CHAPITRE PREMIER
De V Examen des forces d’où dépend V action chimiquè des corps.'
1067. On a cru pendant long-temps qu’il suffisait davoijp égard à l’o^niVe réciproque des corps pour , se faire une idée exacte de leur action chimique, en sorte que cette force a été regardée comme absolue, M. Berthqllet, rillustre auteur de la Statique chimique, a prouvé le premier qùe .cetlé théorie, due à Bergman , est erronée;, et qu’il est impossible de connaître l’action que les corps exercent les uns sur les autres sans avoir égard à leur affinité , au degré de cohésion de leurs molécules et à celui du composé auquel ils dounent naissance , à leurs quantités-, à leur force élastique, etc. Nous allons examiner tout ce qui est relatif à chacun de ces agens ; mais comme nous avons déjà établi, page 3 du tome i®*', plusieurs propositions relatives à l’affinité , nous nous occuperons seulement de rechercher ce qui tient à l’influence des autres forces»
De VInjJuence de la cohésion y et de la force expansée de la chaleur SUT T affinité.
I®. La cohésion doit être considérée en général comme un obstacle à la combinaison : ainsi l’oxigène et le diamant sont doués d’une grande affinité entre eux ; ils ne se combinent pourtant que lorsque la température a été" assez élevée poùr diminuer la cohésion du diamant 5 le calorique est donc le principal agent de cette combinaison , et son action èst évidemment bornée à la diminution de là cohésion. 2®. Il existe cependant des cas où deux corps gazeux dont les molécules n ont. aucune cohésion ne peuvent se combiner qu’à l’aide du calorique : ainsi si l’on veut obtenir de l’eau a vec un volume dégaz oxigène et 2 volumes de gaz hydrogène, ou de l’acide hydro-chlorique avec un Yolume, de chlore et un volume de gaz hydrogène , il faudra chauffer ces mélanges : il est, évident que le calorique agit dans ces cas autrement qu’en diminuant la cohésion puisqu’elle est nulle. 3®. Dans certaines circonstances y le calorique^ loin de favoriser la combinaison des corps, s’/y oppose et sépaî'e même les élémens qui étaient déjà unis. Nous pouvons prouver cette proposition en rappelant que le gaz hydrogène percarboné, l’amihoniaque , etc., sont décomposés par la chaleur ; il en est de même du carbonate de chaux, qui, étant suffisamment chauffé , se transforme en acide carbonique et en chaux , pourvu que la pression à laquelle il est soumis ne soit pas très-forte , car le chevalier Hall a prouvé que si on fait rougir du carbonate de chaux dans un tube de fer très-épais , qui est entièrement rempli et que l’on bouche parfaitement , non-seulement le sel ne se décomposé pas , mais il fond , erîstaliise par le refroidissement , et donne naissance à du marbre. L’influence de lapressicn sur ï affinité se retrouve dans un assez
DI L^INFLBEKCE b’uH LIQUIDE SUR l’aFFISITÉ.
grand nombre de circonstances. 4°* des cas où le
caiorique seul ne peut pas décomposer certains corps , dont il déterminera décomposition s’il est aidé d’une autre substance qui , par elle-même , ne jouit pas non plus de cette propriété. Ainsi le sulfate de baryte est décomposé , à une température rouge , par l’acide borique 5 il se produit du borate de baryte , de l’acide sulfureux et du gaz oxigène ; or , ni la chaleur ni l’acide borique , pris isolément , n’opéreraient pas cette décomposition. Le carbonate de baryte est transformé en acide carbonique et en hydrate de baryte lorsqu’on le fait chauffer jusqu’au rouge blanc , et qu’on y fait arriver de la vapeur aqueuse ; cependant ni l’eau ni la chaleur, employées séparément, ne lui font subir aucune altération. Mais rien ne prouve combien la chaleur influe sur l’action de l’acide carbonique et de la baryte, comme le fait suivant : l’hydrate de baryte et l’acide carbonique obtenus dans l’expérience précédente , s’unissent avec énergie pour reformer le carbonate de baryte lorsqu’on les met en contact à la température ordinaire.
De V Influence qii exerce la présence d’un liquide sur l’affinité.
1068. On peut établir, d’après un très-grand nombre de faits, 1° que des corps qui n’exercent aucune action à l’état solide, agissent lorsqu’on les fait dissoudre dans un liquide 5
que celui-ci influe singulièrement sur la nature des composés qui se forment : ainsi l’hydro-chlorale d’ammdniaque etle carbonate de chaux secs donnent, lorsqu’on les chauffe, du sous-cai'bonate d’ammoniaque , de l’eau et du chlorure de calcium {voyez § 3o3); tandis que la dissolution de celui - ci dans l’eau fournit avec le sous - carbonate d’ammoniaque de Vhjdro-chlorate d’ammoniaque et du
carbonate de chaux , c’est-à-dire les mêmes sels qui setaient réciproquement décomposés par l’action de la chaleur. D’une autre part, le sulfate de baryté , qui est décomposé par l’acide borique solide à une température rouge, ne l’est pas par l’acide borique dissous dans l’eau j au contraire, les borates sont décomposés par l’acide sulfurique liquide.
De V Influence dés masses SUT Vc^nité.
1069. Nous avons annoncé (pag. 5, 1. 1®*') quasi un corps
peut se combiner avec trois proportions de 5, de manière à former trois composés AB ^ AB B , AB BB ^ dans le premier composé, B serabeaucoup plus fortement attiré par A que dans le second, et > à plus forte raison , que dans le troisième ; et nous avons conclu que l’affinité qui s’exerce entre ces deux corps variera suivant qu’il y aura une, deux ou trois quantités de B. Prouvons cette proposition par quelques expériences ; 1° si on traite le sulfate neutre de potasse par l’acide nitrique , on. obtient du nitrate de portasse et du sulfate acide de la même base 5 l’acide nitrique s’empare de la moitié de la potasse contenué dans le sulfate neutre 5 mais il ne peut pas la lui enlever complètement : donc la dernière moitié est plus fortement attirée par l’acide sulfurique que la seconde. 2°. Si on calcine le peroxide de manganèse on obtient du deutoxide et de Poxigène ; si pn fait passer, de l’hydrogène à travers le deutoxide chauffé jusqu’au rouge , on le transforme en protpxide et il se produit de l’eau*, mais le protoxide obtenu n’est plus décomposé par l’hydrogène : il suit de là que la portion d’oxigène séparée par la simple action de la chaleur est moins fortement retenue que celle qui a besoin du concours de l’hydrogène et du feu pour être mise à nu » et que celle-ci l’est encore moins que celle qui fait partie du protoxide et qui ne peut pas être enlevée par l’hydrogènes
DE l’influence des masses sur l’affinité. 47^ 3®. Que l’on dissolve dans un peu d'eau du nitrate de bis-piuth 5 que l’on ajoute de l’eau à la dissolution, le sel sera décomposé ; la liqueur contiendra la majeure partie de racide avec un peu d’oxide , tandis que le précipité sera formé de la majeure partie de l’oxide avec un peu d’acide (sous-nitrate) ; que l’on ajoute beaucoup plus d’eau , le précipité sera redissous , et la liqueur se trouvera contenir de l’eau et du sous-nitrate de bismuth dissous dans l’acide nitrique. Cet exemple prouve combien la quantité d’eau influé sur la nature des combinaisons auxquelles on peut donner naissance. 4”* On obtient avec un peu d’eau et du margarate neutre de potasse un corps mucilagineux , dans lequel le sel se trouve sans avoir subi d’altération. Si on ajoute au composé une très-grande quantité d'eau, la moitié de la potasse est dissoute par le liquide, le sel se trouve décomposé, et il se précipite du surmargarate de potasse : ce fait ne permet pas de révoquer en doute l’influence de la masse d’eau sur l’affinité de l’acide margarique pour la potasse. 5°, On peut préparer avec de l’eau , de la potasse et de l’acide borique un sel acide rougissant Vinfusura de tournesol -, mêle-t-on ce sel avec une grande quantité d’eau, loiu de rougir Vinfusum, il verdit le sirop de violette et devient alcalin. {Koy. p. 278 j t. i®*", note.) 6®. Que l’on dissolve du butirate acide de potasse dans une petite quantité d’eau, le papier de tourne solqu’on y plongera ne passera qu’au pourpre , tandis que si l’on ajoute beaucoup à' eau , le papier sera fortement rougi : la masse du liquide influe donc sur l’affinité qui existe entre le butirate de potasse neutre et l’excès d’acide butirique ; si la liqueur se trouve très-étendue , l’acide butirique est à peine retenu par Je sel neutre, et peut exercer son influence sur la couleur du tournesol.
- De V Influence de la lumière solaire sur ï affinité.
1070. Ônpeuldémontrer, à l’aide de plusieurs expérien ces, que, dans uu très-grand nombre de cas , la lumière solaire exerce sur l’afÊnîté la même influence qu’une température de i5o à 600®: ainsi les oxides d’or et d’argent sont décomposés en oxigène et en métal par la lumière solaire 5 le cblore dissous dans l’eau et exposé au soleil décompose le liquide , et donne naissance aux acides bydrochlorique et clilorique. La plupart des couleurs végétales sont altérées par les rayons solaires , etc. Il est cependant des cas où la lumière produit dès phénomènes que l’on n’a pas encorë pu obtenir avec la chaleur : ainsi le chlorure d’oxide de carbone (gaz carbo-muriatique ) se fornje lorsqu’on expose à l’aCtion de la lumière volumes égaux de chloré et de gaz oxide de carbone ; le gaz acide carbonique est décomposé par les parties vertes des végétaux exposés au soleil, etc.
Influence de ï électricité sur V affinité.
1071. Afin d’examiner dune manière convenable l’influence de l’électricité sur l’aflSnité, nous allons étudier séparément l’influence de l’étincelle électrique et celle de la pile voltaïque.
Influence de Tétinceïle électrique. Dans certaines circonstances , V étincelle électrique favorise la séparation des élémens des corps composés. Le gaz ammoniac , le gaz acide hydro-sulfurique , les gaz hydrogène carboné et phosphore sont décomposés et réduits à leurs élémens par un courant d’étincelles électriques ; il en est de même de Feau lorsqu’on la soumet à l’action d’un certain nombre d’étincelles. Dans d’autres circonstances , \ étincelle électrique favorise la combinaison des corps : ainsi une seule étin-^
lîîFLTTEKCE DE l’ÉLECTEICITÉ SUR l’AFFINITÉ. 477 «elle suffit pour transformer en eau un volume de gaz osigène et 2 volumes de gaz hydrogène, phénomène d’autant plus remarquable que nous venons d’établir la: possibilité de déconiposer ce fluide par le même agent. Lorsqu’on fait passer un grand nombre d’étincelles à travers un mélangé de loo parties en volume de gaz azote , de aoo de gaz oxigèue et d’une certaine quantité de. chaux ou de potasse humides, on obtient de l’acide nitrique, et par conséquent un nitrate. Le chlore et l’hydrogène , à volumes égaux , se combinent par l’action de l’étincelle et donnent de l’acide hydro-chlorique. Un volmne d’crsigène et 2 volumes d’oxide de carbone donnent de l’acide carbonique. ;;
ïO']zn[nJluence de lapile. L’expérience prouve quel’ox/gène , les acides et les corps qui ont de V analogie avec eux , sont attirés par le pôle vitré de .la pile -^ . él vice yersâ; que ïhydrogene , les alcalis et les corps qui leur sont analogues sont attirés par le pôle résineuse.
Décomposition de Veau par la pile. Nous avons prouyé , pag. lOQ du tom. , que l’eau est décomposée par la pile voltaïque en oxigène , qui est attiré paj le pôle vitré , et en hydrogène qui l’est par le pôle résineux. 'Nous devons maintenant donner l’exiplication de ce phénomène, en examinant d’abord ce. qui arrive à une simple molécule d’eau. Onsait que les corps électrisés parle contact ou par le frottement attirent ceux qui sont doués d’une électricité différente, de la leur , et repoussent ceux Iqui: ont une électricité semblable : donc , puisque l’oxigènè est attiré par le pôle vitré de la pile, il devra êti-e/électro^^ésineux , et l’hydrogène, qui est attiré par le pôle résineux;,- devra être électro-vitré. Il faut donc admettre querla décomposition d’une particule d’eaü par la pile a lieu parce que l’affinité qui, eriste; entre l’oxigène et l’hydrogène est vaincue., I® par l’éiiergie avec laquelle l’oxigène es.r attiré par le
4^8 QtlATTilÈME I*AETIE.
pôle vitré et i-epoussé par le pôle résineux ; par l’é* nergie avec laquelle l’hydrogèire est attiré par le fluide résineux et repoussé par le fluide vitré. Voyons maintenant ce qui se passe lorsqu’au lieu d’agir sur une simple particule, on opère sur uîie grande série de particules. Nous pouvons représenter par O et par i^l’oxigène et l’hydrogène de la particule d’eau qui est en contact avec le fil vitré; par Qf el H' les élémens de l’eau de la particule qui vient immédiatement après ; par O" et H" la troisième, etc. Aussitôt que la pile sera en activité, O O' O' qmtteronl If H' S'' se pôrier vei-s le pôle vitré ; et à leur tour H H' H" quitteront O O' O'' pour se porter vers le pôle résineux; mais AT, eu quittant O, s’unira à O' pour reformer de l’eau. U', en quittant O V«’unira à 0"pour donner naissance à de l’eau, en sorte que seulement l’oxigène de la' première particule et l’hydrogène de la dernière se dégageront à l’état de gaz, lès autres s’étant unies pour reformer de l’eau. (M. Groihus. )
Décomposition des acides par la pile. Si les . acides sont liquides , concentrés et formés par l’oxigène et un autre corps, leur oxigènese portera vers le pôle vitré , et rautre corps au polo résineux ; l’eau qu’ils renferment sera également décomposée. S’ils sont très-étendus , il n’y aura que l’eau de décomposée. Les acides hydro-chlorique, hydriodique et, suivant ;M. Davy , ^l’acide hydro-plitoriquê, sont egalement décomposés parla pile: le chlore riode et le phtore vont au pôle vitré et l’hydrogène au pôle résineux.
Décomposition des hases salifiablés. Nous avons prouvé que la potasse, la soude, la baryte, etc., Sont décomposées par la pile; que l’oxigène est attiré par le pôle vitré, et le métal par le pôle résineux; l’eau de ces alcalis est également décomposée. L’ammoniaque concentrée', soumise à l’action de cet agent, est réduite en azote qui se porte au pôle vitré, et en hydrogène qui est attiré par le pôle résineu?.
DES COMBÏNAIsÔîiS DÉFINIES. 4/9
Décomposition des sels par la pile. ( Voyez § i53. )
1073. Après avoir, examiné les phénomènes relatifs à la décomposition des corps par Ja pile , nous devons étudier ceux qui ont pour objet les combinaisons opérées par cet instrument. Que l’on introduise de l’argent dans de l’eau, -Ét qu’on le fasse conimuniquer avec le pôle vitré d’une pile én activité , il s’oxidera , tandis que l’eau seule ne l’altère point. Le tellure , qui n’ exerce point d’action sur ce liquide , se transformera én bydrure si on le met dans l’eau,, et qu’on lé ^asse communiquer avec le pôle résineux d’une pile 5 etc. Nous renvoyons , pour plus de détails , à l’article .Attraction du Dictionnaire des Sciences naturelles, dans lequel M. Cbevreul a traité ce sujet avec beaucoup de sagacité.’ , . , ■ '