‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 49 sur 192 · CHAPITRE Vir · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vir

corps ? et la seconde , comment le savonsnous?C'estce dont nous allons nous occuper.

Vous êtes certainement surpris d'une pareille question : il ne vous est jamais venu en tête qu'on imaginât de- la proposer/ et qu'il pût être incertain s'il y a des corps et si vous en avez un; ce doute vous paraît impertinent 5 cependant je suis bien assuré qu'il vous est impossible de le lever, et que, quelque inébranlable que soit votre opinion à cet égard, vous ne sauriez en démontrer la vérité. Cela seul doit vous prouver que le sujet mérite d'être approfondi 3 de plus, vous sentez que c'est la base fondamentale de l'édifice entier des connaissances humaines. Car si nous nous trompons sur ce point capital, si l'existence des corps est une illusion, nous vivons entourés de fantômes, et toutes nos connaissances ne sont que des chimères. Or, en matière si importante, il n'est pas permis de se contenter d'un sentiment confus et d'assertions sans preuves.

Je sais qu'un très-grand préjugé en faveur de la réalité de l'existence des corps est la croyance générale de tous les hommes, qui n'en doutent pas^ et n'imaginent pas même

IIO IDEOLOGIE.

qu'on puisse en douter. Mais, premièrement, cette croyance n'est pas sans exception ; car plusieurs hommes , et de grands hommes, ont pensé et ont soutenu qu'il n'existe réellement rien de semblable à ce que nous appelons des corps, et que quand les corps existeraient, nous n'avons en nous absolument aucuns moyens de les connaître :

d'ailleurs, quand même une opinion serait parfaitement universelle , ce ne serait pas encore une preuve sans réplique de sa justesse, carie genre humain tout entier peut fort bien se tromper, et ce ne serait peutêtre pas la première fois que cela lui fût arrivé. Il faut donc en revenir à examiner si l'existence des corps est réelle, et comment nous parvenons à la connaître.

Avec un moment d'attention vous pouvez vous apercevoir que non-seulement la solution de cette question ne se présente pas d'elle-même à l'esprit avec évidence , mais encore qu'elle est assez difficile à trouver quand on y pense. En effet vous venez de voir que toutes nos idées composées ne sont autre chose que des combinaisons de noâ sensations, de nos souvenirs, de nos ju^emens, et de nos désirs. Il est bien évi-î

Page 1