‹ Élémens de chimie médicale (volume 2)Chapitre 14 sur 80 · DES HUILES · texte numérisé non relu

DES HUILES

de leur hydrogène pour passer à l’état d’acide hydro-chlorique ; celui-ci s’unit alors à la matière huileuse en partie altérée , et donne naissance à un composé onctueux , pâteux, et en général insoluble dans l’eau.

6'jO. Plusiems acides forts peuvent s’unir aux huiles grasses à la température ordinaire , et former des produits visqueux qui ne se dissolvent pas dans l’eau. M. Gaulthier de Claubry, en examinant l’action de l’acide sulfurique concentré sur ces huiles , a fait des observations curieuses que nous allons rapporter. En versant cet acide sur de l’huile d’olive et sur d’autres huiles fixes , le mélange se colore en jaune, prend delà consistance, et il se dégage du gaz acide sulfureux. Si l’on introduit dans un verre de l’acide sulfurique concentré , et que l’on verse par-dessus de l’huile grasse tenant en suspension de l’amidon , de la gomme, du sucre, de l’inuline, etc. , il se formera deux couches de pesanteur spécifique différente 5 si l’on agite dans les points où ces deux couches sont en contact, on observera une succession de teintes qui est exactement dans l’ordre des anneaux colorés de Newton ; ces teintes sont le jaune paille , l’orangé, le rouge du premier ordre, et le violet du deuxième ordre. Si au lieu d’agir ainsi ou agite rapidement tout le mélange , on obtiendi’a sur-lechamp une belle teinte rouge qui passera promptement au carmin ; il se dégagera du gaz acide sulfureux , et l’huile s’épaissira , comme si l’on n’avait pas employé de matière végétale. La teinte consei^era son intensité pendant plusieurs jours , et après un assez long espace de temps , elle passera au violet , la matière se charbonnera et la couleur finira par disparaître. Ces phénomènes seront produits presqu’instantanëment si l’on élève la température du mélange. (J^ojez^ pour plus de détails, le Mémoire de de M. Gaulthier. Journal de Physique ^ année i8i5).

Mis en contact avec les huiles 'volatiles , cet acide

SECONDE PÀUTIE.

agit d’une manière analogue , mais avec beaucoup plus d’intensité , car plusieurs d’entre elles sont charbonnées , même à froid; il se dégage beaucoup de calorique; le mélange entre en ébullition, et xme portion de l’acide sulfurique est décomposée en acide sulfm’eux et en gaz oxigène.

Les acides nitrique et nitreux concentrés décomposent les huiles grasses^ même à la température ordinaire , et l’on obtient du gaz acide carbonique , du gaz oxide d’azote et de l’azote , ce qui prouve que l’acide nitrique est également décomposé. Suivant M. Tromsdorflf , les matières grasses se transforment d’abord en cire puis en résine ; mais on . ignore au juste quelle est la nature des produits formés dans ce cas. Versé sur les huiles essentièïles ^ l’acide nitrique les décompose avec beaucoup d’énergie et sans dégagement de lumière , lors même qu’il est mêlé avec l’acide sulfurique concentré ; tandis que l’acide nitreux , qui agit sur elles avec la plus grande violence , mais sans produire de flamme quand il est seul , les décompose avec dégagement de beaucoup de calorique et de lumière lorsqu’il est uni au tiers de son poids d’acide sulfurique concentré. Cette expérience est accompagnée de danger , et doit être faite en mettant les deux acides dans une petite fiole que l’on attache à l’extrémité d’une longue tige , et en versant le mélange dans un creuset contenant l’huile essentielle. Théorie. L’acide nitreux liquide, que nous supposons ici contenir de l’eau , cède ce liquide à l’acide sulfurique et se décompose subitement ^ en sorte, que l’on obtient du gaz acide carbonique , de l’eau , du gaz oxide d’azote et du gaz azote.

671. Le gaz acide hydro-dorique que l’on fait arriver dans les huiles grasses les épaissit , mais ne leur donne pas la propriété de cristalliser , tandis qu’il transforme quelques huiles essentielles en une matière cristalline qui par-

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îage quelquefois la plupart des propriétés du camplire : telle est , par exemple , celle que l’on obtient en faisant arriver ce gaz dans l’buile essentielle de térébenthine.

672. Les huiles grasses sont susceptibles de se combiner avec la plupart des oxides métalliques, et de former des savons qui sont solubles ou insolubles dans l’eau; tandis que les huiles essentielles ont peu. de tendance à s’unir avec cette série de corps ; on peut cependant opérer quelques-unes de ces combinaisons , que Ton désigne sous le nom de savormules: ainsi le savonnule de Starkey est composé de soude et d’huile essentielle de térébenthine.

Examinons maintenant l’action des huiles grasses sur les bases d’une manière plus particidrère. Suivant M. Chevreul , l’huiled’ olive, traitée par la potasse, se convertit , comme les graisses, en deux substances grasses acides , dont l’une est plus fusible que l’acide margarique et dont l’autre paraît avoir tant de rapport avec l’acide oléique , que l’on peut les regarder comme étant la même chose ; ces deux acides formés s’unissent ensuite à l’alcal-î, et forment des sels qui constituent le savon.

Les huiles grasses peuvent se combiner en toute proportion avec les huilés volatiles ; les huiles volatiles peuvent dissoudre les résines , le camphre, la gomnte élastique , etc.

Les huiles grasses sont émollientes et relâchantes 5 à une certaine dose elles sont purgatives et même émétiques. Les huiles essentielles déterminent au contraire une excitation tonique , prompte, intense, mais momentanée ; elles augmentent la chaleur générale, la fréqumce du pouls et de la respiration *, elles sont toutes sudorifiques ; enfin elles peuvent déterminer tous les symptômes de rempoisonnement par les substances âcres si on en prend une assez grande quantité. Nous allons indiquer, en faisant Thistoire particulière de ces huiles , les divers cas où leur emploi peut être suivi de succès.

SECOKÏJE PÂItTÏÈ.

Huiles grasses 7ion siccatwesi i®. Huile (Solive. Oïî peut faire avec l’olive , fruit de l’o/ea europæa , plusieurs variétés d’huile. La plus pure, que l’on appelle huile /vierge ^ est à peine colorée en jaune 5 sa saveur et son odeur sont agréables et peu sensibles. L’buile commune est jaune et se rancit facilement. Enfin l’buüe de mauvaise qualité est trouble , d’un jaune verdâtre et douce , d’une odeur et d’ Une saveur plus fortes et moins agréables. En général , ces différentes variétés sont, solides à la tempéra- , ture de 10® -j- o. On emploie l’huile d’olive pour faire le savon , pour adoucir les frottemens des pièces qui composent les machines conipliquées , etc. On s’en sert comme aliment. Administrée à la dose d’un demi-verre par prise , cinq ou six fois par jour , elle fait vomir et purge , en sorte qu’on l’a employée souvent avec succès dans l’empoisonnement par les substances âcres et corrosives ; mais comme il arrive qu’elle augmente l’énergie de quelques-uns de ces poisons , et que, d’ailleurs, on peut déterminer des évacuations par une multitude d’autres médicamens qui ne sont accompagnés d’aucun danger , on doit l’abandonner dans ces cas particuliers. On l’avait recommandée dans les blessures des animaux venimeux, dans î’hydropisie ascite ; mais depuis long-temps on en à senti l’insuffisance. On peut l’employer en frictions pour calmer certaines douleurs internes qui souvent sont inflammatoires, et pour diminuer l’irritation locale des surfaces suppurantes. Appliquée en frictions à l’aide d’une éponge , elle favorise la sécrétion urinaire et détermine une sueur très- abondante : cette dernière propriété la rend utile dans l’imminence de la peste et dans le début de la fièvre jaune yil faut, dans tous ces cas, éviter de la laisser long-temps sur la peau , car elle se rancit et peut développer un érysipèle, ou rendre les surfaces suppurantes pâles , flasques et fongueuses. Mêlée avec de la cire et de l’eau, l’huile d’olive foi^q le cérat

EES HüitÈS.

de Galiea , que Ton emploie souvent comme calmant et rafraîchissant. Elle entre dans la composition du cérat de Saturne , du cérat de diapalme , de l’onguent de la mère , de l’onguent populéum, etc.

Huile d'amandes douces ( amygdalus communis ). Cette huile est liquide , d’un blanc verdâtre , et a l’odeur et la saveur des amandes 5 mais elle rancit plus promptement que la précédente. On doit, avant de s’en servir, la laisser reposer pour la clarifier, ou mieux encore la filtrer à travers un papier. On l’a administrée dans les inflammations de poitrine , du bas-ventre , etc. 5 elle fait partie des émulsions , de quelques potions huileuses , etc. Le Uniment 'volatil, employé avec tant de succès comme résolutif dans les engorgemens laiteux des glandes et du tissu cellulaire , les rhumatismes lents , les douleurs sciatiques opiniâtres , est formé de 4 ou 5 onces de cette huile ou de la précédente, et de deux gros d’ammoniaque liquide, auquel on ajoute autant de baume tranquille.

Huile de faîne (jagas sylvatica ). Cette variété ressemble assez à l’huile d’olive , et peut être employée dans les mêmes circonstances.

Huile de colza ( hrassica napus ). Elle est jaune , assez visqueuse, et douée d’une odeur semblable à, celle des plautes de la famille des crucifères. On s’en sert pour éclairer et pour préparer les savons verts ; on l’emploie aussi en petite quantité pour faire le savon ordinaire.

Huile de ricin (^ricinus communis'). Cette huile, d’un jaune verdâtre et transparente , n’a point d’odeur; sa saveur fade produit une légère sensation d’âcreté ; elle conserve sa liquidité , même â plusieurs degrés au-dessous de zéro. Exposée à l’air , elle se dessèche sans devenir opaque ; elle se dissout très-bien dans l’alcool ; on l’emploie avec succès pour purger les personnes délicates, et comme anthelminîique : la dose est , pour les enfans , d’une à deux onces à

prendre par cüîUerées , tandis que l’on en administre 3 , 4 ou 5 onces aux adultes : il estpréierable de la faire prendre sans addition d’aucun acide. Si Ttiuile de ricin n’a pas été bien préparée ou qu’elle soit sophistiquée , elle détermine les symptômes de l’empoisonnement par les substances âcres, et doit êtrè rejetée.

Huile de lin\linuih üsiiatissimum'). Cette huilé a une couleur blanche verdâtre et une odeur sui gèneris ; elle a la propriété de dissoudre , à la tenipérature de l’ébuliition , une certaine quantité de iitharge qui la rend plus siccative , et propre à être employéè dans la peinture commune et â la préparation des veritis gras 5 il faut pour cela la faire bouillir avec sept ou huit fois son pôids de Iitharge , jusqu’à ce qu’elle devienne rougeâtre , l’écumer avec soin , et la laisser reposer hors du feu pour l’obtenir claire. L’encre des imprimeurs se prépare en broyant une partie de noir de fumée avec six parties d’huile delin^ dont on â augmenté la consistance en la faisant bouillir dans un pot de terre , en l’enflammant, la laissant brûler pendant une derniiieufe , et en k faisant boûillir pendant quelque temps, après l’avoir éteinte.

Huile d’œillet ou de pawi (papàvet sdmniferum '). Cetté huile, moins visqueuse que beaucoup d’autres, est d’un blanc jaunâtre, inodore, liquide, même à zéro, et douée d’une légère saveur d’amànde. On s’en sert comnie aliment et pour éclairer. Traitée par là lithafge , elle deviezit plus siccative , et peut être employée pour délayer les couleurs elles appliquer sûr la toilev Oa prépare avec 3 livres d’huile de pavot, 3 uneek de sulfure de potasse , une livre de savon blanc ordinaire et un gros d’huile volatile de tliym , lé liniment anti-psoriquê de M. Jàdelct.

Huile de Tioix {jiiglans re^ia'). Elle a une couleur blanche verdâtre , et une saveur particulière. On l’a regardée pendant -long-temps comme antheimintique 5 on a

DES HÜILES.

même proposé de l’associer à son poids de vin de Malvoisie pour guérir le ténia ÿ mais ce traitement est loin de réussir assez souvent pour le préférer à d’autres ; on i’en sert dans l’éclairage, dans la peinture, et comme aliment. "

Huile de chenevis {cannabis sativa). Elle est liquide, même à plusieurs degrés au-dessous de zéro ; sa couleur est jaunâtre 5 on l’emploie pour faire les savons mous , dans la peinture et dans l’éclairage.

Huile ou Beurre de cacao {iheobroma cacao). Elle est solide et d’une couleur blanche jaunâtre ; sa saveur est douce et agréable ; elle est très-adoucissante 5 on en fait des suppositoires , des pommades , des bols , etc. j on la prend aussi quelquefois en potions.

Huile de noix muscade ( mjristica moschata). Elle est concrète comme du suif, d’une couleur jaune tirant sur le rouge , et d’une odeur fort agréable qu’elle doit à une huile volatile. On prépare encore plusiem's autres huiles grasses , dont nous nous contenterons d’indiquer ici les noms , parce qu’elles sont rarement employées : telles sont les huUes d’anacarde, d’arachide ou pistache de terre , de cameline , de laurier , de moutarde , de palme , de sésame, etc.

Huiles essentielles considérées sous le rapport médical. Ces huiles peuvent être administrées toutes les fois que les sudorifiques , les toniques et les stimulans sont indiqués 5 celles d’anis , de fenouil , de lavande , de romarin , de menthe poivrée, de pouliot, de cannelle, de macis , de gérofle, de térébenthine , de genièvre , etc. , s’emploient à la dose de 4, 6 ou I O gouttes sur du sucre , ou sous la forme de pastilles , ou dans des potions anti-spasmodiques. Les huiles essentielles sont encore administrées avec de l’eau ; ainsi les eaux distillées aromatiques font presque toujours la base des potions anti-spasmodiques , et constituent des ti-

g8 SECOÎfDE partie.

sanes excessivement utiles dans une multitude d’affections nerveuses j on emploie plus particulièrement les eaux distillées de fleurs d’oranger, de rose, de mélisse de menthe poivrée, de lavande, de tilleul, etc.; quelquefois aussi on fait prendre les huiles volatiles dissoutes dans l’alcool, sous le nom à! eaux spiritueuses^.

Le tableau suivant , extrait de l’ouvrage de M. Thompson , donne une idée exacte de la couleur et de la densité des principales huiles volatiles , ainsi que des parties dont on se sert pour les préparer.

Tableau des Huiles 'VolatileÉ.

plantes.

I ^rikemisia ahsynthium’ • • ■ a uicorm calamus .

3 Myrtus pimenta . . • •

4 ^nethum graueolens .

5 Angélica archangelica.- • • •

6 Pimpiaella anisum .

7 lüicium anisatum .

feuilles.. • • vacille • • • •

fruit. .

semences. • racine • • • • semences. •

8 Artendsiavulgaris .

9 Citrus aurantiuni .

1 0 Melaleuca lencodendra- ■ •

1 1 Eugenia caryophyllata • • -

12 Carumcarvi .

13 Anumvum cardamomum. • •

1 4 Carlina acatdis .

1 5 Scandix cerefolium. .

t6 Matricaria clwmomiMa • • •

17 Laurus cinnamomum .

18 Gfrus medica .

19 Cochlearia oMcinalis .

20 Copaijera qfficinalis .

2 T Coriêndrum satiuum .

22 Crocus sativus .

a3 Piper cuheha .

24 Ltâurus cvlilahan* . .

feniltes .

écorce dn fruitfeuilles .

racines. .

fenilJes .

pétales. .

écorce- . - .

écorce dn fruitfeuilles. - . .

semences. .

pistils. .

d’absynthe - - • • roseau odorantpiment § (i).- •

angélique .

anis étoilé, on ba-j diane- • - -

armoise .

bergamottecajeput - • • • ' myrte §.-••■

blanche.

brune.

amomum

cerfeuil .

camomille .

cannelle §. .

citron. .

cochléaria .

copahu-

coriandre .

safran §. .

cnbèbes .

laurier-culUaban.

jaune.

verte.

jaune.

idem.

blanche-

jaune de soufre.

bleue.

jaune.

idem.

idem.

blanche.

jaune.

idem.

jaune brunâtre-

(i) Les HaBes m»r(îuêe>.“a ‘‘S®*

S tont pins pcaatK qne î’ea

DES BCIiES VOLATIIÉS.

Suite du Tableau des Huiles 'volatiles ^

PEASTES.

paeties.

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