CHAPITRE VII. Il
nous a raconté les circonstances de leur création ; mais que nous n'avons pas d'autre moyen de le savoir, et qu'il est absolument impossible qu'aucune de nos facultés intellectuelles nous en procure une connaissance directe • il a même ajouté que ces corps n'existent que dans la pensée de Dieu , ce qui est bien toujours n'exister que dans une pensée. Et Berkeley, autre excellent esprit, *a soutenu que le récit de Moïse bien entendu ne prouve pas l'existence des corps, et qu'ils n'existent réellement pas.
Sans exagérer le nombre des sectateurs de cette singulière opinion, je pourrais peut-être ranger encore parmi ceux qui ont nié l'existence des corps, ou qui en ont douté, tous les partisans des idées innées, quand même ils n'auraient pas tiré expressément cette conséquence de leur système; car quand on pense ( et c'était l'opinion générale avant Locke ) que toutes nos idées existent en nous au moment de notre naissance , et que quand nous les recevons ou les composons nous ne faisons que nous en ressouvenir, il ne paraît ni nécessaire, ni même naturel de supposer que ces impres-
XlQ IDÉOLOGIE.
sions soient causées en nous par des êtres
réellement existans.
Quoi qu'il en soit , il est certain que beaucoup de philosophes, et nommément tous ceux qui ont reconnu que nos sensations sont la source de toutes nos idées, ont cru fermement, comme le vulgaire, que ces sensations sont excitées en nous par l'action des corps sur nos organes, et que ces corps et ces organes sont des êtres bien réels; mais ils n'ont pas toujours été très-heureux à expliquer comment nous apprenons à reconnaître cette existence , et pourquoi nous en sommes certains; on peut même dire que cette question n'a encore jamais été parfaitement éclaircie.
Le plus souvent on s'est contenté de dire en général que nos sensations ont la propriété de nous apprendre d'où elles nous Viennent, et que dans la sensation la plus simple est renfermée cette connaissance ; ce qui est dire implicitement que l'action de sentir, qui bien sûrement nous fait connaître notre propre existence, nous révèle aussi celle d'un autre être et du rapport qu'il a avec nous, et que ce jugement ou le sentiment de ce rapport est inséparable de la