CHAPITRE X
des senlimens et des inclinations des hommes, de leur bonté ou de leur dépravation ceux de l'utilité ou du danger de leurs ac-' lions, de l'enchaînement ou de l'inconséquence de leurs opinions. G'est ce qui fait que les recherches dans ces sciences sont plus difficiles et leurs résultats moins rigoureux. Cependant les opinions, les actions, les sentimens des hommes sont suivis d'effets dont un grand nombre, tels que les valeurs que nous venons de prendre pour exemple, sont appréciables d'après des mesures parfaitement exactes; et la juste mesure des effets sert à estimer les causes. D'ailleurs, dans tous les cas où on n'arrive pas à une évaluation qui ne laisse rien à désirer, et où par conséquent il existe une latitude plus ou moins grande où règne l'incertitude, il y a aussi de certaines limites en-deçà desquelles on est sûr qu'est la vérité, et au-delà desquelles on est certain de tomber dans l'erreur. Ainsi, par exemple , il peut être impossible de déterminer de combien tel sentiment individuel ou telle organisation sociale est préférable à tel ou telle autre; mais il est impossible de méconnaître que l'une conduit à des résultats absolument
mauvais, et l'autre à des résultats absolument bons ; or , cela suffit pour qu'on ne puisse pas dire que ces sciences sont complètement incertaines , sans déclarer que l'on est soi-même complètement ignorant. Au demeurant, sans entamer la question du degré de certitude des différentes sciences, question qui est du nombre de celles pour la solution desquelles nous manquons de mesures précises-, l'on voit que toutes ces sciences sont plus ou moins certaines à proportion que les objets dont elles s'occupent sont plus ou moins réductibles à des quantités appréciables par des mesures parfaitement exactes, et que, de toutes les espèces de quantités, l'étendue est celle qui possède le plus éminemment ce précieux caractère (i).
(i) Observez encore, je vous prie, que la possibilité d'appliquer le calcul aux objets des différentes sciences, est aussi proportionnelle à la propriété qu'ont ces objets d'être plus ou moins appréciables en mesures exactes ; car, pour calculer un effet quelconque, il faut l'exprimer en nombres , et pour pouvoir l'exprimer en nombres, il faut qu'il soit comparable à une mesure , à une unité fixe , et que ses différens degrés soient bien déterminés , sans quoi tous les nombres qu'on y appliquerait ne signifieraient absolument rien ;