‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 54 sur 192 · CHAPITRE VI r · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI r

apprennent nécessairement l'existence des corps et leur étendue. Elles sont déjà, suivant moi, une réfutation suffisante.

On leur a dit, premièrement, les corps ne frappent pas l'œil plus immédiatement que le nez et l'oreille; les rayons lumineux nous arrivent au travers de l'air comme les ondulations sonores et les particules odorantes ; toute la différence, c'est que ceuxlà ne nous arrivent qu'en ligne droite, tandis que celles-ci nous parviennent par tout« sorte de chemins. Or, ces particules odorantes, ces ondulations sonores partent, comme les rayons lumineux , de différens points des corps; elles frappent différens points de l'oreille et du nez, comme ceux-ci différens points de l'œil: cependant, vous convenez que ces émanations odorantes et sonores ne sont pas capables de nous faire juger qu'il y a des corps, et des corps étendus. Il ne paraît pas vraisemblable que la particularité de venir à nous en ligne droite donne cette propriété aux rayons lumineux.

Secondement, on a ajouté, et ceci est péremptoire, quand on vous passerait ce premier point, vous n'en seriez pa&plus avancé 3.

car il est bien manifeste que le même corps apparaît à notre œil de mille manières différentes, suivant qu'il est éclairé d'une manière ou d'une autre, vu de plus près ou de plus loin, ou de plus haut ou de plus bas, ou d'un coté ou d'un autre : or, laquelle de toutes ces manières d'être vu est la vraie manière d'être de ce corps? il est clair que la sensation visuelle seule ne nous met pas à même de la décider : elle ne nous ferait donc jamais connaître l'existence réelle de ce corps, quand même on vous accorderait qu'elle nous apprend à elle seule d'où elle nous vient.

Il y a quelque chose de plus singulier encore dans le sens de la vue, c'est que nous avons l'expérience irrécusable que la sensation visuelle nous trompe quelquefois complètement; elle nous fait voir des corps où il n'y en a pas; les effets de la réfraction des difFérens miheux et ceux de la réflexion des miroirs nous font voir réellement les objets où ils ne sont pas; ce bâton à demi plongé dans l'eau n'est pas où je le vois; ce beau paysage n'est pas dans ma glace. Dans les cabinets de physique, par l'arrangement de quelques miroirs concaves, on me fait voir

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