‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 50 sur 192 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

dent que ces combinaisons se font en nous sans aucune intervention étrangère ; il ne l'est pas moins que nos sensations de souvenirs, de jugemens et de désirs sont aussi des choses qui se passent uniquement dans notre intérieur. Or, qu'est-ce qui empêcherait qu'il n'en fut de même de nos sensations proprement dites? et que, tandis que nous croyons voir, entendre , goûter, sentir, toucher des êtres réels et distincts de nous, ces impressions ne fussent que des modifications internes de notre faculté de sentir, des manières d'être produites en elle par des raisons inconnues, mais sans aucune cause extérieure, comme celles que nous éprouvons dans certains rêves ou nous nous croyons actuellement frappés par des corps qui bien certainement sont alors fort éloignés de nous, ou comme celles que nous ressentons même éveillés , dans certaines circonstances, ainsi que nous en avons fait la remarque aux chapitres de la Sensibilité et de la Mémoire.

Cette supposition n'est point absurde.

Cependant, si elle était conforme à la vérité, cette plume que je crois tenir, ce papier sur lequel je crois en ce moment tracer ces

ÏDÉOLÔGTÏÎ.

mots, mon corps lui-même, que je crois sentir et par lequel je crois sentir, ne seraient que de vaines apparences résultantes , de diverses modifications arrivées et combinées dans l'intérieur de ma faculté pensante quelle qu'elle soit et quelque part qu'elle existe; et, dans le fait, quand la chose serait ainsi, pourvu que ces modifications et leurs combinaisons suivent les mêmes lois, qu'elles soient internes ou ex-ternes, qu'elles viennent du dedans ou du dehors, tout va de même pour moi qui les éprouve. Que vous, à qui je parle, soyez des êtres existans ou idéals; si, dans les deux cas, il doit résulter des mots que je profère que vous me présentiez les mêmes aspects, si je dois suivre les mêmes règles pour produire sur vous les mêmes effets , rien n'est changé pour moi j et je n'ai, par conséquent , aucun moyen de démêler ce qui en est; je n'ai certitude de rien que des effets que j'éprouve.

Ala vérité, actuellement que nous sommes parvenus (nous verrons quelque jour par quels moyens ) à nous comprendre réciproquement, quand vous me dites que vous sentez comme moi, quand je vous vois

agir

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