DE NOS RICHESSES
oa en est trop près ou trop loin. De même ici , dés qiie vous recooDai$sez que nos facahés sont cotre seu]e richesse originaire^ que notie travail seul produit toutes les antres, et que tout travail bien, dirigé est productif, tout s'explique avec une facilité admirable; mais quand vous voulez, commebeaucoup d'«fcrivains politiques , ne reconnaître pour productif que le travail de. la culture , ou placer la source de la richesse dans la consommation, vous ne rencontrez plus en avançant qu'obscurité^ confusion et embarras inextricables. J'ai déjà réfuté la première de ces deux opinions,** je discuterai bientôt la seconde. Pour le moment, concluons qu''il est trois sortes de consommateurs : le9 salariés , les rentiers et l(>s entrepreneurs; que la con« sommation des premiers est réelle et définitive, mais qu'il ne faut pas la compter, parce qu'elle fait partie de la consommation de ceux: qui les emploient ; que celle des rentiers est définitive et destructive ; et que celle des entrepreneurs est fructueuse , parce qu'elle est remplacée par une production supérieure.
Si la consommation est fort différente suivant l'espèce de consommateur, elle varie aussi suivant la nature des choses consommées. Toutes représentent bien du travail, mais sa valeur est fixée pins solidement dans les unes que dans les autres. On peut avoir pris autant depeine pour fabriquer un feu d'artifice que pour trouver et tailler un diamant, et par conséquent l'un peut avoir autant de valetir que l'autre. Mais q^and j'aurai acheté, pajé
î?44' CHaP. XT. de fc'sMPL'^î
ctt eiDi^c^ PQD et i'aaira, au txMird'uae demibenre il ne me restera rien du premier, et le aesonA pourra être encore la ressource ÙQ mes petits -eniiBS éane un siècle, quand même on s'en serait pare tous les fours* Il en est de ménae de œ que t'oa 'appelle les produits immatëriels.Une découverte est d'une utilité étemelle. Un ouvri^^ d'esprit, un tableau sont encore d'une utilité plus ou moins durable ; tandis que celle d'un bal, d'un concert, d'ua spectacle est instantanée et disparaît aussitôt. Ou en peut dire autant des services personnels des m(>decins^ des avocats, des soldats, des domestiques, et généralement de tout ce que l'on appelle des employés. Leur utilité . est celle du m^oment du besoin.
■ Toutes les choses consommables, de quelque nature qu'elles soient, se placent entre ces deux eztrêmes» de la plus courte et de la plus longue durée. D'après cela , il est aisé de voir que la consommation la plus ruineuse est la plus prompte, puisque c'est celle qui détruit le plus de ti'avail dans le même temps , ou une égale quantité de travail en moins de temps j en comparaison de celle-là, celle qui est plus lente est une espèce de thésaurisation , puisqu'elle laisse à des temps à venir la jouissance d'une partie des sacrifices actuels. Cela est si clair, qne tela n'a pas besoin d'être prouvé; car chacun sait qu''il est plus économique d'avoir pour le même prix un habit qui dure trois ans, que d'en avoir un pareil qui ne dure que trois mois. Aussi celte vérité est-elle avouée de tout le monde. Ce qu'il j
D^ W05. mCHESÏES. , ^/^.^
M de sûjf^eri c'est qu'cUe Je aoit m^joc par ceux qui regardent le luxe comme une cause de riçhessçj <»F si détruire est une si bonne cbose, il semble qu'on ne saurait trop détruire, et que l'on devrait être de Tavis de cet homme qui cassait tous ses meubles pour encourager l'industrie.
Au point où nous voici arrivés, je ne sais plus comment aborder cette prétendue grande question du luxe, tant et si souvent débattue par des philosophes célèbres et des politiques renommés; ou plutôt je ne sais comment établir qu'il y ait là matière à un doute, ni comment faiie paraître tan| soit peu plausibles les raisons de ceux, très-nombreux pourtant, qui soutiennent que le luxe est utile. Car quand les idées antérieures sont bien ëcIaiiYîies, une question est résolue aussitôt que posée , et c'est ici le cas.
En eJGTêt, qui dit luxe dit consommation 4|ter~ flae et même exagérée; consommation, c'est destruction d'utilité ; or , comment concevoir que destruction exagérée* soit cause de richesse, soit production ? Cela répugne au bon sens.
On nous dit gravement que le luxe appauvrit un )?e(it Etat et en enrichit un grand. Mais que peut faille l'étendue à pareille chose ? et commeiM^ com^prendre que ce qui ruine cent homme» , les enrichisse s'ilg sont au nombre de deux cents?
On dit encore que le luxe fait vivre une nombreuse population. Sansdoute. Non-seulement le luxe d<.'« riches, mais encore la simple consommation de tous les oiûis qui vivent de leurs revenus, entre-
746 CHAP. XI, DE I^'eMPLOI
tient on grand nombre de salariés. Mais que deTÎrot le travail de ces salariés ? Ceux qui les emploient en consomment le résultat 9 et il n'en reste rien. Et avec quoi paient-ils ce travail ? Avec leurs revenus, c'est-à-dire avec des richesses déjà acquises dont bientôt il ne reste plus rien. 11 y a donc là destruction de richesses et non pas accroissement. Mais allons plus loin. D'où viennent à ces hommes oi$if5 leurs revenus? N'est-ce pas de la renie que leur paient sur leurs profits ceux qui font travailler lean capitaux, c'est-à-dire ceux qui avec leurs fonds salarient du travail qpi produit plus qu'il ne coûte, en un mot les hommes industrieux? C'est donc toujours jusqu'à ceux-là qu'il faut remonter pour trouver la source de toute richesse. Ce sont ceu24à qui nourrissent réellement même les salariés qu'eiaplQi||it les antres.
mis , dit-on , le luxe anime la circulation. Ces paroles n'ont point dç sens. On oublie donc ce qoe c'est que la circulation. Rappelons-le. Avec le temps, des richesses se sont accumulées en plus ou moins grande quantité, parce que le résultat des travaux antérieurs n'a pas été entièrement consommé aussitôt que produit. Des possesseurs de ces richesses* les tins se contentent d'en tirer une rente et de la manger. Ce sont ceux que nous avons appelés oisifs. Les autres plus actifs font trav;^ lier leurs propres fonds et ceux qu'ils louent. Ils les emploient à solder da travail qui les' reproduit avec profit. Avec ce profit ils paient leur propre consommation, et défraient è4te de« autre». Par œs çonsomm^tions-là même ,
DK NOS JÎ1CH1ÎSSK5.- ^^T
leurs fomfs leur reviennent un peu ac«rits» et il« recommencent. Voilà ce qui constitue la circulation* On voit qu'elle n'a pas <l''autres fonds que ceux des c-itoyens industrieux. Elle ne peut augnJenlerqifautant qu'ils augmentent, ni s'accélt'rer, ce qui est encore augmenter, qu'autant que leurs rentrées se l'approcheraient. Car si leurs fonds leur revenaient au ix)ut de six mois , au lieu de leur revenir au bout d'un an, ils les emploieraient deux fois dans l'annëc au lieu d'une, et ce serait comme s'ils en employaient le double ; mais les rentiers oisifs ne peuvent rien à cela ; ils ne peuvent que manger leur rente d'une manière ou d'une autre. S'ils mangent plus une année, il faut qu'ils mangent moins une autre. S'ils font autrement, ils entament leurs fonds.. Ils sont obligés de les vendre ; mais on ne peut les l«ur acheter qu'avec des capitaux appartenans aux liommes industrieux ou placés sur eux, et qui ' payaient là du travail qu'ils ne paieront plus, et du travail pfus utile que celui qu'ont employé lea prodigues. Ainsi ce n'est pas là une augmentation dans la masse totale de la dépense, ce n'est qu'un déplacement, un changement de quelques-unes de ses parties , et un changement désavantageux. Ainsi , même en se ruinant, les hommes ne vivant que de revenus ne peuvent accroître la masse des salaires et de la circulation. Ils ne le pourraient que par une conduite tout opposée, en ne consommant pas toute leur rente, et en en destinant ime partie à des dépenses fructueuses. Mais alors ils seraient bien loin dtt s'abandonner à la consommation e^aféréç
^4^ CHAP. XT. DR l'emploi
et auperfloe appelée luxe, lU se livreraitnt «ti cou-; traire à des spéculations utiles, ils se rangeraient dans la classe industrieuse.
Montesquieu, qui au reste entendait très-nul réconomie politique (i), croit les profusions des rictics très>utiles, u parce que, dit «il, livre VII, ft chapitre lY, si les riches ne dépensent pas beauft coup, les pauvres mourront de faim.» On s'aperçoit à ce peu de mots et à beaucoup d'autres, <^'\\ ne savait ni d'où viennent les revenus de ce qu'il appelle les riches , ni ce qu'ils deviennent. Encore une fois , les revenus des riches oisifs ne sont que des rentes prélevées sur l'industrie; c'est l'indusili^ seule qui les fait naître. Leurs possesseurs ne peuvent rien faire pour les augmenter; Us ne font que les répandre, et ils ne peuvent pas ne pas les répandre. Car s'ils ne les dépensent pas tout entiers pour leurs )Ouissanccs, à moins qu'ils ne jettent le surplus dans la rivière, ou qu'ils ne l'enfouiasent , ce qui est une folie rare, ils le replacent , c'està-dire qu'ils en forment pour l'industrie de nou« veaux fonds qu'elle emploie. Ainsi, même en éconoraisanty ils ont soldé la même quantité de travail. Toute la différence, c'est qu'ils ont soldé du tiwail utile au lieu de travail inutile , et que sur les profits qu'il procure ijs se sont créé une nouvelle rente qui augmentera la possibilité de leur consommation à l'avenir*
(i ) Kontesquicu était^un tris«graad honune } nuis Ui acience A^otûl p.*^ C«iU d«. sun l«n'pe( «Uo ut toute nouvellan
DE NOS niCHRSSBS. 0^^^
Le Inxe , la consommation exagérée et superflue » n'est donc jamais bon à rien , tkonomiquement parlant. Il ne pourrait avoir qu'une utilité indirecte. Oe serait, en ruinant les riches, de faire sortir des xnains des hommes oisifs , des fonds qui ^ ^ se ré pandant parmi ceux qui travaillent , peuvent leur «donner lieu de faire des économies , et former ainsi des capitaux dans la classe industrieuse. Mais pre^ mièreraent cela irait directement contre l'intention <le Montesquieu , qui croit le luxe avantageux, surtout dans une monarchie , et qui en même tempf pense qu« la cons^:Tation des mêmes familles et U perpétuité de leui> splendeur est essentiellement né* cessaire à ce genre de gouvernement. De plus il ' faut bien observer avec M. Say, que le goût des dépenses superflues a pour principe la vanité; qu'il ne peut exister dans la classe supérieure, sans se répandre de pit)che en proche dans toutes les autres; qu'il y est encore plus funeste, parce que leurs moyens sont moindres, et parce qu'il y absorbe des fonds dont elles faisaient un moillcui*' usage, et qu'ainsi il ne fait partout que substituer des dépense» inutiles à des dépenses utiles, et par-là tarir 1a source des richesses. Je crois tout cela incontestable.
Aussi nos politiques ne se contgMent plus de dire yftguement que le luxe fait la p^^érité de l'État , qu'il anime la circulation, qu'il fait vivre In pauvre. Us se sont fait une théorie. Ils posent en principe général , que la consommation est la cause de H ]produ«li«a, qa'ello en Mt la raesare, qu'ainsi il «st
^5o en AV. XI. DE l'emtlot
bon qti'elle toit très-forte. Ils affirment que t'est. U ce qui met une grande difi'érf nce entre rëconomie publique et l'ëconomie privée. Ils n'osent pas toujours dire positivemeot que plus une nation dépense, plus elle s'enrichit. Mais ils se persuadent et ils soutiennent qu'il ne faut pas raisonner, quauti il est question de la fortune publique, comme s'il s'agissait de celle d'un particulier; et ils regardent comme des esprits tr«'s-étit>its ceux qui croient tout simplement que dans tous les genres et dans tous les cas , la bonne économie est toujours d'être économe, c'est-à-dire de faire un emploi utile de •es moyens (i). Il y a dans tout cela un renversement d'idées qu'il est bon de faire disparaître, et la clarté renaîtra.
Certainement la consoQimation est la cause delà production', en ce sens ^ue nous ne produisons que pour consommer, et que si nous n'avions aucun beloin à satis£aire| nous ne nous donnerions pas la
(f) Vojet M. Germain Garnier, dans son Abrège ële'mcn^ taire des Principes de ^Economie pulitique. A Paris , chu Agasse* en i':96.
Dès lu pAge xij de son Avertissement, il dit formellement: « Les principes qa%peuvent servir de guides pour Tadmisis- «t tration d^uae tm^JÊtt privée, et ceux sur lesquels doit m M diriger la forlanTfHibïique , non-seulement diffèrent enbt « eux, mais se trouvent dikectemi-:nt gontbaires. »
Et page xiij : « La fortune d^un individu se grossit par m rdpargno ; ,la fortune publique , AU GoNTHAIRE , reçoit^a «' accroissement de Paugmentution des consommnalions. »
An «liapitre de U CÙTHlatioe, p i3o , il dit «svar* : «La
DR NOS RICHESSES. sSl
peine de rieii produire; il n'y aurait même pour nous rien d'utile ni rien de nuisible. Elle çn est encore la cause , en ce sens que les gens industrieux ne produisent que parce qu'ils trouyent des consommateurs de leurs productions : c'est ce qui fait dire arec raison que la vraie manière d'encourager l'industrie est d'accroître l'étendue du marché , et «l'augmenter par-là la possibilité du débit. Sous ce rapport, il est vrai encore de dire que la consommation est la mesure de la production; car où le débit cessé, la' production • s'arrête. C'est ce qui nous a fait dire aussi qu'on ne pouvait pas multiplier les ctablisscmens d'industrie au delà d'un certain terme , et que ce ternie est celui où ils cessent de donner des profits, parce qu'alors il est manifeste ^ue ce qu'ils produisent ne vaut plus ce qu'ils consomment. Mais de tout cela il ne suit pas /pas plus pour une nation que pour un individu, que dépenser soit s'enrichir, ni qu'on puisse augmenter sa dépense à volonté, ni même que le luxe Taugmente^.
« productioik annn«U« doit naturellement chercher à se régler « sur la con^omtoation annuelle. »
Aussi t au chapitre des dettes |Mïhli<)nes , p. 2l^o , il ajoute ; « L^amefidemcut et Textensi^n de In culture , et par suite le< « progrès de Tindustrie et du commerce , n^orit pas d^AD^RC R CAUSI que l^extension des besoins arbficîels. » Et il en conclut que les dettes publiques soot une benne chose , en ce qu'elles augmentent ces besoins.
lia même doctrine , jointe à Vî^it que la culture renie est pr^neti-ve . règne dans tont son ouvl^ge, et se retrouve dans ses notes snr Smith.
car i\ ne fait <fne la ebangrr» Il faut toajotir»«n icteniT à la production 3 c'est ie point de dcpari. Poor jouir il faut produire ; voilà le premier pas. On ne prodnit qu'en se servant des richesses dé)àacquiscf; plus on en a, plus on a de moyens de produire. On les consomme en frais de production ; elles renaisaent avec profit. On ne peut dépenser annuellement que ce profit annuel ; plus on en emploie en choses inutiles, moins il en reste pour les choses utiles. Si on le dépasse , le fonds est entamé ; la reproduction, et par suite la consommation à venir ^ seront diminuëeSb Elles pourront augmenter, au contraire, si on fait des économies qui forment de nouveaux capitaux. Donc, encore* une fois, consommation n'est pas richesse , et il n'y a d'utile , sous le rapport économique, que celle qui se reproduit avec profit.
Jamais aucun sophisme ne pourra ébranler àes Térités si constantes. Si on les a méconnues, c'est qu'on a pris l'effet pour la cause, et qui plus est, nnefiPet fâcheux pour une cause bienfaisante. On a vu que, quand une nation devient riche, il s'étiiblituoe grande inégalité entre les fortunes , et que les possesseurs des grandes fçrtunes se livrent i un trèsgrand luxe. On a cru que c'était cela qui faisiit prqppérer un pays , et on s'est hâté de conclure que rinégalité et le luxe étaient deut très~bonnes choses. On aurait dâ voir, au contraire, que ce sont deus inconvéniens attachés à la prospérité (1) ; que ' — - - I I - -*— —
(1} NcHM «vous^dc^à va , daoi Iv cba];»itre pr^eédcul , corn-
pR NOS RICHESSES. 255
If^8 rkhesses qui les causent sont acquises avant qu*ik existent , et que si eWêk continuent encore à fi'accroftre, c^est malgré rexisteuce de ces inconvëniens, et par Teffet des bonnes habitudes d'activité et d'économie qu'ils n'ont pu détruire totalement. Mais les intérêts personnels les plus forts contri-^ buent à accréditer l'erreur. Los liommes puissans n'ont garde de convenir que leur existence soit un mal y et que leur dépense soit aussi inutile que leur personne. Ils tâchent au contraire, d'en imposer par le faste , et il ne tient pas à eux qu'on ne croie que c'est rendre un grand service à l'État , que d''en-gloutir beaucoup de moyens d'existence , et qu'il y a beaucoup de mérite à savoir dissipier de grandes richesses (i). D'un autre côté, ceux qui tiennent à^
ment Vinégalilë des fortunes s^étabUt ou plutôt s^accroit dans Is sociélé. Quapd uous traiterous de la WgisiatioB, nous ferons voir de plus que l'excès de Pinégalité et du luxe est encore plus TcHet des mauvaises lois que du cours naturel des choses. (.) 11 est incroyid)lc à quel point Pamour-propre peut faire illoston et porter & s^xagérer à soi-même son importance personnelle. J.^ai tu des hommes , obligés j»ar lés troubles ù quitter leurs châteaux , Croire de bonne foi que tout le village allait manquer d'ouvrage , sans «^apercevoir que c'était leiirs fermiers , et non pu eux qui donnaient la plus grand» partie des salaires , et se persuader sincèrement que quand même leurs paysans se partageraient lenrs biens ou les achèteraient à vil prix , ils n'en seraient que plus misérables.
Je ne prétends pas dire que ce fût bien fait ni de les chasser, ni de les spoUer, ni même que de tels moyens puissent iumuis être la cause d'une prospérité durable. J'ai fait ma profession de foi sur là uéccssllc du respect pour lu propiiélé et poui- la joslicc eu g(?néral } mids U n'eu cil pus moitts vrai
eux, à qm ib en imposent, et qui font des profiUt 'leurs dtîpeBty ne s'ettbarrassent guère si l'argent qu'ils en tire&t serait mieux employé ailleurs , et si ëtant mieux employé il ferait vivre un pi us grand nombre d'hommes^ ils désirent que cette dépense dont ils vivent soit très-forte, et ils croient fermement que si elle diminuait ils seraient sans ressources, car ils n<> voient pas ce qui la remplacerait. C'est ainsi que l'opinion générale s'égare, et que ceux même qui en souQrent ne connaissent pas la cause de leurs . maux. Cependant il est certain que la consommation vicieuse appelée luxe , et en général toute la consommation des capitalistes oisifs, bien loin d'être utile , détruit la plus grande partie des moyens de prospérité d'une nation ; et cela est si vrai, que dès qu'un pays où il y a de rindu^trie et dés lumières est délivré de ce fléati par une raison ou par une autre, on y voit tout de suite un accroissement de richesses et de forces vraiment prodigieux.
Ce que la raison nous démontre , l'histoire nous le prouve par les faits. Quand la Hollande a-t-elle été capable d'efforts vraiment incroyables? C'est quand ses amiraux vivaient comme ses matelots ; quand tous les bras de ses citoyens étaient em-
que rabsence d^un homme inutile ne change rien au cotnf clei choses , ou toat au plus change de lieu une partie de sa petite dépense persoDoelle , et que la seule suppreariun de quelques droits féodaux produit plus de bien dans nae pagne cpM Ions les Menfaits de celui qui les percerait.
DC yos nicHiissFji. . aSrS
plojés à enrichir TEUt ou à le ditfcndre^ et auçua ^ taire çi-oitre des tulipes et à payer des tableaux*, l'eus les ^Tiéiiemens politiques et cooHnerciaux ^«ibsequeiis se sont réunis pour la faire déchoir. I^lle a conservé l'esprit d'économie ; elle a encore des richesses considérables dans un pays où tout autre peuple Tivrait à peine. Faites d'Amsterdam la résidence d'une cour galante et magnifique» changez ses vaisseaux en habits brodés et ses ma>. gasins en salles de bals, et vous terrez si dans trèspeu d'années il lui restera seulement de quoi se dé- ^•iidi*c contre les irruptions de la men
Quand l'Angleterre, malgré ses malheurs et; ses fUiites , a-t-ell^ prîs un développement prodigieux ?. 'Est-ce sous Cromwel ou sous Charles II? Je sais que les causes morales ont bien plus de puissance que. les calculs économiques ; mais je dis que ces causes moi^alcs n'augmentent si prodigieusement toutes les vessourcesy que parce qu'elles dirigent tous les efforts vers des objets solides , ce qui fait que les moyens ne manquent nia l'£tat ni aux particuliers pour les grandes choses, parce qu'ils ne les ont pas employés en futilités.
Pourquoi les citoyens des Etats-Unis de >!' Amérique septentrionale v(»ent>ils doubler, tous les vingt-cinq ans, leur culture, leur industrie, leur commerce» leur richesse et leur population? C'est parce qu'il n'y a presque pas un qisxi parmi eux, et que les riches font très-peu de dépenses superflues. Ils sont dans «ne position très-fisivorable , j'en con - * viens i la terre ne manque point à leur développe-
aSB CHAP. XI. DK l^fiMPl^OI
meut ; elle af'ofiVe d'eUe-roèrne à leurs travanx et k récompense; mais enfin s^ils travaillaient peu et dépensaient beanconp, cette terre rrster^it incnltejîli s'appauvriraient, languiraient et seraient mSséra- Bles , comme les Espagnols le sont malgré tous leiin avantages.
Enfin, prehoris un dernier exemple bien pins frappant encoi*e. La France, soiis 5on ancien pou- Ternement , n'était certainement pas aussi misérable que les Français eux-mêmes se sont plu à le dire; mais eWe nVtait pas florissante. Sa population (i) et son agriculture n'<étaient pas rétrogrades ; maiselles étaient stationnaires, ou si elles faisaient quelques faibirs progi'ès, ils étaient moindres que ceux de plusieurs nations voisines, et par conséquent pea proportionnés àlix progrès des lumièîi&s du siècle. Elle é'lai>' ol^ercé; elle n'avait aucun crélit; cHe manqua ft fôi^jours de fonds pour lés d^jHisPS ntiîes ; elle se si^iitait îhcapaMe de supporter les frais ordinaires de'soti gouvernement, e* encore plosde faire aucuns grands efforts à rexlérleoi'. En an mot, malgré Fcsprït^ le ïTrort4)re et l'activité de ses habitans, la richesse et retendue de son soi, et les
' (i> Je demande que Von se ressouvienpe. qno je ne regarde pas raxigracntalion de pof;Ulation ciminié nn Imch ; elle ncst qnc trop souvent la innltiplicaliotî des mi.<ër&bles. Je pnfKrcrais beaticonp rftifgmentntirii» de bi«n^tr«. Je ne titeiti ^^accreisscaient dnnomhre des hommes (iu«>qoiBa»€ u» spa^' tôroe , et non comme up bonbem*. {«'«àJ^iMS dç . rnuWK^* *'^ prouve rexistcxict;. '
DE NO^ m*CHF8SES. 7^'J
hienfhUs d'une th>8-!oh*:tié paix trtihpeii ttXiuhUe, elle tenait avec peine son rang parmi Sfeàrivanx, et était peu considért^ et Dullemént redouta ad-* dehors.
Sa révolution e«t venue. Elle à souff€frt tôliâ ks ma ux imaginables j elle a été (.léchiree par des guerre* atroces, civiles et e'trangères; pliVsieurs de ses provinces ont t'té dëvàsteês et leiirs villes réduitei en cendres j toutes ont été pilWes par les brigands eb par les fournisseurs des troup?Sj .«on coramerce ex-^ fcrîeiir a été anëanti; ses flottes oAt èié totalemeni «létruitos, quoique souveril renouvelles ; ses col^ii***; qu'on croyait si nécessaires à sa prOÊpénté, ont été al>îm(fefe, et , qiii pis est , elle a -perdu tous les hommes et tous les trésors qu'elle à pitxligués pour les sub-» j liguer j son numéraire a é^é i^resque tout exporté^ tant par l'effet de l'émigration que par celui du pa-» pier- monnaie j elle à entretenu quatorte armées dans un temp$ de famine, et au milieu de toutcela, il est notoire que sa population «I son agriculture ont augmenté considérabletrient çn frès-peu d'an-» nécS; et, à l'époque de la tréatiôn de l'^tfi pire, sans que rien fôt encoriî améKbré [ioUr elle du côté de la mer et du commerce étranger, aue^uel on attache communément une si grande importance , sans qu'elle eût eu un seul instant de paix pOurse reposer^ elle supportait des taxes énormes; elle faisait des dépenses immenses en travaux publics; elle suffisait à tout sans emprunt, et cllc^vait une- puissance colossale k laquelle rien ne pouvait résister pur le continent de l'Europe, et qui aurait subjugué
Sl5S CHA?. XI. DB L^&MPbOI
tout l'univers sans la marine anglaise. Qu'est4ldonc arrivé dans ce pays qui ait pu produire ces inconcevables effets ? Une seule circonstance <^ngëe a suffi.
. Pans l'ancien ordre de choses, la plus grande partie des travaux, utiles des habitaos de la France était employée chaque année à produire les richesses qui formaient les immenses rcvcnns de la cour et de toute la classe riche de la société y et ces reveniu étaient presque entièrement consommés en dépenses de luxe , c'est-à-dire à solder une masse énorme de population dont tout le traval|iie produisait absolumeot rien que les j<Hlissauces de quelques hommes. En un moment la presque totalité de ces revenus a passé partie dans les mains du noureau gouvernement, partie dans celles de la classe laborieuse; elle a alimenté de même tous ceux qui en tiraient leur subsistance ; mais leur travail a été appliqué à des chosrs nécessaires ou utiles , et il a suf& pour défendre l'Etat au-dehors et accroitrescs; productions au-dedaus(i). Doit-on en être surpris quand on songe qu'il y a eu un temps assez long où , par l'effet même de la commotion et de la détresse générales, il y avait à peine en France un seul ci toyen oisif ou occupé de tra-
(i) La s^ute snppression drs droits féodaux et des dSnMS , partie au profit dei cultiTateors » partie à eetoi de TEtat, a suffi aux uns pour accroître beaucoup leur industrie, à Tautre poar asseoir une mStoe énornno d'impôts nouveaux; et ce n'était là qu'une fuihle portion des rcrenns de la claise coason-^ ttiitf içe sans utilité.
BB NOS niCHSaSRS. ^^Ç)
vaux inutiles. Ceux qui .faisaient cks carrosses ont fait des afi'ùts de canons; ceux qui faisaient des broderies et des dentelLes ont fait de gros draps et de grosses toiles; ci:ux qui ornaient des boudoirs ont bâti des granges et détiiché des terres , et même ceux qui }ouiss:iicut en paix de toutes ces inutilités ont dt<^forcés , pou r su bsister, de rendre des services don t on avait lx;soin. Un huinuie qui entretenait quarante domestiques inutiles a laicisé solder ces homuies-là par la classe industrieuse ou par l'Etat, et est devenu lui-méine commis de bureau. C'est là le secret des prodigieuses ressources que se trouve toujours un corps de nation dans ces grandes crises. On met à profit' alors tout ce qu'on laissait perdre de forces, sans sVn apercevoir, dans les temps ordinaires, et Ton est cilrayé de voir combien cela ëtait considérable.
C'est là le fonds île tout ce qu'il y a de vrai dans les déclamations de collège sur la frugalité, la so~ briété, l'horieur du i'aste, et toutes ces vertus dé> mocratiques des nations pauvres et agrestes , que l'on nous vante si ridiculement sansencoini^rendre ni la cause ni reflet. Ce n'est^pis parce qu'elles sont pauvres et ignorantes que ces nations sont fortes, c'est parce que rien n'est perdu du peu du forces qu'elles ont, et qu'un bomme qui a cent francs et qui les emploie bien a plus de moyens qu'un homme qui en a mille et qui les perd au jeu. Mais faites qu'il en soit de même diez untr nation riche et éclairée, et vous verrez le même d^eloppement de forces que vonft avez vu dans- Lit
36a C0AP'. XI. I>C l'kHM^OI
n fkvdiait faire voir ^iprà €» donnée» qae, dans la ntoatian apfMMée, quand une nation prêni poar la piemièce fois son sang parmi les 'peapbs cÎTilisé^, il faut, poor que le succès de ses efiiorts ioit complet, que le» progrèide son industrie et de •es lamières soient beaucAip plus rapides que ceux de son lue. Ccstpeat-étre principalement à cettccirconstance que l'on doit attribuer le grand essor qa'a pris la monarchie prussienne sous son second et son troisième rois, exemple qui doit un peu embarrasser ceux qui prétendent que le luxe est nccessaire à la prospérité des monarchies [i). Cest cette même circonstance qui me paratt assurer la dorée de la félicité des Etats-Unis; et Pon peut craindre que de ne pas jouir complètement êe cet avantage ne vende difficiles et impar&ites la Traie prospérité et la Traie eiyilitation de la Russie*
Il faudrait dife quelles sont les espèces de luxe les plus nuisibles. On pourrait considérer la mal« adresse dans les fabriques comme un grand luxe, car elle entraîne une grande perte de temps et de travail. Il faudrait surtout expliquer comment la principale et la presque uniqige source du loxe, proprement dit , est dans les grandes fortiuies , car à peine serait-il possible s'il n'en existait que de médiocres. L'oisiveté même, dans ce cas, ne pour-
ri) Si le IuX0 ectoëcessiiire dans an Etat monarchique, cVct pour la Sûreté du gouTernemeat , mais non pus ponr la frospérité dtt payi.
DE NOS niCHESSËS. 263
raU guère avoir \\e%u Or c'eit ane etpéce ^ luxe, puisque si elle n'est pas ua emploi stérile du travail , elle en est la suppression (i). Les- branchesci' industrie qui peuvent produire rapidement des richesses immenses portent donc avec elles un inconvénient qw contre - balance fortement leurs avantages. Ce ne sont pas ceUes4à que. l'on doit désirer de se voir développer les premières dans une nation naissante. De ce genre est le -commerce extérieur trè&-étendu. L'agriculture, au contraire est bien préférable; ses produits sont lents et bornés. L'industrie proprement dite , celle des fabriques , est encore sans danger et tr^utile. Ses profits ne sont pas excessifs, ses succès sont difficiles a obtenir et à perpétuer j ils exigeai beaucoup de coi^naissauces et des qualités estimables , et ils ont des conséquences très-heureuses pour le bien-être des consommateurs. La bonne fabrication des objets de première nécessité est surtout désirable* Ce n'eat^
{i) Les seuk oi9if« que Ton devrait voir sans improbation sonl ceux qui se livrent à l'e'tude , et surtout à 1 ét^de de riiomine , et ce sont les seuls qu''on persécule. Il y a ruison pour cela. Ils font toir combien les autres sont inutiles , etils ue sonl pas les plus £orts *.
* A parler sérieusement, les hommes studieux sont loin d^étre des oiftii's. Ce sont des producteurs d''utilité, et de la plus grande des utilités * la vérité. La note est une plaisanterie , et k^ou voit qu'elln a été fuite dans un temps oà on affectait de jeter une grunide défaveur, et même , s^il était possible , un grand ridicule sur ceux qui s^occnpaient de l'étnde de nos facaltéa intellectneltes. Ost pour cela que }e la laiss« mlMister.
â64 CBAP. XI» t>E L^fiMl^LOt
p«9 qu^ tot m^nmfMtiMrcs d'ofaieto de luxe ne poksent êum étoa tràhsvaotageuaes à un paya ; mau flfifft quand kurs proiluiU «ont comme la religion de la cour de Rome , dont on dit qu'elle est pour «Ue une marchandise d'exportation et non pas de CCNDSomniaUon ; et il 4»t toujours à owûndre de s'en* ivoer de la liqueur qu'on prcSpare pour les autres. Soutes ces observations, et beaticoiip d'autres, devraient ètie développées dans l'ouvrage dont il s'agit, et seraient superflues ici ; elles rentrent, à beaucoup d'yards, dans les rëAeKions que j'ai £ûtes ei-dessus (chap. X),à propos de la manière dont les riclietses se distribuent dans un pays à mesure qu'eues s'y accumulent. D'ailleurs mon ol^et n'est peii^t de ^ire Aistotre du luxe ^ je ne voulais que montrer ses effets sur la consommation générale et sur la circulatioii.
^e me bornerai à ajouter que si le luxe est un ^ grand mal sous le rapport économique , il en est un bien plus grand encore sous le rapport moral , qui est toujours le plus important de beaucoup , quand il s'agit des intérêts des hommes. Le gont des dépenses superflues, dont la principale source est la vanité , la nourrit et l'exaspère ^ il rend l'esprit frivole et nuit à sa justesse ; il produit le dérèglement dans la conduite, qui engendre beaucoup de vices , de désordres , de troubles dans les familles ; il conduit aisément les femmes à la dépravation , les hommes à l'avidité, les unes et les aujtres au manque de d(Uicatesse et de probité , et à Toubli de tous les sentimcua généreux et tendres i
en un mot, il ënerre les âmes en rapetissant les esprits, et H produit ces* tristes eflets non^seuleinent sur ceux qui en jouissent y mais encore sur tous €sçnx. qui y servent, ou qui l'adi^irent, ou qui l'imitent , ou qui l'envient. Tout cela se verra mieux quand nous parlerons de nos intérêts moraux : je |ie pouvais que l'indiquer, ici. Il ne faut point çpnfeindre les matières , quelque intimement liées qu'elles soient.
Far la même raison, Fon ne s'attend pas sans doute que je discute actuellement si. , le luxe étant reconnu nuisible , on doit le combattre par les lois ou par les moeurs, ni que j'examine p^r quels moyens l'on peut favoriser la production et donner vive direction utile à la cqnspmmation. Ce serait eqipiéter sur le (Jom^iiie de la législation , dont peut-être je m'occuperai quelque jourj mais dans toute cette partie-<;i de mon ouvrage, je dois me borner à constater les faits.
Je crois avoir solidement ét.abli que puisque l'on ne peut jamais dépenser que ce l'on a, la production est le seul fonds de la consommatîop ; que , par conséquent ^ on ne peut jaçpais augmenter la consommation et la circulation qu'en augmentant la production , et qu'enfin détruire n'est- pas produire et dépenser n'est pas s'enrichir. Ce petit nombre de vérités bien simples va nous faire voir trè^lairement les effets des revenus et des dépendes des gouyememens sur la prospérité des imitions.
Dêê Revenus H des Dépenses du gouvernement,
et de ses JDeO^.
Ce sujet est encore très-vaste , quoiqu'il ne soit qu'une partie de celui que nous venons de traiter. Beaucoup d'écrivains le partageraient en trois li^ vres , qu'ils subdiviseraient chacun en. plosieais chapitres ; mais je prëfêre ne pas séparer ces matières , afin de ne pas faire perdre de vue leur mutuelle dépendance ; et je me sens le besoin de les considérer principalement dans leur ensemble ^ et sous un aspect général et commun. Gela ne m'empêchera pas d'entrer aussi dans les détails et de distinguer les cas particuliers qui sont réellement différens, peut-être même avec plus d'exactitude qu'on ne l'a encore fait.
Dans toute société , le gouvernement est le plos grand des consommateurs. Par cela «eul il mérite . un article à part dans l'histoire de la consommation, sans quoi elle serait incomplète. Mais aussi, par la même raison , on ne comprendrait jamais bien les effets économiques du gouvernement , et ceux de ses recettes et de ses dépenses, si auparavant on ne s'était pas fait une idée nette et joste de la consommation générale, de sa base et de sa marche.
Les mêmes erreuiv. que nous venons de combattre vont se reproduire ici. Ceux qui pensent que le*
CHAP Xir. DE8 D£P. DV GOUTEFINSM. »fl<7
traTacuL de ragrîcalture tout les seuls productifs ne manquent pas de dire qu'en définitif tous les ' impôts retombent sur les propriétaires des terres ; que leur revenu est la seule matière inyosable; qae l'impôt territorial est le seul juste et utile, et qu^l ne devrait pas y en avoir d'autre; et ceux qui ae persuadent que la consommation peut être une cause directe de richesse soutiennent que les prélô- ▼emens que le gouvernement fait sur la fortune des particuliers stimulent puissamment l'industrie; que ses dépenses sont très-utiles, en augmentant la consommation et animant la circulation, et que tout cela est très-favorable à la prospérité publique. Pour voir nettement le vice de ces sophismcs , il faut toujours suivre la même marche et commencer par bien établir les faits.
D'abord , il n'est pas douteux qu'un gouvernement quelconque ne soit très-nécessaire à toute société politique ; car il faut bien que ses membres soient jugés, admiiSstrés, protégés, défendus^ garantis de tonte violence: ce n'est que -pour cela qa'ils se sont réunis en société. 11 n'est pas douteux non plus qu'il ne faille que ce gouTemement ait des revenus, puisqu'il a des dépenses à faire. Mais ce n'est pas de cek qa'il s'agit; il s'agit dé savoir quel effet ce» revenns et ces dépenses produisent sur la richesse publique et la prospérité nationale.
Pour en juger, puis<)ue le gouvernement est un graad.colifloaimateur, et le plus grand de tous , il faut, eti cette qudité, l'examiner comme nous aropa examiné k» antres conMmiiNiteaFB , • «'ett-à-
Î>/Î8 , CHAP. XIT.. DP.S ni^PENSE!^
dire voir il'o&lui viennent les fonds dont il ÛMfat et quel usage il en fait.
Une première chose bien certaine , c'est que le gouvememont ne peut pas être rangé parmi leseon. sommatArs de la classe industrieuse. La dépenat qu'il fait ne se reproduit pas dans ses mains ttttc accroissement de valeur. Il ne se soutient pas ptr les profits qu'il fait. J'en conclus dëfà que sa ooasommation est bien réelle .et définitive ; qu'il ne reste rien du travail qu'il solde , et qne les richesses qu'il emploie et qui étaient existantes sont con^Biniées et détruites quand il s'en est servi. Reste à voir d'où elles lui viennent.
Puisque la pei*sonne morale appelée gouvernement ne vit pas de profits , elle vit de revenus. Ses revenus viennent de deux sources : il possède des biens- fonds et il lève des impôts.
Quant aux biens-fonds i il est absolument dans le même cas que les antres capitalistes qne bous avons nommés oisifi. 14 les aBeHoe et en tire .uite renia , ou , si ce sont des beis , it en vend annuellemcfAt les coupes. Le soin que l'on prend des bon > et qui consiste principalement à les ODnserver , as raséritefMislç non d<$ tratail . itidu6tfieU Le véritable travail ^i l(ËSt met iân: J^ii^ . cst^cdui de k» G^plo^ter,. de les débiter r> 4e teft transporter. S'iit appai:t0iRiti«nt à o6lùi q«tMfei>fexp|i9ite,Û en tirersifc tf)(it le. profit. Le prix dies ventes anBiœUe& qo^Hi W en lait, doit être mgattl^ c^viime ju»è rei^ ft« levéfi suc rioduttriiB de'<et , ef^pjkMateur» rawte ab^ liojlmn^vt, sQialMale à eeUe'qMe i*àm fotû» de hfi^
. DU oouvEnNr»rEwT. îz^f)
<:te4^«i9 jfiyièn que regi jtfienoc tc^as ks ans à Iselui qiitia llintlustrie d'en extraire d^ p^itsouf. AioM ^ lès jrâyeDus proveùans des bieDS-fetid» afi-^ p^rteDJiD&jiift.gQtiyehieniiclrl. 6otit,, coniine <*eux ^ Itouflks «MtMcs biea ruraux, cféés par deshotnineft iaduafrieiuî qui les exploitenfcy et prélevées sur leur* profits. « ...
Beaneoop de politiques n'approoTent pas que le ^nverneioent possède des biens-fonds. li-est bien 'vtat qm, comme il est nécessairement un pro> inriëUiire peli soigneux, ses régisse uiv ne pecivent ^«lèrë manquer d'être très-cberset peu fidèles. Ainsi, Il fiiit plue maladroitement ce qu'un autre propridtairë' ferait mieux. Mais il est à remarquer que cette flteladMsse se diminue point oa diunnne Irès-peu la masse 'totale de la .prodnetion de ces .fobds ; car lài «piàkitsië de la pooduotion des biens«^£onds ne dë- ■pettd guère dé benx qui lés. rëgis^m^, mais presque Wiiqueiiient de ceux qui les exploitent. Or rien A^empâche que ses terres ne soient aussi bien culti^ '^ea et ses bois exploites arec autant d'intelligence 411e ceixa des particulier. Les défauts de sa régie pe bornent donc à y empliorfer un peu plus d'homme» qu'il ne faudrait, et à les payer un peu trop 4her. Or ee n'est pas là un bien grand inconvé- ^enti
Je Tois ,. att contraire , plusieurs avantages à C» X{u« le gouvernement ait des possessions de ce genre. l'reimvreœeDt, il est des espèces de productions que Ini seul peut coirserver en grande quantité. Tels fliMii ks bots de haute^futaie , dont il âiu* attendre
270 GHIT. Xrr. DES DéPfiPCSES
le produit trop long-temps' pour que le fdw «»•' vent les particuliers ne prêtèrent pas , à.quantit^ é^eei ipéme moinUce^ des rentrées plas fréqucntes. Secondement, 'il peut^tre bon que le ^oamrnement possède des terre* cultivées ; il en sera à fiiprtœ de mieux jCOn^tfei les ressources et les i»* tcréts des diverses localités; et s'il est sage et bienfaisant , il pourra même en profiter pour répandre des lumières utiles. Troisièmement , quand une grande masse des biens -fonds est dans les mains do goureruementyil en reste moins dans le cammeroe. Or, comme ce genre de possessions est toujours fort désiré y. toutes choses égales d'ailleurs, moins jl y en aura à vendre et plus ils se vendront cher, c'est > à -f dire que pour une somme décent mille francs., l'acquéreur se contentera de trouver quatre ou même trois mille francs de 'reVenu au lieu de cinq, et cela fera baisser le taux de l'intérêt de Fargent dans' tous les autres plaœmens^ ce qui est on grand bien. Quatrièmement , et cette considération est la plus importante de toutes, tout ce que k gouvernement tire annuellement de ces biens-foods est un revenn qu'il n'enlève à personne; îl lui vient de fcon propre bien, comme à tous les autres propriétaires, et c'est autant de diminué sur ce qu'il est obligé de se procurer par des impôts. Enfin, dans un cas de nécessité, il peut, comme les particuliers, faire ressource eu vendant de ses fimds, sans avoir recours aux emprunts ^qui sont tou|0ars un grand mal , comme nous le verrons bientôt.' Par toutes ces raisons , je crois très-heureiik que
DU ÇOUr*RNBMEN.T. , ^7 1
I« KOOTernewent soit un très-gros propriétaire ^ surtout de bois et de grosses fermes. Je n'y aurais C[u'un regret^ c'est que cela empêchât ces biens dp tomber dans leç mains d# la classe ..industrieuse, Ikiais nous' ayons tu , à propos de l'industrie a^ri:-, cole, que, par la nature des choses , les propriétés de ce genre ne peuvent guère être possifdées par ceux qui les exploitent ^ parce que cela leur enlèverait trop de fonds. Or^je les aime mieux appartenans au gouvernement qu'à tout autre capitaliste Tivant de revenus.
Au reste, nos gouvememens modernes en général possèdent peu de biens-fonds. Ce n'est paf qu'ils n'aient presque tous déclaré leur domaine inanénable; mais aussi ils Tout presque tous vendu ou donné en très-grande partie. Le véritable revenu " sur lequel ils comptent, ce sont les impôts. C'est donc celui-là dont il faut nous occuper.
Par le moyen des impôts, le gouverhement enlève aux particuliers des richesses qui étaient à leur disposition, pour les dépenser lui-même : ainsi ce sont toujours des sacrifices qu'il leur impose.
Si ce sacrifice porte sur les hommes qui vivent de revenus et qui les emploient tout entiers à leurs jouissances personnelles^ il ne change rien à la masse totale de la production , de la consommation et de la circulation générales/ Toute la diCférence , c'est qu'une partie des salariés que ces hommes soldaient est soldée par le gouvernement avec l'argent qu'il leur a enlevé. C'est le cas U plus favoraWe. Quand l'impôt porte sur les hommes indu»tri6U|i
27 î>- CH'AP. XIT. Bits T>#.PKltSES
4uî vWeM âc pi^ÏÉ, il ^Ut. ne' fëire ^ae ^W nùêr leijrs ]^ibfib.ÂTôrs c'est-lii pdftîé-^ ces profits que béé Ifôibiilës eM][)îo3miëiit. à hlàfa jouîssanoes persohnelles^aui.est attâ(^ï^jC6 âbijft céiâ jôai^ano» qui»8ont dîmintfcés',. i^t )^itTtf{)6t ii^a n^iÉe léâ fnémes êffeis quHl aTalt dsttus le cas ^f écélent ^ mais s'il ti ]us(TÙ'à annihitèk* leis profits des horntne^ indusirieux/ou niéme jusqu^àr entatiier leK fcnidt de rciiiî mdustrîfe , àlofs c*est cett^ iotlustrié «He-tiiâne qui est 'dérangée ôU' d<ârii1té ^ et par coQsëquent la p^roduction et par suite la consotniiïatioii g^érates en sbht dirhihul'ès. La souffrance e^i piaf tout. •
Sndb, lorsque Timpôt tombe sur les salariés, il est évident qulls commencent par souffrir. Si la perte reste tout entière sur eux , c'est utte partie de leur consommation qui est stippYiméë , el qui est remplàcëe par celle de ceux que le gotivemeiiicDt paie avec l'argent qu'il leur eriléVe. S'ils trouvent le moyen dé la faire retomber sur ceux qui lesem' ploient, en haussant le prix de leurs salaires , alors il faut savoir parqtii ils sont employés ; et suivant qu'ils le sont par dès capitalistes oisi& ou par da capftalistes industrieux, cette perte à Ttii&dès deo^ l'Hcts que nous venons dé décrire eu jiarlâlit d^ca-r piièlistes.
Cette explication pï'cHrainaire paraîtra, je crois, incontestable, après les éclaircissemens que bous avons donnés en parlant de là consommation. Maintenant la grande diflîculte est de découvrir sur qui tombe réellement la perte occasionéc par l'impôt i car tous les impôtà ne [>rodiiiseut pas les mèmi
éfftfts j éft Hè soM ri multiplia , qta'il est fm|b08sible dlè tes examiner chacwn sépûrérnenKJe ponsc ^ue ffe mfietut est de ranger stMis «ne méftte dtinomina- €h)ii tbiiï ceux qui sont essentieUement dû mêîù& flleltiii^.
ïéii» le« impôts îniaginabtes, et je croiiâi qa'ils étiî torfs- été imaginc^s i pciivéïrt se partager^ en six ^ôj^ës prïncipsilês (i)> savctîr : 1° ritnpô* sur 1© revenu des terres, tel que la taille replie,- les ving-J ffêmefl/lâ eehtHbutiôn foncière en France et le landtàx en Ai^eterrt j a® celui sur les loyers dcjsi «aisbn^; ^ cfciui sur les rentes dues par l'Etat ; ^° celui sur les personnes, comme capitation et taill« persoimeile , contribution somptuaire et mobilière , di^it de patentes , jurandes , mattriteB, etc., ^tc; 5P celui sur les' actes civifs et etff d^rtâin^s fran^actiôtis sociales, coriin^ë 'dtx)it9 dé timbré |«l cFent^gistremcnt, de lod« et Tente, dé centième denipr , d'amortissement et autres, auxi|u6tsit ftiut jmtHtre Timpôt annuel qu-'on voudrait mettre sor Içs rentes constituéefif à u» particulier par un a^tre $ car on n'a d'autre mo^it de connbiî-» 4re cea placeiftenfe , 011 donations , ou tratismissions «pie left cMp6ts qoi conservent les âCtes qur les éti-^ Ûisscntj 60 et enfin celui duvle» raarchandjbés , soit par monopole et vente exclusive ou même' forcée', comme autrefois le sel et le tabac en France, soit au
(1) Crst, suivant moi , la mcineurc manière de les c.las&cr, pôijr se bicii rendre coiupte de leurs efiets,
„K>men% de la première proaucU<«i, conune 1« ^its sur le, marais salan. et sur les mines ctm- «Irtie de ceiix sur les vins en France, et sur le. KrÏen Angleterre , soit au -ment de U.-^ sommation, soit dansle trajet depu« le pr^mierpr^ ducteur iusciu'aii consommateur définitif, eommcle. Ïur^Aant intérieures qu'e.térie«res , lest^ ,ar les routes, les canaux, les ports et aux porto des villes, etc., etc. .
Chacun de ces impôte a une ou plusieurs mamèro qui lui sont propres , d^être onéreux.
* Au premier coup d^œil, on ^oit quel^mpôt sur le revenu des terres a l'inconvénient détretre^ difficile à répartir avec justice, et d'annuler la valeur de toutes les terres dont U location ne surp^ pas la taxe, ou la surpasse de trop peu pour dctèrminer à courir les risques inévitables et à fiuiek* frais nécessaires pour inettre ces terres CiiéUt délit
cultivées. . "^ i ^ i^
L'impôt sur le revenu des maiscâs louées a le défaut de diminuer le produit des spéculations de bâtisse , et par-là de dégoûter de bâtir pour louer, en sorte que chaque citoyen est obligé de se contenter d'habitaUonô moins saines et moins commodes que celles qu'il aurait eues pour le même loy«r(i).
•#r)Jene-fmspiis valoir contic cet irtpôt la préléï.ti6llde<FW^ l qîies écunomisles , que le revenu des maisons 'i«/<>»t*P" *^« iinpo5c,0ttdu moins ne doit rêl»e qu'a raison du prodml net «ju« dom»eruit , par la culluic , le lerruiu que ce« mauoM oc-
DU GOLVERNEMEPTT. ' 0.j5
Li'impÀt sur le» rentes dues par TEtat est uoe Traie banqueroute si on réta):))ft sur des rentes déjà créées , puisque c'est une diminution de Fintërét promis pour un capital reçu ; et il est illusoire si on le place sur des rentes au moment de leur création ^ car il eût été plus simple d'oSi:ir un intérêt moins fort de toute la quotité de l'impôt , et cela serait revenu au même.
L'impôt sur les personnes donne lieu à des perquisitions três-désagréables pour parvenir à le graduer suivant la fortune de chacun , et ne peut jamais reposer que sur des bases très-iarbitraires et des connaissances très-imparfaites, tant lorsqu'on prétend l'asseoir sur des richesses acquises, que lorsqu'on veut le faire porter sur des mojens d'en acqtiérir. Dans ce dernier cas, c'est-à-dire lorsqu'il est motivé par la supposition d'une industrie quel<-
cupent , tout le reste n** étant que Vintérêt ()n capital employé à bâtir, lequel , «uivant eux , n''est point imposable.
Cette opinion est uiie conséquence de celle que le trarail de la culture est le seul productif, et que le levenu des terres est fe seul imposable , parce qu^il.y a dans le produit de la terre me portion qui est purement gratuite et entiùremenit due à la nature , laquelle portion , suivant ces auteurs, e^t le seul fonds légitime et raisonnable de Timpôt.
J^ai fait voir que tout cela est faux , ainsi je ne saurais m'en prévaloir, ni contre Timpôt dont il s'agit , ni contre tous ceux qui kuivent', leisqaels sont tous non-seulemeut réprouvés dans •ce système , mais déclarés illusoires , comme n^ étant et ne pou- ■vwit jamais être que LMmpôt sur le revenu des terres , déguisé et. surchargé de frais et de pertes inutiles. Pareille théorie est insoutenable , ^^and on stitt ce que c^est que production»
o.j6 rif/p. XII. Des dépenses
coiiqne, il décaaraae oetie industrie «t il obliges Urenclufrir cm à l1[bftiidQnDer.
liSi»p6t si»r los actes, et en gésëiitil «iir Jes tnitsactioiis sociales, gène la circulation «les kietafonds et dinoinue leur valeur yënale en rendait leur translation tros-coûteuse , augmente les fnk de iustice au point que le pauvre n'ose plus défendre ses droits, fait que toutes les affaires devienaeiifc épineuses et difficiles, occasione des rtcbercfties inquisttoriales et àes vexations de la part des ago^ du 'fisc, et oblige à faire dans leis actes des ce'ticences on raéme à y mettre des clauses et des évahiatioitt îHusoires qui ouvrent la porte à beaucoup d'inir quités , et deviennent la source d'une ibule ^€(^ testatioas et de malheurs.
A l'dgard des impôts sur les marchaBdi;ses, l^ws jnconvéniens sont encore plus nombreux et p^ compliqués, et ne sont pas moins fâcheux ni moins certains.
Le monopole, ou la vente £Eiite exclusiveraent par VEtat, est odieux, tyranniquci contraire an droit naturel qu'a chacun d'acheter et de vendra comme illui. plait, et nécessite une multitude de mesures violenlei. C'est encore bien pis quand cette vente est forcée, c'est-à-dire quand on oblige le particulier, comme cela est arrivé quelquefois, à acheter ce dont il n'a pas besoin, sous le prétexte qu'il ne peut s'en passer, et que, s'il ^n'achète pas, c'est qu'il s'est approvisionné en contrebande.
L'imjiôt prélevé au moment de la production.
DU GOt VKRNEMKNT. ^ 277
iiécessitc évidemmem , de la part -du proùucteur, une avaDce de fonds qui/ étant long-ten>ps sans lui rentrer, diminue beaucoup ses moyens de produire.
Il n'est pas moins clair que les impôts exiges , soit au moment de la consommation , soit pendant le transport depuis le producteur jusqu'au consommateur , gênent on détruisent tous quelque branche d'industrie ou de commerce, rendent rares et coûteuses des denrées nécessaires ou utiles , troublent toutes les jouissances , dérangent le cours naturel des ehoses, et établissent , entre les dîQérens besoins et les moyens d'y pourvoir, des proportions et des rapports qui n'existeraient pas sans ces perturbations, qui sont nécessairement \ariables, et qui rendent incessamment précaires les^spéculations et les i*essources des citoyens.
Enfin, tous ces impôts sur les marchandises, quels qu'ils soient, nécessitent une infinité de précautioiis et de formalités gênantes ; ils donnent lieu à une multitude de difficultés roineusesf ils sont nécessai> » rement très-sujets à l'arbitraire; Ils obligent à ériger en crimes des actions indifférentes en elles-mêmes , et à sé\'ir par des punitions souvent cruelles. Leur perception est très- dispendieuse; et elle entraîne l'existence d'une armée d'employés et d'une armée de fraudeurs,- tous hommes pei\lus pour la société, qui y entretiennent continuellement une véritable guerre civile, avec toutes les funestes conséquences économiques et morales qui en Résultent.