‹ Élémens de chimie médicale (volume 2)Chapitre 23 sur 80 · CLASSE VL · texte numérisé non relu

CLASSE VL

Des Principes immédiats végéto-animaux.

Ces principes immédiats sont formés d’oxigène , d’hydrogène , de carbone et d’une assez grande quantité d’azote : leur composition ne diffère donc pas de celle des substances animales 5 nous les plaçons dans la sixième classe , parce qu’ils établissent le passage naturel des végétaux aux animaux 5 ils se comportent avec les différons agens comme nous le dirons par la suite en faisant l’histoire générale des principes immédiats des animaux;

SECONDE PAETIE.

De V Asparagine.

^3o. L’asparagine, découverte par MM. Vauquelin et Robiquet , n’a été trouvée jusqu’à présent que dans le suc d’asperge 5 elle crislallise en prismes rhomboïdaux , incolores , durs et fragiles, dont le grand angle de la base est de 1 3o°5 les bords de cette base et les deux angles situés à l’extrémité de la grande diagonale , sont tronqués et remplacés par des facettes 5 elle a ime saveur fraîche , légèrement nauséabonde , qui excite la sécrétion de la salive. Distillée , elle se comporte comme les autres substances végétales ; cependant, vers la fin de l’opération , on obtient un produit ammoniacal. Elle est insoluble dans l’alcool ,peu soluble dans l’eau froide et très-soluble dans ce liquide bouillant 5 la dissolution n’altère point les couleurs du tournesol ni de la violette; les hydro-sulfates, l’hydro-chlorate de baryte, l’acétate de plomb , roxalate d’ammoniaque et Vinjusum de noix de galle, ne la troublent point ; l’acide nitrique la décompose à l’aide de la chalem* , et il se produit un peu d’ammoniaque. Elle est sans usages.

De la Morphine.

La découverte de la morphine est due à M. Serluemer, pharmacien à Eimbeck , dans le royaume de Hanovre. Il y a environ quatorze ans qu’en faisant l’analyse de l’opium , ce jeune savant découvrit une matière particulière à laquelle il crut devoir attribuer les pixipriétés vénéneuses de ce médicament; le mémoire qu’il publia à ce sujet excita à peine rattenlion des chimistes , et resta dans l’oubli à raison du petit nombre d’expériences concluantes qu’il renfermait et de l’impossibilité d’obtenir les résultats annoncés par l’auteur. Aujourd’hui M. Sertuerner fait connaître des travaux ultériems , et il met hors de doute l’existence d’une matière

particulière dans Topium , à laquelle il donne le nom de morphine, ( morphium ). Ceite substance végéto-animale ,. formée par conséquent de carbone, d’hydrogène, d’exiT* gène et d’azote, possède les propriétés alcalines^ au plu«^ haut degré, et semble ouvrir un nouveau; champ de re^ cherches chimiques, physiologiques et médicales.

^3 1 . La morphine est solide et incolore 5 e}le cristalKse en pyramides tronquées, transparentes et très-rbelles,. dont la hase est ou un carré ou tm rectangle 5 on l’obtient souvent aussi en prismes à base irapézoïde 5 lorsqu’on la fait dissoudredans l’eau , dans l’aleool ou dans les éthers elle a une saveur très-amère..

Soumise à l’action du feu , elle se fond afséinent , ressemble au soufre fondu , et peut cristalliser par le refroidissement. Distillée , elle se décompose et fournit du carbonate d’ammoniaque , de l’huile et le résidu est noirâtre , résineux , et d’une odeur particubère. Elle s’enflamnae vivement lorsqu’on la chauffe avec le contact de l’air. Elle parait éprouver fort peu d’^actîon de la part de la pile galvanique 5 cependant lorsqu’on la soumet à cette épreuve après l’avoir mêlée avec un globule de mercure , celui-ci semble s’agrandir et changer de consistance. On peut la combiner avec le soufre à l’aide de la chalem'; mais elle se détruit au même moment et il se forme de l’acide hydrosulfurique. . ■

Elle est insoluble dans l’eau froide , très-peu soluble dans l’eau bouillante, et trèsr-soluble dans l’alcool et dans l’éther, surtout à l’aide de la dialeur^ par le refroidissement de ces liquides , la 'morphine se précipite sous forme de cristaux ; les^solutions aqueuses et alcooliques brunissent le papier de rhubarbe plus fortement que le papier de cm-cuma,^et rétablissent la coulent bleue du. tournesol rougL par un acide.

EU a la faculté de neutraliser les acides et de former de*

SE cos DE PARTIE.

sels simples et même des sels doubles. Elle donne avee baeide carbonicjue un sel qui cristallise en prismes courts ; •avec l’acide «cetï^ue un acétate très-soluble et cristalli sable én petits rayons ; avec l’acide sulfurique dés ramifications cristallines et même des prismes très-solubles ; avec l’acide Ivydro-chloTique des plumes ou des rayons moins solubles que lés sels précédêns, et qui, par le refroidissement, se ^prennent enunemasse brillante, d’un blanc argentin , surtout si l’évaporàtibn a été poussée trop loin ; avec l’acide nitrique ^ elle forme dés cristaux rayonnés qui partent d’un “centre commun y avec l’acide tartariqüe dés cristaux prismatiques. Le sous-méconate de morphine cristallise en “prisHiés ; il est très-peu soluble dans l’eau. Suivant M. Ser- “fuerner ^ tous ces sels ont un éclat micacé, s’effleurissent promptementa l’air ét paraissent être fortement vénéneux.

La morphine décomjposela plùpaft des sels métalliques des quatre dernières classes , tels que le mlfate, l’hydro- ^hlorafe-et l’acétate de fér , plusieurs sels à basé dé mercure de plomb, de cui-vré, été. 5 elle fonhe avec l’acétate de cuivre rme espèce de sel double 5 du moins cet acétate perd -sa couleur par Paddition de la morphine : elle n’a pas la - propriété de saponifier les huiles oxidées. M. Sertuerner pense que la morphine , qu’il regardé comme une base saiifîable, devrait être -placée après l’ammoniaque, parce qu’elle est dégagée de toutes ses combinaisons par cét alçali ; suivant lui, elle se trouverait dans l’opium combinée avec l’acide méconique, dont nous avons parlé § 63b, et à V éxsA. àe méconate peu acide de mcfrphine.

d^-repriétés médicales delà morphine. Un demi-grain de morphine dissous dans un demi-gros d’alcool et étendu dans quelques onces d’eau distillée , fut donné à trois individus âgés d’environ dix-sept ans \ une rougeur générale, f 'U’on pouvait même apercevoir dans les yeux, couvrit leur • figure , principalement les joues , et les forces vitales scm-

DE L\ MORTHIKE. 169

Jjîaient exaltées. Lorsqu’après une demi-heure on leur fît prendre encore un demi-grain demorphine, cet état augmenta considérablement; ils sentirent une envie passagère de vomir et un étourdissement dans la tête ; sans en attendre l’effet , on leur fît avaler encore , après un quart-d’heure , un demigrain de morphine en poudre grossière , avec quelques gouttes d’alcool et une demi-once d’eau; l’effet en fut subit; ils sentirent une vive douleur dans l’estomac , un affaiblissement et un engourdissement général, et ils étaient prêts à s’évanouir ; on leur fît prendre 6 à 8 onces de vinaigre très-fort, qui déterminèrent un vomissement si violent , que l’un d’eux , d’une constitution délicate et dont l’estomac était tout-à-fait vide, se trouva dans un état très-douloureux ; on lui donna du carbonate de magnésie qui ne tarda pas à faire cesser le vomissement; il passa la nuit dans un profond sommeil ; le lendemain le vomissement revint, mais il cessa bientôt après une forte dose de carbonate de magnésie. Le défaut d’appétit , la constipation , l’engourdissement, et les maux de tête et d’estomac ne se dissipèrent .qu’après quelques jours. {^Annales de Chimie du mois de mai 1817, pag. 28.) M. Sertuerner pense que les combinaisons des acides avec la morphine ont encore plus d’effet.

Voici les résultats des expériences que nous venons de faire sur les chiens : i®la morphine , introduite seule dans l’estomac à la dose de 10 ou 1 1 grains, ne détermine en général aucun phénomène sensible , parce qu’elle est insoluble dans l’eau et peu susceptible d’être attaquée par le suc gastrique ; cependant elle donne lieu quelquefois à des vomissemens. 2®. Six grains de morphine dissous dans 2 gros de vinaigre très-faible et introduits dans l’estomac , occasionnent une légère paralysie dés pattfô postérieures et un sommeil peu profond. 3°. Un grain de morphine dissous dans un gros et demi d’acide acétique très-faiblê, et injecté dans la veine jugulaire, détermine sur-le-champ les symptôme

SECONDE partie-

r JO

derempoîsonnementpar l’opium. ( VoyezxoK Toxicologie générale. ) Douze grains de morphine dissous dans im peu d’acide acétique faible , appliqués sur le tissu cellulaire de la cuisse, donnent lieu , dix minutes après l’application, à tous les symptômes de l’empoisonnement par l’opium.

Substance cristallisahle de V opium ( sel d’opium ). '

j32. Celte substance, découverte par M. Derosneen 1802, ti’a été trouvée jusqu’à présent que dans Topium; elle cristallise en prismes droits , incolores, à bases rhomboïdales , formant souvent par leur réunion de petites Loupes : elle est insipide, inodore et plus pesante que l’eau ^ chauffée, elle fond comme les graisses > donne beaucoup de carbonate d’ammoniaque et tous les produits fournis par les substances végéto-animales ; si , après avoir élevé sa température , on la met en contact avec l’air, elle s’enflamme à la manière des résines. L’eau bouillante n’en dissout que de son. poids , tandis qu’elle n’en dissout pas sensiblement à froid; 24 parties d’alcool bouillant suffisent pour en dissoudre une partie , et il en faut près de 100 parties à la température ordinaire ; ce solutum pi écipite par V eau et ne 'verdît pas le sirop de violette^ l’éther et les huiles volatiles, qui n’agissent presque pas sur elle à froid , en dissolvent une assez grande^ quantité à chaud. Les acides faibles en opèrent la dissolution à toutes les températures , et on peut précipiter la morphine de ces dissolutions au moyen des alcalis. Elle est peu soluble dans la dissolution de potasse ; elle n’apoint d’usages. Quelque nombreux que soient les rapports qui existent entre cette substance et la morphine , il est évident que leur nature n’est pas la même. M. Serluernm* pense que le sel d’opium dont nous parlons est composé de morphine et d’acide méconique ; cette opinion est loin d’être appuyée parles expériences récentes de M. Robiquet, qui n’est jamaîs parvenu à en séparer l’acide méconique.

iïü GLTITEH.

Du Gluten.

Le gluten , découvert par Beccaria , se trouve dans le froment, le seigle , l’orge, et dans beaucoup d’autres gi’aines céréales 5 suivant M. Proust, il existe aussi dans les glands, les châtaignes , les marrons d’Lide, les pois , les fèves , les pommes , les coings , les baies de sureau et de raisin , dans la rue , les feuilles de chou , les sedum , la ciguë , la bourrache , etc.

733. Le gluten est solide, mou, d’un blancgrisâtre , trèsvisqueux , collant , insipide et doué d’une odeur spermatique 5 il est très-élastique et susceptible d’être étendu en lames minces ; plusieurs de ces propriétés physiques sont dues à l’humidité qu’il renferme , car si on le fait dessécher , il devient d’un brun foncé, fragile , très-dur et demitransparent ; sa cassure est alors vitreuse.

Soumis à la distillation , il se décompose , se comporte comme les matières animales, et laisse un charbon trèsvolumineux et très-rbrillant. Exposé à l’air sec , il brunit se recouvre d’une couche huileuse et finit par devenir trèsdur ; si l’air est humide , il se gonfle , se putréfie , répand une odeur fétide , sa surface se recouvre de byssus et il acquiert l’odeur du fromage*, il se dégage du gaz hydrogène et de 1 acide carbonique , et il se forme de l’acétate d’ammoniaque. ( Proust. ) Il ne se dissout point dans Veau froide J mis dans ce liquide bouillant, il perd sa ténacité et son élasticité ; laissé pendant long-temps avec de l’eau à la température ordinaire , il commence par se réduire en une bouillie dont on peut se servir pour coller la porcelaine et toute espèce de poterie ; bientôt après il se pourrit et se transforme en tme matière d’un gris noirâtre : suivant Fourcroy et ]\L Vauquelin , les produits de cette altération sont de l’acide carbonique, de l’ammoniaque, une matière

SECOÎfDE PARTIE.

grasse, et une substance analogueà la fibre ligueuse, noies du Muséum.^ 11 est insoluble dans l’alcool; lorsqu’on triture avec un peu de ce liquide du gluten altéré par l’eau et semblable à de la glu , on obtient une espèce de mucilage qui, étant délayé dans l’eau^ donné un liquide glutineux, que l’on peut étendre sur le bois ,4e papier , etc. , et qui , suivant Cadet, peut remplacer les meilleurs vernis ; mêlé avec de la cbâux , ce liquide glutineux forme un lut que l’on peut appliquer comme celui que l’on prépare avec la chaux et le blanc d’oeuf ( albumine).

^34. Les acides végétaux, surtout l’acide acétique concentré, l’acide bydro-clilorique et quelques autres acides minéraux faibles , dissolvent le gluten à l’aide delà chaleur ; les dissolutions sont presque toujours troubles, mais permanentes , et peuvent être précipitées par les alcalis , qui saturent les acides. L’acide sulfurique concentré cbarbonnele gluten ; Facide nitrique agit sur lui comme sur les matières animales. Les alcalis faibles le dissolvent àl’aide de la chaleur ; le solutum est trouble et décomposable par les acides ; si les alcalis sont concentrés , ils le décomposent et le transforment en un produit comme savonneux. Uinfusum de noix de galle précipite ses dissolutions én brun jaunâtre.

^35. Le gluten exerce sur la fécule une action remarquable , dont nous devons les détails à M. Kirchoff. Si on verse 4 parties d’eau froide sur une partie de fécule de pommes de terre , et qu’ après avoir agité on ajoute 20 parties d’eau bouillante, on obtient un empois épais; si on mêle à cet empois encore chaud une partie àe gluten pulvérisé , et qu’on l’expose , pendant huit ou dix heures , à la température de 4o à 60® de Réaumur , le mélange devient acide et sucré ; si après l’avoir filtré , on le fait évaporer , on obtient un sirop sucré , en partie soluble dans l’alcGol , et susceptible de donner de l’esprit-de-vin quand on le mêle avec du levain acide. La dissolution alcoolique de ce siiop

DE LA FtTNGIÎïE. IjS

foiuTiit du mcre sous la forme de cristaux blancs et trèspetits, lorsqu’on la fait évaporer.

Le gluten peut être employé pour faire des vernis, d’après la méthode de Cadet , et pour coller les fragmens de poteries 5 la farine lui doit la propriété de faire pâte avec l’eau , de lever , et par conséquent de faire du bon pain.

DelaFungine.

y36. M. Biaconnot regarde le tissu des champignons comme un principe immédiat particulier auquel il donne le nom de fungine. La fungine est plus ou moins blanche, mollasse, fade , insipide et peu élastique en la comparant au gluten 5 elle se divise assez bien entre les dents. Soumise à la distillation, elle se comporte comme les matières animales. Mise en contact avec une bougie allumée , elle s’enflamme avec assez de vivacité et laisse tme cendre très-blanche. L’acide nitrique la transforme en une matière analogue au suif , et en une autre semblable à la ciré', en matière résinoïde , en une substance amère et en acide oxalique 5 il se dégage du gaz azote. La fungine s’unit avec la substance astringente de la noix de galle. On peut l’employer comme aliment.

De V Albumine , de la Fibrine et de la Gélatine.

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