teureux choix des syllabes composantes, et trèsharmonieuse par l'habile distribution de ces syllabes 'y comme . par la perfection de son écriture, elle pourrait facilement être très accentuée et très-cadencée. Elle ne serait donc pas dénuée de toute grâce. Quant à celles , et il en est , qui tiennent a un certain abus des mots qui les éloigne de leur signification naturelle , il faudrait sans doute y renoncer^ mais j'obserYe que ce sont des prestiges qu'un goût sévère réprouve.
A l'égard des moyens de l'éloquence, tous ceux
3ui ne consistent pas dans la clarté et la justesse e«l'expression,et dans la beauté et la richesse des idées accessoires que cette expression réveille en énonçant l'idée principale, ne me paraissent être
3ue des moyens de déception peu regrettables. >r, ce ne serait certainement pas la langue dont il s'agit qui manquerait de clarté et de justesse ^ et étant toute composée de mots dont la dérivation rappellerait toutes les idées analogues , il mm Iiaraît qu'elle serait supérieure à toute autre par 'abondance et la beauté des images. Je crois
lo^ine que ]a précaution dUndiquer , ptr la composition du mot, le sens propre et le sens figuré ^ donnerait à toutes ces images un degré de vivacité et d'énergie difliciles à prévoir, en avertissant incessamment de la liaison intime des deux idées analogueSyCt en empêchant qu'une expression ilgurée nenons paraisse simple , comme il n'arrive que trop souvent dans nos langues , parce que rien ne ra})pelle en quoi consiste la métaphore ^ ni quelle est son origine.
Au reste, cette discussion m'entratne à parler
'y ajouterai donc plus terminerai même pa8> suivant mon usage, par une conclusion, parce que ce chapitre , consacré' à la création d'une langue parfaite , et bien plus encore à l'amélioration de celles existantes^ n'est vraiment autre chose que le tableau des conséquences qui résultent des principes précédemment établis. Je ne ferai même pas une récapitulation expresse, de ces principes. L'extrait raisonné de tout l'ouvrage , que je joins iei , et qui lui sert de table analytique, en tiendra lieu. Je n'ai donc plus rien à dire sur l'expression de nos idées ; il me reste à parler de leur déduction. Ce sera l'objet de la troisième partie, qui , j'espère , suivra de près celle-ci ; et en pi^ouvant que je ne me suis trompé ni sur le mode de la formation de nos idées , ni sur celui de leur expression, montrera en quoi consiste la certitude de leur déduction , et quelle est la meilleure manière de
conduire son esprit dans la recherche de là TtJrité.
Si je nVchoue pas tout-à>fait dans cette entreprise, j'aurais bien du plaisir à faire ensuite quelques applications de ces yërit^s et des proce'dés qui en émanent, aux objets les plus intëressans pour le bonheur des hommes, et à montrer qu'ils sont susceptibles d'enseignemens didactiques, comme les sciences les plus positives^ mais il faut, pour cela du temps, de la force et de la santé , et surtout plus de talens peut-être que la nature ne m'en a départi. Cependant , je prendrai pour devise cette phrase que j'ai dite quelque part ; Où ne veuUon pas arrwer avec le temps , auand on est aans la route qui mène au but , et qivon ne s*en écarte jamais ? Je suis bien sûr d'être entré dans la bonne voie ; je souhaite que l'on ne trouve pas que je l'aie quittée sans fti'en apercevoir.