CHAPITRE XIV
parce que nos perceptions de rapports ellesmêmes ne sont, comme nos autres perceptions, que des effets de certains mouvemens dans nos organes ; aussi participent-elles à toutes les modifications qu'éprouve tout mouvement par l'effet de sa fréquente répé tition. Il est manifeste que plus nous avons porté souvent le même jugement , plus nous le portons facilement, rapidement, moins il nous frappe et plus il réveille aisément, et sans que nous nous en apercevions, tous ceux qui y tiennent de près. Cela va même jusqu'à faire toutes ou presque toutes ces opérations à notre insu , ou du moins sans que nous en ayons une conscience distincte.
Il doit en être, et il en est de nos désirs absolument comme de nos jugemens, puisqu'ils lie sont comme ceux-ci que des effets de mouvemens organiques. Plus nous avons formé un désir, plus nous sommes disposés à le former, plus la moindre chose l'excite , plus il réveille de sentimens environnans. Mais en général il s'alanguit après la première explosion. Si cela n'arrive pas toujours, c'est parce que les opérations qui l'occasionnent, étant devenues plus faciles
par leur fréquence , ou ayant laissé des traces plus profondes par leur durée, sont répe^ tées plus souvent et à l'occasion de plus de circonstances diverses. Si enfin au lieu de diminuer il augmente, on peut et on doit en dire ce que nous avons dit des^ sensations, dont tout désir émane, et dans lesquelles il est implicitement renfermé : c'est que par sa fréquence et sa durée, il met en jeu d'autres organes sensitifè qui n'agissaient pas d'abord, ce qui augmente le besoin primitif j ou il rend plus fréquent le jugement que son accomplissement nous est nécessaire , ce qui rend plus énergique la souffrance de n'y pas parvenir.
Telle est, je crois , l'histoire exacte et scrupuleuse des effets qu'une fréquente répétition ou une durée prolongée produit sur nos mouvemens, tant ceux qui ne consistent que dans le déplacement de quelque partie de notre corps, que ceux qui produisent nos diverses espèces de perceptions ou opérations intellectuelles. Elle est fondée sur des observations faites avec soin ; et parce que du développement délicat dè leurs circonstances les moins aperçues on tire des raisons diverses , dont les unes sont propres