CHAPITRE XVI
composant l'idée de pain et l'idée de bon, pour pouvoir juger si le pain est bon, et qu'ainsi ces mots ne devrpiient m'être d'au-
calcul qui soit analogue aux prétendus principes logiques.
La langue algébrique, répétons-le, est une langue comme une autre. Ses caractères sont les élémens du discours. Les règles du calcul sont les lois de sa syntaxe , qui enseignent quel usage on doit faire de ces élémens , et quelles modifications on doit leur faire subir pour marquer les liaisons qu'on a établies entr'eux et les opérations intellectuelles qu'on a exécutées par leur moyen. C'est-là tout ce qui existe dans toute langue, et l'acte du raisonnement est le même dans toutes. Les formes syllogistiques sont une espèce de superfétation dont on aurait pu embarrasser les calculs tout comme les autres raisonnemens , si, dans ce cas, leur inutilité n'avait pas été plus manifeste que dans les autres. C'est un surcroît de précaution que l'on a cru propre à guider nos jugemens et à en augmenter la sûreté , mais qui réellement ne fait que les gêner et cacher les. causes de leur justesse ou de leur fausseté.
Le vrai est que , dans tous nos raisonnemens quel^ conques, il ne s'agit jamais que d'idées revêtues de signes ; ainsi il ne peut pas y avoir d'autres principes de logique que la connaissance de ces idées et de leurs signes , c'est-à-dire l'idéologie et la grammaire , ou , si l'on veut, la connaissance de la valeur de ces signes isolés et celle du mode de leur liaison , c'est-à-dire.
348 IDÉOLOGIE, cune utilité.Cependantrexpérience estcons^ tamment contraire ; elle montre que ces signes font en moi une impression qui n'est
le vocabulaire et la syntaxe du langage dont on se sert. La logique proprement dite est un pur néant , une idée radicalement fausse , une vraie chimère , comme j'espère le faire voir en son lieu.
Je sens combien cette longue discussion est déplacée ici. Pour qu'elle fût complètement satisfaisante, il faudrait qu'elle ne vînt qu'après tout ce que nous avons à dire dans le chapitre suivant, dans la Grammaire et dans la plus grande partie de la Logique, Elle est presque la conclusion de l'ouvrage. C'est pour cela que je l'avais supprimée dans la première édition de ce volume-, mais, par réflexion, je l'ai crue utile pour provisoirement appuyer ce qui vient d'être dit, en indiquant ce qui suivra. C'est ainsi qu'en traitant ces matières, qui ont été si complètement embrouillées et dénaturées , on est toujours froissé entre la crainte, si l'on suit loin son idée, d'avancer des choses dont on ne peut pas encore développer toutes les preuves, et celle, si l'on s'arrête, de laisser subsister des préventions qui résistent aux assertions les mieux fondées et qui sont la base des autres. C'est ce qui m'est arrivé continuellement en écrivant ces deux chapitres des signes , qui cependant me paraissent ici à leur place naturelle et nécessaire.
Quoi qu'il en soit, concluons qu'en raisonnant nous sommes conduits par les mots comme par les caractères algébriques j que leur utilité est de nous dispenseï