‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 166 sur 192 · CHAPITRE XVII. 56l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. 56l

j'avoue que je n'aime pas cette façon de s'exprimer, car je ne vois pas ce que peut être l'action de percevoir une sensation, si elle n'est pas une des opérations particulières de la faculté de penser; ni ce que peut être l'action de penser, si elle n'est pas toujours celle de sentir, modifiée de mille manières. Dans notre langage nous devons donc dire , sans hésiter, que nous commençons à penser avant d'avoir des signes artificiels. ;

Il n'est pas aussi aisé de déterminer précisément jusqu'où irait notre faculté de penser si elle n'avait le secours d'aucun de ces signes, je ne vois même point de moyen de le savoir avec certitude; mais, d'après tout ce que nous avons dit précédemment, il n'y a nul doute que sans les signes toutes -les réunions que nous faisons de nos idées seraient aussitôt dissoutes que formées ; que les rapports que nous remarquons entr'elles seraient aussitôt évanouis que perçus, et que par conséquent toutes combinaisons ultérieures nous deviendraient impossibles, et nous serions toujours arrêtés dès les premiers pas : nous en avons même la preuve directe dans l'impossibilité où nous sommes de faire les moindres calculs sans noms do

nombre. Ainsinous pouvons prononcer ave©^ les idéologistes que je citais tout à l'heure, que sans signes nous ne penserions presque pas.

La question qui suit celle-là dans l'ordre naturel des idées, est encore plus délicate ^ c'est de savoir jusqu'à quelle classe d'idées et à quel degré de combinaison peut noua conduire chaque espèce de signe. Plusieurs auteurs ont décidé qu'il n'y a que les signes articulés, les mots, qui puissent nous élever jusqu'aux idées abstraites : mais je crois que cet arrêt mérite examen. D'abard nous avons vu que ces opérations qu'on appelle abstraire et concraire sont toujours réunies dans la formation de toute idée composée , et que l'une n'est pas plus difficile que l'autre; ensuite nous avons observé que toute idée qui n'est pas individuelle est une idée abstraite, car il n'existe dans la nature que des. individus ; enfin, nous savons que toute perception de rapport est aussi une idée abstraite, car un rapport n'est qu'une vue de l'esprit et non pas une chose existante par elle-même. Il faudrait donc, dans ce système, soutenir que sans les mots nous ne pourrions avoir que des idées individuelles, ou>

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