XVI. ACIDE NITROPICRIQUE. XVII. ACIDE INDIGOTIQUE
Acide nitropicrique. Cet acide se forme lors du traitement de la plupart des substances animales par l'acide nitrique , si l'on emploie celui-ci en excès ; on l'obtient le plus facilement au moyen de l'indigo. On traite à une douce chaleur i partie d'indigo par 8 à g parties d'acide nitrique, et quand l'action de cet acide a cessé, on chauffe la liqueur obtenue jusqu'à l'ébullition , en y ajoutant de l'acide nitrique tant qu'il se dégage encore du deutoxide d'azote. Alors, tout ce qui est décomposable par l'acide nitrique étant détruit , si on laisse refroidir la liqueur , l'acide nitropicrique se sépare en cristaux jaunes et brillans. Peu soluble dans l'eau froide, davantage dans l'eau bouillante, très soluble dans l'alcool et l'éther. Il a une saveur amère et intense
et une couleur jaune. Par l'action de la chaleur il fond et se sublime sans altération; e'chauffé rapidement dans l'air, il prend feu. Le chlore et l'acide nitrique ne lui font pas éprouver de changement; il se dissout dans l'acide sulfurique concentré, d'où l'eau le précipite sans altération. Les cristaux de l'acide sont anhydres ; ils contiennent, en 100 parties,
3 1,3 part, de carbone, i,5 p. d'hydrogène, 17,7 p. d'azote, 49,7 p. d'oiigène,
ou bien ,
12 1/1 vol. vap. de carbone, G v. gai hydrog., 6 v. gaz azote, i5 vol. gazoxig.
Dans les nitropicrates neutres , l'oxigène de l'acide est à celui de la base comme i5 : i; on les obtient presque tous en cristaux. Ceux-ci ont une couleur jaunâtre et un éclat marqué; échauffés rapidement, ils détonnent avec force. Le sel de potasse n'est soluble que dans 240 parties d'eau froide; mais il se dissout plus copieusement dans l'eau chaude; il est exempt d'eau. Les sels de chaux, de baryte, de magnésie, et de plusieurs autres bases sont très-solubles dans l'eau. Nul doute que cet ackîe ne consiste en acide nitrique et en un composé de carbone et d'hydrogène, qui contient peut-être 2 volumes de carbone et un volume d hydrogène, et auquel on pourrait assigner le nom de piétine. L'acide nitropicrique est aussi connu sous les noms d'acide carbazotique et d'amer de Welter.
Acide indigotiqite. On l'obtient en ajoutant de l'indigo à un mélange bouillant de 1 partie d'acide nitrique fumant et 10 à i5 parties d'eau, jusqu'à ce que la portion d'indigo qu'on vient d'ajouter ne détermine plus d effervescence. On filtre, la liqueur encore chaude, qui cou-
D*UN acide avec une autre substance. 200
tient de l'acide indigotique, et on enlève l'acide indigotique au marc qui reste sur le filtre en l'épuisant à plusieurs reprises avec de l'eau bouillante. On laisse refroidir les dissolutions de l'acide indigotique, on exprime cet acide, qui se sépare alors, on le redissout dans l'eau bouillante, et après avoir décanté la dissolution de dessus le sédiment et avoir enlevé les gouttes oléagineuses qui viennent nager à la surface, on l'abandonne au refroidissement. On fait dissoudre dans l'eau l'acide indigotique qui s'est cristallisé, et l'on ajoute à la dissolution exactement autant de carbonate d'oxide de plomb qu'il en faut pour produire un sel de plomb neutre. On filtre la liqueur encore chaude, on la laisse refroidir , on la décante de dessus le dépôt qui se forme pendant le refroidissement, et on l'abandonne à elle-même : il se cristallise alors de l'indigotate d'oxide de plomb qu'on purifie par une nouvelle cristallisation pour le décomposer à chaud avec de l'acide sulfurique dilué. L'acide indigotique exige pour se dissoudre iooo parties d'eau froide; mais il se dissout en toute proportion dans l'eau chaude. Il est très soluble dans l'alcool. Quand on le chauffe, il entre en fusion et se cristallise par le refroidissement. Soumis à l'action d'une chaleur plus forte, il se sublime sans éprouver de décomposition. Il ne rougit que faiblement le papier de tournesol et n'a qu'une légère saveur acide. A l'état de pureté, il est parfaitement blanc. Avec l'acide nitrique il donne d'abord de l'acide oxalique et de l'acide nitropicrique, et seulement de l'acide nitropicrique après une longue ébullition , qui détruit l'acide oxalique.
ioo parties d'acide indigotique contiennent
48,og part, de carbone, a, Ci p. d'hydrogène, 7,40 p. d'azote, 4 1,90 p. d'oxig.
ou bien,
22 1/2 vol. de vap. de carb., 6 v. de gaz bvd., 6 v. de gaz azote, 1 5 v. de g. oxig.
Des recherches ultérieures doivent montrer encore la manière dont il faut se représenter la composition de l'acide indigotique.
11 dégage l'acide carbonique des carbonates. Le sel de potasse est peu soluble dans l'alcool froid, mais il se dissout aisément dans ce véhicule à chaud. Les indiofotates de soucie, d'ammoniaque, de chaux et de plusieurs autres bases sont très solubles dans l'eau. L'action de la chaleur ne fait point détoner les sels, ils se consument lentement. Leur couleur est le jaune ou le rouge.
Un examen plus approfondi doit nous apprendre encore la connexion de cet acide avec deux autres acides azotés (p. 187), savoir l'acide ambréique, qui est composé de
2 1 vol. vap. de carbone , 35 v. gaz hydrogène, 5 v. gaz azote, 10 v. gaz oxigène,
et l'acide cholestérique , qui contient
i3 vol. vap. de carbone, 20 v. gaz hydrogène, 1 v. gaz azote, 10 v. gaz oxigène,
et qui mérite encore un examen plus spécial.
XVIII. ACIDE NITROLEUCIQTJE. XIX. ACIDE N1TIIO- SACCIIAIUQUE.
Pour obtenir de la leucine , on dissout à une douce chaleur de la viande hachée, épuisée par l'eau et exprimée dans un poids égal au sien d'acide sulfurique; on enlève la graisse qui vient nager à la surface, on étend la dissolution de trois fois autant d'eau qu'on a employé
d'un acide avec une autre substance. 271
de viande, et on la fait bouillir pendant 9 heures en remplaçant l'eau à mesure qu'elle s'évapore ; on sature l'acide sulfurique avec du carbonate de chaux (craie), 1 on évapore la liqueur filtrée et on épuise le résidu par 1 ebullition avec de l'alcool d'une pesanteur spécifique 1 de 0,860 ; on évapore également la liqueur spiritueuse t et on reprend le résidu par l'alcool froid , qui laisse de I la leucine impure. Pour la purifier, on la dissout dans i l'eau , et si elle contient une substance précipi table par le tannin, on l'en débarrasse en ajoutant ce corps à la 1 dissolution. Celle-ci fournit la leucine en petits cristaux I blancs.
Le sucre de gélatine s'obtient de la même manière. On 1 dissout une partie de colle dans 2 parties d'acide sulfurique, en laissant le mélange des deux matières reposer pendant 24 heures, on étend la dissolution de 8 fois autant d'eau qu'elle contient de colle, et on la fait bouillir pendant 5 heures en remplaçant l'eau à mesure qu'elle : s'évapore; on sature l'acide sulfurique avec de la craie et on évapore la liqueur filtrée. Quand elle a atteint la consistance d'un sirop , il s'y forme des cristaux de sucre de gélatine, qu'on lave avec de l'alcool dilué, et qu'on obtient purs et en feuillets accolés au moyen d'une nouvelle cristallisation.
La leucine est soluble clans l'alcool échauffé, tandis que le sucre de gélatine ne se dissout pas même dans l'alcool dilué à la température à laquelle celui-ci bout.
L'une et l'autre substance se dissolvent aisément dans l'acide nitrique; quand on échauffe un peu cet acide, elles forment avec lui des combinaisons cristallisées, sans qu'aucun gaz ne se dégage. On peut obtenir l'acide nitro-saccharique en cristaux. L'une et l'autre combinai-
sod forment avec les bases des sels, dont plusieurs sont susceptibles de cristallisation et qui ont des propriétés toutes différentes de celles des nitrates purs. Le nitrosaccharate de chaux, par exemple , cristallise en petites aiguilles, qui ne sont que peu solubles dans l'alcool, au lieu que le nitrate de chaux s'y dissout aisément. Le nitrate de deutoxide de cuivre est déliquescent, les cristaux du nitro-saccharate de deutoxide de cuivre sont au contraire inaltérables à l'air. L'acide nitro-saccharique est insoluble dans l'alcool; il dissout le zinc et le fer avec dégagement de gaz hydrogène.
On obtient les nitro-leucates de chaux et de magnésie en cristaux inaltérables à l'air.