CHAPITRE IX. i6l
quelque chose, c'est un être, et cet être est
un corps. J'ignore sans doute que ce corps
est étendu, qu'il a des parties, une forme,
line figure; il ne me semble qu'un point,
qu'une vertu résistante, comme je ne me
parais à moi-même qu'une vertu sentante :
je sais seulement de lui qu'il existe.
Je ne prétends pas même nnp cr^f ^^ç.
la premièi c expeiYcuue cfue je parvienne a
ce faible résultat ; mais que ce soit après une ou après mille, peu importe, il suffit que j'aie trouvé la route.
Parmi ces nombreuses expériences, il y en aura sûrement une où, pressant cet être et glissant sur sa surface, je sentirai que j'è me meus sans cesser de sentir cet être. Dèslors cet être cesse de n'être qu'un point; je lui reconnais des parties les unes à côté des; autres, je juge qu'il est étendu; car la pro4 priété d'être étendu est bien en elle-même la propriété d'avoir des parties distinctes',des parties situées les unes hors des autres ; mais c'est par notre mouvement que nous la connaissons ; elle est, par rapport à nous, la propriété d'être touchée continuement pendant que nous faisons une certaine quantité de mouvement. Voilà donc Y étendue
i6i2 IDÉOLOGIE.
connue ; c'est une nouvelle propriété des corps dépendante de leur résistance au mouvement , de leur existence par rapport u nous. Elle en est une conséquence si immédiate, que, quand une fois nous la connaissons, nous ne pouvons plus concevoir rieii qui en soit totalement privé. Nous pouvons bien supposer qu'un corps est excessive-
réduite autant que possible, même jusqu'au point d'être imperceptible à nos sens; mais nous ne pouvons l'imaginer absolument nulle, sans anéantir le corps lui-même. Jamais aucun être humain ne comprendra réellement comment existerait un être qui n'existerait nulle part et n'aurait point de parties. C'est s'abuser soi-même que de se persuader qu'on comprend pareille cbose ; j'en appelle à la conscience intime de tous ceux qui scruteront de bonne foi leur propre intelligence.
Aussi, quand j'ai dit que tant que nous ne faisons que sentir sans agir, nous ne ,nous paraissons à nous-mêmes qu'un point, qu'une vertu sentante, et que, quand nous sentons résistance à notre volonté, l'être qiiis'y oppose ne nous semble d'abord qu'un