‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 56 sur 192 · CHAPITRE VII. 12 D · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. 12 D

Non-seulement nous nous mouvons, mais nous sentons quelque chose quand cela arrive. Quand un de nos membres s'agite, nos nerfs sont ébranlés , nous recevons une sensation que nous avons nommée sensation de mouvement. Quand le mouvement cesse, la sensation cesse. C'est déjà beaucoup, mais ce n'est pas encore tout pour l'objet qui nous occupe. En effet, mon bras se meut, je ne sais pas encore que c'est maa bras, ni même que j'ai un bras; mais j'éprouve quelque chose qui est la sensation de ce mouvement. Mon bras rencontre un corps qui l'arrête, ma sensation de mouvement cesse , je n'éprouve plus cette manière d'être; j'ensuis averti, il est vrai; mais ne sachant pas qu'il y a des corps, je ne sais encore rien du tout de la cause de cet effet; ainsi me voilà, avec la feculté de me mouvoir et la sensation que me cause le mouvement, tout aussi ignorant qu'avec les sensations tactiles passives, et toutes les autres, que nous avons déclarées insuffisantes pour nous apprendre l'existence des corps. Du moins il n'est pas prouvé que je sois nécessairement conduit, par ces changemens de manière d'être, à reconnaître que ce qui cause

la cessation de ma sensation de mouvement^ est un être étranger h mon moi. J'ai pense jadis que cela était ainsi, mais je crois que je m'étais trop avancé.

• il faut donc, pour rendre cette découverte inévitable, appeler encore à notre aide une autre de nos fecultés, et c'est la faculté de vouloir. Avec celle-là, il ne nous manquera plus rien. Car lorsque je me meus, que je perçois une sensation en me mouvant, et que j'éprouve en même temps le désir de percevoir encore cette sensation ; si mon mouvement s'arrête, si ma sensation cesse, mon désir subsistant toujours, je ne puis méconnaître que ce n'est pas là un effet de ma seule vertu sentante; cela impliquerait contradiction, puisque ma vertu sentante veut de toute l'énergie de sa puissance la prolongation de la sensation qui cesse.

. A la vérité, si je m'aperçois tout de suite que la cessation de cette sensation que je désire continuer, n'est pas un effet delà puissance de ma vertu sentante, de ma volonté, de mon ynoi'j je puis fort bien ne pas m'apercevoir si promptement qu'elle est l'effet de la puissance d'un autre être, et ne pas découvrir tout de suite l'existence de cet

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