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CHAPITRE IL

Des Principes immédiats des animaux.

A l’exemple de M. Tbenard , nous diviserons ces principes en principes acides , principes gras , et en ceux qui ne sont ni gi’as ni acides; nous rangerons encore dans une autre section les matières salines et terreuses contenues dans les animaux , et qui paraissent essentielles à leur constitution : tels sont, par exemple, les phosphates terreux qui se trouvent dans les os.

SECTION PREMIÈRE

Des Principes immédiats qui ne sont ni gras ni acides.

. Ces principes sont au nombre de dix : la fibrine , l’albumine, la gélatine, le caséum, l’urée, le mucus, l’osmazome , le picromel, la matière jaune de la bile , et le sucre

de lait: si l’on en excepte ce dernier, lotis contiennent de l’azote, et jouissentd’un certain nombre de propriétés communes que nous allons faire connaître.

828. Distillés dans un appareil analogue à celui qui a été décrit § 671 , ils sont décomposés et fournissent un produit liquide, un produit solide et un autre gazeux j Ççis pro,duils renferment de l’eau, du gaz acide carbonique , du sous- carbonate d’ammoniaque en partie sublimé sous la forme d’aiguilles dans le col de la cornue , en partie dissous dans le produit liquide; de V acétate et de Vhjdro-cyanate d' ammoniaque (i) ^ une buile épaisse, noire , fétide et pesante,; du gaz hydrogène carboné , du gaz oxide decarbong, du gaz azote et un charbon volumineux, léger, brillant et dif&cile à incinérer. Si au lieu de chauffer en vases clos , on agit avec le contact de l’air , leur décomposition est plus rapide; ils se boursoufflent, s’enflamment, finissent par se charbonner , et donnent des produits plus ou moins analogues aux précédons.

829. Excepté la fibrine , l’albumine coagulée , le caséum et la matière jaune de la bile, ils sont tous solubles dans l’eau froide; si on les laisse pendant quelque temps dans ce liquide , ils se décomposent et éprouventtous les phénomènes de la putréfaction. (Fi^ezlafinde la chimie animale.) D’eau, bouillante dissout encore plus facilement que l’eau froide les principes que nous avons dit être solubles; quant à la fibrine, le caséum et, l’albumine coagulée, substances insolubles, elles paraissent subir une altération marquée lorsqu’on les fait bouillir avec ce liquide. ( Berzelius. ) L’action de l’alcool est analogue à celle de l’eau, excepté que çet agent ne peut dissoudre ni l’albumine , ni la gélatine, ni le mucus. Exposés à Y air humide^ ils ne tardentpas

(1) Ces produits ammoniacaux prouvent évidemment Texisîçpçe de f azote dans la madère soumise à l’expérienc&.

DES PRIIS'CIPES IMMÉDIATS DES AKIMADX. 249

à se putréfier ; si au contraire l’aioiosplière est parfaitement desséchée, ils peuvent être conservés indéfiniment. Uhydro' gène, le boTe, le carbone , lephjosphore, le soufre &lY azote, n’exercent aucune action sur eux. Uiode et les métaux les décomposent , comme nous l’avons dit page 56 de ce vol. , en parlant des principes immédiats des végétaux (2*^ Classe'). Le chlore s’empare de leur hydrogène à des températures variables , les altère et s’unit souvent avec les matières qui résultent de leur décomposition. Nous verrons, en parlant des fumigations, que c’est ainsi que cet agent précieux transforme en substances inertes les miasmes animaux les plus délétères.

830. Les acides forts décomposent ces principes immédiats ou s’unissent avec eux. L’acide sulfurique concentré les charbonne tous, même à froid ^ il agit probablement en déterminant la formation d’une certaine quantité d’eau et d’ammoniaque aux dépens de l’oxigène , de l’hydrogène et de l’azote delà matière animale; il parait aussi qu’il se forme un peu de matière huileuse. Lorsqu’au lieu d’agir à froid, on élève la température du mélange, on obtient du gaz acide sulfureux provenant de la décomposition de l’acide sulfurique.

83 1. Si l’on soumet à une douce chaleur, et dans l’appareil décrit planche fig. i, un de ces principes immédiats mêlé avec de l’acide nitrique moyennement concentré , on obtient une multitude de produits que nous allons énumérer à-peu-près dans l’ordre de leur formation : eau , gaz acide carbonique , gaz azote , acide liy droey anique , oxide d'azote , acide nitreux , ammoniaque, acides acétique , malique, oxalique, matière jaune détonnante, composée d’acide nitrique et de matièi'e animale altérée. Quelqucs-um de ces principes immédiats donnent aussi une certaine quantité de graisse. Théorie. Tout ce que nous avons dit § 64 1 j en parlant de l’acüon qu’exerce

25o troisième EARTIE.

l’acide nitrique sur les substances végétales s’applique ici j Toxigène de cet acide s’unit au carbone et à l’hydrogène de la matière animale pour donner naissance à de l’eau et à de l’acide carbonique 5 l’azote, l’oxide d’azote et l’acide nitreux proviennent de l’acide nitrique décomposé ; l’acide hydrocyanique et l’ammoniaque se forment aux dépens de l’azote de la matière animale, et peut-être d’une portion de celui qui appartenait à l’acide nitrique 5 les acides malique, acétique , oxalique ne sont que la substance animale déshydrogénée , décarhonée et désazotée | enfin le composé détonnant paraît résulter de la combinaison d’une portion d’acide nitrique avec la matière animale contenant encore beaucoup d’azote.

832. Les alcalis dissous dans l’eau décomposent ces principes immédiats à la chaleur de l’ébullition , et il se forme de l’ammoniaque qui se volatilise , de l’acide carbonique , acétique, et une matière animale particulière-, qui restent unis avec Y alcali.

833. Lorsqu’on les.fait rougir avec de la potasse ou de la soude, on les décompose 5 ils se transforment en charbon; mais comme ce charbon retient de l’azote , il se produit du cyanogène ( composé d’azote et de carbone ) qui, en s’unissant à la potasse ou à la soude donne naissance à dvi cyanure de potasse^ que l’on avait regardé jusque dans ces derniers temps comme un prussiate.

De la Fibrine.

La fibrine se trouve dans le chyle, dans le sang et dansle muscles, dont elle fait la base.

834. Elle est solide , blanche , insipide, inodore, plus pesante que l’eau, et sans action sMxVinfusum de tournesol et sur le sirop de violette; elle est molle et légèrement élas- -tique. Lorsqu’on la dessèche , elle acquiert une couleur jaune plus ou moins foncée, devient dure et cassante.

DE XA -FIBEIKE. z5l

Distillée elle fournit beaucoup de sous-carbonate d’ammoniaque et une plus grande quantité de charbon que la gélatine et l’albumine-, ce charbon est excessivement léger, très-brillant et très-difficile à incinérer; la cendre que l’on en obtient renferme une grande quantité de phosphate de chaux , un peu de phosphate de magnésie , du carbonate de chaux et du carbonate de soude. La fibrine est insoluble dans Veau froide-, cependant si on la met en contact avec ce liquide , et qu’on le renouvelle , elle se putréfie de temps en temps , se change en une matière soluble, mais ne se transforme pas en graisse; le corps gras que l’on obtient en mettant la chair musculaire dans l’eau existait tout formé dans le muscle, et a seulement été mis à nu à mesure que celui-ci a éprouvé la putréfaction. ( M. Gay-Lussac, ) Si on fait bouillir la fibrine pendant quelques heures dans de l’eau , elle se décompose et perd la propriété de se dissoudre dans l’acide acétique , comme l’a prouvé M. Beizelius ; le liquide filtré se trouve contenir une matière précipitable par Vinfusum de noix de galle ; lorsqu’on l’évapore il fournit un produit blanc, sec, dur, d’une saveur agréable. alcool d’ime densité de 0,8 lo J mis sur de la fibrine, la décompose même à froid, et il se forme au bout d’un certain temps une espèce de matière grassé analogue à l’adipocire , d’une odeur forte et désagréable , qui reste en dissolution dans le liquide , et lui donne la propriété de précipiter par’ l’eau. éther agit sur elle de la même manière; cependant la décomposition est plus rapide , la substance grasse formée plus abondante et douée d’une odeur plus désagréable.

Lorsqu’on fait digérer sur elle de l’acide J^dro-chlorique faible , il se dégage du gaz azote , et l’on obtient une matière dure , racornie, insoluble dans l’eau, qui paraît être composée d'acide hydro-chlorique en excès et de fibrine altérée. Traitée à plusieurs reprises par l’eau froide , cette

TEOISIÈ3IE PARTIE.

matière perd une portion d’acide, et se transforme en une masse gélatineuse, soluble dans l’eau tiède, qui ne diffère de la précédente qu’en ce qu’elle contient moins d’acide. L’acide sulfurique affaibli par six fois son poids d’eau agit de la même manière sur la fibrine. Concentrés , ces deux acides se comportent avec la fibrine comme nous l’avons indiqué § 83o. /

L’acide nitrique- un peu affaibli , celui dont la densité est de 1,25 , sépare de la fibrine une; assez grande quantité de gaz azote; il se produit de la graisse, et la liqueur acquiert une couleur jaune. Au bout de vingt-quatre heures de contact , la fibrine se trouve transformée en une masse pulyériilente , d’un jaune citrin pâle , qui parait devoir être regardée, d’après M. Berzelius , comme delà fibrine altérée, de la graisse, deFacide malique et de l’acide nitrique ou nitreux. Lavée à grande eau, cette masse devient orangée, perd une portion, d’acide et constitue V acide jaune découvert par Fourcroy et M. Vauquelin, en traitant la chair musculaire par l’acide nitrique. Ainsi lavée , si on la fait bouillir avec de l’alcool , on ne dissout que la graisse; le résidu traité par le carbonate de chaux , donne du malate , du nitrate et du nitrite de chaux solubles.

L’acide acétique conceaXxé transforme la fibrine, par l’action de la chaleur , en une masse gélatineuse qui se dissout dans l’eau chaude avec dégagement de gaz azote. Ce solution ^ incolore, est précipité par les acides .sulfurique , nitrique et hydro-chlorique , qui se combinent avec la matière animale, et donnent des produits acides insolubles dans l’ean. La potasse , la soude , l’ammoniaque et l’hydrocyanate de potasse et de fer (prussiate) le précipitent également; mais le dépôt se redissout dans un excès d’alcafi. Evaporé, il fournit un résidu transparent, rougissant Finfusum de tournesol, insoluble dans Feau , soluble dass^ l’acide acétique.

DE LA FIBRISE.

^ Lapotasse et la soude dissolvent la fibrine à froid , mais beaucoup moins facilement qu’ils ne dissolvent l’albumine coagulée ; la dissolution précipite sensiblement par l’acide bydro-chlorique ; si on élève la température , il y a décomposition et formation des produits indiqués § 832.

Lorsqu’on met delà fibrine dans -tme solution aqueuse d’hydro-chlorate de deutoxide de mercure ( sublimé corrosif) , ce sel est décomposé; on remarque qu'il se forme sur-le-champ un précipité blanc de protô-éhlorure de mercure ( calomélas ) qui se combine en partie et intimement avec la matière animale; la liqiieur rougit le sirop de violette au lieu de le verdir, et contient de l’acide bydrochlorique libre. Théorie. L’acide hydro-chîorique du sublimé corrosif peut être représenté par :

Acide hyclro-chlorique -f- (hydrogène -f- chlore), et le deutoxide de mercure

par. . oxigène mercure.

Eau. Chlorure de

mercure.

Le deutoxide de mercure et une portion d’acide hydrcchlorique sont décomposés par la fibrine; l’oxigène du premierse porte sur l’hydrogène de l acide pour former de l’eau : tandis que le chlore , en s’unissant au mercure, le fait passer à l’état de proto-chlorure qui se combine intimement avec la matière animale : il est évident que l’acide hydro-chlorique non décomposé doit rester libre dans la liqueur.

La fibrine est composée , d’après M.M. Gay-Lussac et Thénard, de

Carbone . 55,3(5o .

Oxigène . ig,685.

Hydrogène . 7,021,

Azote . 19,954,

■ Elle est sans usages lorsqu’elle est parfaitement pure.

De V Albumine.

L’alLumîne se trouve en très-grande quantité dans le blanc d’œuf, dans le sérum du sang, le chyle, la synovie, dans les liquides exhalés par les membranes séreuses , surtout dans les diverses hydropisies , dans labile des oiseaux, etc.

835. Albumine solide. Elle olFre à-peu-près les mêmes propriétés physiques que la fibrine, et fournit les mêmes produits à la distillation , excepté qu’elle donne un peu moins de charbon. L’eau, l’alcool, l’éther, les acides sulfurique , nitrique et hydro-chlorique agissent sur elle comme sur la fibrine. L’acide acétique et l’ammoniaque la dissolvent moins bien que la fibrine , tandis que la potasse et la soude en opèrent beaucoup mieux la dissolution à froid ; le solutum alcalin précipite par l’acide hydro-chlorique; mais le précipité se redissout dans un excès d’acide.

836. U albumine liquide (i) est incolore , transparente , inodore, plus pesante que l’eau, et douée d’une légère saveur particulière ; elle est susceptible de mousser par l’agitation, surtout lorsqu’on l’a mêlée avec de l’eau ; elle verdit le sirop de violette, propriété qu’elle doit à une certaine quantité de sous-carbonate de s.oude qu’eUe renferme.

P. E. Lorsqu’on soumet à la température de ^4*^ thermomètre centigrade JJ l’albumine qui n’a pas été affaiblie par ime très-grande quantité d’eàu , elle se coagule et donne l’albumine solide , dure , opaque et blanche ; ce phénomène n’a pas lieu], même à la température de l’ébullition , si l’albmnine est étendue de dix à douze fois son poids d’eau ; cependant si on continue à faire^ouillir ^ la liqueur se concentre, et se coagule lorsqu’elle est parvenue au degré de concentration convenable. M. Bostock a prouvé qu’on

(i) L’albumine dont nous allons décrire les propriétés n’est autre chose que du blanc d’ceuf délayé dans l’eau pure, et filtré.

DE L’ALStraiKE. 255

pouvait découvrir par ce moyen d’albüniine dissoute dans l’eau. On a beaucoup disserté sur la cause dé cette coagulation. Fourcroy l’a expliquée en supposant que l’albumine s’emparait de l’oxigène de l’air et se transformait en une substance nouvelle; mais cette explication tombe d’elle-même dès qu’il est établi que le phénomène a lieu aussi bien dans des vaisseaux fermés qu’à l’air libre. M. Thompson ayant égard à la composition de l’albumine liquide, dans laquelle on trouve de l’eau, du sous-carbonate de soude et de l’albumine, a pensé que sa liquidité était due à la soude qui la tenait en dissolution , et que lorsqu’on la faisait chauffer^ l’alcali s’unissait intimement avec- l’eau et abandonnait l’albumine, qui se déposait à l’état solide. Les physiciens s’accordent aujourd’hui à regarder la cohésion comme la cause de la coagulation de cette substance : chauffe-t-on , par exemple , de l’albumine liquide , les molécules d’eau s’éloignent des molécules albumineuses ; l’affinité des unes pour les autres diminue et l’albumine se précipite.

Lorsqu’on dessèche l’albumine, en l’exposant au soleil pu en la soumettant à une température' de 4o à 5o® , elle ne se coagule pas , et l’on obtient tme masse jaunâtre parfaite-: ment soluble dans Veau froide. . , .

837. Soumise à l’action d’une pile 'voltaïque , l’albumine liquide se coagule sur-le-champ (Brande). Les expériences faites par sir E. Home prouvent qu’il ne faut , pour produire le phénomène, qu’un appareil voltaïque d’un très-petit pouvoir, celui ,. par exemple, qui n’est pas assez fort pour affecter les électromèü’es les plus délicats ; le coagubim formé se trouve tout autour du pôle résineux ou: négatif. M. Brande pense que ce moyen peut être employé avec succès pour découvrir les petites quantités d’albumine qui font partie de certains fluides animaux.

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