DE L’ARGENT
delà chaleur; il se dégage de l’arsenic métallique, et il se forme de l’arséniate d’argent avec la portion d’acide non décomposée. Plusieurs des métaux précédemment étudiés peuvent se combiner avec l’argent. i° Alliage de 9 parties d'argent et d’une partie de cuivre. On l’emploiè pour souder l’argent et faire la monnaie. Les couverts et la vaisselle sont composés de 9 parties et | d’argent et de demi-partie de' cuivre ; dans les bijoux, il y a 8 parties du premier et 2 parties du second. Ces divers alliages sont blancs , plus fusibles et moins ductiles que l’argent. 2 0 Alliage de 7 parties d’argent et d’une partie de plomb. Il est solide , d’un blanc grisâtre , et se transforme , lorsqu’on le fait fondre avec le contact de l’air , en protoxide de plomb qui se vitrifie et en argent pur : nous tirerons parti de ce fait en parlant de l’analyse des monnaies et des divers ustensiles d’argent , à la fin de cet ouvrage. L’argent sert principalement à préparer les alliages dont nous venons de parler , la pierre infernale, etc.
De V Oxide d’argent.
544- Cet oxide se trouve dans la nature combiné avec l’oxide d’antimoine sulfuré. Il est solide , d’une couleur olive foncée ; il attire rapidement l’acide carbonique de l’air, en sorte qu’il faut le conserver dans des vaisseaux fermés ; il est sensiblement soluble dans l’eau, et le solutum verdit le sirop de violette , propriété qui le rapproche singulièrement des alcalis. Il est susceptible de se combiner avec un très-grand nombre d’acides. L’acide nitrique le dissout à merveille ; l’acide hydro-chlorique le décompose en se décomposant lui-même , et le transforme en chlorure d’argent insoluble ; d’où il suit que l’hydrogène de l’acide se combine avec l’oxigène de l’oxide pour former de l’eau. H est très-soluble dans l’ammoniaque , et sans usages.
448 PREMIÈRE TlRTIÉ.
M. Proust pense qu’il existe un oxide d’argent moins oxide que le précédent.
Des Sels d’argent.
Tous les sels d’argent , chauffés au chalumeau , sont décomposés et le métal est mis à nu. Ils sont presque tous insolubles dans l’eau ; aucun ne se trouve dans la1 nature. La plupart d’entre eux brunissent à la lumière. Ceux qui sont solubles précipitent en noir par les hydro-sulfates de potasse et de soude 5 le précipité est du sulfure d’argent 5 l’acide hydro-chlorique et les hydro-chlorates y font naître un dépôt blanc ? caillebotté, de chlorure d’argent. ( Voyez pag. 206.) La potasse, la soude et i’eau de chaux privées d’hydro-chlorate ^n séparent F oxide olive \ l’ammoniaque produit le même phénomène, inais redissout le précipité avec la plus grande facilité. Les carbonates et les .sous-carbonates en précipitent du carbonate d’argent d’un blanc jaunâtre p les phosphates y font naître un précipité jaune qui est du phosphaté d’argent. En plongeant une lame de cuivre dans une de ces dissolutions, l’argent en est séparé à l’état métallique 5 à la vérité , il est allié avec un peu de cuivre. (Voyez Sels de cuivre , pag. 4 16 , pour la théorie. }
545. Le borate et le carbonate d’argent sont pulvérulens, blancs, insipides et insolubles dans l’eau. Ils sont sans usages.
546. Phosphate d’argent. Ce phosphate est d’un jaune verdâtre , insoluble dans l’eau , et soluble dans l’acide phosphorique.
547. Suif ate d’ argent. Il est sous la forme d’une masse blanche, soluble dans 88 parties d’eau froide , d’après Wenzel, plus soluble dansl’acide sulfurique faible ; la disses lution incolore fournit, par l’évaporation , des cristaux prismatiques , blancs et brjllahs. Le sulfate d’argent résiste longr-
CES SELS JT À RG EK 7, ^g
temps àd’action du feu ; il faut une température assez élevée pour le décomposer.
548. -Le sulfite d’argent est en petits grains brillans , peu solubles dans l’eau , doués d’une saveur âcre et métallique.
54g. lÀiodale d’argent est blanc , insoluble dans l’eau , et très-soluble dans l’ammoniaque. L? acide sulfureux , versé dans cette dissolution , s’empare de l’ oxigène qui entre dans la composition de l’acide iodique et de l’oxide d’argent, et y fait naître un précipité d’iodure d’argent qui , comme nous l’avons dit , est insoluble dans l’ammoniaque.
55o . Chlorate d’argent. Il est sous la forme de prismes carrés , colorés , terminés par une section oblique , dans le sens des deux angles solides du prisme , solubles dans io à 12 parties d’eau froide, ayant une saveur analogue à celle du nitrate d’argent, et tachant le papier en jaune brunâtre ; il fuse sur les charbons ardens et se transforme en chlorure 5 il est aussi décomposé lorsqu’on le triture avee du soufre, et il y a dégagement de calorique et de lumière. Le chlore , Versé dans la dissolution de ce sel , y fait naître Un précipité de chlorure d’argent 5 il se dégage du gaz oxigène et l’acide chloriqüe est mis à nu , phénomènes qui ne peuvent.s’expiiquer sans admettre la décomposition de l’oxide 'd’argent en oxigène. qui se dégage , , et en argent qui se combine avec le chlore. ( Vauquelin. )
55 1., Nitrate d’argent. Il cristallise en lames minces , brillantes, demi-transparentes , qui sont des hexaèdres , des tétraèdres où des triangles 5 sa saveur est amère , Styptique et caustique -, il n’attire point l'humidité de l’air, et se dissout dans un poids d’eau froide égal au sien. Cette dissolution est incolore, tâche la peau en violet , et peut être décomposée à la température de l’ébullition par le charbon et par le phosphore , qui s’emparent de l’oxigène de l’oxide. L’acide ehromique et les chromâtes y font naître K 29
45o y E EM 1ÈRE PARTIE,
un dépôt de chromate d’argent rouge. Le mercure en précipité l’argent sous la forme de petits cristaux hrillans , semblables par leur disposition aux rameaux et aux feuillage^ d’un arbre. On connaissait autrefois ce précipité d’argent, qui retient un peu de mercure, sous le nom d 'arbre de Diane- ( Voyez pour la théorie, pag. /\i6. ) Si l’on sépare l’oxide de la dissolution du nitrate à l’aide de la potasse , de la soude ou de l’eau de chaux , et qü’après l’avoir lavé on en mette deux ou trois grains dans une petite capsule, àvee la quantité d’ ammoniaque liquide suffisante pour en faire une bouillie très-claire , on obtient au bout de quelques heures , lorsque tout le liquide s’est évaporé, une masse solide , qu’il suffit de chauffer , et même de toucher avec un tube de verre ou la barbe d’une plume , pour faire détonner avec la plus grande violence. Cette masse, composée d’ammoniaque et d’oxide d’argent , connue sous le nom d’argent fulminant , a été découverte par M. Berthollet ; sa préparation est accompagnée des plus grands dangers lorsqu’on agit sur plusieurs grains et que l’on cherche à les séparer en plusieurs parties. Nous indiquerons , en parlant de l’or ( pag. 45 7 ) , la théorie de cette détonnation. U argent fulminant est solide , gris , inodore , insoluble dans l’eau , soluble dans l’ammoniaque , et même décomposable par ce liquide 5 ën effet , si on le garde pendant long-temps dans cet alcali , l’oxigène de l’oxide s’unit à l’hydrogène de l’ammoniaque , et l’argent se précipite sous la forme de cristaux très- hrillans.
Soumis à l’action dü calorique , le nitrate d’argent cristallisé se boursonffle , perd l’eau de cristallisation , entre en fusion , et constitue la pierre infernale que l’on coule dans des moules cylindriques: elle est parfaitement blanche si on Ta coulée dans un tube de verre-; elle est, au contraire y grisâtre et même noire si le moule dont on s’est servi est de cuivre ; il parait que , dans ce cas , elle doit sa
■h É S S É L S ü’ AKGÉ» ï. 45 1
couleur à une portion d’oxide d’argent ou d’argent trèsdivisé, séparé du nitrate par le cuivre j et à une petite quantité de charbon mise à nu par là décomposition du suif avec lequel on graisse la lingotière dans laquelle on coule le sel. Si on chauffe plus fortement . le nitrate d’argent desséché , il se décompose; l’argent est mis à nu , et il se dégage du gaz deutoxide d’azote et du gaz oxigène. Le nitrate d’argent solide , mêlé avec du phosphore , produit Une détonnation violente lorsqu’il est; fortement frappé avec un marteau*, on observe des phénomènes analogues en substituant le soufre aü phosphore.
M. Proust, qui, comme nous l’avons dit j admet deux oxides d’argent , a établi l’existence d’un autre nitrate dans lequel l’oxide d’argent est moins oxidé , et qu’il obtient en faisant bouillir la dissolution dé celui que nous venons d’étudier, sur de l’argent métallique 5 ce nitrate, au minimum , serait constamment liquide , et ne pourrait être évaporé sans passer au maximum. .
Le nitrate d’argent est souvent employé comme r éactif pour découvrir l’acide hydro - cblorique ou les hydrochlorates. On s’en sèrt depuis quelque temps en médecine, dans certaines maladies nerveuses , convulsives , etc. ; il paraît avoir été utile dans l’épilepsie , la danse de St. -Guy, les névralgies faciales rebelles , ete. ; on le donne à la dose d’un ou de deux grains $ associé à quelques extraits narcotiques (1). Administré à forte dose , il détermine l’ulcération des tissus du canal digestif , lé$ symptômes de l’empoisonnement par les corrosifs, et la mort. La pierre
(1) Nous devons faire remarquer que nous avons toujours soin d’indiquer le minimum des doses auxquelles les rnédicamens doivent être pris f nous supposons que le praticien qui les administre augmente progressivement les quantités suivant l’urgence et l’état du malade.
infernale est employée pour détruire les cicatrices, pour ronger les chairs fongueuses , etc. Ce caustique est d’autant plus précieux qu’il n’est pas absorbé , et qu’il borne par conséquent ses effets sur les parties qu’il touché.
552. Hydro-phtorate d'argent. Il est solide , incrisiallisable, déliquescent , très-soluble dans l’éati , doué d’une saveur âcre et très-styptique, fusible et décompôsable par l’acide hydro-chlorique , qui le transforme en chlorUre d’argent insoluble. 11 tache la peau comme le nitrate d’argent.
553. Arsêniate d'argent. Il est pulvérulent , d’un rouge brun, insipide, et insoluble dans l’eau.
554. Chromatê d'argent. Il est insoluble dans l’eau , d’un beau rouge de carmin , qui passe au pourpre par son exposition à la lumière ; chauffé au chalumeau , il verdit, se décompose , et l’argent est mis à nu.
De l'Or.
On ne trouve l’or qu’a l’état natif; ou combiné avec Un peu d’argent , de cuivre et de fer; il existe en Transylvanie , en Sibérie , à . Kôrdofan en Afrique , près du Sénégal, vis-à-vis Madagascar , mais principalement aü Pérou, au Mexique, au Brésil, etc. Il est sous la forme de grains; de filamens ou de cristaux , et ne se rencontre guère que dans les terrains d’allüvion et le lit des rivières.
555. L’or est un métal solide , peu dur, d’une couleur jaune très-brillante ; il est extrêmement ductile et malléable ; on le réduit en feuilles si minces qu’une once d’or suffit pour couvrir un fil d’argent de 444 lieues; sa ténacité est très-grande; sa pesanteur spécifique est de 19,257.
Soumis à l’action du calorique, for entre en fusion à 32° du pyromètre de Wedgwood ; si on le laisse refroidir lentement, on peut l’obtenir cristallisé en pyramides quadrangulaires ; si, au contraire, on continue à le chauffer , il se volatilise, comme le prouvent les expériences de
DE LOE. 4-53
de Manquer et de M. Clarke. Le gaz oxigène, l’air, l’hydrogène, le bore, le carbone, le soufre et l’azote sont sans action sur lui. Le phosphore peut se combiner avee l’or à l’aide de la chaleur et donner un phosphure brillant, jaune, fragile, qui, étant chauffé avec du gaz oxigène ou de l’air, se transforme en acide pbosphorique et en or métallique 5 il est formé de 96 parties d’or et de 4 parties de phosphore. Le chlore dissous dans l’eau oxide l’or, le dissout et forme de l’hydro-chlorate , pourvu que le métal soit assez divisé; d’où il suit que l’eau est décomposée; l’oxigène s’unit avec l’or , tandis que l’hydrogène se combine avec le chlore. Aucun des acides formés par l’ oxigène n’attaque l’or ; il en est de même de l’acide hydro-phtorique. L’acide hydro-chlorique liquide et pur dissout facilement les feuilles d’or battu , suivant M. Proust ; nous avons souvent répété cette expérience , et nous ne sommes parvenus qu’à en dissoudre des atomes.
U eau régale , préparée avec 8 parties d’acide hydrochlorique liquide à 220, et 2 parties, d’acide nitrique à 4o° , peut dissoudre une partie et neuf dixièmes d’or à l’aide d’une légère chaleur ; il se dégage du gaz nitreux ( deutoxide d’azote ) et l’on obtient de l’hydro - chlorate d’or. Avant d’expliquer ce qui se passe dans cette opération, nous devons rappeler que l’eau régale dont on se sert est composée de beaucoup, d’acide hydro-chlorique, d’une petite quantité d’acide nitrique et d’acide nitreux , d’un peu de chlore et d’eau ( voyez pag. i53 ) ; l’or s’empare de l’oxigène de l’acide nitrique et de l’acide nitreux, passe à l’état d’oxide et se dissout dans l’acide hydro-chlorique : il est évident que le gaz nitreux provenant de la décomposition des acides nitrique et nitreux doit se dégager.
L’or peut s’allier avec un très-grand nombre de métaux. i°. Alliage de neuf parties d’or et dune partie de cuivre. Il est employé à faire la monnaie d’or; les divers instru-
mens et ustensiles d’or sont aussi formés par ces deux métaux , mais dans d’autres proportions. Ces divers alliages contiennent en outre un peu d’argent qui se trouve naturellement combiné avec l’or ; il suit de là que pour en faire Y essai il faut, i° déterminer la quantité de cuivre qui entre dans leur composition au moyen du plomb , comme nous l’ayons dit à l’article Argent', 20 celle d’argent et d’or : pour cela , on prend une partie de l’alliage privé de cuivre , et on la fait fondre avec 3 parties d’argent; on lamine le produit et on le chauffe avec l’acide nitrique , qui oxide et dissout l’argent sans attaquer l’or. Si on traitait l’alliage par l’acide sans avoir ajouté de l’argent, il n’y aurait d’attaquées que les portions de ce métal qui seraient à là surface. 20. Alliage de onze parties <£ or et d’une partie de plomb. Il est d’un jaune pâle , aussi fragile que le verre , plus dur et plus fusible que l’or. Il paraît qu’il suffit d’allier avec l’or Tg1-^ de son poids de plomb pour le rendre cassant; il en est de même de Y antimoine. 3°. Amalgame d’or fait avec une partie d’or et huit parties de mercure. Il est mou, soluble dans le mercure et sert à dorer le cuivre et l’argent ; pour cela , on l’applique sur le morceau que l’on veut dorer, et on chauffe pour volatiliser le mercure ; on frotte sous l’eau la pièce ainsi dorée, puis on la polit : on donne le nom de vermeil à l’argent doré par ce procédé. 4°. Alliage d’or et d’argent. On le trouve dans la nature; il est solide, blanc ou vert, suivant les proportions d’argent ou d’or, plus fusible que ce métal. L’or vert est formé de 708 parties d’or et de 292 parties d’argent.
Lorsqu’on fait fondre dans un creuset parties égales de potasse ou de soude et de soufre avec § de feuilles d’or , on obtient une masse soluble dans l’eau qui contient le métal. Les usages de l’or sont les mêmes quç ceux de l’argent.