‹ Élémens d'idéologie. [electronic resource]Chapitre 8 sur 192 · XXV) PREFACE · texte numérisé non relu

XXV) PREFACE

théories qu'on ignore : on soutient gravement que pour bien raisonner il n'est pas nécessaire de connaître ses facultés intellectuelles^ et que l'homme en société n'a nul besoin d'étudier les principes de l'art social. Il semble que ce soit déjà un usage gothique parmi nous, que celui de cultiver sa raison , et de l'affranchir du joug des préjugés. C'est ainsi que l'on a vu des hommes, novateurs effrénés, coiffes d'un bonnet rouge, accuser les philosophes d'être des réformateurs timides, et des amis froids du bien de l'humanité, qui maintenant les accusent d'avoir tout bouleversé , et en conséquence travaillent sans relâche à renverser encore les institutions utiles que ces mêmes philosophes sont parvenus à conserver ou à établir au milieu des murmures et des proscriptions ^

Et des petits péchés commis dans leur jeune âge. Vont faire pénitence en opprimant un sage ;

constans dans ce seul point de toujours

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persécuter. Cependant j'espère que la sagesse du gouvernement mettra un terme à cette fureur hypocrite ; qu'il dira aux fous qu'il veut bien les laisser jeter des pierres aux gens raisonnables, mais qu'il ne veut pas qu'ils les assomment (i), et même que son exemple leur persuadera qu'ils ne doivent pas comp^ ter long-temps sur les applaudissemens des spectateurs: Je suis très-convaincu que cela arrivera, et je m'en réjouirai dans ma solitude. Mais comme, au milieu de cette nouvelle lutte, on peut être quelques années sans s'occuper de la science que je traite, et par conséquent de mon ouvrage, il est possible que, quand on le lira, la manie actuelle soit déjà oubliée : c'est pourquoi j'ai voulu en faire mention ici, afin que l'on se rap-

(i) Voyez la fable de La Fontaine, un Fou et un Sage.

C'est fort bien fait h toi ; reçois cet e'cu-ci : Tu fatigues assez pour gagner davantage.

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pelle un jour qu'elle a beaucoup retardé les progrès de nos études, sans toutefois refroidir notre zèle, ni altérer notre tranquillité.

J'ai donc continué mon travail, ayant sur-tout en vue les écoles publiques , et particulièrement les écoles centrales.

Je crois même qu'eu égard à l'état de la science et aux nombreuses im perfections que je n'ai pu faire disparaître de mon ouvrage, il a besoin, pour êjtre vraiment utile, d'être présenté, coinmenté^ peut-être même corrigé, par un habile professeur : car, quoi qu'on en dise , moins une science est avancée, moins elle a été bien traitée, et plus elle a besoin d'être enseignée. C'est ce qui me fait beaucoup désirer qu'on ne renonce pas en France à l'enseignement des sciences idéologiques, morales, et politiques, qui, après tout, sont des sciences comme les autres, à la différence près que ceux qui ne les ont point étudiées

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sont persuadés de si bonne fois de les savoir, qu'ils se croient en état d'en décider (i). Néanmoins je ne renonce pas à l'espérance qu'un bon esprit sans prévention puisse me lire avec fruit, même sans secours étranger. Dans ce cas, je le prie seulement de ne pas s'ai*rêter au premier endroit qu'il ne goûtera pas , mais d'aller jusqu'au bout avant de me condamner, parce qu'il trouvera souvent plus loin des dévCloppemens subséquens qui éclairciront les difficultés antérieures. Avec cette précaution, je me flatte qu'on me comprendra assez pour que je sois approuvé,» si j'ai raison, ou réfuté en connaissance de cause, si j'ai tort. Ce dernier succès ne paraît pas très-flatteur à obtenir : cependant il est réservé à ceux qui s'ex-

(i) Effectivement tous les hommes les savent plus ou moins, comme ils savent assez de mécanisme pour s'appuyer sur une canne, et assez de physique pour ■souffler le feu.

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