CHAPITRE X
Pai lu, il n'y a pas long-temps, dans un ouvrage de métaphysique, estimable à beaucoup d'égards, cette phrase singulière:
et on ne peut se servir, pour l'évaluer, que des mots plus, moins, peu, beaucoup , et autres adverbes de quantité qui n'ont qu'une valeur indéterminée. C'est ce qui se remarque d'une manière bien pénible da:ns la conversation des gens qui ont l'habitude de s'exprimer d'une façon inexacte ; ils vous disent qu'un homme a cent fois plus de talent qu'un autre; c'est comme s'ils vous disaient seulement qu'il en a beaucoup plus ; et le moment après ils vous diront qu'un lieu est prodigieusement plus éloigné qu'un autre : ils devraient vous dire qu'il est deux, trois, quatre fois plus loin.
On me dira que , dans les nombres abstraits , l'unité n'a aucune valeur déterminée , d'accord ^ aussi aucun nombre abstrait n'a-t-il jamais une valeur déterminée ; seulement les rapports de chacun d'eux avec le nombre un sont fixés de la manière la plus précise et la plus invariable, et cela suffit pour les calculer, c'est-à-dire pour les comparer; car tous les calculs que l'on fait sur les nombres abstraits ne sont jamais que des comparaisons établies entr'eux, et ces nombres ne prennent une valeur réelle que quand on en donne une au nombre un; mais pour adapter ces nombres à un elFet quelconque , il faut que les parties de cet elFet soient aussi nettement distinctes entr' elles que ces nombres le sont entr'eux.
Il demeure donc vrai que la possibilité d'appliquer
Le toucher, ce sens vraiment géométrique, etc. On voit que l'auteur a voulu dire que le toucher est le sens qui nous proie calcul aux objets d'une science , est proportionnelle à la propriété qu'ont ces objets d'être plus ou moins appréciables en mesures exactes; voilà pourquoi la géométrie jouit éminemment de cet avantage , et après elle graduellement celles qui traitent plus ou moins de sujets réductibles en mesures de l'étendue.
Cette remarque nous montre combien est grande l'erreur de certains écrivains qui croient donner une grande force à leurs raisonnemens et augmenter beaucoup la certitude d'une science , en introduisant une multitude de chiffres et de calculs dans des sujets qui n'en sont pas susceptibles. S'ils avaient commencé par trouver le secret de ramener le sujet qu'ils traitent à des mesures précises , d'étendue , par exemple , sans doute ils auraient fait un pas immense ; mais sans celui-là tout ce vain appareil mathématique est charlalanerie pure.
Nous avons un -exemple d'un genre bien différent, mais qui confirme mon dire, dans les efforts qu'ont faits nos grands chimistes modernes pour exprimer en nombres l'intensité de l'affinité de certains acides pour certaines bases, afin de nous rendre sensible le jeu des affinités doubles. Ils ont usé des ménagenicns les plus adroits dans la détermination des nombres far lesquels ils ont exprinié les affinités des différens acides , afin qu'il arrivât toujours que les sommes repï^seritànt les affinités victorietïq'es fnPsentsupéneinfs