‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 132 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

dans la suite, quand nous en avons pris l'habitude, ou, comme on devrait dire^ quand nos organes ont contracté l'habitude qui résulte de la fréquente répétition de cette action. Nous en devons conclure, qu'au moins dans l'espèce humaine , quand même l'individu naîtrait avec Tentier développement de tous ses organes, il n'en serait pas moins réduit d'abord à un degré bien borné d'intelligence et de capacité; tous ses mouvemens, tous les actes de sa pensée seraient lents et pénibles : c'est dans tous les genres que nos commencemens sont faibles. Mes jeunes amis , méfiez-vous des poètes, et des philosophes, qui, comme eux, raisonnent d'après leur imagination, et non d'après les faits; ce sont d'aimables enchanteurs, mais de très-dangereux séducteurs. L'âge d'or, tant vanté, est le temps de la souffirance et du dénuement; et l'état de nature est celui de la stupidité et de l'incapacité absolue (1).

(1) Il y a pourtant une cause à ce préjugé universel du bonheur de l'âge d'or et de la perfection de l'état de nature , comme il y en a à toutes les erreurs et à toutes les maladies de l'esprit humain, et la voici. Pour tout vieillard , le plus beau temps dont il se sovr vienne est celui de sa jeunes&e ; c'est-là pour lui le

aS8 IDÉOLOGIE.

Nous ne tenons de cette nature si admirable, c'est-à-dire de notre organisation , que la possibilité de nous perfectionner, et cela nous suffit; mais en sortant de ses mains, nonseulement noussommes dans une ignorance

temps par excellence , celui des beaux jours et du bonheur -, il le vante sans cesse. Élevé dans le respect de son père , qui faisait de même , il croit facilement que le temps de la jeunesse de ce père était encore supérieur, et que celui de la jeunesse du monde était au-dessus de tout. La masse des hommes, en général mécontente de son sort, croit volontiers à cette supériorité des temps antérieurs , qui lui est continuellement attestée par des gens qui les ont vus. D'ailleurs, telle remarque qu'ordinairement les hommes un peu âgés sont les plus sages -, elle se persuade aisément que les temps où ils sont nés et où ils se sont formés étaient les plus réellement éclairés , et elle s'accoutume ainsi à la folle opinion que tout va dégénérant» «ans s'apercevoir qu il y a là un véritable renversement idées -, car si les hommes les plus âgés sont en général les plus éclairés , c'est grâce aux bienfaits de l'expérience , et la même raison fait que ce sont les temps les plus récens où il y a le plus de lumière , puisque ce sont les siècles les plus anciens qui sont vraiment l'enfance du monde. C'est ainsi qu'une idée fausse s'accrédite d'âge en âge, et qu'elle devient la «ource d'une infinité d'autres dont l'observation attentive de nos facultés doit nous préserver.

^ complète,

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