CHAPITRE VI
eux le nom commun à toutes les pêches imaginables, n'est encore pour vous que le nom de celle que vous voyez ; il est purement individuel , comme le serait celui que vous auriez créé arbitrairement pour votre usage.
Cette opération de l'esprit, qui consiste à rassembler plusieurs idées pour n'en former qu'une seule, à laquelle on donne un nom qui les réunit, bien que très commune assurément , n'a point elle-même de nom dans la langue française : on peut l'appeler concrairey^dx opposition à abstraire, nom que l'on a donné à l'opération inverse dont nous allons parler. C'est ainsi que l'on appelle termes concrets les adjectifs, tels que pur, bon, etc., qui expriment une qualité considérée comme unie à son sujet, tandis que l'on appelle termes abstraits les mots pureté, bonté, etc., qui expriment ces qualités séparées de tout sujet. De même on dit que trois mètres est un nombre concret , et que trois tout court est un nombre abstrait. Nous verrons bientôt ce que nous devons penser de ces dénominations. Continuons.
Voilà donc l'opération par laquelle de plusieurs idées différentes nous formons un groupe qui est l'idée propre et individuelle
Fa
S4 IBÉOLOGIE.
de l'être qui en est la. cause. Voyons actuellement celle par laquelle ces idées particulières, et propres à un individu seulement , deviennent générales et communes à plusieurs. Revenons à l'exemple de la pêche.
Après vous être formé l'idée de cette première pêche, vous voyez d'autres êtres qui ont à peu près les mêmes qualités qu'elle, qui ont avec<,elle beaucoup de caractères communs, mais qui en diffèrent cependant à bien des égards, car il n'y a pas deux êtres absolument semblables dans la nature. Toutes les pêches n'ont pas exactement les mêmes couleurs, la même figure, la même grosseur, le même degré de maturité ; elles diffèrent au moins par le lieu , par le temps où vous les voyez. Vous néghgez ces différences, vous les écartez, ou, comme on dit, vous en faites abstraction ; vous ne considérez ces dernières pêches que par ce qu'elles ont de commun avec la première que vous avez observée ; vous prononcez que ce sont encore des pêches : et voilà que l'idée de pêche est devenue générale, et n'est plus composée que des caractères qui conviennent absolument à toutes les pêches. Cette