‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 168 sur 192 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ment à la : question proposée, et assigner avec justesse le degré précis de connais-^ sance auquel nous conduirait cette langue dans ces diffërens états; mais nous voyons clairement qu'après chacun de ces retran- ' chemens successifs elle deviendrait toujours plus difficile à manier, moins capable de nous guider dans l'acte du raisonnement , moins propre à rapprocher nos idées les unes des> autres, à les combiner, à les réunir sous tous les aspects dont nous avons besoin, àt constater des différences légères entr'elles'>l et qu'enfin, dans le dernier état où nous la mettons, elle ne pourrait plus représenter que quelques groupes principaux d'idées fortement distincts entr'eux, et donner Heu qu'à quelques jugemens très-grossiers et presque palpables que nous en porterions/ Elle est alors,,, malgré les avantages des signes articulés, réellement inférieure à un système de gestes qui serait perfectionné] Cependant ce dernier état auquel nous l'avons réduite est l'état primitif de cette langue parlée et de toute autre. Un langage quelconque ne peut jamais avoir plus de signes que ceux qui l'instituent n'ont d'idées : il en a d'abord très-peu. Ce petit nombre

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de signes aicle à travailler ce petit nombre d'idées; il y fait découvrir de nouvelles circonstances, de nouvelles vues qui font sentir le besoin de nouveaux signes pour les exprimer; et ces nouveaux signes servent à apercevoir de nouvelles combinaisons qu'il faut encore représenter. C'est ainsi que le langage satisfait d'abord les besoins de la pensée, puis lui ënfait contracter de nouveaux en favorisant son action, et qu'alternativement l'idée fait naître le signe , et le signe fait naître l'idée. Ce sont ces innombrables actions et réactions successives qu'il faudrait pouvoir saisir pour être en état de répondre pleinement à la question que nous nous sommes proposée au commencement de ce paragraphe : elle est donc absolument insoluble dans ses détails. Mais nous voyons bien en masse que les connaissances et les langages marchent toujours de front; que le niveiau se rétablit à chaque instant entre l'idée et le signe , et que par conséquent la langue la plus perfectionnée est toujours celle employée par les hommes les plus éclairés ; et si elle n'est pas plus parfaite , c'est parce que leurs idées ne sont pas plus avancées.

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