DES VALEURS
que je le donne à bas prix. An contraire, si lesaclictears sont nombreux, em presses , riches , je puis vendre trcs-cher ce que je me suis procur<f trùs> facilement (i). C'est donc de difîérentes circonstances, et du balancement de la résistance des ven~ deurset des acheteurs, que d<^pend le prix Tdnal^ mais il n'en est pas moins yrai qu'il est la mesure de la taleurdes choses et de l'utilité du travail qui Ivs produit.
Il y a cependant une autre manière de considérer l'utilité du travail, mais celle-là est moins relative à Tindividu qu'à l'espèce humaine en gcncrnl. Je m'explique par un exemple. Avant Tinjention du métier à bas, un homme ou une femme, en tricotant, pouvait' faire une paire de bas dans un temps donné, çt recevait un salaire proportionné au degi;é d'intérêt que Ton mettait à se procurer je produit de son travail, et à la difficulté de ce travail, comparativement avec tous les autres. Les choses ainsi réglées, on invente le métier à bas; et je suppose qu'au moyen de cette machine, la même personne , aaos pins de peine ni plus d'intelligence , puisse faire précisément .trois fois plus d'ouvrage qu'auparavant et de même qualité ; il n'est pas douteux
(fl) 1.6» QMiMl^it»toJ«veiitU«B-(|oe|»9iir prptpërer, il n'y a pw d'autre moyen que de renilre la marcfaundine agrëuble et d'être à portée de geiu riches. Pourquoi les untions ne }icn- •ent-elles pas de même? EHes ne rivaliseraieul que d'industrie, et ■^imagiueraiçut pus de dén'trer pappauvrissemenl de kors iroisins; elles «eraient bciueiues.
C)4 cwapitre iix.
que d'abord elle sera trois fols plus pa^ée ; car à ceux qui portent des bas , la manière dont ils sont produits est indiffik^ente« Mais bientôt cette machine, et le petit talent de la £iiire mouvoir, se multipliant, puisque Tindustrie de ceux '.qui s'adonnent à ce travail est supposée n'être ni plus pénible, ni plus difficile que Tinduëtrie de ceux qui tricotaient, il est certain qu'ils n'auront pas des salaires plus forts y quoiqu'ils fassent trois fois plus d'ouvrage (i). Leur travail ne sera donc pas plus productif pour eux, mais il le sera plus pour la société prise en masse; car il y aura trois fois plus de personnes chaussées pour la même somme; ou plutôt , à ne, considérer que la laçon des bas, chacun pourra en avoir autant qu'auparavant avec le tien de l'argent qu'il y employait, et par conséquent aura les deux autres tiers de reste pour pourvoir à d'antres besoins. Oh peut en dire autant de celui qui écrasait le blé entre deux pierres, avant l'inventioD des inoulins, par rapport an garçon meunier, qui ne gagne peut-être pas davantage, maiâ qui moud cent fois plus et mieux. C'est là le grand avantage des sociétés civilisées et éclairées; chacun s'y troave mieux pourvu en tout genre.; afvec moins de sacrifices , parce que les travailleurs produisent une plus grande masse d'utilité dans le même temps.
C'est aussi , pour le dire en passant ("ee qui mon-
(i) ^e fais abstraction Jid do prix de' la machina, et d« V'mtiMi qn'il doit ruppurtar.
DES vALïyns.' g5
tre l'erreur de ceux qui , pour juger du plus ou inoins d'aisance des dasses pauvres de la société dans des temps différens , ne font que comparer le prix des journées au prix des grains, et qui, s'ib tronyent que le premier soit moins augn^enté que le second, en concluent que les ouvriers sont plus malheureux qu'ils n'étaient. Cela n'est pas exact et n'est vraisemblablement pas vrai ; car, premièrement, on ne mange pas le grain en nature, et il se peut qu'il soit augmenté de prix sans que le pain le soit, si on moud et si on cuit plus économiquemen^ De plus , 'quoique le pain soit la principale dépense du pauvre, il a encore d'autres besoins. Si le* arts ont fait des progrès, il peut être mieux logé, mieux vêtu , mieux abreuvé pour le même prix. Si la société est mieux ordonnée , il peut trouver plus fs^uliêrement à employer son travail et être plus sur (le n'être point troublé dans la possession de cequ'il gagne; enfin, il se peut três^bien que pour la même somme il jouisse davantage, ou du moins qif'il souffre moins. Les élémens de ce calcul sont si «ombreux, qu'il est très-difficile et peut-être impossible de le faire directement. Nous verrons dans k^ suite d'autres Qioyens de décider cette question ; vbàs à cette heure elle nous éloigne de l'objet qui, nous occupe. Revenons»
. Nous avons vu que la seule et imique source de toutes nos jouissances , de toutes nos richesses, c'est, l'emploi de nos. forces, notre travail , notre indus-* trie ;qne la vraie production de cette industrie^-c'est l'utilité; que la uesore de cette utilité est le sa->
/t)6 CHAPITRE IV.
laire qu'elle obtient ; et en outre, que la quantité de cette utilité produite est cë qui compose la somme de nos moyens d'existence et de jouissanoe. Maintenant examinons les deux grandes branches de cette industrie , le changement de forme et le changement de lieu , la fabrication et le transport, ou ce que l'on appelle ViTidastrieJubricanteetVin' dustrie commerçante,
tmr--i[ij nrrTinnr~ri-> — ————~—*—^-^^—«.—««^——^— —»—*«■ ■— é.-
Du changement déforme, ou de Vlndustfde fabricante, y compris l'Agriculture,
Puisque la société tout entière n'est qu'une suite continuelle d'échanges, nous sommes tons plus ou moins commerçans. De même , puisque le résultat de tous nos trayaux n'est jamais qu'une production d'utilité, et puisque le dernier etiet de toutes nos fabriques est toujours de produire de l'utilité, nous sommes tous producteurs ou fabricans; car il n'y a personne assea malheureux pour ne jainais rien £iire d'utile ; 'mais par l'effet dés combinaisons sociales , et par la séparation des différens genres d'occupations qui en est la suite» chacun se voue à une espèce xi'industrie particulière. Celle qui a pour objet ^ fai^onner et de inodifier tous les êtres qui nou^ entourent y pour les convertir à notre uaage, nous l'appelom spéciale-
DE Ii'jNDU.iTRIE F^BniCANTK. C)^,
m€Xk% indusirie manufaeturiêre <m fahricante ; et par les raisons que nous avons dites, nous comprenons dans celle-là celle qui consiste à extraire les matières premières des ëléméns qui les recèlent ^ c'est-à-dire celle que Ton appelle Vindustrie agri" oole, Exabsinons quels sont les procédés et la manière d'agir de l'industrie fabricante en général.
M. Say a très-bien remarqué que dans toute industrie quelconque il y a trois choses distinctes : premièrement , connaître les propriétés des êtres que Ton peut employer, et les lois de la nature* qui les régissent; secondement, entreprendre de ,tirt:r ^rti de 'cette connaissance pour produire uïi effet utile ; troisièmement, exécuter le trayail nécessaire pour atteindre ce but; e'est-à'dire que dans tout il y a, comme il le dît, théorie, application eterxéculion.
Avant l'existence de la çociété, o\\ pendant 'sonenfance, tout homme est fabricant pour lui-même de tout ce dont il a besoin , et dans chaque espèce de fabrication il est obligé de templir tout seul les trois fonctions dont nous venons de parler ; mais dans la société plus avancée, par Tefièt derhenreuse. possibilité des échanges , non-seulement chacun se voue exclusivement à Tindustrie particulière pour laquelle il a le pins d'avantages , mais encore dans chaque genre d'industrie , les trois fonctions dont il s'agit se séparent. La théorie cist le fait du savant i fappHcation, celui deFentrepTeneur;etFexéctttion> eelui de l'oayrier.
q8 CHIPITRB IV.
Cet trab etpèees de traTaîlleun doivent trou^ ver un profit oans la peine qu'ils se donnent. Car nn hoDune naît nu et dénué ; il ne peut amasser qu'après avoir gagné; et avant d'a^r amasse, il n'a pour subsister que ses facultés physiques et mondes. Si l'usage qu'il en fait ne lui produit neuf il faut qu'il trouve à en faire un autre emploi , ou qu'il s'éteigne. Il faut donc que chacun des travail' leurs dont nous parlons trouve un salaire dans les profits résultans de la fabrication à laquelle ils coopèrent.
Mais tous <xit besoin plus ou moins d'avances avant de commencer à recevoir ce salaire $ 4k ce n'est pas en un instant et sans préparation que leur service devient assez fructueux pour mériter récompense.
Le savant, ou celui que dans ce moment nous considérons comme tel , avant d'avoir découvert ou appris des vérités immédiatement utiles et applicables, a eu besoin de longues études; il a dû faire des recherches, des expériences; il lui a fallu des livres , des machines ; en un mot , il a été obligé de £sîre des frais et des dépenses avant d'en tirer aucun avantage.
L'entrepreneur n'éprouve pas moins la nécessité de quelques connaissances préliminaires et d'une éducation préparatoire plus ou moins ^étendue. De plus, avant de commencer à fabriquer, il faut qu'il se procure un local, un établissement, des magasins, des machines, des matières premières» et encore des
DB l'industrie FjIBIIICANTE. 99
moyens poor payer les ouTrîen iusqu'ati tnomenl des premières rentrées : ce sont là d'énomict aTBiices.
Enfin , le pauyre ouTrier lai -mtee n'a pas sans doute de grands fonds^ pourtant il n'y a guère de métier où il ne soit obligé d'avoir en propre quelques outils, n a toujours ses habits et son petit mobilier. Quant il n'aurait fait que vivre jusqu'au moment où son travail va commencer à valoir sa rab6is^nce la plus stricte, il faut toujours que oe •oit le fruit de quelque travail antérieur, c'est-àdire quelques richesses déjà accfbiscs, qui y aient pourvu. Queoe soit l'économie de ses parens, quelque établissement public^ou même le produit de Taumône qui en ait fait les frais, ce sont toujours' des avances qui ont été faites pour lui , si ce n'est pas par lui ; et elles n'auraient pu avoir lieu si tout le monde avant lui avait vécu au jour le jour , exactement comme les animaux , et n'avait eu absolument rim de reste du produit de son travail, •
Maintenant^ qu'est-ce donc que toutes ces avan^ ees grandes ou petites? C'est ce que l'on appelle ordinairement des capitaux, et que moi, je nomme tout simplement des économies. C'est l'excédant de la production de tous ceux qui nous ont précédés sur leur consommation ; car si l'une avait toujours été exactement égale à l'autre, il ne serait rien resté» pas même de qnoi élever des enfans. Nous n'avons hérité de nos devanciers que dé cet excédant ; et t'est œt excédant long-temps accumule dans tout
lOO CH.4PITRÏ? rv,
les genres, et qui va toujours croUsant clans une progression acoéiérce, qui fait toute la difiTcrfocc entre une natiou civilisée et une horde sauvage , «Ufiereuoe dont nous avons esquissé le tableau cidessus.
Les écrivains économistes sont entrés dans beauooiip de détails sur la nature et Tcmploi d^s capi- .taux.. Ils en ont reconnu de bien des genres difierens. Us ont distingué des capitaux productifs et des capitaux, impi-uductifs, des capitaux fixcsi» d'autres circutans, de mobiliei*», d'immobiliers, de permancns, de destrvctibles. Je ne vois pas une grande utilité à toutes ces si|bdivisions. Les uues sont tjnîscontestables, les autres m^ fondent sur des circons- ■ tances tix's-variables,. d'autres enfin sont tout-a-fait superflues. Il me semble suflisaoty pour l'objet que nous nous proposons, de remarquer que des écono» mies antérieures sont nécessaires au commencement de toute entreprise industrielle, même p^u étendue: et c'est pour cela que dans tout |»ays, les premiers progrés de l'industrie sont d'abonisi lents; car c'est dans \^ commencemens surtout que les économies sont difficiles. Comment n'avoir pas de peine à £iire des accumulations quelconques, quand personiie n'a presque rien au delà du strict nécessaire ?
Cependant petit à petit, à l'aide du temps et de quelques circonstanees heureuses, il se forme de ces capitaux. Ils ne sont pas tous du même gemne, ils ne sont pas tous égaux, et c'est ce qui donne naissance aux trois tlassesde travailleurs qui ooopè» rent àt toute fabrication , ehacuti s élevant à celle à
DE L INDV$T]\|E FABRICANTS. 101
la<fii^io il a pu parvenir, ou «e calant dans celk qu'il n'a pas pu dc^pjtsser. U est aisé d'apercevoir . que voilà la source d'une grande diversité dans les salaires. Le savant , celui qui peut éclairer les ira-» vaux de la fabrication et les rendre moins dispendieux et plus fructueux, sera nécessairement recherché et bien payé. Il est vrai que pi ses connaissances ne sont pas d'une utilité immédiate, ou sr,( étant utiles, elles commencent à se répandre et i( devenir communes , il court risque de se voir négligé ou même sana emploi j mai& ci^ , tant qu'oi^ aiura besoin de lut y ses salaires seronit forts.
Le pauvre ouvrier qui n'a que ses bras à offris B'a pas cette espérance ; il sera toujours réduit an moindre prix, qui pourra s'éliever un peu si Ton demande beaucoup plus de travail qu'on n'en oETrOi^ mais qui tombera, même au^essous du nécessaire a'il se présente plus de travailleurs qu'on n'en peut «mployer. C'est dans ce cas4à qu'ils a'iîteignent, par l'effet de leur détresse.
Ces deus; espèces de coopérateur&à la fabrication, le savant et l'ouvrier, seront, toujours à la solde de l'entrepreneur. Ainsi le veut la nature des choses j^ car il ne suffit pas de savoir servir une entreprise ^e sa tête ou de ses braa, il faut avant tout qu'il y ait une entreprise^ et celui qui la fait est nécessairement celui qui choisit , emploie et salarie ceux qui y coopèrent. Or, qui estn^e qui peut la faire ? C'est l'homme qui a déjà des fonds avec lesquels il l^iu iaâxfi les premiers Irais d'étabUssement ci d'qik^
103 CBAnTAB IV.
proffisloBiienieiit, et payer des aâlaiies Joaqa'au ment des premières rentrt'es.
Pour celui-là , quelle sera la mesure de aa récoa^ pense? Ce sera uniquement la quantité d'utilité « qu'il aura produite et fait produire; il ne saurait y en avoir d'autre. Si , ayant acheté pour cent fnmcs de choses quelconques; et si, ayant dépensé œnt autres francs à les changer de forme, il arrive que ce qui sort de sa fabrique paraisse avoir assez d'uti-» lité pour que Ton veuille bien lui donner quatre cents francs pour se le procurer, il a gagné deux cents francs; si on ne lui en offre que deux cents francs , il a perdu son temps et sa peine ; si on ne lui en <^re que cent , il a de plus perdu la moitié de aea fonds. Toutes ces chances sont possibles ; il est aoamis à cette incertitude, laquelle ne saurait atteindre le salarié, qui reçoit toujours le .prix convenu, quelque chose qui arrive.
On dit communément que les bénéfices de l'en-t trrpreneur, mal à propos appelés salaires, puisque personne ne lui a rien promis, doivent représenter le prix de son travail, les intérêts de ses fonds et le dédommagement des risques qu'il a courus, que cela est nécessaire, et qu'il est fuste que cela aoît ainsi. Paccorde, si l'on veift, que cela est juste, quoique le mot ^'i»/e soit ici mal appliqué, puisque, personne n'ayant contracté vis-à-vis de cet entrepreneur l'obligation de lui fournir ces bénéfices, il n*y a point d'in)ustioe commise s'ils lui manquent. 7f conviens, en outre, que cela est népessaira poi»
DE L*1VDU8TR1B tril&nrClNTE. ipî
qu'il continne son eiitre(>rS«e et ne A» dëf^èàte pa» de sa profession; maïs ye dis (|ue ee ne sont pas dtt tout ces calcols qai sont cause de ses bons ou maii<yaîs succès ; ils dépendent uniquement de la quantité d'utilité qu'il a su' produire, du besoin qa9 Von a de se la procurer^ et enfin des moyens que ]'<»i a de la lui payer ; car pour qu'une chose soit' demandée, il faut qu'elle soit désirée, et pour l'acheter, il ne suffit pas d'avoir le désir de la po^ * séder, il fant encore en avoir une autre à céder en retour.
Dans ce simple exposé, vous trouves dléjà tout le mécanisme et les ressorts secrets de cette partie . de la production qui consiste dans la fabrication. Vous y découvrez même le germe des intérêts oppo* ses qui s'établissent entre l'entrepreneur et les sal»« ries, d'une part, et l'entrepreneur et les consom-* mateors, de l'autre 3 parmi les salariés entre eux > parmi les entrepreneurs du même genre, parmi même les entrepreneurs de différens genres , puisque c'est entre eux tous que se partagent plus oumoins inégalement les moyens de la masse des c(»isommateurs, et enfin parmi les consommateurs euxmêmes , puisque c'est aussi entre eux tous que se partage la jouissanœ de toute l'utilité produite. Vous y apercevez que les salariéil désirent qu'il y ait peu de salariés et beaucoup d'entrepreneurs ; et les entrepreneurs, qu'il y ait peu d'entrepreneurs» surtout dja même genre qu'eux, mais beaucoup de< sidariéset aussi beaucoup de consommateurs; et que les conwonnateurs yculent au contraire be«Bcou|i
lo4 CSàPITIUS. IV.
^^tmpremvm é^àe^ttimnéB, et s'il te peut, yen de consouunateiiK»; car cbâcmi craiot la ooncurvcDoedan» ton gente, «fc^Toudrait étre<seul pour être mattrewSi tobs suiTezplus loin la cofoplicatkm de ces ÎBtéféts divers daa^ les progrès de I4 fociÀé, et le jeu des passiooa qu'ils fentnaitre, vous verrez Uîent^ tons ces hommes implQrer l'appui de la force eu laveur de ridde dont ils, sont préocqup^s; ou du «laoias, sous diffiérensiprétextes , provoquer des règleiiiena prohibitifs , pour gèver ceux qui leur nuisent dans cette lutte universelle.
* S'il y â une classe qui nie suive pas cette diree- .tion, ce sera oelie des. consommateurs, parce que tout le monde étant consommateur, tous ne peuvent pa» se réunir pour former une cotterie et demander des exceptions; car c'est la loi générale, ou plutôt la liberté, qui est leur sauve-garde. Ainsi c'est précisément parce que leur intérêt est rintérèt universel , qu'il n'a point de représentans spéciaux et de solliciteurs acharnés. Il arrive mtoe que des iHusions4es divisent, leur font perdre de vue l'objet principal , et qu'ils soHicttait partiellement et en divers sens, contre leur intérêt réel; car il faut beaucoup de lumières pour le connaître, puisqu'il est général j et de justice pour le rcfpecter» puisqte tout le monde veut des préférences. Tous ceux, au contraire, qui ont un intérêt particulier prédominant, sont réuni» par lui, forment «corporation, ont des fgens actift, ne manquent jamais de^rétexles pour exi|^ qu'on le fasse prévaloir, et en ont bien dea mo|eB8, s'ils sont riches, ou s'ils sont rcdoul^K
DE L'iWDUSTkrE ÉABT.ICANTE. Ïd5
bles, comme le sont les pAav4*e»'clariè les ÛSmpêéc troubles y c'est-à~iHre quand on lenr révèle le teci^t de leur force et qu'on les excite à «n abuser.
Dans ce moment il n'est pas nécessaire de suît^ si loin les conséquences des faits qcie ndù» avons établis. Observons seulement que les travaux ' lés plus nécessaires sont les plus généralement detnaildés et les plus constamment employés; mais àusài qii'n est dans la nature dés choses ^qu'ils soient tcn-jours les plus niarl payés: cela iie peut' être autl^^ ment. En eSct ,' les choses nécessaires à tous tes bommrs sont d'un usage nhfrei^ «t continuel; maïs pac cela même , beaucoup d'hommes s'occupent constamment de leur fabricaticta ; et on a dû parvenir bientôt à les produire, par de» procédés très-connus et qui n'exigent qu'une inteUigeiiOè commune. Ainid elles ont'dà devenir à auan boi marché qu'il soit possible. lyaiileor» il est'indispeâr sable qu'elles ne soient pas «hères; car la presque totalité de leur consommation est toujoors &ite par des gens qui ont peu de toùyenif attendu que les pauvres sont partout- le trèfr^rand nombre , et que partout ils sont aussi les plus grands consonuùateurs des choses nécessaires^ lésqœls même compo» sent presqtfe tonte leur- dépense. Si donc elles n'étaient pas à bas prix, èllés cessenfient d'être consomméJH et le pauvre ne pourrait subsister. C'est sur le plus bas prix auquel eUes peuvent par^ venir, que se rè^e le plus brâ prix des sabines; et les ouvriers qni travfftilcut à leur &brieaUoii sont
nàKiwîfftiMiml comprit danioette dernière claMe des plus iaibles lalariés.
Eemarquez enoore qu'il n'y a rien dans tout ce que nous venons de dire de l'industrie manuÊicta- .riére, qui ne convienne à Tagnculture comme à tous les autres genres de fabrication, U y a de même, dans Tagriculture, théorie, application et exécution y et on y retrouve les trois espèces de travailleurs relatifs à ces trois objets. Mais ce qui a'af^lique âniiMnunent à Fagricultui^y c'est la vérité générale que nous avons établie, que les travaux les plus nécessaires sont par cela même néceasairemeaC les plus mal payés. En effet , le plus importaat et le |dus considéraÛe des produits de ragricolture, ce ÊOD.% les plantes céréales nécessaires à notre nourriture. Or, je demande à quel prix reviendrait le^é m tous ceux qui sont employés à sa production étaient payés aussi chèrement que ceux qui travaillent pour les arts de luxe les plus rechercha ? Certainement les pauvres ouvriers de tous les mé>tiers communs n'y pourraient atteindre ^ il faudi«it qu'ils mourussent absolument de faim^ ou que le prix de leur salaire montât au niveau de celui des ouvriers de l'agriculture. Mais alors celui des autres monterait de même à proportion > pui/squ'ils soDt plus rechehîhés : ainsi les premiers n'en seraient pas plus avancés; ils seraient toujoi^^au taux le plus bu possible. TeUe est la loi de la nécessité.
Ce qui est vrai des ouvriers employés à l'agricaltune, comparativement aux antres ouvrier^, es| vrai de» entsepreneurs deoalture, relativement ma^
DE l'iNDUSITAIE fabricants/ Ift^
aotMS entrepreneurs. Leurs procédé» sont trètf-* eonnusj il ne faut qu'une intelligence médiocre pour les employer. Résultats d'une kmgne. expérience, pendant la durée de laquelle il a été fiiit beaucoup d'essais et plus qu'on ne croit commune'» ment, ils sont en général assez bien adaptés aux localités; et il y a peu de moyens de les améliorer assez pour augmenter sensiblement les bénéfices ^ quoi qu'en disent de temps en temps quelques spé« culatenrs téméraires , qui ne manquent guère de se miner. De là il arrl-vé qu'à moins de circonstances extraordinaires (i), les profits des entrepreneurs de cidture sont très~£silbles en proportion de leurs fonds, de leurs risques et de leurs peines* De plus^ ces procédés très-connus et très-simples sont pour-» tant trés^-embarrassans dans la pratique ) ils deman* dent beaucoup de soins et de temps,. en sorte que dans cet état un homme ne peut jamais sufiire à employer de grands fonds. H ne^pourrait pas» par exemple, diriger à la fois cinq à six fiermes» quand
(!) Une de ces drconstatices les plus extraordinaires est, sans contredit t la décoaverte des avantages de Véducatiqn des montons d^Espagne an tien de ceux du pays. C'est la gloire immortelle de M. d^Aubenton , et le fruit de trente ans dé périëT^rancé* Eh bled, qn'anrire-t-il depuis que cela est constaté? Avant même que le cultivateur se soit procuré de ces animanx , et quUl sache bien la manièlre d'en tirer un parti avantageux , il donne déjà un fermage plus fort des terres snr lesquelles il espère potatoir en élever; c^ett-ft-dir« qii*im6 partie du profit lui est enlevée d^avance , et qu*oa Hf mmqiMrs pu de lot wracher le reste an prochain bail.
même il aurait cinq oa six fois trente ou quanote mille francs pour 1rs monter; et cependant ce n'est encore là qu'une somme assez mojJique , en comparaison de ceitaina commerces. Ainsi cet homme qui ne peut pas faire de gros bënéfices, à proportion de ses fonds , est en même temps réduit à ne pouvoir faire travailler des fonds considérables. Il est donc impossible qu'il fasse jamais une vraie fortune. Yoilà pourquoi il y a et il y aura.tou)OQrs assea peu de capitanx employés à la culture» en comparaison de ceux qui existent dans la socieCd Prouvons cette vérité par des faits ; ils nous montreront en même temps pourquoi les exploitaticnt agricoles prennent souvent différentes formes^ qui n'ont mi'qui ne paraissent point aVbir d'analogues dans les autres arts. C'est une chose intéressante , que je n'ai encore vue bien expliquée dans aucun de nos livres d'agronomie ou d'économie.
Vous ne voyes jamais , ou du moins fort rarement, un homme i^aqt des fonds, de l'activité et de l'envie d'augmenter sa fortune , employer son argent à acheter une élendire de terre pour se mettre à la cultiver et en faire son état toute sa vie. S'il l'achète, c'est pour la revendre, ou pour y trouver dqs ressources nécessaires à quelque autre entreprise , ou pour y prélever une coupe de boig ou pour quelque autre spéculation plus ou moins passagère; en un mot, c'est une affaire de commerce et non pas d'agriculture. Au contraire, vous voyez souvent un homme ayant un bon fonds de terre , le vendre pour en en^ployer le prix à fatie quelque
BE L INDUSTRIE FABaiCANT8.v ÏOC)
etktveprtse , ou à' se procuner quelque ^tat lucratif : e'est qu'effectivement la culture n'est pas le chemin de la fortt^e.
▲u$fii puisque ti^us les gens riches qui achètent dea terres^ s'ils sont dans (es affaires, c'est parce qu'ils ont plus de fonds qu'ils n'en peuvent employer daaa leurs spéculations, ou parce qu'Us veulent en BieCtre une partie à l'abri des evénemensj s'ils rem-' plissent des fonctions piiUiques ou s'ils ne font rien que. jouir de leur aisance /c'est pour plactr leurs fimds d'une manière solide et agréable. Mais ni les uns ni les autres ne se proposent de faire valoir euxmêmes les terres qu'ils achètent ; soit plai:$irs , soit affaires, ib ont touioumdes choses qui les intére;»^ sent davantage. Ils espèrent bien n'y penser jamais que pour les louer à des entrepreneurs de cullurc, comme ih loueraient (i) l'argent qui a servi à les acheter^ et en toucheraient Tintérét . sans s'enibar-
(i) On xeni tfto.iné de iii^«uteiidre dire LOCKR de l^ar;;cnt comme on dit louer des terres ua uite maisMi. 1kli.ts moi . fa rattpku jiMtémënt sar|sris*que qu«ukdoa «Ut prêter de rur-> gent , on ne diie pas prêter des terres , car c'est la même chose* Le vrai est qa^on ne devrait dire prêter que dans le cas do prêf gratuit.
Qnalkd on n nof propriété qwelconqne , il n'y a que six manières d'en user : la conserver ou la détruire, la donner ou !• veudre , U prêter ou la louer. On ne détruit pas prdcisëment les terres; mais on lès garde, on les donne , ou les vend , on les prête , on les loue comme toute autre chose. Il y a la mêoie âiffét*enre entM prêter et louer qu'entre donner «t xefttU-e.
raasersi son emploi a porte perte on profil à reotrepreneur qui le fait travailler.
11 est peut-être heureux que les gens riches arfaètcnt ainsi des terres pour les louer; car Tagncnlture étant une profession pénible et peu fructueuse, les gens qûî s'y vouent ont en général peu de moyens , comme nous venons de Fobserver. S'iU' étaient c^gés de commencer par acheter le terrain qu'il» veulent travailler , tous leurs fonds seraient absorbés f il ne leur en resterait plus pour les autres avances nécessaires à la culture, et encore ils ne pourraient faire que de bien petites entreprises. 11 lear est donc pins commode de trouver de» terres à louer que d'être forcés de lesacl^ppr; mais cela ne leur ett plus commode qUe comme il est commode aux au^ très entrepreneurs et à eux-mêmes de trouver de l'argent à emprunter , quand ils en ont besoin pour donner plus ^'étendue à leurs entreprises ; ,et cela * ne leur est avantageux que sous les mêmes restrictions, c'est-à-dire que cela resserre leurs profits et rend leur existence plus précaire j car il est bi^ connu qu'un négociant qui ne fa.it pas au moins la plus grande partie de ses affaires sur ses propres fonds est dan5 une situation bien dangereuse et fa rarement un grand succès. Cependant tçUe est la position même de ce que noua appelons les gros fermiers.
En un mot , les propriétaires qui afferment sont
des prêteurs , et rien de plus. Il est bien singulier
qu'en ait presque toujours confondu et identifié
leur inlécét avef celui de l'agriculture, au^iel il
est aîiati litnmger qqe l'est celui des préteurs d'argent à toutes les entreprises que fout oeux à qui ils prêtent. On ne peut assez s'ëtonner de.yoir qùa presque tous les hommes , et particulièrement les agronomes, ne parlent des .grands propriétaires de terre qu'aycc un amour et un respect- vraiment superstitieux ; qu'ils les regardent comme lescplonnes de l'Etat, l'âme de la société (i), les pères. nourri-r cier» de l'agriculture, tandis que le pins souyent ils prodiguent l'horreur et le mépris aux préteurs d'arges^t, qui font exacten^t le même serrice qu'eux (a). Un gros bénéficier qui yient de Ipuer sa ferme exorbitamment cher se croit un homme trèshabile, et, qui plus est, très-utile ; il n*a pas le moindre doute sur sa scrupuleuse probité , et il ne s'aperçoit pas qu'il est exactement la même chose que l'usurier le plus âpre qu'il condamne sans hé^ sitation et sans pitié. Peut-être même son fermier; qu'il ndne, ne voit pas cette parfaite similitude, timt les hommes sont dupes des mots. Il est vrar que tant qu'ils le sont, ils entendent mal les choses ; et réciproquement, tant qu'ib entendent mal
(i) Si c^est en les comid|rânt comme des hommes en général éclairés et indépenda]is , cela est très-juste; mais si c'est' en leur qualité de propriétaires de terres i cela est absurde .
{%) Les prêteurs de terre ont mâme uu grand avantage su» Ites lUitres : c^est que quand ils ont trouvé moyen d'obtenir nue rente plus forte , ils ont per cela même augmenté leur capital; car en général on vend les terres d'après le prix des baux. Gels «^acHr* p« atu prMéfirt d'argent.
kf dxMt doDl iU |»rle»i> Us ne comprenDcnt qu'imparfritement les iil«ls doot ils se aervenU Je SK p«M m'empédMr de rcTenir souTent far ce fait ; car c'est lin çiuad sno(»y<$nient pour raiscmner iusbe, ce à quoi il £eiiH^ poùrtattt tacher d'arriver en tovtenaiiière.
Quoi qv^il en soit, beaucosip dé terres ëtaol entre les maiiis des riches , il y a beaueoap «le terres àlouer; et, comme nous l'avons dit., c'est ce qui lait qn'H peut y avoir <ia très-grand nombre d'entieprises d'agriculture, quoiqu'il n'y ait pas une massa de fonds proportionnëe entre les mains des gens qui se consacrent à cet état. A la longue ces terres à louer s'arrangent et se distribuent de la manière la plus favorable aux convenances de ceux qui se dcttinent aies exploiter. I>e Jà naissent sur les grandes propriété différentes espèees d'exploilations rurales « qui ne soiit pas des effets do caprice ou du hasard^ comme on le croit quand on n'y a pas réfléchi, mais qui ont leurs oauseï dans la nataire des choses,. eoouaa nous allons le toîr.
Dans les pays fertiles , la fécondité de la terre ne tourne pas directement an profit de celui qui la cultive; car le propriétaire ne manque pas d'en exiger un loyer d'autant plul fort qu^Il la sait plus productive. Mais cette terre rendant beaucoup , la quantité qu'un homme en peut esiploiter fournit une masse de productions considérable. Or, comme, toutes choses égales d'ailleurs, les bénéfices de tout entrepreneur sont toujours proportionnels à l'é-
DE l'iNDVSTRIE FÀBRICANTE. I I 'ï
tén<!iie âe sa fabrication, ici les bénéûocs 'peuvent être assez forts pour attifer l'attention d'bommes asrant un certain degré d'aisance et de capacité. Ce n'est pas, encore une fois, b fécondité de la terre qui tes a enrichis et éclairés; mais c'est cette fécondité qui les attire et les empêche de porter leur$ moyens dans d'autres spéculations. Ces hommes veulent tirer parti de tous leurs moyens ; ils ne s'accommoderaient pas d'une mince exploitation qui laisserait inutile une parlîe de leurs fonds et cle leur activité personnelle, et ne leur permettrait que de trop faibles profits. Pour leur convenance^ les grandes propriétés se distribuent donc en gros mâs de terre dont la mesure commune est environ de trois cents à cinq cents arpens, avec une bonne habitation à portée. Us ne demandent pas autre chose. Ils apportent là harnois^ attelages, bestiaux , provisions suffisantes pour attendre. Us ne craignent point d'être long-temps sans recevoir pour recevoir ensuite davantage. Us font des essais, ils découvrent quelquefois quelques nouveaux moyens de produc-» lions ou «le débit. En un mot, ils fabriquent et commercent, et tiennent leur rang parmi les enti-eprenears d'industrie. Ce sont là nos grosses fermas et notre grande cw/zure. Malgré ces beaux noms , nn« gposse ferme est .encore sans doute une assez petite manufacture ; mais si elle est à peu près le minimum de l'industrie fabricante en général , elle est le maximum de l'industrie agricole en particulier.
Çf^and Ip ^lest mpins fertile, cette ipdpsifip
1 14 chapithk it.
D0 peut pM «'élever jusqu'à ce pohit. Mettes dani une ferme le même nombre d'arpens , les productions sont insuffisantes; mettez-y-eu le double » un homme ne peut plus snfUre à les exploiter par luimême (i). D'ailleurs, les frais et les risques augmentent dans une plus grande proportion; Tentreprise n'en vaut plus la peine. Vous ne pouvez donc pas trouver la même espèce d'hommes pour s'en charger; et s'il y a des capitaux un peu forts et de l'intelligence dans le pays , ces moyens se portent ailleurs. Qu'arrive-t-il? Ces terres, qui d<Sjà reniât moins, les propriétaires les partagent encore par plus petites portions , pour les mettre à portée de plus de gens , de gens qui ont peu de moyens , et qui souvent même ne font pas de ces locations leur seule oc(;(ipation. C'est dans ces pstys que vous voyez fréquemment de petites fermes, ou de simples maisons avec très-peu de territoire, ou même des mâs de terre sans aucun bâtiment d'exploitation. Cependant ces emplacemens se louent ; ceux qui les prennent y amènent même les instrumens et les animaux indispensables ; enfin ils en tirent parti par leurs propres forces ; mais il ne faut pas s'attendre qu'ils y déploient les mêmes moyens phy^ siques et moraux que les gros fermiers dont nous
( i ) S'il les prenait , ce «erait pour les sons-Iouer et lof détatUcr. Alors il serait un ôtre parasite , un spéculiiteur, et non un caHÏTatciu'. Ost ce que sont les fermiers généraux de«, grandes terres dam Ici p«y« de méUirici : leur obi«t est ie
SB l'jKDUSTRIS PjMBRfCAKTE. Il5
de parier. Ce lont en général de petits pro* p&détaires ruraux qui se trouvent dans le pays, qui loigncnt ces exploitations à leurs occupations antérieures ^ et qui se contentent que le tout ensemble leur fournisse les moyens de vivre et d'ëlfver leur famille , sans prétendre à augmenter beaucoup leur aisance, et sans en avoir la possibilité, k moins de hasards extraordinaires. C'est là ce que bien des ^ri vains appellent déjà la petite culture , Tpar opposition à celle dont nous venons de parler. Cepen- . dant nous allons voir qu'il y a encore plusieurs cultures plus petites, ou, si Ton veut, plus mis,é> râbles que celles-là. Observez toutefois , que cette espèce de petite culture, et même cçlle à bras, dont nous parlerons bientôt , rend ordinairement aux propriétaires de plus forts loyers que la grande , à proportion de l'étendue et de la qualitd des terres , par l'effet de la concurrence de ceux qui se présentent en gt'and nombre pour les exploiter , parce qu'ils n'ont pas d'autre industrie à leur portée; mais c'est précisément cette cberté des loyers qui fixç irrévocablement ces cultivateurs dans l'état de pénurie qui rend leur culture si médiocre.
Quand le sot est encore plus ingrat', ou quand , pnr l'effet de différentes circonstances, les petits propriétaires ruraux sont rares,, les grands propriétaires de terre n'ont pas cette ressource de former de petites formes. Elles ne vaudraient pas Kipeine d'être exploitées, et il n'y aurait personne foor U$ leur demander. Ils prevuieiii donc un autre»
||6 eHAriTAE IV.
|Murti ; ib fiorment ceiqu€i*ôB tj)feUe «omiBWiéBiaU de» domaine» ou det mikùnûs, et ils y attacbent (réqueniDCiil autant et plus de terres qu'il n'j en a dans les grandes Hennés , surtout si l'on ne dédaigne py âto mettra en ligne de compte les terres vagues, qui ordinairement ne sont pas rares daos ces pa^fs, et.qui ne sont pas lout-4>fait sans utilité, puisqu'on s'en seii; pour le pacage , ou même pour y £iire de temps en temps quelques emblayures , afin de laisser reposer les champs plus habituelle^ ment cultÎTcîs. Ces métairies sont, comme ros Toit, pissez grandes pour retendue et très-petites pour le produit, c'est-à»-dire qu'il y a beaucoup de peine jk y prendre et peu de profit à y faire : aussi nt trouve -t^on pas d'hommes, ayant des fonds, qui veuillent venir les occuper et y amener des domestiques, un mobilier, des attelages et des trouptau^. On ne fait point tant de frais pour ne rien gagner. Cest tout au plus si ces métairies en vaudraient U peine , quand ou les abandonnerait pour rien , sans pn demander aucun loyer. Le propriétaire est dope réduit à les garnir lut-méme de bestjaux, d'ustensiles et de tout ce qui est nécessaire à l'exploitation, et à y établir une famille de paysans qui n'ont que leurs bras, et avec lesquels il convient ordinairement, au Heu de leur donner des gages, de leur abandonner la moitié du produit pour le sataîre de }eurs peines. C'est de là qu'ils sont appelés méfay^rgy travailleurs à moitié.
8i la terre est trop mauvaise, cette moitié des pppdilît? es^ mtnifpffteioept insufiîMnt« pour iain^
DE L INDVSTRIX FJkBRICj^NTE. 117
TÎTK f taème misérableine&t, le nombre d'homrocy iiéof Maire ponr Ja travaiOer; iU s'endettent trienlôt, ^t on est obligé de les renvoyer. Cependant on en trotiye toujours pour les recàplacef', i>arce qu'il y sk loujoart des malheureux qui ne savent que de*' Tenir. Cenx*là raéine vont ailleurs , où ils ont souvent le même scnrt. Je connais de ces métairies qui, de mémoire d'homme, n'ont jamais nourri l(.'ur« laboureurs, an mcjea de leur moitié des fruits. Si la métairie est un peu meilleure^ les métayers végètent tant bien que mal^ çu même font quelque* petites écc^omies, mais jamais assez pour les élewr à l'état de Térifeables entrepreneurs. Cependant p dana les temps et les cantons où le peuple des cam-« pagnes est un peu moins misérable, il se trouva dans cette classe d'hommes quelques individus qui ont delaibles ayanoea, comme « par ei^einple» de quoi se nourrir pendant un an , en attendant la première récolte , et qui aiment mieux pretidre une métairie à bail, moyeniiant un loyer fixe, que d'en partager les fruits; ils espèrent^ eu travaillant beau-r coup, y trouver un peu plus de profit. Ceux-là, en général , sont plus actif, et gagnent quelque chose si le local le permet, s'ils sont heureux, si leur famille n'est pas trop nombreuse, s'ils n'ont pas donné de la terre un loyer trop fort , c'est-à-dire si beaucoup de circonstances invraisemblables se trouvent réunies en leur faveur. Cependant on ne peut pas les regarder comme de vrais fermiers, eoKime de véri^ tables entrepreneurs, puisque c'est tOMionrs le pro^ priétaire qui fournit le« harnois, les bestiawnj e^..
n8 cHAPiTivT?: ir.
et qu'ils ne donnent que leur peine ; amsi 'il eonvient de les ranger encore dans la classe des métayers. •
Cette masse àe bestiaux que le propriétaire lîrre et confie au métayer s'appelle cheptel, £Ue s'augmente tous les ans par la voie de la génération , dans les pays où Ton fait des élèves , et le mélayer en partage le croît comme il partage les moissons. Mais il faut qu^en sortant il rende un cheptel d'une valeur égale à celui qu'il a reçu en entrant ; et comme il n'a rien pour eu répondre , le pi opriétaire ou son agent exerce sur lui une active surveillance pour empêcher qu'il n'entame le fonds par des ventes trop nombreuses. Dans quelques endroits, le propriétaire ne voulant ou ne pouvant pas faire les fonds do cheptel , ce sont des marchands de bestiaux, des capitalistes étrangers qui le fournissent , qui surveillent de même le métayer , et qui lui prennent la moitié du croit pour l'intérêt de leurs fonds. Au reste , il est bien indifférent au métayer que ce soit eux ou le propriétaire. Dans tous les cas , on ne peut voir en lui qu'un misérable entrepreneur sans moyens , pressuré par deux préteurs très-chers, celui qui fournit la terre et celui qui fournit les bestiaux , lesquels lui enlèvent tous ses bénéfices , et ne lui laissent que sa subsistance très-striete et quelquefois insuffisante. C'est oe qui lait que cette manière de cultiver est aussi appelée à très-juste titre petite culture, quoiqu'elle s'exerce sur d'assez grandes masses de propriété.
Il existe eneore une autre espèce d'exploitation
DK l'iwdus.trib vabmca^te. ï ig
a laqoeUe. <m donne aussi le nom de petite culture. C'est celle des petits propriétaires ruraux qui foni valoir eux-miêmes leur bien. Presque toutes les nations de t*£ui:t>pe moderne sont parties d'un ordre de choses tel, que la totalité du sol était la propriété, exclusive d'un petit nombre de grands pro-« priétaires , et tout le reste de la populaMon tra~» yaillait uniquement pour eux comme domestiques , comme serfs, ou comme salariés. Mais par Felfet de l'industrie toujours agissante ^ et d'aliénations successives , il s'est formé dans presque tous les pays un plus ou moins grand nombre de ces petits propriétaires de terre, qui ont tous cela de commun , qu'ils vivent sur leur bien et que leur métier est de le cultiver. Cependant , sous le rapport de la culture f on a tort de les ranger tous dans une même classe ', car parmi eux il y en a qui ont une étendue de terrain assez considérable ; et c'est surtout dans les terres maigres qu'on les trouve, parce que ce sont celles que les riches ont aliénées de préfé^ rence , ne pouvant souvent en rien tirer par euxmêmes. Ceux-là ne font pas sans doute les mêmesfrais de culture que les riches fermiers des grosses fermes ; mais cependant ils labourent avec des animaux de trait de plus on moins bonne qualité ^ et ils ont quelques troupeaux. En un moi^ leur exploitation est absolument semblable à celles des petites fermes dont nous ayons parlé ci-dessus (i)»
(i) Yoy«s ce que c'est qiic la cUff<éreiice de l'emploi des
Il jr CQ a d'autres , au contraÎK , qui n'ont cfn'une très-petite ëtendue de terrain , et qui la cultivent a bras, soit en I^umes, soit en grains^ soit en Tignes. Celles-cî même exigent positirement cette manière de travailler, qui, comme on le Tott^ est bien diflTëreste de la précédente. D'ailleurs la plupart de *ceux qui s'y livrent ne peuvent pas vivre uniquement du produit de leur sol, et vont en journëe 'une partie de l'année. H faut assimiler à CCS derniers tous ceux qui tiennent à loyer^ des gens riches , de petites habitations avec quelques morceaux de terre, et qui sont connus sous les noms de louagers, de manouvriers , de eoitagefs , etc. , etc. Leur industrie est absolument la même et leur existence toute semblable, à cela
{)rès, qne le petit loyer qu'ils paient représente 'intérêt du capital que les autres possèdent. Voilà donc une troisième chose que l'on appelle encore petite culture f et qui en comprend deux très-difîérentcs entre elles.
Ce n'est pas tout; il y a beaucoup d'écrivains qui appellent grande culture celle qui se fait avec les chevaux , et petite culture celle qui se fait arec
fonds. Cet homme qui cultive médiocrement posscile f»e«t- •éire nu bien dont il trooTeraît 3o.ooo frmK-s. hUl le vendait , il aurait de quoi aller teuir une grosse ferme duus nu bon pays ; il serait beaucoup mieux et gugucrait davantage. TSÎMi il ne sait ]>ent-êlre pas qfie cette possibilité existe loin de lai. Quand il le saurait, il craiudraît les risqu(*s et son iuexp^rtence; et puis Thomme tieui ù &es, habitudes et uu plaisir de la propridle.
ûe» bœufs f et qnî croient que cette division répond exactement à celle des fermiers et des mëtajers. Opendant il s'en faut bien que œs deux désignations soient équiralentes ; car d'une part les mai^Ouvriers labourant avec leurs bras ; rien n'empêche que les fermiers des petites fermes et les petits propriétaires de la première des deux espèce'<f t[Ue nous avons distinguées , ne labourent quelqueiqU avec des chevaux, ou des mulets ; et ces Cultures n'en méritent pas moins le nom de petites. De |)tas, il se peut très- bien , si les convenances locales Vy trouvent , que de gros fermiers labourent avec 'ders bœufs , et ]e crois que cela se voit dans plusieurs pays. D'une autre part, il est vrai qu'en géliétal les métayers labourent avec des bœufs , 'i^ parce que, ce moyen étant moins dispendieux , la ']!>lapart d«'s propriétaires le préfèrent ; 2° parce qu'ordinairement les mauvais pays , qui sont ceux où l'on voit lies métayers, produisent du mauvais foin , peu ou point d'avoine, et se refusent aux préji artificiels ; 5** pirce que , ces métayers étant iit^tigens et matadroits , il est difficile de leur conter des animaux aossi délicats que les chevaux. Ittais ce n'est pas tout cela qui les constitue métayers et qui les différencie d'avec les fermier. Leur caractère spécifique est d'être des misérables ^ns moyens^ ne pouvant faire aucune avance.
C'est \à ce qui les réduit à n'être que métayers, «t ce qui fait que leur culture est bien réellement petite, quoiqi#à raison de l'étendue de leurs métai- «es, qui occupent ordinairement de grands espa-
I»3V jCBAPlTAE IV.
cet, il j ait (let gens qui rappellent encore grtmdg culture, par opposition à celle des petits fermien et des petits manouvriers, ou par opposition «en» lement avec la culture à bras.
Enfin I pour que rien ne manque à la confasîon des idées, il y a quelques auteurs angtoinanes, comme Arthur Youog, qui s'amusent à appeler petite culture celle de nos plus grosses fermes , paunoe qu'ils y voient des jachères, réservant exclusivement le nom de grande culture à .celle où l'on suit le système d'assolement qui leur plait, sans songer que la plus pe|;ite des cultures , celle à bras, est celle où Ton voit le plus sduveut des terres qui ne se reposent jamais.
Ainsi, voilà de compte fait cinq ou six manières d'employer les mêmes mots , dont deux ou trois au moins séparent des choses absolument semblables , et en réunissent qui sont totalement (iiCTérentes; et on se sert continuellement de ces mots , sans dire dans quel sens on les prend. En procédant ainsi , ce serait un grand miracle si l'on s'entendait.
Je crois donc que si l'on veut écrire avec quelque précision sur l'agriculture , il faut bannir les expressicms grande et petite culture, comme sujettes à trop d'équivoques, mais distinguer soigneusement quatre sortes de cultures qui ont des caractères bien tranchés, parce qu'elles sont essentiellement différentes, et auxquelles on peut rapporter toutes les cultures imaginables (i). Ce sont, i** les grosses
(i) Si j'os« affirmer «ela» ce n'«9t pus qu« faie bauucouyi
DK L'irfDIffTME FABniCANTE. 1 ^/î
Jhrme9, on la cultnre des entrepreneurs rldies et tsrtellîgeDs qui font largement tontes les aTance» nécessaires : on ne les toU que dans les pays qui en- Talent la peine. a° Ij^s petites fermes y ou la culture' des, entrepreneurs qui labourent encore avec des attimaux de trait qui leur appartiennent , mais dont les moyens de tous genres sont moins (étendus : on les trouTe en général dans les terres plus maigres. ( Cette classe renferme les petits fermiers et les petits propriétaires de la première des deux classes .que î*ai distinguées.) S^L^ métairies y ou la culture par métayers y qui labourent aussi avec des animaux de trait , mais qui ne leur -appartiennent pas : c'est le propre des mauvais pays. 4° Les manouuriers , oa la culture i bras , tant celle des propriétaires que celle des locataires : on en trouve partout, et surtout dans les vignobles ; mais ils sont moins nombreux , en général , dans les pys très-bons ou trèsmauvais : dans les premiers, parce que les gens riches ont gardé presque toutes les terres ; dans les antres^ parce que la terre ne paierait pas leurs peines, et qu'ils aiment mieux aller chercher à gagner
voyage ; mais }*al depuis environ quarante au des propriétés dans un pars du grosses fermes , dans un pays de vignobles , «l dans un paya de mauvaises métairie»; f en ai toujours suivi la marche avec attcntiim, et plus «ncore en vue de l^intâ'ét géBéral qse d« mon intérêt partieuUer; |*ai opéré des améliorations sensibles dans les deux dernières; et je suis persuadé que quand on a ainsi un champ suffisant d''olMervatioiif , vn gagM phu à tas lypr o ife a dMi' qa^a tes éteodre.
)a4 GHAPITRI IV.
dfls journëM aiUeun, Cette diTÎûcai me poratl pfaM Bette que toutes k* autres et plus instructive , fkasoe qu'elle montre tes causes 4es efiRets. SenrQn»4iou»eB doue pour ce qui nous reste à dire.
Je crois avoir prouve que les propriétaireide tem^ quand ils ne la font pas valoir euai-niéniesy n'ont aiMolument rien de commun avec ^agriculture» ni avec les lois qui lar^issent, nijivec les intérêts qui la dirigent,* qu'ils sont purement et uniquement des rentiers et des préteurs d'une espèce particulière; que par conséquent, ayant à rendre compte de la fabrication des proSuits, je devais les mettre à l'écart et ne considérer que les entrepreneurs de culture.
Alors j'ai montré qu'il est indispensable que les entrepreneurs des fabrications les plus nécessaires soient, de tous, ceux qui fassent les bénéfices les plus faibles à proportion de la quantité de leurs avances et de leurs productions; et que de plus, les entreprises d'agriculture ont l'inconvénient parti-^ culier qu'un homme ne peut pas suffire à leur donner assez d'extension pour que la modicité des bénéfices soit compensée par la grande étendue des affaires.
J'ai fait voir ensuite , premièrement , que les pays les plus fertiles sont les seuls où les produits de la quantité de terre qu'un homme peut faire valoir soient assez conndérables pour faire iin sort passable à Tentrepreneur, qi^ c'est par ces. raisons que ces pays sont aussi les seuls où l'on voie des entrepreneurs de culture ayant des moyens et Moe
DB L'lRDUSTllf« FiBRiCjlTfTE. 125
niBMiité, et qu'encore ils ne travaillent pwque pap sur kurs propres fonds, mais sur ceux d'antmi, ce qui est toujoura une position fâcheuse pour des ^diricans: nous les appelons pourtant gros ¥ênmcr9m
Secondement, que quand les terres sont moins ixMuies, les béni&res deyiennent si minces, qu'on ne peut plus trouver que des entrepreneurs mcdio- CR* «Jt insufiisans: ce sont les petits fermiers.
'RoisiéÉP cmc Dtj que quand le sol est encore plus mauvais , les bénéfices devenant absolument nuls, en est réduit à n'avoir plus d'entrepreneurs; caries WÊéuij^en ne sont réellemoBt que des salaries, puisqu'ils ne loBt aucune avance et ne fournissent que. lenr travail.
Quatrièmement, enfin que d'autres circoostan^ :ces font que Teutreprise est si petite, .que l'entre - •pnancnr et l'ouvrier sont nécessairement une seule et même personne, qui n'emploie pas d'autres machines que ses bras, et encore les emploie souvent ailleurs : tels sont les manouuriers. Il est diflicile qu'une telle a0aire tente un capitaliste.
U y a cependant une exception à faire à ces vérites géoérales: c'est en faveur de la culture des jarudoctioos très- précieuses ^ telles que certaines drogues poor la teinture, ou les vins très-cstimés. Jl peut y avoir là de grands pi-ofits à faire; aussi yoit~OD quelquefois de gros capitalistes acheter les JfTKÙus piopvc&à ces producticHis, les faire valoir par eu&Tfnéuics, en retenir tous les proiluits, et en £âred*iiiiliKii8C&€lhcuvcusess{>ccAilalioiis. MuiscvLW
ia6 CIÏAMTBE IT.
excef)tiQn4à même confirme la r^le; otr em prod«c^. tîons ont le mérite et le prix de la raretë; ce sont de véritables marchatidises de luxe. Ainsi ces tpéculatioDs, bien qu'agricoles, ne sont pas dans la classe des fabriques de choses de première nécessité.
Si ce tableau est exact, s'il est la représentation fidèle des faits, s'il est vrai que l'agriculture, même dans les circonstances les plus favorables, n'est et ne peut être qu'une profession pénibleet peu fructnensr, il ne faut pas s'étonner qu'elle ne tienne pas le premier rang dans la société , et que les capitaux n'y affluent pas : on doit sentir qu'on ne les y destine et qu'on ne lesy délstinera jamais que lorsqu'on ne pourra pas ou qu'on ne saura pas les employer autrement. Le seul moyen de faire que beaucoup de capitaux se portent vers l'agriculture est donc de faire qu'ils surabondent ailleurs; ce mal , si c'en est un , est incu> rable , et il est très-utile de le connaître ; car on aura beau dire que l'agriculture est le premier des arts, que c'eçt la' mère nourrice de l'homme , que c'est sa destination naturelle, que nous avons tort de ne ps l'honorer davantage, que l'empereur de la Chine trace un sillon tous les ans, et raille belles chose» semblables , tout cela ne servira de rien et ne changera rien à la marche de la société.^ Ce sont de vaines déclamations qui ne méritent pas de nous oa;uper. Faisons seulement quelques courtes réflexions suv la première de ces phrases,, parce qu'elle cadie une erreur : la mettre au jour, c'es^ la réfuter.
Certainement ragricolture est le premier de» artJi
DE L'irrDUfTIIIX FABMCÀ1%TE. I27
•ont le rapport de la néeessité; car avant tout il faut manger pour vivre. Si Ton n^a vquIu dire que cela, on a dit une chose incontestable, mais bien insignifiante.*
Si Ton a entendu par ces paroles que l'agriculture est le sent art absolument nt^cessaire, Tassertion devient déjà très-inexacte ^ car nous avons en» Gore d'autres besoins^ très >pressans, outre celui de manger, comme , par exemple, celui d'être vêtus et logés; et d'ailleurs la culture elle-même , pour prendre nn peu de développement, a besoin du secours de bien d'autres arts , tels que celui de fondre içs métaux et de façonner le bois; et ses produits, pour être complètement appropriés à notre usage, exi^ gent encore au moins celui du meunier et du bou-. langer: voilÀ donc beaucoup d'autres arts indispensables.
Enfin , si l'on a prétendu affirmer, comme bien des gens le veulent, que l'agriculture est le premier des arts sous le rapport de la richesse, le soi-disant axiome est complètement faux. D'abord, à l'égard «les individus , nous avons vu que ceux qui se vouent àl'agriculture sont inévitablement du nombre de ceux qui font les moindres bénéfices, ainsi ils ne peuvent pas être des plus riches. Or, ce qui est vrai de chaque individu ne peut pas être faux des nations, qui ne sont que des collections d'individus. Si vous douter, de la force de cette démonstration, mettez d'un cAté vingt mille hommes occupés à faire du blé pour le vendre, rt de Taulre pareil nombrg d'homme» Ocoii|h;s à fiiire àcn montres; supposée que les uns
et les antres trouTént le éêÀt deieur imrdmMlMe, et voyez queU aeroot les plus riches: c'est Genève
et la Pologne.
Une des choses qui ont le plus contribaé à faine mëconnaitre une vérité si manifeste , c'est encore une éqaivoque. On prend trôs-^é^emment aos moyens de subsistance pour nos moyens d* existence" Ce sont deux choses très-différentes. Nos laoyena de subsistance sont sans contredit les matières àH— mentaircs, et la quantité de celles qu'on peut se procurer dans un pays est la limite nécessaire ds nombre d'hommes qui peuvent y vivre. Mais nos moyens d'existence sont la somme des profits que nous pouvons faire par notre travail et avec lesquels BOUS pouvons nous procurer et subsistances et an^ très jouissances. Le Polonais a beau -faire venir beaucoup de blé, l'excédant de ce qu'il en consomme , qu'il est oblige de livrer à vil prix, aux étraugrrs , fournit à peine à ses autres besoins : il n'en vit pas mieux et n'en multiplie pas davantage. Le Genevois au contraire , qui ne recueille pas une pomme de terre , mais qui fait de gros profits sur les montres qu'il fabrique ^ a de quoi acheter les grains et toutes les autres choses qui lui sont nécessaii^s , de quoi élever des enfans, et encore d« quoi économiser. Le pi-emier, malgrjé la grande quantité des moyens cle subsistancje, a très-peu de moyens d'existence j le second , ayant de grands moyens d'existence , se pix>cure abondamment Ic^ subsistances qui lui manquent et tout ce qu'il lu| fyul d'aiUtïurs. il est donp vrai que ce sont \k dcu^
^E L^NDUSTRIB FABRtCANTE. I29
€i h tt » c »qpè Foa a grand toirt de oe pas djatinguer Mi^^bqnsémeittb Cette faute se rencontre dans beau^ coup d'ouvrages, ezoellens d'ailleurs, et nopmënieut dans celui de M. Malthus, sur la population, où oUe jette du louche sur quelques explications tt^ô»précienses «'tons autres^aràs : c'est donc un point qu'il était bon d'édaircir.
Que Ton ne m'accuse pas néanmoins de méconnattre l'importance de l'agriculture j et de vouloir qu'Ole la Ai^tge^ jyabçrd je sais fort bien que la richesse ,' quoique utile en elle-même, n'est pas la seule chose à désirer, ni pour les particuliers ni pour les sociétés ^ et||^une nation , malgré de grands moyens^ n'a qu'une existence précaire si elle dépend des étrangers .pour sa subsist^ce *, je sais de plus que , quoique chacune des entreprises de culture ne puisse être regardée que comme une très-petite manufacture, comme dans un grand pays leurnomr Lre est immense en comparaison de celui de toutes les autjres fiJuriques^ elle n'en compose pas moins une très - grande portion de l'industrie et de la richesse nationales. Les grands détails dans lesquels je viens d'entrer pour démêler le jeu de tous les ressorts de l'injjlustrie agricole prouvent assez tout l'intérêt que j'y attache; et certainement, bien faire voir qu'une profession est en même temps très-nécessaire et très-ingrate , c'est la meilleure puanière de prouver' qu'il faut la favoriser. Mais nbus n'en sommes pas encore là ; il ne s'agit pour le moment que de constater les faits, nous en tire- 1009 eiuuite des conséquences ; et si la première de
t5o CWAPITRU T.
ces opërationt a été- bien faîte , U
pas difficile. Bonums-noas donc à ces g ën é w litéi
•ur l'industrie faliricante, et paiious de rmdustrie
commerçante.
Du Changement de lieu , ou de Vindmêirie
cotmnerfaMte*
L'hommb iiiolé fabriquerail^squ'À un certain point f car il travaillerait pour lui^-mémei mais il ne commercerait point, car avec i]uiaurait-4i commerce ? Commerce et sociëtë sont une seule et même ichose : aussi nous avons vu dans le chapitre premier que la société , dès son origine, n'est esseàiiellement qu'un commerce continuel, qu'une série perpé-> tnelle d-'échanges de tous genres, dont nous avons indiqué rapidement les principaux avantages et les prodigieux, effets. Il j a donc commerce bien longtemps avant qu'il y ait des commercans proprement dits. Ceux-ci sont des agens qui le fadliteot, qui le servent, mais qui ne le -constituent pas. On peut même dire que les échanges qu'ils font en leur qualité de commercans ne sont que des échanges préparatoires; car l'échange utile n'est consommé, il n'a pleinement atteint son but , que quand la marchandise est passée de celui qui l'a fabriquée i celui qui en a besoin, soit pour là «oosoramer, soit
DE l'industrie COMMAaÇAKTE. l5l
poof; en Mr^ le sujet d'une nonrelie fabrication ; et celui4à encore doit être regardé dans ce moment comme un consommateur. Le commerçant proprement dit s'interpose entre ces deux hommes ( le producteur et le consommateur], mais ce n'est point pour leur nuire. Il n'est ni parasite, ni in> commode $ au contraire, il facilite les relations, le^ cominerce , la société, car encore une fois tout cela est une seule et même chose entre ce producteur et ce consommateur. Il est donc utile et par conséquent producteur aussi ; car nous avons vu , chapitre second, que quiconque est utile est producteur, et qu'il n'y a pas d'autre manière de l'être. Il s agit actuellement de faire voir comment le commerçant est producteur d'utilité ; mais auparavant donnons encore quelques explications préparatoires , qui nous serviront pa^ la suite. Nous n'avons fait voir , dans le cliapitre premier, que les avantages généraux de réchange t-t ceux du commerce d'homme à homme j rendons sensibles ici ceux du commerce de canton à canton et de pays à pays , et, pour cet effet, prenons pour exemple la France, parce que c'est une contrée* très-vasie et très-connue.
Supposons la nation française seule dans le monde, ou environnée de déserts impossibles à traverser. Elle a des portions de son terriloiré très-fertiles en grains; d'autres plus numides, >qui i^e sont bonnes qu'en pâturages ; d'autres forméea de coteaux arides , qui ne sont propres qu'à la culture des vignes; d'autres enfin plus montagneuses, qni ne peuvent guère produire que des bois. Si
02 CHAPITHE V.
chacun de ces payg est réduit k lui-même , qa*ar rive-t-il ? Il est clair que daos le pays à blé il peut encore subsister un peuple assez nombreux , parce que du moins il a le moyen de satisfaire largement au premier de tous les besoins, la nourriture. Cependant ce besoin n'est pas le seul ; il faut le vêtement, le couvert, etc. Ce peuple sera donc obligé de sacrifier eu bois , en pâturages , en mauvaises vignes, beaucoup de ces bonnes terres, dont une bien moindre quantité aurait suffi pour lui procurer, par voie d't'cbaoge, ce qui lui manque, et dont le reste aurait encore nourri beaucoup d'autres hommes, ou servi à mieux approvisionner ceux qui y existent. Ainsi ce peuple ne sera déjà pas si nombreux que s'il avait eu du commerce , et pourtant il manquera de bien des choses. Cela est encore bien plus vrai de celui qui habite les coteaux propres aux vignes. Celui-là, si même il en a l'industrie, ne fera du vin que pour son usage, n'ayant où le vendre j il s'épuisera dans des travaux ingrats pour faire produire à ses côtes arides quelques mauvais grains, ne sachant où en acheter; il manquera de tout le reste. Sa population , quoique encore agricole , sera misérable et rare. Dans le pays de marais et de prairies , trop humide pour le blé^ trop froid pour le riz , ce sera bien pis j il faudra nécessairement renoncer à cultiver, se réduire à. être pasteur, et même ne nourrir d'animaux qu'au-<tant qu'on en peut manger. Il est vrai que dan»cette position, ayant des bêtes de somme , de trait et de selle pour se rendre redoutable , on se feras
DE l'industrie C0BïTVfïïRÇ.4NTF. I j^
bientôt brigand comme tous les peuples pasteurs, Tnais ce sera un mal de plus. Four le paya de bois , il n'y a de moyen d'y vivre que la chasse , à mesure et autant qu'on y trouve des animaux sauvages , sans songer seulement à amasser leurs peaux ; car qu'en ferait-on ? Voilà pourtant l'état de la France , si vous supprimes toute correspondance eûtre ses parties. Une moitié sera sauvage , et Tautre mal pourvue.
Supposons y an contraire , cette correspondance active et facile, quoique toujours sans relations ext«!rieures. Alors la production propre à chaque canton ne sera plus arrêtée par le défaut de dé-^ bouchi^s et par la nécessité de se livrer, en dépit (les localités, à des travaux très- ingrats, mais nécessaires, -faute d'échanges, pour pourvoir par soi-même , tant bien que mal , à tous ses besoins , ou du moins aux plus pressans. Le pays de bonne terre produii^a du blé autant que possible, et en enverra au payé de vignobles , qui produira des vins tout autant qu'il trouvera à en vendre. Tous deux approvisionneront le pays de pâturages, où les ani- .maux se multiplieront à proportion du débit, et les hommes à proportion des moyens d'existence que leur procurera ce débit j et ces trois pays réunis alimenteront, jnsquedans les montagnes les plus âpres^, des nabitans industrieux qui leur fourniront des bois et des métaux. On multipliera les lins et les chanvres dans le nord , pour envoyer des toiles dans- le midi^ qui multipliera ses soiries et ses huile» pour les payer. Les moindre» avantages locaux
|'S4 CHlPiTIXE V.
seront OHM à profit. Une commune tout <»z oaillovx {burnira deg pierres à fusil à toutes les autres qui n'en ont pas , et ses habitans vivront du prociait do cette fourniture. Une autre tout en rochers enverra des meules de moulins dans plusieurs provinces. Un petit pays de sable va produire de la garance pour toutes les teintures. Quelques champs d'une certaine argile donneront de la terre pour toutes les poteries. Les habitans des côtes ne mettrc»it point de bornes à leurs pèches , pouvant envoyer dans rintérieur leurs poissons salés ; il en sera de même du sel marin, des alkalis des plantes maritimes, des gommes des arbres résineux. On verra naître partout de nouvelles industries, non-seulement pir l'échange des marchandises , mais encore par la communication des lumières; car si nul pays ne produit tout, nul nMnvcnte tout. Quand on communique , ce qui est connu dans un endroit l'est partout; il est bien plus tôt fait d'apprendre ou même de perfectionner que d'inventer. D'ailleurs c'est le commerce lui-même qui inspire l'envie d'inventer; c'est même sa grande étendue qui seule rend possibles bien des industries. Cependant ces nouveaux arts occupent une foule d'hommes qui ne vivent de leur travail que parce que celui de leun voisins, étant devenu plus fructueux, £eut suffire à les payer. Voilà donc cette même FrSice tout à l'heure si indigente et si déserte , remplie d'une population nombreuse et bien approvisionnée. Tout cela est uniquement dû. au meilleur emploi des avantages de chaque localité et ic$ facuHét de cha-
DR l'industrie COMMKRÇAîfTE. l55
que individu, «ans qu'il soit nécessaire que b nation française ait fait le moindre profit aux dépens d'aucune autre nation , sans même que cela soit possible y puisque dans Fkypothèse elle est supposée seule au monde. Nous verrons ailleurs ce que l'on doit penser de ces prétendus profits qu'un peuple fait aux dépens d'un autre , et comment ou doit les apprécier; mais nous pouvons affirmer d'à- . vancc qu'ils sont illusoires ou bien faibles, et que la véritable utilité du commerce extérieur , celle en comparaison de laquelle toutes les autres ne sont rien , c'est d'établir entre les di£Fércntes nations It^s mêmes relations que le commerce intérieur établit entre les diOerentes parties de la même, de les constituer pour ainsi dire en état de société entre elles, d'agrandir ainsi l'étendue du marché pour toutes , et par-là d'accroftre encore les avantages du commerce intérieur de chacune.
Ce commerce sans doute peut exister et existe jusqu'à un certain point, avant qu'il y ait des cornmerçans proprement dits, c'est-à-dire des hom« mes faisant leur état unique de servir le commerce; mais il ne saurait prendre un grand développement sans leur secours. Dés qu'un homme a fabriqué ou possède quelque chose d'utile, il peut à la rigueur réchanger lui-même, et sans intermédiaire, contre une autre chose utile que possède un autre homme; mais cela n'est souvent ni aisé ni commode. Cet autre homme peut n'avoir pas envie de vçndre quand on a envie d'acheter; il peut ne vouloir.
l56 CHAPITHB V.
vendre que beaucoup à la fois; il peut ne pas se soucier de ce qu'on a à lui oflrir en ëcliange ; il peut être très-cHoigné ,* on peut même ignorer qu'il a ce que Ton désire. £nfin, dans le cours de la vie, on a besoin d'une multitude presque infinie de choses différentes. S'il fallait tirer directement chacune d'elles de son producteur immédiat , on passerait tout son temps en courses et même en voyages lointains , dont les inconvéniens surpasseraient de beaucoup Futilité des choses qui en seraient l'objet j il faudrait donc s'en passer.
Le commerçant vient ; il tire de tous les pays les choses qui y surabondent, et il y porte celles qui y manquent ; il est toujours prêt à acheter quand on veut vendre, et à vendre quand on vent acheter; il garde ses marchandises jusqu'à l'instant do besoin ; il les détaille s'il le faut ; enfin il eu débarrasse le protlucteur qui en est encombré ; il les met à la portée du consommateur qui les désire, et toutes les relations sont devenues faciles et commoSles. Qu'a-l-il fait cependant? En sa qualité de commerçant , il n''a opéré aucun changement de forme ; mais il a opéré des changemens de lieu, et une grande utilité est produite. £n effet , puisque les valeurs sont la mesut« du degré d'utilité (voyez le chap.UI), il est manifeste qu'une chose portée de l'endroit où elle est à Vil prix, et arrivée dans celui où elle se vend cbcr^ a acquis par le transport un degré d'utilité qu'elle n'avait pas.
Je sais que cette explication est si simple, qu'elle
DE l'industrie commerçante. 1^7
semble niaise , et que tout ceci paraît écrit pour des enfans; car des Iiomixies ne sont pas supposés ignorer des faits si communs et des vérités si triviales Cependant ces vérités triviales en démontrent une autre trés-cojitestée : c'est que quiconque produit de l'utilité est producteur, et que le commerçant Test tout comme ceux à qui on a voplu donner exclusivement ce titre. Maintenant, cherchons quelle est pour lui la récompense de l'utilité qu'il a produite.
Si nous examinons l'industrie commerçante , elle nous oR're les mêmes aspects que l'industrie fnliricaute. Là aussi il y a théorie , application et exécution ; et par conséquent trois espèces de travailleurs, le savant^ l'entrepreneur et l'ouvrier. Là encore il est vrai que ceux dont le travail s'applique aux choses les plus nécessaires sont inévitablemeut les plus mal récompensés ; mais ce n'est pas comme dans les entreprises d'agriculture : l'entrepreneur peut augmenter indéfiniment ses spéculations autant que le permet le débit, et compenser ainsi la modicité des bénéfices par l'étendue des afi'aires. De là vient le proverbe qu'il n'y a point de p'jtit commerce dans une grande ville. Le chef d'une entreprise de commerce salarie (lussi tous ceux qu'il emploie; c'est lui qui fait toutes les avances, et il est récompensé de ses peines , de ses frais et de ses risques, par l'augmentation de valeur que son travail a donnée aux choses^ augmentation qui fait que acs ventes surpassent ses achats; il est vrai que , comme l'entrepreneur de fabrique, il ]>erd au lieu de gagner, si, s'étant trompé daun
,58 CMiPTTRK YI.
ses spéculations, «on Irayail est infractiieam ; «hhfk lui encore, il travaille tantôt «ur ses propres fondi, tantôt sur ceux qu'il loue ; enfin la pÂritë est coj&plète : c'est ce qui me dispense <f entrer dans plœ de détails. 11 ne s'agit pas encore de discuter Ki questions délicates , ni d^apprécicr le mérite à certaines combinaisons compliquées, il suffit josqn -
5 résent de voir d'un coup d'oeil général la mardîe e la société et le train des affaires. Si nous nous rn sommes fait une idée juste, nous verrons hlealiA que des choses que Ton croit très-savantes ne son: qu'embrouillées par les préjugés et le charlatanisme , et que le plus gros bon sens suffit souveot pour résoudre des difficultés qui praîssentWen cm barrassantes quand on n'est pas remonté aux principes. Pour achever de poser nos bases, disons m mot de la monnaie.
iM%<M* ■«jui. i m wii tju -um i l i rai wi i Tin" Tn- | -|-.— ^-■...— - i n ■■■!» *
De la Monnaie,
J'ai déjà paré du développement de l'industrif et même de celui du commerce, et je n'ai pas dit un root de la monnaie, Cest qu'en effet elle n'est pas plus indispensable au commeree que les cominerçans; ils en sonj les agens, ell^en est l'instrument ; mais il peut existei: et il existe jusqu'à ud certain point avant et saus ces deux secourt, qmi- ,qu'ils lui soient très-utiles.
DE LA MONNAIE. l^C)
Nous aTon$ vu dans le paragraphe III de rinti*acluction, et dans le chapitre lil, qui traite des i^aleuTs, que toutes les choses utiles ont une valeur déterminëe; elles en ont même deu3L, mais dans ce inofnent je ne parle que de la valeur conventionnelle ou du prix vënal. Toutes ces valeurs se mesurent les unes par les autres. Quand, pour se procurer ime chose quelconque , on est disposé à donner une quantité double d'une autre chose quelle qu'elle soit , il est évident que la première est deux fois plas prisée que la seconde. Ainsi le rapport de leur valeur est fixé; et Ton peut échanger et négocier ces deux choses sur ce' pied , sans avoir recours à une matière intermédiaire. On peut donner du foin pour du blé, dn blé pour du bois, un charroi de terre à pots ou à briques pour quelques assiettes ou quelques tuiles , et ainsi de suite. Mais il est évident que cela est très-incommode , que cela entrafne des déplacemens si pénibles , qu'ils rendent impossibles la plupart des affaires ; que beaucoup de ces marchandises ne sont pas divisibles de manière à bien correspondre avec les autres; que beaucoup d'entre elles ne sauraient se conserver indéfiniment jusqu'à rîDstant où on en peut trouver l'emploi , et que, les eût-on conservées, on est encore bien embarrassé s*) 1 se trouve , comme cela doit arriver continuellement , que celle que l'on a n'est pas précisémenjt celle qui convient à celui qui possède celle que l'on désire, ou s'il n'en veut qu'une très-petite -^uaptité quand vous avez besoin d'une très -grande de la sienne. A.U milieu de tontes oes'diffieultés, le commet*.
l4o CH.4PiTRE VI.
ce doit donc êive extrêmement languissant , et l'industrie aussi par conséquent. Il est bon de s'appesantir un peu sur ces inconvëniens, car nous sommes toujours peu frappes de ceux que nous n'avons jamais éprouvés j nous ne les imaginons seulcnicnt pas. N'ayant jamais vu un tel ordre de clioses , nous n'en avons aucune idée vive j il nous pai'af t presque chimérique. Cependant il a existé, et vraisemblablement très-long* temps , avant celui dont nous nous plaignons encore, et même avec raison, quoiqu'il soit beaucoup meilleur.
Heureusement, parmi toutes les choses utiles, il y en a une qui se distingue, ce sont les métaux prt.^cieujL. Ils sont une marchandise comme une autre, en ce qu'ils ont la valeur nécessaire qui résulte do travail qu'a coûté leur extraction et leur transport , et la valeur vénale que leur donne la possibilité d'en faire des vases et des orneraens ou diveri meubles et divers instrumens; mais ils ont de plus la propriété d'être facilement affinés, de manière que l'ou sait très-exactement la quantité que l'on en a, et que toutes leurs parties sont similaires, ce qui les rend très -comparables et ne laisse pas la crainte qu'elles soient de diËférentes qualités. En outre ils sont inaltérables et susceptibles d'être di- ' visés en portions aussi grandes et aussi petites que l'on veut; enfin ils sont faciles à tcausporter. Ces qualités doivent faire que tout le monde préfère ces niétaiML à toute autre chose utile, toutes les fois que l'on ne vt;ut que consi:rver la valeur que l'on possède pcudanl un temps indéHni , jusqu'au moment
BE LA MONNAIE. l4l
<iu besoin; car toute personne qui a une marchandise sujette à s'avarier, dont la qualité peut étr« incertaine ou yariable, qui est d'un grand encômbreraent, ou peu susceptible d'être détaillée dans l'occasion, est naturellement disposée à l'échanger contre une autre qui n'a aucun de ces inconvéniens. X>e <^tte disposition générale il doit nécessairement résulter que cette marchandise qui a tant d'avantages pour cela devient petit à petit la mesure commune de toutes les autres. C'est au9sl ce qui est arrivé partout. Cela paraît singulier quand on ne sait pas pourquoi, et inévitables quand on en voit les causes. Il en est de même dans tous les genres. Dès qu'une chose est, soyez sûr qu'il y a des raisons victorieuses pour qu'elle soit, ce qui ne veut pourtant pas dire qu'on ne puisse pas par la suite découvrir des raisons plus fortes pour qu'elle ne soit plus. Mais ici ce n'est pas le cas. Itcs métaux précieux, une fois devenus mesure commune et générale, type universel de tous les échanges, acquièrent encore un avantage qu'ils n^avaient pas auparavant; c'est d'abord d'avoir une valeur vénale plus forte, puisqu'ils acquièrent un nouveau genre d'utilité (mais cela ne ferait rien pour l'objet qui nous occupe) î c'est ensuite que leur valeur vénale, leur prix, devient plus constant que celui d'aucune autre marchandise. Etant constamment demandés en tous lieux et en' toute occasion, ils ne sont pas sujets aux variations qu'éprouve une chose tantôt recherchée, tantôt repoussée. D'ailleurs ils ne dépendent point de l'inconstance des saisons, et très- peu de
ï4a CHAPITRE Yr.
celle dcfi (lv(5nâmens; leur quantité totale ne change que par des causes lentes et rares; ils sont cloiiC chaque jour plus confirmés dans leur possession d'éti-e la mesure commune des échanges. Cependant ils ne sont pas encore monnaie^ on ne les transmet encore qu'en barres ou en lingots, et a chaque changement de main il faut les essayer et les peser: c'est un embarras.
Quand la société est un peu plus perfoclionnëe, Fautorité compétente intervient pour donner à ce moyen d'échanges un degré de commodité de plus. £lle partage ces métaux en portions adaptées aux usages les plus ordinaires ; elle leur imprime une marque qui en constate le poids total, et dans ce poids la quantité de matière étrangère qu'il a été convenable d'y laisser pour la facilité de la fabrication, mais qu'il ne faut pas compter pour valeur réelle. C'est ce que l'on appelle le poids et le titre, X)ans cet état les métaux sont devenus complètement monnaie, et l'autorité a fait un bien en leur donnant ce caractère. Nous verrons par la suite qu'elle n'a fait que trop souvent du mal par d'autres actes de sa puissance dans ce genre.
Cette courte explication de la nature dç la monnaie nous montre d'abord qu'il ne peut y avoir qu'un métal qui soit réellement monnaie ^ c'està-dire à la valeur duquel ou rapportç toutes les autres valeurs ; car dans tout calcul il ne peut y avoir qu'une espèce d'unité qui serve de base. G} métal, c'est l'argent, parce que c'est celui qui se prête ht miçux au plus grand nombre des subdivi-
» DK LA MONNAIC. l45
sions dont on a besoin dans les échanges : Vw est trop rare, les autres métaux sont trop communs.
L'or cependant Tient secourir l'argent pour le paiement des sommes les plus fortes, comme le feraient les pierres prëcieusea si elles étaient divisibles sans perdre de leur valeur. Mais ce n'est que subsidiairement qu'on s'en sert, ce n'est qu'en rap^ portant la valeur de l'or à celle de l'argent. La proportion, en Europe, est à peu près de quinze oa seize à un; mais elle varie comme toutes les autres proportions de valeurs, suivant les demandes. A, la Chine, elle est ordinairement de douze ou treize a un^, tandis que dans llndoistan, au contraire, elle est, dit-on, environ de dix-huit ou vingt à un ; ce qui fait qu'il y a du profit à porter de l'argent à la Chine, parce que pour douze onces d'argent vous avez une onze d'or, qui, de retour en Europe, faut quinze onces d'argent , et ainsi vous f n avez gagne trois; et au contraire, il y a profit à porter de l'or dans l'Indoustan, parce que pour une once d'or vous y en avez dix*huit d'argent , et ainsi voua avez encore gagné trois onces de ce dernier métal. Les autorités politiques peuvent bien cependant frapper de la monnaie d'oi*, et en fixer la proportion avec celle de l'argent, c'est-à-dire statuer que toutes les fois qu'il n'y aura pas de stipulations contraires, on recevra indifféremment une once d'oir ou quinze ou seize onces d'argent. C't>st comme elles établissent que dans les actions judiciaires , quand il y a des sommes qui doivent porter un intérêt qwî n'a pas pu ôlrc stipulé par les parties, cet in-
t4{ ctt^pitrk Vï.
tMt sera de faut poar cent. Mais elles ne peuvent ou du moins elles ne doivent pas plus empêcher les particuliers de régler entre eux la quantité d'or qu'ils veulent donner ou recevoir pour une certaine qiianiitë d*argent , que de déterminer de grë à gré le toux de Tintérét de la somme qu'ils prêtent ou qu'ils empruntent. Aussi c'est ainsi ^ue ces deux choses se font toujours dans les giandes operations du commerce, même en dépit de toute loi contraire , parce que sans cela les affaires ne se feraient pas.
Quant à la monnaie de cuivre ou de billon (i), partout où il y en a une d'argent, ce n'est point une véritable monnaie, c'en est une fausse. Si elle contenait la quantité de cuivre suffisante pour qu'elle valût réellement la quantité d'argent à laquelle on l'a fait correspondre, elle serait cinq ou six fois plus pesante qu'elle n'est, ce qui la rendrait fort incommode. Encore cette proportion varierait-elle comme celle de l'or, et plus fréquemment, à cjidse des usages multipliés auxquels on emploie le cuivre. Ainsi la monnaie de cuivre ne vaut que par la quantité d'argent qw'on est convenu de donner en troe. Aussi elle ne doit servir que pour faciliter de petits appoints dans lesquels cette •zagération de valeur est de nulle importance , parce que le moment d'après on la donne sur le même
(i) Le billou est un mélnnge de lieaucoap de cuivre et de si peu d'argent, que re\tractiou a^en vaudroit'pas les tihis.
DK LA MONNVIIR. 145
jÀeà en lui ftisant remplir la même fonction. I|aîs quand on autsori«e, comme cela est arrivé qaelque^ Ibisy à payer de grosses sommes en monnaie ài^ cui- ♦re, c'est fortement lésiT celui qui la reçoit, parce qo^il ne petit jamais trouver de gré à gré à réaliser cet grandes masses en argent pour leur valeur noiBinale, mais seulement pouv leur valeur réelle , qui est cinq ou six fois moindre. Concluons doue qu'il ne peut jamais y avoir qu'un seul métal qui •éoit kwtcrme commun de comparaison auquel on rapporte toutes les valeurs, et que ce métal c'est l'argent.
Puisque l'utilité de l'empreinte qui fait d*un morceau de métal une pièce de monnaie est d'rn constater le tftre et le poids , oh voit encore qu'il était foH superflu d^inventér , pour faire nos comptes, des monnaies imaginaires, telles que libres, sous et deniers, et autres de ce genre, que pourtant on appelle monnaies de compte (i). Il aurait été beaucoup plus clair de dire une pièits d'une once, d'une demi-once ^ d'un gros, d'un gfàin d^ai'gent , qu'une pièce de siitlivres , tle trois livres^ de douze sous ou de quinze sous. On aurait toujours su de quelle quantité d'argent on voulait parler. Cette idée se présente si naturellement, que je vah porté à croire qu'elle aurait prévain si tiMites les moxmaies euisent été au même titre»
fO Plnsirnnt de ces dffnominations cmi dté eriginair^lBeirt 3ef ttonu d« monaaiei réelle* , comme louu , écos et dncct*.*
§46 CBAPITHK. Vr.
Umè conune kur degré Uo pureté a toujotiit vie tr<!»-i1ifTéiie&t^ on a pcut-^re voulu ae mëuagpr im m>yeii d'exprimer que telle onœ d'argent vaut Sn sixicmc de plus que telle autre^ en disant que l'une vaut six. livres et l'autre cinq. Peist-étre aussi l'expression dont )e parle a-t-elle ét6 rejetée précisément parce qu'elle était trop claire; car ceux qui se sont mêlés de ces matières ont toojoun voulu qu'oa n'y entendit rien, et ils ont eu leun ^nnes Taisons pour cela : nous en verrons h|^n des pix'uves. ,
Quoi qu'il en soit , une fois que ces dépomînalions arbitraires sont admises et qu'on s'en est servi dans toutes les obligations contractées, il faut bien se garder d'y rien changer; car quand j'ai reçu trente mille livres et que j'ai promis de les ixmdre dans tel temps , si dans l'intervalle le gouvernement vient à dire que la quantité d'argent qu'on appelait trois livres s'appellera six , ou , ce qui est la même chose, s'il fait des. écus de six livres qui ne contiennent pas plus d'ai^ent que n'en contenaient le^ucus de trois, moi qui paie avec ces nouveaux écus, je ne rends réellement que la moitié de l'argent que j'ai reçu. C'est aussi la facilité que le législateur obéré veut se donner vis-a-vis de ses nombreux créanciers , et c'est pour la voiler et la d<%uiser qu'il me la donne vis<4-vis des miens et vis-à-vis de lui-même, si par hasard je suis son débiteur. Il est vrai qu'H sait bien qu'il n'en a guère; mais cela a un air de généralité et de réciprocité qui ressemble à l'équité et qui éblouit. Malgré ces
D£ LA MONNAIE. i^j
prestigea , trafichotis le mot , c'est^ là peim^re à tout le monde de Voler poiir pouvoir voler soi-^ méoie^ et c'est, il faut rayoùer, ce que presque tous les gouvememens ont fait si souvent, avec tant d'audace et si peu de mesure, que, par exemple , ce que Voa appette actuellement en France une &>/«, et qui était réellement autrefois une livre d'argent de douze onces, en est à peine la quatrevtngt-iiDidme partie aujourd'hui que le marc vaut cinquante-quatre livres. Donc à di..*irentcs fois on. a voUi les qitatre-vÎDgts quatre-vingt-unièmes de ce que Ton devait ; et s'il existe encore une rente*, pcrpëtuelle â^une Ihre constituée dans ces temps, anciens pour ¥ingt Uvrea reçues , on l'acquitte aujourd'hui avec la qua^re-vingt-unième^partie de ce qu'on a promis originairement et de ce qu'ont doif loyalement. Si actuellement il ne subsiste plus gaère de ces rentes, c'est qu'elles ont toutes été^sucoeàBiveoient remboursées de la même n^aniére qu'on, en sert aujourd'hui les intacts. Ce qu'il y a de plus affreux dans une telle iniquité l^ale , c'est que ce n'est pas «euleraent permettre l'injustice, c'est For-* donner, c'est yeontraindre; car à moins de circonstances rares, le particulier le' plus probe est obligé de profiter de Fodieuse faculté qu'on lui donne,' puisque, tout le monde en usant vis-à-vis de lui, «il sendt blentAt ruiné et même insolvable. Ainsi il n'a que le .choix entre deux banqueroutes , et il doit se décider pour celle que la loi autorise.
Nous ne snivrons pas phis loin les efiëts moraux de pareilles lotsf ^ n'est pat ici le lieu , et d'ailleurs
ik sont a0«ei itusibles. Quant k kur» eRèU éeoniHiniques, les yoici. Premièrement, tous les crésmckit que l'on rembourse sont subitement appauvris, et toi|s les débiteurs, y compris le gouveraeiBeot, sont enrichis de leurs pertes. Ainsi c'est une levée cxtraordinaire d'argent sur une seule classe de citoyens^ laquelle est même très-inégalement repartie entre eux, et est augmentée encore inutilement de lente la portion dont profitent d'autres citoyen» qni se trouvent dans une position semblable à celle du gos- Temementyde qui les intérêts apparena sont le moHf de la mesure.
Siecondement, tons les créanciers à qui on a» rembourse pas actuellement leurs capitaux sont ap- IMQvris d# même , parce qu'ion leur en dessert la rente avec la même valeur nominale, mais avec une valeur réelle moindre. Ici la thèse change pour le gouvernement. 11 est du nombre de ces ciréaiicien frustrés pour tout ce i]u'il ^çoit d'Smpôtawanuels; ear on les lui paie avee la même quantité de monnaie, mais avec moitié moins d'argent efiectif, s'il a diminué de moitié la valeur dO cette monnaie. A. la vérité , comme il a la force en main , il douUe bientôt les impôts existans, et par-là il se croit au pair, et avoir en pur gain ce qu'il a évitié de payer.
Cependant il n'en est pas ainsi ; ça,T le trc^ième effet de cette opération est de faire qraindre «qu'il tout moment elle iie recommence^ et qu'oie ne puisse plus s'assurer snr la foi jurée; de jeter par-Ji»de IHoqiiiétQde daps tentes W» celatiûm j et par soii^^ de
DE LA MONNAIF, l^q
diminuer consî^rableoçient toutes les «pëculationa industrielles et commerciales. Ainsi le public sou£Pi^ . la richesse nationale est diminuée, et une grande partie des impôts tombe en non> valeur; car Je travail qui les payait est diminué, et qui ne gagne rieo ne peut rien donner. De plus, le gouyeroement a toujours besoin qu'on lui fasse beaucoup de fournitures et d'avances qu'il ne saurait eji^iger de force. I^^s prix en sont doublés, si la valei^r de la monnaie est diminuée de. moitié. Cela est tout simple. Mats en outix:, tout est devenu cher et rare; et de plus, pour se déterminer à traiter avec lui , on lui fait payer encpre la crainte qu'il ne manque de foi une se* conde fois. Ainsi ses dépenses sont augmentées dazu une plus grande proportion que ses revenus, même après qu'il a doublé les impôts.
£n dt^rnicr résultat, il a fait un vol qui a causé
beaucoup plus de mal qu'il ne lui a produit de bien,
C'est pourtant là ce qui a été long-temps regardé
très-généralemcnt comme une savante opération
de finances. C'est bien ici le lieu d'admirer comme
les hommes sont dupes des mots. A la honte de W'&r-
pril humain, il eût peut-être su^, pour les g.iran ir
d'une telle illusion, que les picoe^ de monnaie eus«
sent été, comme nous l'avons dit, désignées seule*
ment par leur poids, au lieu de porter des nom)
îosignifians. Il est vraisemblable qu'alors on eût vu
qu'une demi-once ne peut jamais devenir une once.
Cependant, en vérité, cela devient douteux,
quand on voit des prestiges aussi grossiers et plu«
fHue«les cf le ceuj^H:i «xiussU'eQcoirc'aufrcA de bicu
fr>o CHiPiTRR vr.
ihê gras , oa (In moîrit n'être q&^tmporfiriletiKnt éémèiés^ Cette réflcxioa nom amc^ie dîn^eteonnit aàx papiers-monnaîe dont l'Europe est iiionJée au luomcnt oh nous parions (en \8io}^ et aoKqtH'i^ on a Coif jours recours , malgré fexpcrience constante de leurs effets indvitahlps.
Pbur défendre une injustice ^ H faut toi^oors s'appuyer sur une erreur; c'est une règle uni ver- «'île. Ceux qui ont youIu frustrer leurs créanciers d'une partie de Targent qu'ils leur devaient, en diminuant la quantité d'argent contenue dans les monnaies arec lesquelles ils comptaient les payer, ont tous prétendu que Targeni n'a aucune valeur par lui-mé^mcy vu qu'on ne U boft ni ne le mange; qn'H n'est que Te signe des valeurs réelles,* çie c'est l'empreinte du monarque qui luf donne cette qualité de signe, et qu'afnsi ït est Indiffélrnt qa'eHc s6it appliquée sur une plus ou moins grande «luantîté de métal. On aurait pu leur répondre :. Si l'argent n''a aucune valeur, pourquoi donc neteiKz^vous et'îui que vous devez T vouç n'en avez que fitiie. Donnez- noas>Ie d'abord j puis vous mettrez votre empreinte sur des morceaux de bois, si vous voulez,, et vous verrez l'efftrt' qu'elle fer». Il ne sembb pas qu'il fallut être bien habile pour trouver cette réponse accablante ; cependant elle n'a point été faite,. parce gu'iî n'était pas aussi aisé de prouver dii«c-tement que l'argent, comme toutes tes choses utiles,, a une râleur propre et nécessaire; même, pour le d émontrer invinciblement, il faHaiiremonter, comme nous ayons Mt , et comme pcut-étte on ne l'a jamais-
,T>E hk slaNrcjMS.. < i-5i
€mH'^ yÊaqA ht cmse première et umqae' de toute -râleur, le travail.
Gcito isaioarclise (il faut bien appeler k^ choser parleur nom), ((ue Targent n'est que signe, t'est don. tfc>utenue, et oa 1# rtfpète encore tous les jours. Maints «^rirains ne donnent pas d'autre nom à l'ar-gent ; etdesgens^isea'oîentdesbistoriensetdes po. litiqae» TOUS rendent compte gravement du système de ùtyr, et le discutent à perte de vue^ sans s'apcr-cevoir, aprâi cent an» de réfle&ions, que c'est uniquement lànlessus^ qu'il ^tait fondé, et que tout le reste ne conswte que dans de» accessoires imaginé» pôor masquer ce ionds(»). Le beau principe dont il s'agit n'est donc nî abandonné ni proscrit. Si l'on ae s'en prévaut plus guèrepour altérer tes monnaies , ce n'est pas que J'on en ait honte, c'est qu'on a trouva le moyen d'en faire une application plus, 'complète. Car enfim dans, la plus, fausse monnaie il reste toujours un peu d'argent. Dans ce qu'on y substitue actuellement il n'y en » pas du tout, c'est eneoi-e mieux. On n'a pas suivi le conseil que nous. donmone tout à l'heure, de mettre l'empceinle du prince f>or des rooroeaux de bois. On la met su idu papier, cela revient au mémovLes relations multipliées de la société perfectionnée ont suggéré cette iiléê , et serfent encore'à masquer Uk fraude. Expliquons ceci.
(i) C'est ce qui fait «pic Lawtui-m«m« , quand TabbcTerrasâon lui proposa «e rtmliotirscr la Telijjioa calhali^ue «vec
i5a rHA?iTR« VI.
Le papier, tomme tunto autre cboÉ«, n'a «)• Taleur tiëoessaire que ce c|u'il en «oûte pour le fibriqner, et n'a de valeur yénale que son prix tlans >a boo tique comme papier. Quaod je tiens vn billet, une obUgation quelconque d'un homme •olvable , de me payer à vue cent onces d'argent § oe papier n'a que la Taleiur réelle d'une feuille de papier. Il n'a point celle de cent onces d'argent qu'il me px>met. U n'est pour moi que le ^igne que je receTrai ces cent onces d'argent quand je Touilrai. A la yéritë, quand ce signe est d'iine certitude indubitable , je ne suis point inquiet de le réaliser, Je pourrai même, sans prendre cette peine, le passer de gré à gré à une autre personne qui sera aussi tranquille qiie moi , et qui raéme aimera mieux le signe que la chose signifiée, parce qu'il est moins lourd et plus traaaportable. Nous n'avons réellenient encore ni l'un sti l'autre aucune valeur (je compte pour rien celle delà feuille de papier); mais noua sommes aussi sûrs d'en avoir quand nous voudrons, que nous sommes sûrs , avec de l'argent , d'avoir à dfiw quand nous auroils faim : c'est ce qui nous fait dire à tous deux que ce papier est la même ebose que de l'argent. Cependant cela n'est pas e&aot , car le papier ne fait que promettre, et l'aident seul vaut par lui-même.
Partant de cette équivoque, le gouvernement vient, qui dit : yous convenez tous que le papier d'un homme riche vaut de l'argent. Le mien, à bien plus forte raison , doit i avoir la nicmu pro-
DE L'A Mrw^NArj:. l55
prî^té; car je sula plus riche qu'aucun r particulier^ et de plus VOUS) avouiez que c'est mon empreioto seule qui donne à Targ^Dt )a qunlitë de signe de toutes les valeurs. Ma signature communique à ce papier la même vertu : ainsi il est à tous égards une -véritable monnaie. Par surcroit de précaution , oa ne manque jamais d'inventions pour prouver que le papier que l'on va émettre représente réeliement 4es valeurs immenses. On l'hypothèque tantôt sur une niasse très-<;onsidérable de biena domaniaux. , tantôt sur les profits d'une compagnie de commerce qui iloit avoir des succès prodigieux, tantôt sur les loxids d'une caisse d'amortissement ^ijui ne peut nianquer de produire des effets merveilleux , tantôt sur tout cela ensemble. Pressés par des aFga7 meus si solides, tous ceux qui .espèrent que cette opération mettra l'autorité à méiue de leur faire dés (loAs, et tous ses créancier» actuels, qui crai-, gnent sans cet expédient de n'être pas payés àik tout, qui cspèfent avoir ce p^q^ier des premiers, et s'efi défjrfre bien vite , av!lnt qu'il soit discrédité , et qui d'ailleurs comptent bien , s'ils y perdent quelque . chose ^ s'en dédommager amplement dans les affaires subséquentes , ne manquent pas de dire qu'ils sont ' pleiueoient .convaincus que ce papier est excellent ; que c'est une invention admirable qui sera le salut de l'Etat; qu'ils Sont tout prêts à le prendre; qu'ils l'aiment autant que de l'argent; que leur seul esw bam ft serait s'ib repcontraicnt des esf^its revéchei et déjfiiios comme il yen a toujours , qui ne voulus* sent pas le recevoir; que pour prévenir cet tncMi-
|54 cnAPITRK Vf.
▼énient, il leudraît cnttonner à lotit ie monde iSe idlre comme eux /et qn'alon tontes clifficaltcs sont éranonies. Le publie même, prérena par tant de •ophismes qui recoÎTent de si nombreuses approbations, goutc d'abord la mesure , la désire , et se permade qu*il faut être absurde ou mal intentionné pour ne la pas approuver. Ainsi Ton fait du -réritable papier- monnaie , c'est-à-dire du papier que t0ut le monde a le droit de donner et est obligé de prendre comme de la bonne monnaie, et Ton ne s'aperçoit pas que c'est précisément cette violence à laquelle on s'est porté pour rendre ce papier lAeitleiip , qui le vicie radicalement.
En effet, l'autorité, qui ne t'a créé que pour se libérer, en fait d'abord asset pour éteindre toutes ses dettes. Il est ordonné de "le recevoir j on y est disposé ; il se répand avec fsiciHté , H est dans toutes les mains concurremment avec L'argent; il paratt lÉéme dans le premier moment accroître l'act^rit^ du commerce en multipliant les capitaux. D'ailleurs on ne l'emploie que dans les gct)» paiement et dans les placemens de fonds. Ainsi le service ioumaliec-. et cette multitude infinie de petits t'ebanges qui constitue la marche habituelle de la société se font comme à l'ordinaire ; tout le monde! est<c<Hitent.
Ensuite la même autorité use du même moyen* pour SCS dépcfiv^ies ordinaii-es^ elle y met nécessairement moins d'économie , se sentant des ressourcr& toujours prêtes; elle s'embarque dans des entreprises soit de guerre, soit de politique, soit d'administratioB > auxquelles elle n'auçai t pas osé songer, sentant
rJE LA MONNAIC. l55
Wen qu'elles auraient dépassé sev foroes sans cette facilité. Le papier se multiplie donc extiémementi Les fournisseurs du gouvernement sont les premie» à dire que tout est très-rencWri, qu'il leur î&ui des piix beaucoup plus forts î ils se gardent ]4m d'avouer que c'est parce que promesse ne vaut pas aident, et que la promesse commence à paraître do^rr tease; ils attribuent ce fait, dont ils paraissent suj^ pris, à un encombrement momentané qu'il sera aisé 4e £aire disparaitre en rallcntissant tous les paie-r mens, excepté le leur; aux intrigues d'un parti de raécontens qu'il faut subjuguer; à la malveillance des étrangers, qui , pour nous embarasser, ne veulent traiter avec eux que l'argent à la main pqu^ los objets qu'ils sont obligés de tirer d'eux. H es% impossible de ne pas se rendre à de si bonnes raisons, et surtout à la nécessité: les dépenses augmen-r t<înt donc pix>digieusement^ et le papier de même. On le reçoit toujours, car on y est forcé j mais tout le monde en demande beaucoup plus pour les mômes cboses. Bientôt il s'établit une proportion avouée et connue entre le papier et l'argent. Elle devient si désavantageuse au papier, que les salariés, les rentiers, les propriétaires de biens affermés, que r<m paie dans cette monnaie , sont très-grevés. On augmente les premiers, ci particulièrement tous les employés du gouvernement qui en est d'autant plus chargé ; les autres souffrent horriblement. A cette époque de la dépréciation du papier, le gouvernement éprouve déjà sur ses impots la même perte que les fMurticuHers sur leurs rentes et leur^ fermages; cek
l56 tttAPifBK Vî.
ht gène) ttai0 ce ti'est pat le moment d*augtoRfktet Uê charges publiques. Il lui est aisé de faire du papier potrr combler le déficit qu'il éprouve j il préière ce moyen. De là uAe nouvelle cause d*émîsson H dé dépréciation.
La différence entre le papier 6t Paient croissant progwssivemfent, on n'ose plus faire aucun crrédit ni aucun prêt; on n'ose plus même acheter piour revendre, parce qu'on ne sait à quel prix on pourra revendre j tout commerce languit. La proportion o« plutôt la disproportion augmentant toujours, die Itfrive au point que les transactions joumaliô res pour les t^oses de première nécessité , qui ne compoiient qàc'de petiteé sommes qui se paient en argent, deviennent impossibles j car on aimerait autant cfcnner cent francs de papier que vingt-Cinq de monnaie; et par la même raison, si Vous devez douze francs, personne ne Voudra voiis rendre sur un billet de cent îrancs. Tout le monde crie et se plaint. Les querelles fedht interminables, puisque les deux parties ont raiisoti. On cioi't l'emédier à ce mal en faisant des billets pour lès plus petites sommes, et on en fait (i), 'mais on n'y gagne rien ; car de ce momciit on ne Voit plus un écùj et dés que les choses les plus usuelles se paient en papier, elles montent à nn prix proportionné au discrédit du papier, c'est-à-dîi^ tel que
{ i) Wotu an avôtn ▼« •fnsrpi''à cinq sons. On itigc bien s'il AuU possible ût lot «ui-veiller, et«i le* Iroû quarts n'ëtaisttt p«s fbUt.
bÉ LA MÔNiVAlE. ,iSj
peAfiftoàe ii*y peut atteindre. On est donc incita l>léttent forcé d'en /venir à taxer d'autorité toute» lés déDrées nécessaires. . '
Aiofs il ny a plus de société /n^is un bn>n^ Sage universel; tout est fraude ou supplice.Lcçoû- Ver nement frappe des réquisitions partout^ et le peu- ^)le pîlléj car il n'y a que la violence qui puisse bbîjger de vendre à perte, pu de se dessaisir de cliosc» doni on craint de manquer soi-méiné bientôt. En effet tout manque'; ^ar personne ne fait de nouvelles provisions ni de nouvelles fabrications, île peîir d'éproaver de riôuvçUés spoliations. Tous lés métiers ilont abandonnes. Il àe's'agit plus de songer à vivrç ciû produit d'une industrie réglée; chacun subsiste «le cc.<ju*il peut chclier on de ce qu'il peulàliraper cônamé en pays enkiemi. Les plus dénués meurent en foule. On peut dire dans le sens le plus strict ane la société est dissoute, car il n'y a presque plus d'échanges libres. ...
Il n*est plus besoin alors de s'ôecuper de petits .biUets^, caries plus forts suffisent' à peine pour les .{ilus petites somme». Nous ayons vu pa^er une pair/e de souliers trois mille francs, et être tr^s-beure^k de Tobtenir en. secret à ce prix ; car la force peut bieh obUge^ à la donner pour rien quand elle existe , mais elle ne peut pas contraindre à la faire. Arrivé h ce point , il faut an contraire que le gouvernement lionne ane valeur nominale très -forte à chaque feuille de son papier, non pas seulement pour qu'elle •oit de quelque usage, mais pour qu'à lu^méme ^l)e lai repréeehle uii peu plus d)s valeur récite qu^il
158 CUAPITRE VT.
ne ]i\ï en ooùte pour la fabriquer. C*eA ce qui a Tait qu^cn France , dans les derniers temps du papier- knonuale, on s'est avisé de faire des mandats qui n'étaient que îles assignats d'une forme nonrefle , mais auxquels on avait attribué une valeur ciiêntuple deeelledes autres, sans quoi ils n'auraient pas valu leur prix de fabricatioii. Ainsi on en était venu au point qu'un billet de cent francs assignats, par exemple, n'avait effectivement pas la valeur réelle de la feuille de papier sur laquelle il était écrit , et qu'il aurait mieux valu pour celui qui la recevait qu'on la lui donnât toute blanche, ou plutôt qu'on lui donnât le prix qu'elle avait coûté (i).
Un tel fait parait incroyable ; cependant nous en avons tous été témoins ; et il prouve bien deux vérités importantes : l'unç^ que quand on veut aller contEje la nature des choses ou est inévitablement pousséaux extrémités les plus monstrueuses; Tautre, qu'il est aussi impossible de donner aux choses une "Valeur réelle qu'elles n'ont pas, que d'6ter à aucunes d'elles la valeur naturelle et nécessaire qu'elles ont, laquelle consiste, on ne saurait tnïp le répéter, dans le prix du travail que coûte leur production.
En vain dirait-on qu'on peut user du papUrmonnaie sans en abuser à cet excès. L'expérience
(I) n «8t Trui qoe cp^ mandnts OfOt éld la fin de toiit,qtt*ys ■*ont doré qac pea de jours, et qii'its n^<mliumiiift e« aa eoars réel ; car la craûile d'aoci» su|>|)lice ne |iouvait plus déierminer personne à les prend;* puiir aucimpiix.
constante proQTe le contraire ; et^ inJt^pendamtnenl de Texp^rience, le raisonnement dénontre que de» qu'on en a abusé on est force d'en abuser toujours datantage, et qu'on ne le fait monnaie, c'est-à-dire ayant un cours force, que pour en abuser. Car quand tous lui laissez un cours libre, le moment oA ta crainte que tous ne puissiez pas remplir vos cngagemens fait qn^on répugne à le reccTolr tous montre fe n\omcnt où effectiTement tous commen-, ces à prendre de» cngagemens au-<Iessus de to» forces, c'estwi-dire à abuser. Quand tous fui donnez un cours forcé , c'est que tous ne Toulez pas é(rc «Terti de ce moment et que tous êtes déterminé à passer oofre^ c'est-à-dire à prendre des engageracna que Tout ne pouTcz remplir. En un root, quand Totre papier est bon, il est inutile d'obligei^ à le receToir; quand il est mauTais, il est inique et ab^ furde de forcer k le prendre pour bon. Op ne répondra jamais rien de solide à ce dilemme. Mirabeau a donc eu grande raison de dire cette pbrase célèbre qu'il'a trop oubliée depuis r Toui papiermonnaie ett une orgie du de^»tisme en délire.
On a TU que les suites de ce délire sont encore bien plut funestes que celles, de Taltération des> monnaies. La raison en est simple. Cette altération ^ quand elle ne se répète pas, n^a qu'un effet momcnéunë, dont beaucoup de personnes, souffrent comme d'une grêle, et dont d'autres profitent comme d'une aubaine. Mais tout reprend bientôt son cours ordi- ^ naire. Au contraire, la dépréciation gradueHe du papîerHDionnaiey pendant tout le tempe qu'il duve »
|(^0 CHAPITRE Vf»
f^it l*eSçt d'an nombre iofixû <Ji^altér!iU<m$ ▼63 continuées jusqu'à l'anailiilation totale; et; dant tout ce temps, persoiine ne sachant sur ijuoi compter, la marche de la société ^est tout-à-fait intervertie. Ajoutez à ce(a que Toa fait touJouiB dv papier pour de bien plus grandes. sommes qpe l'on ne frappe de la monnaie, m^me ipauvaise. Ainai le mal est encore beaucoup plus grand*
Concluons que le papier-monnaie est la plus coapabîe et la plus funeste de toutes les| banqueroutes frauduleuses ; que Faltération des monnaies miu^l' liques vient ensuite ; et que quand un g;ouvemement est assez malheureux pour ne pouvoir plus remplir ses engagemens, il n'a rien de mieux à faire qu'à déclarer francheme^it sa fiiillite, et composer loja> lement avec ses créanciers, comme un négociant îm* prudent, mais hoiméte.Le mal est beaucoup moindre; la réputation reste, et la conâance renaît bientôt; trois avsfntages inappréciables. Partout où il y a candeur et probité, il y a du remède au malheur. C'est un de ces points nombreux par lesquels l'cfconomie et la morale se rejoigent, et qui font qu'elles ne sont que des parties didércntes du même sujets l'histoire de celle de nos facultés intellectuelles que nous appelons la volonté.
Après avoir ainsi parlé de Hargent, de ses usages, de sa valeur réelle, du danger de prétendre le remplacer par desvaleursfictives, il convient de nous occuper nu XDOment de ce que l'on appelle Vintérét(h VargenL -Ce sujet, comme bieaueoup d'auti-es, serait bien aimple «i Ton n'avait pas cherché 80u?eQt à l'em^
SE liA HOiVNilE. ifil
tiroiûller, £t ti on ne Tayait. jamais traUd qn'api'ét les préliminaires dont nous i'arons fait précéder.
Puisqu'on loue des cheyauz, uu carrosse, des wubles, une maison, des terres, en un mot tout ce qui est utile et a une Taleu^, on peut bien louer ûe même rai|;ent, qui est utile aussi, qui a aussi une valeur, et que l'on échange tous les jours contre toutes ces choses. Ce lojer de l'argent est ce que l'on nomme intérêt. Il est aussi légitime que tout .autre loyer: il doit être tout aussi libre. Il n^y a pas plus de raison pour que l'autorité en détermine le taux que pour qu'elle fixe le prix du bail d'une maison ou d'une ferme.Ce principe est si évident , ^qu'il n'aurait jamais dû souffrir la moindre difficulté.
U j a pourtant ce que l'on appelle l'intérêt légal,
.C'^est celui que les tribunaux adjugent lors des ac-
•tioo^ judiciaires, dans les cas où les parties n'ont
.JA& pu en convenir, et où pourtant il est juste que
^)« débiteur en paie un quelconque.il faut bien que
Xa loi l'ait déterminé d'avance. U ne doit et ro ni
trop fort ni trop faible: pas trop fort, afin que le
^débiteur de bonne foi qui a voulu se libérer, mais
^que quelques circonstances étrangères à lui en ont
jcjDpéché, ne soit pas grevé pour avoir été oMigé de
carder sou argent j pas trop faibie, pour que* le dé-
^teiir de mauvaise foi, qui a cherché des chicanes
pour différer de payer, ne gagne pas à avoir con-
jBcrvé la disposition de ses fonds. En un mot, il faut
.Cacher qu'il soit tel que ni le créancier ni le débi-
j^cur nu soient lésés. Pour cela il faut que la loi le
jixc comme il est à prc&umcr que les parties cii
l6t?. CHAPITBE VI.
fasaetit coutcducs^ c'cst-à-dirc ccmfonnëment air taax le plus ordinaire dans des circonstances ana^ logues. Mais encoi*e une; fois cet iniétéi légal ne doit être d'aucune considération toutes les fois qiie les partîtes ont pu faire elles-mêmes leurs conventicms. L'autorité publique ne doit jamais intervenir dans les transactions particulières que pour en assurer l'exécution , et pour porter son appui à la fidéUté au3( cngagemens.
U est pourtant vrai qu'il est de l'intérêt de la société en généra! que le loyei* de l'argent soit bas : premièrement parce que toutes les rentes que des hommes industrieux paient à des capitalistes sont autant de foiids enlevés à la classe laborieuse, att profit des oisifs; secondement, parce que quand ces rentes sont fortes, elles enlèvent une si grande partiie des bénéfices des entreprises industrielles, que beaucoup deviennent impossibles ; troisièmement, paroe que plus ces rentes sont fortes, plus il y a de gen» qui en vivent sans rien faire. Mais tout cela ne fait pas qu'il faille fixer d'autorité le taux de l'intécét} car nous avons déjà vu que la société a absolument les mêmes motifs poi^r désirer que les fermages des terres soient à très-bon marché (i)> et cependant
(i) L'agricttKnre n'est nulle part an»! florùsanle et crois* sniite que dans les pays où ces fermages sont encore nais , parce qu4l y a encore des terres n^appartenant à personne^ car alors tout le prodait de ce« terres est à celui qui les cvàtive. V070S les contrées de L'oaest des Euu-Uais de Vàxai" riqne.
Cela doit uous apprendra i »ppi ccier U sagacité' de et»
])erMtitie n'a jamais propose de déclarer usuraîrea^ et illicites les baux de ferme qui passeraient uit certain prix. lyailleurs/ fixer le taux de Tintdrét n'est pas un moyen de le diminuer j au contraire^ c'est seulement inviter en quelque sorte à la dissi-^mulation; cai* le préteui' se fera toujours payer le plas qu'il pouita la jouissance de ses capitaux; il voadra eiicOre être indemnisé du risque qu'il court éH âudant Une loi imprudente et même injuste. Le seul moyen de diminuer le prix de l'intërét de Far" gent est de faire que la masse de la nation soit ri'«. cbe; qu'ainsi il y ait beaucoup de fonds à placer, et que pourtant les gens industrieux aient peu besoin d'empiliuter.
profoadc politiqnoi qni prdlendcnt qn^il est trèx avantageux ' & une natioa que tes bieDs-foniU se Temlent trèr^cher, parce • qne , disent *i*s , il s^ensuit qUe sou sol , qui est une très-grande partie de son capital, a tine très-grande valeur. Ik ne se dou< ' téut pas de Itt qnestion.
Cependant il y a deux manières d''entendre ce mot TBis- ' CHER. Veat-on dire qu'il est désirable que fa terre se vende cher, i proportion de la rente qu^on en peut tirer f Cela est vrai ; car cela prouve «mie rinte'rêt de Vargent est bas , et qn^ainsiroisif enlève peu au travailletlr. '
Mais vent-on dire quHl est bun qu^un arpent de terre se puto cher aussi à propurtion de ce qnUl peut produire? Ceb% est faux ; car ce prix est autant d^ enlevé à celai qui va cïploiler cet arpent. Ainsi c^est dire quMl «st-avantageux d'enlever A cet homme ntile une partfé de ses moyens , et • de rendre i-onvent son entreprise imposMbld* en en augmentant les frais. L'expérience et la raison déposent également contre cette «éprise.
t€4 CHAPITHÊ VI.
Au lieu de fixer le taux de l'intérêt , on pourrait peuUélre étendre à ce genre de conventious le principe de la lésion d*outre- moitié, qui» daos certains eas, autorise ia résiliation des engagemens contractés; mais rapplîcation de ce principe serait sou« vent très-embarrassante en matjère de prêt. Il £iudrait avoir égard à bt?aucoup de circonstances difficiles à évaluer, et nommément au degré de danger qu'a çourti le préteur en se dessaisissant de ses fonds. Au moins voudrais-je, dans cette supposition, qu'à plus forte raison les fermages fussent compris sous la même règle j car là il n'y a pas le risque que l'on emporte le fonds) mais je préférerais tonjours qu'on laissât les particuliers e^tiérer ment libres de leurs conventions.
Pour terminer le cha]:^tre des monnaies et de tout ce qui y a rapport, il nous reste à dire un mot du change et de là banque; ce sont deux choses trèsKlisliuctes qui se trouvent souvent mêlées; cxa- Qiiiions-les séparément.
Le change, ou le service du changeur, est une. ppération des plus simples c'est de troquer une. monnaie contre une autre quand on le lui demande. Il ne faut que savoir combien chacune des deux' contient d'or ou d'argent pur, en rendre la même quantité qu'il en reçoit, et prendre un salaire convenu pour le prix du petit service qu'il rend. Ou. bien il s'agit de troquer des linguot$ contre une. monnaie quelconque. C'est encore exactement la même chose; il faut seulement , en puire, iiietli-c. (e|> ligue de compte le petit accroissement de yaiciif
DE ^A KOOTNAIE. l65
que donne an mélvl la qualité 4e monnaie qui lui est impriipëe par Teiffigie ou le sceau du souverain^ Si le tiu^ des métaux était aussi aisé à constater que leur poids, l'intérêt personnel le plus inventif pour pécher en eau trouble ne pourrait paryenir à répandre la mpindre obscurité sur une pareille transaction; et malgré cette petite difficulté de l'ea- «aî, elle reste encore assez claice quand rien ne s'y mêle, parce qu'enfin les deux choses à changer sont «n. présence. Il ne s'agit que de les évaluer toute» deux et de troquer; mais l'opération du changeur se complique souvent avec celle du banquier :ecspli<quons d'abord celle-ci*
La fonction du banquier est de roua faire tou^ cher dans une autre ville l'argent que vous lui re«* mettez dans celle où vous êtes. Il voua rend service ^n cela; car si vous avez i)esoin de votre argent ;dans cette autre ville,, soit pour y payer des dettes, soit pour l'ydépenserf il ^ut que vous l'y envoyiez ou que vous l'y portiez, et cela entraîne ues frais et des risques. Le banquier qui y a un correspondant vout> donne .pour lui un billet appelé /«/tre f(e chunge, en vertu duquel ce correspondant TOUS remet votre somme. Dans une occasion inverse^ ce même correspondant donne à ime autre per* sonn^ un pareil billet sur votre banquier : ainsi les Toilàquitte8,et ils ont obligé deux personnes; et comme tout sçrvice vaut salaire , ils ont retenu à chaque fois pour leur récompense ime portion convenue de l'argent transporté. Tel ^sl le service et le bénéfice du banquier.
ififi CHAPITllB TI.
Je sois toujours émerveille que des écritmiiis qui ont longuemeat disserté sur ce négoce, qui en connaissaient Tatilité, qtii en ont exagéré l'importance, aient mcconmi Faccroissement de valeur que reçoivent les marchandises par le diangcment de lieu , et aient refusé la qualité de producteurs aux négociansqui les transportent. Car ici, qui est le cas le plus simple, il est bien clair que quand vous, qui habitez Paris, vous devex eent francs à Maraeille, vous aimez bien mieux donner cent un firanci à votre banquier, que de porter ou d'envoyer von»méme vos cent francs à Marseille i et réciproquement, si vous y avez cent francs, vous aimez mieux en recevoir quatre-vingt-dix-neuf à Paris de ce même banquier, que d'aller chercher à Marseille votre somme entière. Les marchandises rendues à leur destination ont donc réelteiyent une valeur qu'elles n'avaient pas auparavant. Cest ce qui vous engage à donner une récompense à votre banquier,, quoiqu'il ne lui en coûte rien pour vous rendre ce service.
A ce premier bénéfice il en foint ordinairement un autre. Vous lui donnez aujourd'hui votre argent. JLa lettre qu'il vous donne en retour ne sera payable que dans quinze ou vingt jours, plus ou moins. Il faut bien le temps qu'elle arrive. Il faut en p;^venir le correspondant. Il pourrait n'avoir pas les fonds* On ne manqué m^me jamais de prétextes' pour allonger ce délai. Cependant ce n'est que du iour du paiement que le banquier tient compte tie U somme à son confrère. Ainsi pendant tout l'io-
DB LA MONNilE.^ 167
tetralW il )Ottit de votre argent gratuitement, et peut lé faire travailler; et comme Furgent porte intërét , c'est un profit assez considérable ; car on TOit bien que s'il a successivement dix -huit ou vingt-quatre commissions pareilles, il a gagné tout l'intérêt de la somme pendant un an entier. A ces calculs il faut en ajouter encore un troisième. Quand beaucoup de Marseillais sont débiteurs envers des Parisiens , ils viennent tous demander des lettres payables à Paris. Elles deviennent rares. Les banquiers peuvent être embarrassés d'en fournir, leurs corrcspondaos étant déjà en aVanœ vis-à-vis d'eux. Us en prennent occasion de TOUS demander , indépendamment de leur droit de commission, cent deux ou cent trois onces d'af^cnt', ^u^ en . faire toucher cent à votre ordre à Paris ; et vous qui avez besoin de vous acquitter, vous les donnez, ne pouvant le faire à meilleur marché. Par la raison contraire , si quelques Parisiens ont dans le même temps besoin de lettres sur Mai^ille, les banquiers de Paris pourraient, pour cent onces d'argent, leur donner une lettre de cent deux oii cent trois onces , puisque c'est le prix qu'on y met à Marseille. Mais comme eux seuls sont bien au fait de ces mouvemens, ils s'arrangent toujours pour ne pas faire profiter les particuliers de tout le bénéfice, et leur faire supporter plus que la perte nécessaire; et c'est ponr eux une nouvelle source de profit.
C'est là ce que Ton appelle assez mal à propos, à mon aviS| le cours du change, et que l'on de-» Trait plutôt, sui vont moi, appeler le eoun de là
l68 CHAPITRE VI.
banque; car cet deux villes étant dans le mèakt pays; et se servant de la même monnaie / il n'y a point de change, mais seulement transport d'espè-< ces, ce qui est le prapre de la banque. On dit que ce cours est au pair quand cent onces d'argent dans un endroit en paient cent dads l'autre, et qu'il est haut ou bas quand il en faut plus ou moins (i ), toujours indépendamment du droit de commission du banquier.
L'opëralion du change , au contraire, se mêle à l'opération de banque et la complique, lorsqu'il s'agit de transporter des fonds d'un pays dans on autre. Car la somme que Ton reçoit à Paris, et pour laqu^le on donne une lettre sur Londres, a été dépittëe en monnaie française , et sçra pajé« cb
(i) Qaand il faut rooins de roo francs pour payer too trMc$ oifteurs. on dit que le change est bas. C^est je oits de la viWe qui, corapeusiitions faites, estrestée crr»uoicr,e^ p^rc^ qu'apparemment 'etté' a envoyé dans Tanire plus de wiacchandiics qu'elle n^eri a r«çu. Ce change bas lui donne ùé ràvantag* pour importer» car elle peut pdyor les mêmes eho»es ar^e moins d'argenl. Mais par la même raison il lui donne ctffdës»« Tantage peur continuer à exporter, car il faut plus d^argent pour s'^acquttter vîs-à-yii d'elle de la même quantité de mar- «hancfises. Gehi équivaut à an renchérissement , et dtmina» les demandes.
Cette seule considération , indépendamment, do bVsn d'a«tres« montre cnmbien il est ridicule de croire poiiToir exporter tuujoufs'et constamment plus qu'en n'imporfe. On serait •rrété hientdt pur le seul cour» du cbmge.« lltfti noQt b*m. semâmes pas endorc a examiner le« rêveries dés prétéadacsbalancca de commerce. 11 suÛTit d'avoir Cait cclite observatioiu.^
DK LA MrilNN.4rV. iGq
irionnaie anglaise. Il faut donc faire la èoncordance de ces deux monnaies , et déterminer ce que cha-« cune d'elles contient de métal pur , d'après les lofs' connues 'de leurfabrication.il fatit de plus ëyaluer, au moins d'une manière approximative , ce que les piéceç de monnaies peuvent avoir perdu dans les deux pay», depuis qu'elles sont en circulation. C'est ce qui fait que , toutes choses égalés d'ailleurs^ on demande toujours moins pour payer lâ même ^omme daxii un pays, quand sa monnaie est ancienne et par conséquent a soufiTert beaucoup de déchet par Tusage et ^a'r la fraude des rognéurs d'espèces, f|ue quand eHe est toute neave et intacte; car dan^ ce derniA" cas elle contient réellement plus de mi'-' tal, et le porteur de la lettre en i^ceti'a plu» pout' la même somme. Ce change est encore une nourelie occasion de gain pour le baïi(|idet.
Yoilà à quoi se réduist^nt tontes les opét'âtions de change et de banque, qui, comme l''on voit, sont' très-simples et seraient très-claires si toutes hV monnaies portaient le nom cfe leur poid^ 'èt'la rharque de leur titre, et si le pédantiÂic et Te chat-' Éitanisme n'avaient pas à IVnvi caché et déguisé des nttious si communes , sons une multitude *d6* floms barbâtes et de termes d'argot tels , qu'il n^y â ^e les initiés qui puissent s'y reconnaître. '
Les banquiers rendent encore une antre espèÂ* et service. Quand le porteur d'une lettre &t chaiig*' qui n'est 1^8 éehue a besoin d'argent,' H la' lui* paient en retenant la valeur de l'inter^defasoDime poarletempi qm resté à conrir.fasqu'aû fourde
lyO . CHAPITRE VT.
récb^nee. Cela s'appelle escompter. Quelquefois ijs reçoivent d'un particulier des efieU non exigibles, autres que des letti'es de cUange, comme iWs Lilleta, des créances à longs termes, des titres de pi*opriët(i , des hypothèques sur des biens-fonds ; et munis de ces sûretés , ils lui avancent des sommes en lui en faisant payer un intérêt plus ^u moins fort. D'autres fois, connaissant un homme solvahSe^ils lui donnent, moyennant rétribution, un ci'éditsur eux jusqu'à une somme déterminée, et ils mi font les agens de toutes ses aQaires, se chai-geaut de faire rentrer tputes ses créances et d*acqui|,U'r iou» ses débets. Ce sont là autant de manières d'iHre utiles; mais dans tous c<^ eus ils sont essentiellement prêteurs et agens d^affuires , et non pas proprement banquiers^ quoique des services do lianque se mêlent à ces opérations. C'est néanmoins tout Ci'la que l'on comprend oniiuairerafut sous les noms de banque d'escoii^ptes » de secours, de crédit, de circulation , etc. , etc.
Tous ces banquiers» changeurs, agens,. préteurs ^ escompteurs, an moins les plus riches et les plus accrédités d'entre eux , ont une forte tendance à se réufiir en grandes compagnies. Leur prétexte ordinaire est que , faisant ainsi une bien plus grande quantité d'alTaircs, ils pourront se contenter d'un n^oindre pvo&l sqr chacune, et faire tous les services à bien meilleur marché. Mais ce prétexte est illusoire;; car si on fait plus d'afiTaineSi on • j emploiç plus de fonds; çt. sûrement,. leur intention n'est pas .que ,çbitfî«P P*f*\P -^ lçu*c». fo^di Iç ur pi-o-
DE LA MOS-^ME, irf
fite m'oins. Le rrai est qu'ifii contraire îfc rculenf.
eu mettant dans letirs mains prcque toutes les af-
faires, écarter )a concurrence et faire sans obstacles
tïes profils plus forts. Les gouvememens, de leur
côté , sont très-portés à favoriser rétablissement de
ces grandes compagnies, et à leur donner des privi-
li^es au détriment de leurs rivaux et du public,
dans l'intention d'en tirer des prêts gratuits ou peu
ehers, que celles-ci ne leur refusent jamais. C'est
ainsi que les uns vendent leur protection , et que
les autres rachètent. Cc serait dt^à un très-grand
mal.
Mais ces compagnies ont on bien plus grand inconvénîentf: elles émettent des billets payables à "vae, ne portant aucun intérêt, qu'elles donnent |)oar argent comptant. Tous les hommes qui dépendent d'elles ou y tiennent, et ils sont très - nombreux , prennent avec empressement ces billets et les offrent. Le public même, qui a grande confiance dans leur solvabilité, les reçoit volontiers comme très-commodes. Ainsi ils se répandent facilement et se multiplient extrèmemetit. La compagnie y trouve un gain énorme, parce que toute la somme que représentent ces billets ne lui a rien coûté que la . fabrication du papier, et lui profite comme argent comptant. Cependant il n'y a pas encore d'incon>* vénienf^ parce que les billets sont toujours réalisés dès l'iKstant qu'on le demande.
Mais bientôt le gouvernement, qui ne l'a crève que pour celd^ demande à cette compagnie des emprunts énormes ; <41e n'ose ni ne peut le refuser ;
17» CBAPITUR VI.
car il dépend de lui de la culbuter en lui retinuil un moment ion appui. Elle est obligée , pour le satisfaire , de crëer une quantité excessive de non- Teaux: billets. Elles les lui i-emet. Il les emploie bien ▼ite. La circulation en est sùrcbargtie. L'inquiétude suit. Tout le monde yeut réaliser. Il est éyidentqne c'est impossible, à moins que le gouvernement ne rende ce qu'il a emprunté, et c'est ce qu'il ne fait pas. La compagnie ne peut qu'invoquer son appui. Elle lui demande de l'autoriser à ne pas pa^^er ses ' billets, et de leur donner un cçurs forcé. Elle l'obtient, et la société se trouve en plein état de pa^ pier^monruûe , dont nous avons vu les suites inévitables. C'est ainbi que la caisse d'escompte a amené les assignat* en France. C'est ainsi que la banque de Londres a amené l'Âugleteme au même état, dans lequel elle est octueUemenl. C'est ainsi que finissent toutes les compagnies priviii%iées : car par cela seul qu'elles sont privilégiées, elles sont radicalement vicieuses; et tout ce qui est essentiellement mauvais finit toujours mai , malgré se^ suooés passagers. Tout se tient , et la néceksité est invincible.
Il serait aisé de montrer que quand ces grandes machines si sophistiquées n'auraient pas l'aèreux danger que nous vcnofis de peindre , les ayantages que Ton s'en promet seraient illusoii^ ou bien fai« blés, et ne pourraient ajouter que bien peu de chose à la masse de l'industrie et de la ricfaesse national(>8. Mais il n'est pas nécessaire d'entrer actuel* ment dans les détails. Il nous suffît d'avoir vu d'une
xDaniére geoirale la marche ctes affati«$.Ariiat d'aller plus lojfi y jetons un coup d'oeil en arriére sur le chemÎA que nous avons parcouru. C'est le moyen de ne pas s'égarer en avançant.
àtitM*ttmmMti M Mtmiu»ti0¥vttmvt m i¥m0^ty» i y» vtf^>*M»mmw>i tmivs'
aiAPITRE Vil.
Réftexi^ns sur ce qui précède. ■
Bien des lecteurs trouveront peut -être que j^ai suivi jusqu'ici une marche assez bizarre; que je suis souvent remonte /bien haut pour établir des vérités assez communes; que j'ai disposé mes chapitres daus un ordre qui ne parait pas méthodique ; que surtout j'ai abandonné les sujets que j'ai traités sans les avoir appix)fondis , ou du moins sans leur avoir donné tous les dévcloppemens dont ils sont susceptibles. Mais je les prie do remarquer que ceci n'est point un Traité d'Economie politique comme un autre. C'est la seconde section d'un Traité de nos Facultés intellectuelles. C'est un Traité de la Volonté, faisant suite à un Traité de l'Entendement. Mon intention est bien m'oins d'épuiser tous les détails des sciences morales, que de voir comment elles dérivent de notre nature et des cuoilitions.de notre CAistcuce , afin de reconnaître sûrement les erreurs qui pourraient s'y être glissées» foute d'être remonté jusqu'à cette source de tout ce que nouj M>mmes, et de tout ce qtie nous comiais-
iy4 CHAfITRE ytf.
8008. Or , pour cxëcnler un semblable dessein , (f n'est pas l'abondance des idées qui est à rechercher, mais leur sévère encbafnenient et leur suite non interrompue et sans lacunes. An reste , je nie p«*rauade que sans nous en apercevoir nous sommes déjà bien plus avancés que nous ne pensons.
En effet, nous avons vu que la faculté de Tooloir, la propriété d'être doué de volonté, en nous donnant la connaissance distincte de notre individu , ^ nous donne par cda même et néftssairement Tidéc de propriété, et qu'ainsi la propriété avec toutes ses conséquences est une suite inévitable de notre nature. Voilà déjà une grande source de divagations et de déclamations totalement tarie.
Nous avons vu ensuite que cette mémerolonté, qui constitue tous nos besoins, est la cause de to«»f nos moyens d> pourvoir ; que l'emploi de nos foim qu'elle dirige est notre seule richesse primitive et le principe unique de la valeur de tout ce qui en a une pour nous.
Avant de tirer'aucune conséquence de cette seconde pbservation , nous avons vu encore que Véîni de société non -seulement nous est très-avantageux , mais nous est tellement naturel , que doos uc pouvons pas exister autrement. Ainsi voila encore un autre sujet de lieux communs tncn faux épuisé.
Réunissant ces deux points , l'examen 'des effets de l'emploi de nos forces et celui de l'accroissement d'efficacité que leur donne l'état* de société nous ont mis il même de rceonnattre ee 'que c'est que
produire, pour des êtres comme nous^ et ce que flous devons entendre ]>ar ce mot. C'est encore un graud sujet d'c'quivoques anéanti.
Forts de ces prémisses^ aprôs quelques éclaircisse- « loens sur )a mesure de Futilité des choses, il nous a été facile de conclure que toute notre industrie se réduit à des changemens de formes et de lieux. , et que par conséquent la culture est une fabrication comme une autre , ce qui dissipe bien des nuages répandus sur ce sujet, et nous a permis de voir très- nettement la marche' de toute industrie , ses intérêts , les obstacles qui s'y opposent. Cela ^ène encore à apprécier bien des choses et des hommes tout autrement qu'on ne le fait communément.
£nfin, parmi toutes les choses ayant une valeur, ^ nous avons remarqué celles qui ont les qualités propres à devenir monnaie^ et nous avons facilement reconnu les avantages et Futilité de cette bonne et véribible monnaie, et le danger de Faltérer ou de la remplacer par une autre tontâ-fait fictive et fausse. Par suite nous avons même jeté un coup d'œil rapide sur les petites opérations communément regardées comme ti*ès-grandes, auxquelles donnent lieu le change de ces monnaies et leur transport écono^ mique, sous le nom de banque.
Il suit de là , si je ne me trompe, que nous nous sommes fait des idées nettes et certaines sur toutes les circdnstanoes importantes de la formation de nos richesses. Il ne nous reste donc plus qu'à voir comment s'en fait la distribution entre les individus, et comment s'»père leur consommation , c'est4-dire
17(5 CHAP, VIII. DE LA DîSTftlBUTlOW
coiuiuent nous eu uaoïis. Alors eous iurond un traité abrégé, mais coinpU^t , de tous les résallaUde l'emploi cte nos moyens d'ezistenoe.
Cette seconde partie, la distribution des richesses dans la société , est peut-être celle des trois qui donne» lieu aux considérations les plus délicates, et où l'on rencontre les phénomènes les plus compliqués. Cependant si nous avons bien éclairci la première, nous verrons dans celle-ci robscuritë fuir devant nous, et tout se débrouiller avec Êicilité. Essayons de suivre constamment le ûl qui nous guide.
De la Dlslrihudon de nos richesses entre les indi-'
i^idus.
Jusqu'à présent nous avons considéré l'homme colUctii/emenL II nous reste à l'examiner distributivenient. Sous ce second point de vue , il nous of' fre un as|iéct bien différent à\\ premier. L'espèce humaine, prise en masse, est riche et puissante, et voit tous les jours croître ces ressources et stf moyens d existence \ mais il n'en est pas de même des individus. Tous, en leur qualité d'êtres animés, sont condamnés à souBrir et à mourir. Tous , aprèi iiuc courte péiiodi; dacuoiàsemcut, si lucmc ils li
, . DE NOS RJC^RSSES.. , 177
parcourent', çt après quelques succès momentanés^ s'ils les obtienneiit, retombent et d<klinent, et les pins fortunés d'entre eux ne peuvent guère que Ji^ minuer leurs souffrances et , en «éloigner le terme. XiCur industrie ne saurait aller plus loin. H n'est pas inutile d'avoir, présent à l'esprit ce tableau triste, juais'vrai, de notre condition. Il nous apprend à ne pas vouloir l'impossible y et à lie pas prendre pour une suite de nus fautes ce qui .est . une conséquence nécessaire de notre nature. Il nous ramène du roman à. l'bistoire.
Il y a plus : ces ressources, ces richesses si insuffisantes pour le. bonheur, sont encore très-kiégalement réparties entre nous , et cela est inévitable. Nous avons vu que la propriété est dans la nature , car il est impossible que chacun ne soit pas propriétaire de son individu et (le ses facultés \ Viné-' galiU n'y est pas moins , car il ne se peut pas quç tous les individus se ressem.bl.6i^t et aient le même degré de force , d'intelligence et de bonheur. Cette inégalité naturelle s'étend et.se manifeste à mesure que nos moyens se développent et ce diversifient* Tant qu'ils sont très-bornés, elle est moins frappante n^ais elle existe. C'est à tort que l'on n'a pas voulu la reconnaître parmi les peuples sauvages; chez eux même elle est très- funeste, car elle ett celle de la force sans frein.
Si, pour bannir de la sociéT.é cette inégalité naturelle, nous éutrepreûions de méconnaître la propriété naturelle et de nous opposer, à ses conséquences nécessaires , c« ^rait en vain ^ car rien dé
lyS C.UÀr, VIII. ■»?. LA. ÎÏISTRIDIJTIOX
ce qui est dans la natun: ne peut étref JétriiU par Varl. De pareilles conventions, si cites ctitHrut i^isables, serafeut un esclavage trop contre iialuir, par consc^quent trop Insupportable potir. être <|urable, et elles ne rempliraient pas leur but. Fendant qu'elles subsisteraient, oiv Verrait naître autant «Je querelles pour avoir une part pins forte clans les biens communs, on une plus petite dans la peioe commune, qu'il pent en exister parmi noifs pour la iiéfense des propriëtÀ particulières ; et le seul e6e( d'un tel ordre de choses serait d'établir l'ëgaliK^ de misère et de dénuement, en éteignant râètîvité de rindustric personnelle. Je sais tout ce que Ton raconte de la communauté des biens dea Spartiates. Maie je réponds hardiment que cela n'est pas yrai , parce qtie cela est impossible. Je crois bien qu'à Sparte les droits des individus étaient très-peu respectés par les lois, et totalement violés à Ti^ard des esclaves. Hais la preuve que cependant il j avait encore des propriétés , c'est qu'il y avait des vols. O mes matti'es, que de choses csontra- (îic'oires Vous nous avez dites sans vous en apercevoir!
L'opposition fréquente dintérHs entre néns , et L'in^alité de moyens , sont donc des conditions de notre nature, comme la souffrance et la mort. Je ne conçois pas qu'il y ait des gens assez barbaits pour dire que c'est un bien ; mais je né conçois pas non plus qu'il y en ait d'assez aveugles pour croire que ce soit un mal cvilable. le pense que ce mal est néeosMÎM, et qvTil faut s^ soamettre. La con-
Dl nos JlieREfSES. I^fj
cl«i8Îon qiu^ j'en tirerai» (maû «Ue est £i|^Off« pn^. uiatui^*), c'e^t quo Ic^ (çis duviaient toujours tendre, à protégtîc la iâfHèssie, tandis que trop souvent elle* ii^ciioeut à {&\QFhmi\ la pi^is^ance, La raisoif, en «at, iaciie à sentir. ....
. I>>près CCS données, la société doit avoir pour b^sc la UbvG diapotitioa dçs ^çi^ltés de l'individu » et la garantie de tout ce qu'il peut acquérir par leuj* moyen. Alors cbaicuii s'<iver,ltte : l'on s'empi^ro» iVun champ en k travaiilafit, l'autre* ^tit une ipaison,.un- troisièiBe invente un, procéda Mtile,;t^it; aiM^r^ ^iriqiie» un 4utre- transporte , tous^ fon| de«' éclfmnpifif h» plus Vt>ik:s gagnent, les plus écono^ i^jie* Adii^iieui. Une des conséquences des pr(^néié« inflividu<{U<^s est, sinon que le possesseur en dis|x>sQ à .8^ ijolouté après sa mort , c'estrà-^ire dans- uti^ ten&ps où il n'aura plus de volonté, du moios que, U^ loi détermina d'une manière générale à qui elle» doivent p»saer apivs lui -, et il est naturel que co soit à ses proches, A^ors hériter devie«it un nouveau^ moyeu d'acquérir, et qui phis est, ou plMl6t qui, pis, est, un moyen d'aequérir * sans travail. Cependant tant que la société n'a pas occupé tout l'espace dont, elle peui (imposer, tous prospèrent encore facilement Car oçux qui n'ont que leurs bras et qui ne trouvent pas un emploi assez avantageux de leur travaiL peuvent aller s'emparer d'un de ces terrains qui n'ont point de maîtres, et en tirer un prc»fit d'autant plus considérable qu'ils ne sont point obligés de le louer ni de l'acheter. Aussi l'aisauce est-elhi générale ehec les nations nouvelles et
l8o CHAP. Vni. I>f- LA ©I^TRtBUTIOW
ffirtit!«tf}mteft. Mai» t{tÈûnd utte ffyb tout lé pays eA rempli, quand il iieiie6fe|>hî^fi champ qui n'appartienne à personne , c'est alors qtie la jMnesae commence. JUors ceincqai'n'dnt àncthie avance 'on qui en ont de trop faibles ne peuvent ftùte anlie ébése que se mettre à la soldé de ceux qtrien ont déâaffisantes- (i). Ils offrent lenr travail de toutes parts ; il baisse de prix. Cela' ne les empêche pias^encoM de Mrt desenfans et* tte 'mfillipKef' irtfpl»udte mm c ut ; Mentit rh deviennent trop nombreux. Alors il »'j a plas pât*mi eux ' que les plu^ liabiles 'et 1rs plus Ihenrèux qni puissent se' tirer d'a6inre. Té^atè ceux dont les services sotft les moins 'redienchés liethMrveMt plus à se procurer que la sttbsistaneei ht plus stricte , toujours incertaine et souvent insuffisante; N» d^ieniiient presqtie aussi matfaeureox 4^ é'ils étaient encore sauvages.
C'est cette classe disgrseiëe de la fortune tfue beàutxMip d'écrivains économistes eppeKent les*9^9>
BOn-prtJpriëtaires si Ton entend par^tout^-fait étrangers au droit de propHélë.-Ce«>x dont nous parlons sont plus ou moms paniv)^, mais ils possèdent tous quelque chose- et iladn^ besoin
0(1) Encore une fois , ce n'est points uniquementJi.U soUe Aes propriétaires de terres que sont les simples salutiés , raaii ir Ja solde de tons ceax qui ont des «Tances vtét téïqOtfflei ih peuvent let payer.
que de leur ipcjivid'ti c^'j^iw iwaUjÇt 4^ ,«ajâitç( de ce travail j îïs auraient iiagr^gad uitérèt à ce que, cette propriété fût respectée, tàl^ n'e&X que trop 30uyent violée dana 1>eaueoup 'de, règlement Alita par des gens qui ne parlent (^u^ de propjriété et d^ justide^ Q^iand p^ne ch^se c^t daçs la ^ture, nu^ ne peut jr élre étranger, Cçù *,est ii vrai du. dro^t de prOpri<^ , que M ^^ .f^^e» que l'^i^ ya pu-? nir pour, l'avoir violé, si on ^e le retraoche pt^ touJ^-àYfait de la société, .^ ii^ériêt que ce droit 8oit respecté. Car le lendeinain'du. joue qu^il aura, subi ta punition, il jae pourrf|it <^re,sâr de riea de ce qui lui rest^era si U pi30prié^D!|$tâi^!pa8 pro^
Secîondement, les mêmes ecnyai^:^^ i^'^pellcnt, aonvent prpprUuùres, par opposition aux plretendus nortr-propriétàires y que les .pos^^seurs de fonds de terre. Cette division est tout-à-fdit fausse et ne présente aucun sens. Car pous avons vu, qu'un fomU de terre n^est qu'i^c^ipital comme uti autre, conune la somme dVrgçpt qu'il .a cpûté/ comme tout autre efifet de même valeur, du peut être trèspauVreen possédant un petit cfalamp, et très-riche sans avoir en propre un pouce ie terre. H est donc ridicule d'appeler propriétaire le possesseur d'un méchant encibsi et de refuser ce titre à unmiUion« naire. Il serait plus raisonnable de partager la société en pauvres et en riches, si l'on savait où placer la ligne , de démarcation : mais quand cette division serait moins arbitraire, elle n'en serait pas moins illusoire
t82 CRi^ Tlll. DE LA DrSTKtBUTIOSV
le patrvfè a atoteift d'ifitë^t à ccfsOttYet ce qu'il a, ^c Pbémntc le plus opuient.
Une distinction ptu's réelle^ eu é^irâ à la diflëivnce drpg ibt^féts; sérail entra lt;s sà:a[l4ë8 «Tnnc part, et dô faatre ceux qui tés emploient , soit eonsomma^f», soit entrepvéneun. OeasL-ci soiu ee i^pport j^uVent étire regardés comme des eoosomittate^nr^de trahraih Cette elnsslfieatfbu aïkfait Ams doute l'ilicCMiTâiibi&tde réonir àe^ tboses trâsdifiTét^nteS) eûnime par exemple déranger |^rhiî te» salariés uDf mlmistre d^tat a^ec un journalier, et de mettre parmi les consommateurs le Vâdindre nSattre ouTrîer cdttffitëToiif Ib pttrsricftoe. Mais enfin il est certain que tous les salariés ont intérêt d'être payé* cher, et lij^iè ÎSèfàt déDx qui l«^ emplofetit ont intérêt de les payer à bon marché. H est rttai pourtant que Tentrcpi^eneùr qui a ftitérét de peu payer les salariés , a lui-môme , rCm'ôment d'après , fint^rôt d"êti» beaucoup payé par le CoflSomitiatéur définitif, et il est vrai surtout que nbtis sommes to^s pItM oo moitis consDmfhâitéurs, târ lé plus paùi^re {oarnalier consomme des denrées qui ont été pro~ ctuites par d^a'utres salariés. Sur quoi jé fais deux réflexions.
Premièrement, l'intérêt des Salariés étant cela î du trcs-grand nombit; , et l'intérêt des consommateurs étant celui de tous , it est asset singulier que les gouveruemens modernes soient toujours prêtsà sacrifier d'abord les salariés aux entrepreneurs en géuant ceux-lÀ p» de&tnattriitesV'dès {.uuandês et
d'aiMm tpè%\m9*»t el ensuite à mfnà$Bt k» csm-, «oinmaWiiins à«fi«,.iiiÀBe»«»t|se|^M!iwiii:s en ^qçqko
SeoontieBfievity je r^niAr^e que, H^a 4{ue obacuoL ^depoiiMnit )drQ» u^téeèts partiçu)ierft> ii»M» chfVD** géoiis 81 iroq^eminfKit de rôlea dans h, «oç^été., que «ouTent J0i9ii/B ayonA tous un aspect un. intérêt "con^ traiie à.cfM qtienous av^ns sous un autse, deiaar* nièio» quel jQifiRia.nêna trouyoii« liés a^Fce ceum A quî »p«f éûi9n« Qpposék.le looment d'atipaniTaat» c« qoi fakt lieiavmueiiHani: ^fm ,nùu$ ne poutons pa4 Â)rsier detigiioupe^.ccf^toiÉiiipil ^neitmi mai» •nrtout f obtehUe qu'au nnUcit.de ton* ces conâlU m^aMmt^i9k ntm* aominea %ova et t<wjoiirs réunU. pup lotJujl^rMf efimBduna el jmnniahkn 4e proiniéT |«uip»efc de «^nienfiAfeeoi», o'.esi-à^se que nout avons tous et toujours intétét; i^.^ue la. propriété •Qîtlespeaéef 3P:qf«».l'ijRdl}8ir^ se perfeo«voiuiey oa« en d'Aoftres teixii#ftt>xqRe ia fab^tion el l^ tninsport ae kMgiti}iom9»'tri^ihi»^09 yérkâf sont utiles pour laiîm teqn|p«i»dr< ie jiW de la sodiétd et pour en bien sepft>e tffua 1qi( aiuotages^Cest .to désîfr de les jvéttre en létjklence .qu» ^"a faU entrer dsii« ees détails* ReTenoos k l'JbiistQik'e de la distfcibutioa des richetsasi dent ils nous ont écsotësi qu^uHls n'y 8oiet)t pas étrangers. ...
J'ai un pMi bâté ei-dessoeJe moa^saicà hndé* tiwe commence i se faire «entir an sein des sddë^ lés iKWwlIes. en'le fijUAt à TlnsUnt ou teulLterK «aûi^'iitt nlslUe^ et oà en iMpoiil'fUse'en pco^
l84 CHAP. Vtfll.' Vt t'A I>!«TAfBI7TIO?r
carer niM VnbHfttéi' oii te toaer. €â#i4klcflMnt i cette ëpoqu» «ilft\|fl'$p4'iilioy«n Mîtaiiée««fC'^pmë; le tmyftll'I^'ilti^HïMii^ktei^eitf)^ manière extrèonemeiit aTantageuse, et la^atMte des AttMrtaft»^ «eMKB dtf^/^HsetttltMi auMlf nfM<leiiiCDt, parce qu'il nepeiit*f4iM être <)[Mti«t'<d'<ltftlilir dn IHlItures MilteUeà, 'mâis^^ralëtoeiit ^deiperfectim^ner leê aiîe&eilties, c|iAse toujours, pki» «Mfeiie et xMfcui £rixdttieiiae'<fukiii ne le veiit'i)rolië''€otB|p«- Hétnent* Cependant «il reste eneora^iiiiufciâaiKs ivsaouroes. Toaa les artoen laffrentà l'enyi , suitoat si la race d'tio^inie (jni'fbMaii là^MaTeUc-coei^lë boH à^aae naition iiidA«tiâMMi€t*4Sclaii<ëe« ^et ai elle a des relati«Dt< a^i^'d^Mitras fmyt ^iailtoéa; • car wÊan U ne s'agit ÎMad^luvaiter «t<de Hiëaeu<n*ii*» t«e 'qai ctt tpa){>oiiiBitMiulmii^/ lne(iiidefftfDfilèÉ'i<lat<eie^^^ yoMxoiittBteibet-^inQtC«i*éftfy >a iti qaf i»4iflW aait, ce <|u^ëstutsi*t[a^éê;>'iiui fe-iti< ji'ot : , : . .t
. ' £r éffistv tant ^l»fl^si^b«l^lï^ A->o0brt ^si graàd» avunû^à , ■ iompkiilMnidieiv iAoccMpës , aa pgi8iasse»f«ii«<tiêiitapiiMit>becQt>4iià4i3lr gré, aewnt piirtés dé 00 e6<té;t]^ii)afa9«0o«pieiâbli 4ftie â'-eiitFftiie les JprbdiKtiokfv^de fap^6mfe«'4« letfieii^Mfrti!r<<M>tfertesi(f|^isi|ii84a^tycilitëil« l^poi%atioii /«les ipn>< ftès'' dê>'lâ'>u]jtàre '«wsent iété l)daàaouip-«Uina''rapldes. Mais ''avec kiette'ciMenalbnce'^blle à ëaUrvé tous les bras. Afoifae des salaires eteessiwfiicti^ liM^'^n^ils pu défeenninér im nouAmç ^istiliîiDt d'iÏMlividbu il resteri altaciids à ia professNa tlég^iK tivstatots les plus nëcessaiiiwtfV'Mâis: pqav^lMiiitei «s fhtm^ ^a'ilu ii'til |M i>adiKi)én89M.4lai ftMcpnr
DE KCfS UlCttESSES.- • l85
daiis le p&yt même on on les 'conosoninre, H Siélé^
Ip/lus écôiiomîique de leê tSre'r ifnéfme'de très-loin, et
on^'ya pas mùnqaé.Aofssnè 'commerce' de ces na-^
tiùtii naissantes consisté â'àbdrd uniquement à e&«^
porter des produits bruts , et à importer des objeUr
tnviiiifactarés. -«♦."....
•^ Or, qu'arriy&-t-îl à Tëpoqùe ^oot iMÏUflf plirlori^ç^
«ftrànd tont ie territoire est oéeupë? L'âgrlcuUôro
ft'dffH«it''plui8un rticryeiï de' fortune rapide,' k^
honïrfes qui Vy seraîeri^'Kvrëô se répandent îdUtt»
les autres professions; iWbffrIétot leuï'irâtail ; .ib se
litiisent les uns aux autre»; Eéii' éÀlàiretf Isafeiênt,*^
la Vërité) mais bien a^ant qu'ils soient<deveniisat(wl
foîblesiquédans les paysanèieililemelltciTltisës-#ûi|
f OR tire les «bfet manufactùrtfs; t1 eôiÉiiif€fR<ée k'f
mvbit du bénéfice à fabriquer iskhklé puyëthème^f^L
J)lttpart dé ces objets. Garé'est irn> mbd' atdnta^
poar un manufaeturîet' d'être il pJr^ deà -èôil^
iotninateiirs, et de n^àVèif i-lvdoatex^fkMè^ëtf^ «tfaf^
chandises ni les frais, ni les dangers d'un long
voyage, ai les inc onvén i» p a qui réwiUent dola l i n »"
teur oa de la difficulté des communications ; et cet
avanitàge * est plasqae soffisnit pour conipensieé' en
degré de cherté dans h main-d'œuvre; Il s'établit
donc des fabriques de tous genres. Plusieur]? 4'^tjn^
elles, à l'aide de t{uelques circonstances ffiforabletf ,
après aToir fourni à la' eonsommatifon ititéviéuine^,
t'ouvrent même des débouchés au dehors, et doh^
nent naissance à de nouvelles branches de commerce*
Tout cela occupe une nombieuse poimlatioD qiti vit
dcff produite du sol, que l'on n'exporte plut alori
|96 CHIP. VIII. I>« LA DISTRtBtJTrO?!
en aunî graiule qaantikë, p«rce qa*iU il*cmiiI pM augmenté dans la joièiae proportion» Cette nottveiie iodustrie est long^tefups ccoissante commis T» fiU Vinfinatrie agric<4p|. qi|> f'^t développée la pré- Viiére; et tfpt qu'elle erott» elle entretient ânonU nchesse , da moms Taisance dans les dermârct das* ipadu peuple (i^C& n*est qpe quand, elle devient Hationnaiieetii rétro^ade qne la miscpe posf nenop^ percç que y "tous les emplois iucraJtils dlAnt faeqiplû iitti possiUlim fïea cr4^ âfi nouyeanx, il y a par- |oul pliçM d'o$i]8 du- t|niT»iL qu'il n'y a de demonile. Alpfy il e9t.in^Tiit«t>W que les moina iiabilea oa les BMiDS beweux d'eptre les tQiveiUeur» ne trouvent point d'euTpï^^ f ou ne reçoivent qu'uii.sdhure îneullspntppvr çekii qu'ils font. ^ /au t n^qepeUfeiBifBt ^'l^esfieem^ d'eujL la^^gwis^^itl ^ jqèm^.p4fn^eoï, 9t. qu'il e^i^ QOQstamment un grand nombre de Ui\§M#^%^if^% le tin^te^élat des vieilles witkni. J^m poufifon» voir bientôt par quellet çtveet eUes y • ' ' '
( <t| Gmabienil canift i^^^itrof!, fmvwélfcmt qp» la prr- IBière <A»sm de U sodëlé f&t usei| éclairée pour doanpr i *■ dernière des idées complélement saines de Tordis social* î|liétidaat êé moment fattrreast et nécessairement passager oi |9lle est>t« ifttti si]fC«pUb4e d'instriietion ! Si lea^Etata^Uiiii 4#JBAiliAi^ jM#t«BtrioM|« a'c^ |iro6taa4tpa«, Uw tcanq]iiUité.et même Içur sûreté .seront très- exposées , qvsnd les obstacles 6t les inconTéniens inférieurs et extérieurs Tien- ^hront ise multipHér. Oii appellera cela alors leur décadence at leur catraptiMi» Go i«ra l^eAit tardif, OMii «écoMrilv, d« loiur ii^prévo|«ico et. de \mtr iMonctapoe «Btérfooeai,
' ï>B NOS ucaunius. îSf
surrÎTent piv» ttA qu'elles, ne deyraient , et par quels moyens oa pourrait y reméJier jusqu'à un certain point; mais auparavant^ quelques, explications apnt encore nécessaires. ' - '
£n effet, j'ose crbire que le tableau que je vieud de tracer de iatmâxha. des sociétés depuis leur nais- ^anee e.<it, frappant de yérité.Il n'y a là ni systènui fait à plaisir, ni théorie établie d'avance ; c'est le fliuple exposé des faits. Giacun j)€ut regarder e| voir si ce n'est pas ainsi qu'ils se présentent k Toeil ppi^ prévenu. On peutméine observer que j'ai peint une. natipi^ heureusement placée^ jouissant de tou^ tes sortes d'avantages et en usan,t bien^ et cepen-r dant.nous arrivons à cette pénible conclusion , que ^fL,f}iat de plçine prospérité est nécessairement (transitoire. Pour se rendre raison d'un phénomène M affligeant , il D'est pas possible de s'en tenir à ce^ jpjiQts vagues ^e dt^énérâtion , de corruption ^ do vieillesse des nations (comme si un être abstraie pouvais être réellement vieux ou jeune comme un individu vivant), toutes expressions métaphoriques dont 91^ a étrangement abusé, dont on s'est souyenft contenté faute de mieux, mais qui dans le vrai n'expliquent rien , et qui, si elles avaient un seiw précis, exprimeraient plutôt des effets que des causes. Il faut donc pénétrer plus avant. Tout événe- . jnent inévitable a sa cause dans la natur^. lia cause de celui-ci est la fécondité de l'espèce humaine. Ainsi il faut nous occuper de la populal^ion, et ensuite nous reprendrons l'evunen diîl.Ui dii^hution de 00» xichesiÎBfcL
. •«» ■ ft 4 9 t
Z)« la Multiplication des individus , ou d^f fa
Uamottr eçt une pal^sioii qiri trouble si TÎoi0Dv inent nos têtes/ qd'irn'est pas ^tontÀut qu^ àùa» nous soyons souveht nië|jrisriBfa]r tous sesr eflèts.' J'avoue que {e ne pa^tâ^e |>a8 pliis le zèle4e^s IbOùiol* listes poar diminuer et g^n^r nok plabtrs, ijiie oe^ lui des p6liti<{ues poujr accroître notre fécondité et accélérer notre nniltipUeation. Tout cdai me panit légalement contraire à la râfsôn. Quand il en sera temps, je pourrai développer' mes optniotis sortie premier point; dabs pe mbm'ent^il ne s'agit ^[Wda Second. Commençons par établir lés^&its^'en^ portant nos regards sur tout ce qui noiis environne* * ^
Sous ce rfipport comme sous tous tes auti^ noms voyons la nature uniquement occupée des espéises', et nullement des SndiTidus. Sa fécondité est t«Hb dans tous les genres, que si la presque totalité des germes qu'elle produit n'avortait pas^ et si là fré^ majeure partie des êtres qui naissent lie pérvssiît f>as presque tout de suite faute d'aliméns, en tr£s^ -peu de temps une seule espèce de plantes suffirait pour couvrir toute la terre, et une seule espèce d'animaux pour la peupler tout entière. L'espèce ■buroaine est soumise a la loi commune^ quoique peut-être à un moindre degré que l>ien df^utres, jLi'homme est entraîné a la reproduction par -le plm vjp)efit e| le ptus impu^rieux de kb penchans. Vu