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n'est cependant véritablement qu'une idée abstraite dont nous sommes dupes. Voyons comment nous la composons, c'est le s&ul moyen de la connaître et de faire qu'elle ne nous égare plus, car toute illusion disparaîî quand on se comprend.
Je fais une certaine quantité de mouvement pour arriver d'un point d'un corps à 4'autres points du même corps, je dis que, ce corps est étendu. Que l'on ôte ce corps, il me faudra toujours la même quantité de îîiouvement pour aller du lieu où était un de ces points matériels à ceux oii étaient les autres 5 je dirai qu'il y a la même étendue, le même espace entr'eux ; seulement, comme je puis me mouvoir en tout sens dans cet espace, ce que je ne pouvais faire avant, j'a^jouterai que cet espace est vide au lieu d'être plein , comme je dis d'un coffre qu'il est plein ou vide suivant qu'il y a dedans quelque chose ou rien. M^ais un coffre consiste dans les parois qui le composent, indépendamment de ce qu'il renferme., et l'espace n'a point de parois. Or, qu'on me dise pe que c'est qu'un coffre vide qui n'a point de pa^ rois, si ce n'est le néant absolu. Aussi avonsnous vu que tant que nous nous mouvons
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sans résistance, ce que nous rencontrons n'est absolument rien. L'espace est donc la propriété d'être étendue considérée séparément de tout corps à qui elle puisse appartenir : c'est une idée abstraite ; c'est le néant personnifié par la faculté que nous avons de nous mouvoir quand aucune chose ne nous en empêche, quand le rien nous le permet : nouvelle preuve que c'est en nous mouvant que nous découvrons s'il existe quelque chose ou rien autour de nous, autour de notre faculté de sentir et de vouloir.
En voilà assez sur l'étendue : passons à ses conséquences. Plusieurs propriétés générales et communes à tous les corps ne sont que des dépendances nécessaires et immédiates de celle d'être étendu : il suffira de les indiquer. Telles sont celles d'êti'e divisible, d'avoir' une certaine forme, d'être impénétrable.
Dès qu'un être est étendu , il est nécessairement divisible, car puisqu'être étendu c'est avoir des parties telles qu'il faille faire un mouvement pour aller de l'une à l'autre , on peut toujours s'arrêter au milieu de ce mouvement, et parla se trouver entre une de ces parties et l'autre , et par conséquent
CHAPITRE IX. 167 la séparer, la diviser. La divisibilité, la possibilité d'être divisé, résulte donc inévitablement de la propriété d'être étendue.
Il n'en résulte pas moins la nécessité d'avoir une certaine forme, ce qu'on appelle être figuré. Aucun corps ne peut être étendu à l'infini, car il n'en existerait pas d'autres. D'ailleurs, nous ne pouvons nous faire une idée réelle de l'infini dans aucun genre ; c'est encore là une idée abstraite qui ne peut avoir aucune existence positive; c'est celle d'un bâton qui n'aurait qu'un bout, ou même qui n'aurait pas de bouts. Tout corps a donc des limites. Nous appelons surface de ce corps l'assemblage des points qui le terminent, c'est-à-dire passé lesquels il ne nous empêche plus de nous mouvoir. La disposition de cette surface constitue ce qu'on appelle la forme ou la figure de ce corps. On emploie ces deux mots indifféremment, et on a tort ; on devrait appeler exclusivement forme d'un corps la manière d'être étendu que nous lui reconnaissons par le tact en nous mouvant autour de lui, et réserver le mot figure pour l'impression que cette formefait sur notre œil. La même forme présente plusieurs figures , suivant qu'elle est vue d'ua
CQté Qu d'uiiautre; mais elle fait toujours la même impression sur le tact, ce qui prouve encore que c'est-là sa vraie manière d'être, et que c'est Ifi résistance à notre mouvement qi^ii nous fait connaître la manière d'être réelle des corps.
Puisqu'un corps est^étendu ou n'est rien , il faut absoJiu.m^iiit qu'il soit impénétrable , ç'ç&î-à-dire qu'uu autre jcorps ne puisse pas occu;por la portion ^'espace qu'il remplit, à moins qu'il ne la Jui cède ; car s'ils, loccupaient tous les deux en même temps le même lieu, ils ne seraient plus que comme un, l'un des deux serait anéanti, il n'y aurait pas coexistence.
Aussi lorsque nous voyons deux corps s'unir de manière qu'ils occupent moins d'espace que lorsqu'ils étaient séparés , nous en 'Concluons qu'un des deux ou ïtous deux sojit )poreux , ^c'est-à-sdire qu'ils renferment entr^ leurs ,fKirties solides ou réelles, des espaces vides dans lesquels se so-nt iogées les parties solides ou réelles de l'autre corps. C'es:t aussi ce que nous prouve directement raugnientation de poids à volume égal, qui résulte toujours de pareille union. Mille expériences prouvent que tous les corps con-