Le cyanogène est un produit de l’art ; il est sous la
forme d’un fluide élastique , permanent, d’une odeur trèsvive et pénétrante, et d’une saveur très-piquante ; sa pesanteur Spécifique est de 1,8064. B rougit Vinfusum de tournesol; mais en faisant chauffer la dissolution, le gaz se dégage mêlé aveeun peu d’acide carbonique, et la couleur bleue reparaît. ‘
Il peut êtré soumis à raetion d’une très-haute température sans se décomposer; mais si, étant exposé à l’air , on le met en contact avec un corps en ignition, il absorbe i’oxigène et produit une flamme de couleur bleuâtre mêlée de pourpre. Le phosphore , le soufre et Viode, à la température produite par la lampe à l’esprit-de-vin, peuvent être volatilisés dans ce gaz sans agir sur lui; le gaz hydro-^ gène ne l’altère pas non plus, à ce degré de chaleür.
L’enw , à la température de 20® , agitée pendant quelques, minutes avec le cyanogène, en dissout quatre fois et demie, son volume; V alcool pur en prend vingt -trois fois son volume; Y éther sulfurique et Vhuile de térébenthine en dissolvent au moins autant que l’eau. Liorsqu’on met enseinble du gaz acide hjdro~sulfuiique et du cyanogène gazeux , on obtient une substance jaune, en aiguilles très-fines, entrelacées , soluble dans l’eau, composée d’un volume de eya^ nogèpe et d’un . volume et demi d’acide hydro-sulfurîqué:, et qui ne précipite pas le nitrate de plomb, comme le fait l’acide hydro-sulfurique seul. Cette combinaison s’opère lentement.
Cyanures métalliques^
867. L’action dnpotassium sur le cyaaogèneà froid est excessivement lente ; mais si on chauffe avec la lampe à espritde-vin, le potassium devient incau descent et aljsorbe un
DES CYAîyURES MÉTALLIQUES.
volume de cyanogène égal à celui de l’hydrogène qu’il dégagerait de l’eau. Le cyanure de potassium obtenu est jaunâtre et doué d’une saveur très-alcaline 5 mis dans l’eau, il se dissout sans eïFervescence, décompose le liquide et passe à l’état d’hydro - cyanate de potasse j d’où il suit que l’hydrogène de l’eau se porte sur le cyanogène pour former de l’acide hydro-cyanique, tandis que l’oxigène s’unit au potassium , qu’il transforme en potasse.
868. Cyanure de mercure (prussîate de mercure). Suivant M. Gay-Lussac, le sel qui a été décrit sous le nom de prussiate de deutoxide de mercure n’est autre chose que du cyanogène et du mercure. Lorsqu’il est neutre, il cristallise en longs prismes quadrangulaires , coupés oblique-’ ment; si on le fait bouillir avec du deutoxide de mercure, il devient très-alcalin et cristallise en très-petites houppes ( M. Proust ) ; il a alors une saveur styplique très-désagréable; il excite fortement la salivation ; il est inodore et beaucoup plus pesant que l’eau. M. Gay-Lussac le regarde dans cet état comme formé de cyanogène et d’oxide de mercure. Le cyanure de mercure neutJe et parfaitement sec , soumis à l’action d’une chaleur modérée , noircit , se fond comme une matière animale, et se décompose en partie; il se dégage du cyanogène par \ il se volatilise du mercure avec une assez grande quantité de cyanure , et il reste un charbon aussi léger que du noir de fumée. Si le cyanure est humide et neutre , il fournit , en se décomposant , de l’acide carbonique , de l’ammoniaque et beaucoup de vapeur hydro-cyanique; d’où il suit que l’eau a été décomposée. Si au lieu d’agir sur le cyanm'e neutre , ou distille le cyanure alcalin et humide , on obtient les mêmes produits, et en outre de l’azote, et un liquide brun regardé par M. Proust (qui fit le premier cette expérience ) çomme de l’huile. Suivant M. Gay-Lussac, ce liquide n’est pas huileux.
869. Le cyanure de mercure est décomposé pai' l'acide Lydro-chlorique , qui se décompose également : le cyanogène du premier forme, avec l’hydrogène de cet acide, du gaz acide hydio-cyanique, tandis que le chlore reste uni avec le mercure. Les acides nitrique et sulfurique faibles n’agissent sur le cyanure de mercure qu’en lé dissolvant; l’acide sulfurique concentré est décomposé par lui il cède une portion de son ôxigène au mercure , détruit ie cyanogène , et l’on obtient , entre autres produits , du gaz acide sulfüreux et du sulfate de mercure. L’acide lijdro^ sulfurique le décompose en se décomposant ; son hydrogène transforme le cyanogène en acide hydro-cyanique^ tandis ^e le soufre s’unit au mercure.
La potasse ne décompose point le cyanure de mercure; elle se borne à le dissoudre à l’aide de la chaleur. Il paraît qu’il en est de meme des autres bases salifiahles.
'870. L’eau dissout facilement ce produit, surtout' iorsqu il èst avec excès d’oxide ; la plupart des sels sont sans action sur cette dissolution. Si on la mêle avec de la limaille de fer décapée et de l’acide sulfurique faible , dn démarque des phénomènes curieux ; le fer s’oxide aux dépens de l’oxigène de Feau, et se dissout dans l’acide sulfurique ; l’hydrogène provenant de la décomposition de l’eau s’unit au cyanogène du cyanure pour former de l’acide hydro-cyanique, et le mercure se précipite; en sorte que là liqueur renferme de l’acide hydro-cyanique et du protosulfate de fer en dissolution. C’est eu distillant cette liqueur que Schéele obtint . pour la première fois , l’acide hydro-cyanique liquide,. peu concentré.
Le cyanure de mercure ne se trouve pas dans la nature ; il est formé , suivant M. Gay-Lùssac , de 79., 9 de mercure et de 20, i de cyanogène ; ce résultat s’accorde parfaitement avec celui qu’avait obtenu précédemment M. Porrett , qui regardait ce produit comme formé d’acide prussique et d’oxidé d®
•DES -CYA3irîiE5: ALCALIÎfS. âS^,,
^.aicore. Il est employé à la préparation du cyanogène et de l’acide hydro'Cyani que. On s’en sert aussi quelquefois dans les maladies syphilitiques; mais il est très-vénéneux, Sehéelè,’ M. Proust, M. Pprrett et M. Gay-Lussac nous ont fait connaître tout ce que nous savons sur ce cyanure.