‹ Eléméns d'idéologieChapitre 20 sur 43 · DE LA MULTIPLICAT. DES INDIVIDUS. I · texte numérisé non relu

DE LA MULTIPLICAT. DES INDIVIDUS. I

b^mme et une femme arrivés à un ige fait, bien eonstituës , et environnés des moyens de pourvoir abondamment à tous leurs besoins, peuvent produire et élever beaucoup plus d'enfans quHl n'en faut pour les remplacer sur la scène du monde ; et si leur carrière n'est pas abrégée par quelque acci-> cfent imprévu , ils meurent entourés d'une nom» bretise famille qui va toujours croissant. Aussi \si race humaine, quand les circonstances lai sont favorables, se multiplie très-rapidement. La preuve en est les ÉtatMJnisMe l'Amérique septeiitrionale^ dont la population totale double en vingt ans^ et dans quelques endroits en quinze et même en' douze, Bans que l'immigration y soit presque pour rieh; 6t sans que la fécondité des femmes y soit plut grande qu'ailleurs. Encore faut -il remarquer éU contraire que^ quelle qu'en soit la raison,- les longévités sont rares dans ce pays; 'emorte que la dùtêe moyenne delà vie y serait plus courte que dans M pi uk 'grande partie de l'ËurOpe, sans la gnmdè îquàtatité d'enfans que la misère fait périr en baé Âge dans cette Europe* Voilà Uhe donnée iiicéote*^ tttble sur laquelle nous pouvons nous appiiy^r. ^ - S'iï en est ainâi, pourquoi donc 'la population est-«lle stationbaire et qiielqifefefis rétrograde dan» tant de pays même très^saiiis, ^éme trè8->fertiies? tel 'il faut se rappeler la distinction qoe nous avons •aiéjà établie au chapitre IV, e«trè nies moyens d'exi» tence et nos moyens de subsistance. Celix-<i sont M matières aliménlairè» dont nous ' nous npnnâstotis; ils sont II pu«ie4ii'plas'aiéoeMaivB><l9 nos

IpQ CHJkP. IZ« PB LAMUUTlPI.ICAT'lOrC .

moyens d'existence, mais ils n'en sont qu'vne partie. Il fiiat entendre par ees derniers tout ce qui contribue à nous df^fendre contre tous les dangeis et toutes les souffrances de tout genre : ainsi ils consistent dons toutes les ressources quelconques que Qous fournissent nos arts et nos sciences, c'eçt-à-dire h masse entière de nos connaissances. Cettj&jdistinction bien comprise , nous pouvons étaUir en thèse générale, que Za pt^ulation est toujours proportionnée aux moyens d'exislence; et ce principe unique va nous donner l'explication de tous les fait^ et de toutes leurs circonstances.

Chez les peuples yauvagesf la populatioQ noo-^ seulement est stationnaire, mais elle est peu nombrevse, parce que leurs moyens d'^cxistence «ont Irès-faibles. Indépendamment de ce qu'ils manquent firëquemment do «iibsistmces, ils n'ont ni les conmodités. su6&santes ni ks attentions nécessaires poar élever leurs en&nsi- aussi la plupart périssent. Bs «e savent se défendre ni contie la rigueur des aaisonS) ni contre l'insalubrité du climat» ni ooolfi; les épidémies qui souvent emportent les trois quarts d'une peuplade^ N'ayant aucune Idée saine de l'étal social , lés guerres sont continuelles et destruclives; les vengeances sont atroces; les femmes, lel vieillards , sont souvent abandonnés. Ainsi c'est le maUieur et la soufi^ancc qui rendent inutile parmi eux la fécondité de l'espèce» et qui peut-être la diminuent.

Les peuples civilisés ont toutes iesretsoaroes qui ttMoqueaL «a autres. Aussi leur population devient

DM ïrroirjBus. igi

nombrem^ pîiw oo moins promptement» Mais on- Ta voit s'arrêter partout, quand elle s*est accrue au point que beaucoup <rhommes ne peuvent plus se l^rocurer par leur travail des salaires suffisans pour élcjver leurs enrfans et se soigner eux-mêmes convenablement. Si en gënéral elle est encore «n peu progressive, quoique bien lentement, dans l*état âctnd de nos vieilles sociëtës, c'est parce qtie les' arts et les sciences, et notamment la science sociale» y ët^nt constamment cultivés plus ou moins bien» leurs progrès ajoutent toujours de temps en temp» il^nelques petites facilites aux moyens de tivre, et on- -vrent quelques nouveairs débouchés au commerce et â f industrie. Il est si vrai que les choses se passent «iînsî, que qtiand, par quelques causes naturelles ou' politiques, de grandes sources de profits viennent à diminuer dans un pays, tout de suite la population devient réhrc^ade; et au contraire, quand elle a èlé diminuée brusquement parde grandes épidémies ou des guerres ^niielles, sans que les eonnaissanceàr aient souffert , elle i^prend très^promptement son niveau , parce que , le travail étant plus demandé et plus payé, le pauvre a plus de nioyens de con* serVér ses enfans et de se conserver lui-même.

Si de ees observations générales nous pass(ftis à âes faits particuliers, nous en trouverons la raison âvee la même fiiicilité. Prenons pour premier exempte' la Russie, le ne prétends faire ni Télexe nf la sa-> Une de cette nation , que je ne connais pas. Mais oa peut bien assurer qu'elle n'est pas plus habile que les autres nations européennes. Cependant il est

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prouvé que sa population. croH plus rafiidemoit que celles des autres États de l'Europe. C'est parce qu'elle a de grandes ëte^idues de terrain, qui, n'ayant point encore de maitres, offrent de grands moyens d'existence à ceux qui s'y transplantent ou qu'on y transporte j et si cet immense avantage n'y produit pas luie multiplication des homm.es aussi rapide qu'aux États-Unis, c'est que son organisation sociale et son industrie sont loin d'être aussi parfaites. Les pays fertiles, toutes choses égales d'ailleurs, sont plus peuplés .que les autres, et réparent facilement leurs désastres, parce que la terre y fournit de grands moyens, c'est-à-dire que le travail qui s'applique à U terre y est très-fructueux. Aussi la Lombardie et la Belgique, tant de fois ravagées, sont toujours florissantes. Cependant la Pologne, tres<fertile aussi, est peu peuplée et stationuaire, parce que ses habitans, étant serfs et misérables, ont , au milieu de l'a* bondance , de très-fa i)jles moyens d'existence. Mais supposez pour un momçût le petit nombre d'hommes à qui ces serfs appartiennent, et qui dévorent leur substance, chassés du pays, et la terre devenue la propriété de ceux qui la cultivent, vous les verrez promptement devenir industrieux et multiplier rapidement. Deux autres pays en général assez bons, la Westphalie et même la Suisse, malgré que celleci ait des lois plus sages, sont assez peu peuplés faute d'industrie; tandis que Genève, Hambourg, toute la Hollande, le sont excessivement. Au contraire, l'Espâgn^, qui est une contrée délicieuse, a très-rpcu d'habit^viis relativement à son étendue. C&-«

|>endant i! a4té constaté que pencïant le» giiarantc. ou cinquante années qui ont précédé Je CQmiu^iice^ lîient de la malbeurcuse guerre actuelle', sa pôpu-. lation faisait des progrés très-sensibles.) parce (]u^oiv, ëtait parvenu â débarrasser son industrie de quel *' ques entraves, et à accroître un peil ses lumières^: U est donc bien prouvé que la population est toujours proportionnée aux moyens d'existence, ...

Cette vérité a déjà été avouée par beaucoup, d'écrivains politiques^ Mais on voit dans leurs ouvrages qu'ils n'en ont pas senti toute l'étendue. M. <^a}r, que i'ai déjà cité^ et que j'aurais- pu citer biei^ des fois, est, je crois, le premier qui ait dit netteinent', dans son livre P*", çbap. XL VI, que rien, jie. peut accroître la population, que ce qui favorise la production^ et que rien ne peut la diminuer, .au moins d^une manière permanente y que ce qui a*iaque les sources de la production: et obsçjrvez que M. Say entend ^par j^rod^ction, production d'u" tilité. C'est même d'après lui que j'en ai donn^ cette idée. Or, produire, dans ce sens, c'est bien ajouter à nos moyens d'existence; car tout ce qui -est utile pour nous est un moyen de pourvoir à nos Ixîsoins; et même rien ne mérite le nom d*utileqae par cette raison. Ainsi le principe de M. Say est exactement le môme que celui que j'ai établi. Aussi en tire-t-il cette conclusion très-juste, qu'il est al>surde de prétendre influer sur la population par des encouragemens directs , par -des loi^ sur les mariages, par des primes accordées aux nombreuse» familles^ etc., etc. U se moque avec raison, à ce sur*^

t()4 CniP. TX. DB BA MULl*I»L1CATIOir

jet , des fameuses ordonnanees ŒktipMê , éé Louis XîV, et de tant d'autres li^shiiétiiii- tiab VanUJs. Ce koiit en effet de très-favsses mcsut^ tfal lie j^uvaïéttt augmenter eu rien la populatioii; JEK iî ajoute , tféÂ-justeu)ent k mon âVis, qu^aû dbé- Yfàire le moindre des reglemens paisibles à l'iûJii^ frtë faits par ceÈ miénres pHnces' pouvait et àMSi diminuer le noinbl^ des bommes. Je pe^se Akso6i-' ni«ut de itièiùe.

M. Malthus rsL teracoup plus Imn eiieore. B àt,' au moins à nra connaissance, de tous les auteim' ^ul ont écrit sur la population , celui qui a le ploK approfondi le sujet, et qui en a le mieiÀ dérdoppé toutes les conséquences. SoU ouvrage, singbfiÀ^ ment remarquable, doit être regardé cominfr te demî^ état de la science sur cet impoflant ébjtÊ.^ et il n'y Ikisse presque rien à dësirer. M. MàlIfaBi i^e se bokve pioittt à prouver que , bien que la po^ pulation s'arrête à differens degrés dans les dtSéxegm pays, et suivait lés difi'cfreutes circonstances, dH» est toujours, et partout, aussi graiide qu'elle peut Tétré , eu égard aux moyens d'existence. Il monliv que toujours chez les nations civilisées, elle estfrap' grande pour le bonheur des hommes, parce if»

rhomme , et surtout le pauvre , qui fait partout 1» grand nombre , entratné par ce K*soîn si impérieux de la reproduction , multiplie toujours impradem^' ment et sans prévoyance, et se plonge luî-mêoifr dans une misère inévitable, en multipliant Ira hommes qui demandent de roccopatioo., tt à 4ffà' ùa ne peut en doûner. Tout 09 qu'il avaôcQ csi

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fijj&t non p9& leaiemeiit iuf des raisgniie^Ql» çuii,vaiiicaQ8 , n^is sur des tables des morts 9 def fi^ifisançes , :4es marisiges» de là durée moyenne de la vie y et de la populatiou totale, recueillies daa# 4liBiérens pays et discutées avec soIq. . , ,

J'iijPMte ee dernier point [disputées avec «pin) €9ii|i|ie t^'ès-oécessalre. Car il jEaut observer premier inemeat que toutes, ees données , non-sealemeiit sod^ couvent îoexactea , mais que , même ei^ctes» ellep jdemaeadent à être ezamiaees atteiUivement» c^t com^ IMirées les unes a«x antres avec beanconp de stigfi^ jcité » avant d'en tirer des conséquences , sans quc4 ^ks conduiraient à de.graves erreurs* Secondement^ ^e,. quelque imparfaits que soient ces documens^ il# n'esis^ent queid«ns peu de pays, et depuis peu 4e temps ji en sorte qu'en économie politique . comme «n astronomie « on doit très -peu compter sur lea cbsenrations anciennes ou éloignées. Marne en France , les simples registres mortuaires ne méritent presque aucune confiance avant 1700 ; et aucune des autres circonstances importantes n'a été recucûliie. Aussi , dans les exemples de population que j'ai tÂtés ci«-dessus, je n'ai point lait mention de ce qu'en nous raconte de certaines contrées de TOrient et de quelques peuples anciens on du moyeu, âge. Si la Chine , m l'Espagne du temps dea Romains , eont ou ont été aussi peuplées qu'on nous le dit, il dut bien qu'il y ait des raisons looMef de ce fait. Mais nous i^atons aucun moyen de le connaître suf<« fitammeftt pour en bieii voir Ica eansea et .oser en tiver des oooséqneiices. Peu est <)e jnémr de toatea

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