CHAPITRE X
complète, mais encore nos moyens de connaître sont dans on engourdissement total; nous n'en possédons, pour ainsi dire, que le germe; il faut que l'exercice les élabore, les perfectionne, les développe. Ainsi nous sommes entièrement les ouvrages de l'art, c'est-à-dire de notre propre travail; et nous ressemblons aussi peu aujourd'hui à l'homme de la nature, à notre manière d'être originelle, qu'un chêne ressemble à un gland, et un poulet à un œuf.
Nous devons donc bien nous garder de croire que nos facultéâ intellectuelles aient toujours été ce qu'elles sont, et que, dans toutes les circonstances, elles eussent fait les mêmes progrès ; et il serait très-curieux de démêler, dans l'état où nous les voyons , ce qu'elles doivent au perfectionnement de notre individu et à celui de l'espèce humaine en général : tâchons d'y parvenir. Nous ne saurions jamais nous considérer sous trop d'aspects differens ; c'est le moyen de nous mieux connaître.
La seule manière de savoir parfaitement à quoi s'en tenir sur ce point, serait de pouvoir observer des hommes qui n'auraient jamais eu dç comrauuication avec aucun
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de leurs semblables : car les questions de fait ne sont pleinement résolues que par l'expérience ; mais celle-ci n'est pas en notre pouvoir. L'homme ne naît ni ne vit isolé 5 il ne peut subsister de cette manière, et ne saurait passer son premier âge sans secours étrangers : ainsi toujours il a été influencé par l'état de société; toujours il a participé plus ou moins au degré de perfection où était l'espèce humaine au moment de sa naissance. Nous avons, à la vérité, quelques exemples d'enfans et de jeunes gens des deux sexes qui ont été rencontrés dans des forêts où ils paraissent avoir existé plus ou moins de temps seuls. Un savant naturaliste, dans un petit ouvrage qu'il a publié à l'occasion du dernier de ces enfans trouvés (1) , en cite jusqu'à onze, sur lesquels il nous donne des renseignemens précieux. Mais , d'une part, ces individus, quelque étrangers qu'ils nous paraissent à toute société et à tout langage,
(,) Voyez la Notice historique sur le Sauvage de r Aveyron et sur quelques autres individus qu'on a trouvés dans les forêts à différentes époques ; par ^.-J. Bonnaterre, professeur d'histoire naturelle à l'école centrale du département de l' Aveyron. A Paris, chez la veuve Pankouke, an 8.