CHAPITRE PREMIER
Des 'Corps organiques végétaux -, ou de la Chimie végétale,
.IjORSQuioî» observé àtfentîveménl un végétal parfaiteinènt développé , on y remarque une multitude de matières différentes qü’il est impossible de confondre , à l’aide des seuls caractères physiques : ainsi les feuilles , les tiges , les racines , les fleürs , etc. , seront facilement distinguées les unes des autres. Il en sera de même d’une multitude de produits fournis par les végétaux. Quel rapport y a-t-il , par exernple, entre le suc de la canne qui contient le sucre, et celui du pavot , qui est presque entièrement formé par l’ opium ; entre la gomme que l’en trouve sur les fruits de certaines plantes , et un très-grand nombre de matières résineuses ou acides , etc. ? Cependant si on somnet à l’analyse chimique toutes les parties dont nous venons de parler, ir. ï
SECO?füî: PAUTIE.
on les trouvera constamment formées des mêmes éiémens: le plus souvent on n’y reconnaîtra que de l’hydrogène, de l’osigène et du carbone; quelques-unes d’entre elles renferment, outre ces trois principes, de l’azote. Ces considérations ont fait naître l’idée d’admettre dans les végétaux trois sortes de matières : i° les matières simples , que l’on a appelées aussi principes médiats , et dont la réunion constitue la molécule végétale : tels sont l’oxigène , l’hydrogène , le carbone , et quelquefois l’azote ; 2® les matières composées de ces élémens , auxquelles on a donné le nom de principes immédiats : ainsi la gomme, le sucre, l’amidon, le ligneux, les huiles , etc., substances fournies immédiatement par les plantes , et formées d’hydrogène , de carbone et d’oxigène , sont des principes immédiats ; 3“ les matières composées d’un plus ou moins grand nombre de principes immédiats : tels sont, par exemple, les sucs, les tiges , les feuilles , les fleurs , les racines , etc. , produits dans lesquels on découvre quelquefois trois ou quatre principes immédiats. L’existence de ces diverses matières dans les végétaux nous trace l’ordre que nous avons à suivre dans l’étude de cette branche delà science. 1°. Nous allons prouver que le nombre de leurs principes médiats est tel que nous l’avons indiqué ; nous nous abstiendrons de décrire leurs propriétés , parce qu’elles font l’objet d’une partie de la Chimie minérale ; 2*^ nous étudierons les divers principes immédiats ; 3® nous ferons comiaître la nature et les principales propriétés des matières composées de plusieurs de ces principes. Nous croyons cependant devoir faire précéder l’étude de ces différens objets par quelques considérations générales sur les phénomènes chimiques de la germination et de l’accroissement des plantes.
DE LA. GEEMIÎiATIOÎf.
Considérations générales sur les phénomènes chimiques de la gerndnation et de ï accroissement des plantes^
La germination est généralement définie , l’acte par lequel les graines fécondées se développent et donnent naissance à de nouvelles plantes. Quelque précieux que soient les instrumens dont la Chimie s’enrichit tous les jours , il nous estimpossible de créer fies plantes autrementque par la, germination; il n’enestpasde même de certains principes immédiats des végétaux, qu’il est en notre pouvoir de produire^ ainsi les acides maiique, oxalique , acétique, et le sucre de raisin, peuvent être obtenus dans nos laboratoires tels qu’ils sont fournis par la nature , et l’on prévoit facilement que les progrès de la Chimie nous mettront à même d’en imiter un plus gi-and nombre par la suite.
568. Conditions nécessaires pour que la germination ait lieu. i°. Il faut que la température soit de lo® à 3o®; en effet, la chaleur éloigne les molécules, excite les forces vitales , et dispose les parties de la graine à entrer dans de nouvelles combinaisons ; cependant il faut éviter une température trop élevée ou trop basse; car la graine fortement chauffée se dessèche et ne peut plus se développer; elle no donne aucun signe de germination au-dessous de zéro. 2°. La présencedel’eau est indispensable,- ce liquide, en s’introduisant dans l’intérieurde la graine, délaye l’albumen, gonfle les cotylédons, ramollit toutes les parties, dissout la matière nutritive , et en facilite l’a-ssimilation'; l’expérience prouve que les graines ne germent pas sans eau. 3°- L’air ou le gaz oxigène sont nécessaires pour que la germination ait lieu ; e’est en vain que l’on chercherait à faire germer des graines dans du gaz azote , du gaz acide carbonique , du gaz hydrogène , etc. Mais comment agit l’oxigène ? Il se combine avec le carbone de l’albumen , passe à l’état de gaz- acide carbô-
SECOÜÏDE FAUT FE.
nique, et transforme cet albumen en une matière sucrée qui sert d’aliment à la jeune plante. La formation du gaz acide carboniqp.e pendant l’acte de la germination peut être facilement prouvée en plaçant sur la cuve à mercure une capsule contenant un peu d’eau et plusieurs graines , et en la recouvrant d’une cloche remplie de gaz oxigène ou d’air atmosphérique : à la fin de l’expérience ^ on trouvera, si la pression et la température restent les mêmes , un volume de gaz acide carbonique égal à celui de l’oxigène qui aura disparu ( V^ojx t. p. ). L’action de l’air sur les graines explique pourquoi l’on ne peut pas faire germer celles qui sont très-enfoncées dans la terre. La lumière nuit a la germination par l’élévation de température qu’elle détermine : en effet , que l’on décompose ce fluide impondérable au moyen d’un verre, de manière à en absorber les rayons qui produisent la chaleur , les graines germeront comme à l’ordinaire (Th, de Saussure). Le sol n’influe sur la germination qu’en présentant un point d’appui à la graine, et en lui transmettant la chaleur, l’eau et l’air qu’il contient : aussi peut-il être remplacé avec succès par une éponge humide.
569. Accroissement des plantes. Lorsque la plumule est hors de la terre , et s’est transformée en tige , que les : cotylédons desséchés sont tombés , et que la radicule , en s’allongeant et se divisant dans la terre , constitue une véritable racine , la germination est terminée , et cependant le végétal continue à s’accroître par l’action de l’air et des gaz qu’il renferme , de l’eau , des engrais , du sol , etc. Examinons l’influence de ces agens sur la fonction qui nous occupe.
Influence dit gaz acide carbonique. Si l’on place au soleil des plantes renfermées dans du gaz acide carbonique pur , elles périssent promptement. Ce gaz, mêlé à l’air atmosphérique , ' retarde constamment la végétation des