‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 110 sur 192 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sont pas; mais il dépend de nous , jusqu'à un certain point, d'appliquer tellement noire attention à quelques-unes de nos perceptions , que les autres deviennent comme nulles pour nous. Cela arrive souvent à tous les hommes ; il y en a même chez qui ce pouvoir est porté à un grand degré : ce sont ceux qui sont occupés de passions violentes ou de méditations profondes. C'est à quoi se réduit l'influence de la volonté sur la sensibilité proprement dite.

Quant à la mémoire, nous éprouvons que le souvenir de certaines perceptions nous vient souvent, non-seulement sans que nous le voulions, mais même quoique nous desirions l'écarter -, mais nous éprouvons aussi qu'il nous revient lorsque nous cherchons à nous le procurer. Ainsi, la mémoire est tantôt indépendante, tantôt dépendante de la volonté. Nous verrons dans la suite quels sont les moyens d'augmenter le pouvoir de la volonté sur cette faculté; pour le moment nous nous bornons à l'énoncé des faits.- Usons-en de même à l'égard du jugement.

Le jugement est indépendant de la volonté en ce sens qu'il ne nous est pas libre, quand nous percevons un rapport réel entre deux •

de nos perceptions, de ne pas le sentir tel •qu'il est, c'est-à-dire tel qu'il doit nous paraître en vertu de notre organisation, et tel qu'il paraîtrait à tous les êtres organisés comme nous , s'ils étaient exactement dans la même position. C'est cette nécessité qui constitue la certitude et la réalité de tout ce que nous connaissons j car s'il ne dépendait que de notre fantaisie d'être affectés d'une chose grande comme si elle était petite, d'une chose bonne comme si elle était mauvaise , d'une chose vraie comme si elle était fausse, il n'existerait plus rien de réel dans le monde, du moins pour nous ; il n'y aurait ni grandeur ni petitesse, ni bien ni mal, ni faux ni vrai : notre seule fantaisie serait tout. Un tel ordre de choses ne peut pas même se concevoir, il implique contradiction. Notre jugement est donc bien indépendant de notre volonté en ce sens ; mais il en dépend en ce que, comme nous l'avons vu, nous sommes maîtres, jusqu'à un certain point, de considérer telle perception et de rappeler tel souvenir plutôt que d'autres, et de donner notre attention plutôt à un de leurs rapports qu'à un auire. Ainsi c'est à proportion que nous soumettons notre sensibilité et notre mé-

Page 1