CHAPITRE Xrr
cevoir des impressions, d'avoir des perceptions, en un mot, d'éprouver des modilications dont nous avons la conscience. C'est ce que nous appelons la faculté de penser ou de sentir, en prenant ce mot dans le sens le plus étendu.
L'autre est cette capacité ou ce pouvoir que nous avons de remuer et de déplacer les différentes parties de notre corps, et d'exécuter une infinité de mouvemens tant internes qu'externes , le tout en vertu de forces existantes au-dedans de nous, et sans y être contraints par l'action immédiate d'aucun corps étranger à nous. C'est ce que nous appelons la faculté de nous mouvoir.
Ces deux phénomènes sont également le résultat de notre organisation ; nous pouvons bien les diviser par la pensée pour examiner séparément et successivement les effets de l'un et de l'autre; mais, dans la réalité, ils sont inséparables : le premier, au moins, ne peut exister sans le second; car quoiqu'il soit vrai qu'il s'opère beaucoup de mouvemens en nous sans que nous en ayons la conscience, sans qu'ils nous causent la moindre perception, il est certain que nous ne pouvons concevoir aucune perception
produite en nous, même la plus purement intellectuelle , sans un mouvement quelconque opéré dans quelqu'un de nos organes. Ainsi, à prendre les choses telles qu'elles sont, nous ne devons regarder l'action de penser ou sentir que comme un effet particulier de l'action de nous mouvoir, et la faculté de penser que comme une dépendance de la faculté de nous mouvoir. Celle-ci mérite donc bien de fixer notre attention.
J'ai dit que nous avons le pouvoir de faire des mouvemens en vertu de forces existantes au-dedans de nous, et sans y être contraints par l'action immédiate d'aucun corps étranger. Je ne prétends pas pour cela qu'il existe en nous un principe essentiellement actif et vraiment créateur d'une force absolument nouvelle , indépendante de toutes celles qui existent dans le monde, ensorte qu'en vertu de notre énergie propre la quantité du mouvement se trouve augmentée d'un moment à l'autre dans l'univers par notre action. Au contraire, et cela est essentiel à remarquer^ des expériences rigoureuses prouvent que quand un homme se suspend à la corde d'une pouUe, il n'agit sur elle qu'en vertu de son poids et ne peut