De la matière extractive
Ce terme d’extrait est appliqué à un principe particulier , qui est caractérisé par des propriétés distinctes. Quand on fait infuser du safran dans de l’eau , pendant quelque tems, et qu’on fait évaporer à siccité l’infusion filtrée, Je résidu constitue la matière extractive dont les propriétés sont, i° d’être acide; 2° de précipiter en brun, par l’addition de quelques gouttes d’ammoniaque liquide, une partie de chaux; ce qui en rend une partie insoluble; 3° de dégager de la vapeur d’acide acétique par l’addition d’acide sulfurique; 4° de séparer de l’ammoniaque , par l’addition de la chaux vive â l’extrait; 5° de produire un précipité floconneux insoluble dans l’eau, composé d’alumine et de matière végétale, par l’addition du sulfate d’alumine, sans excès d’acide; 6a de produire un effet semblable avec presque toutes les solutions métalliques. Il se forme un précipité brun par l’hydrochlorate d’étain, et un jaune obscur par l’acide hydrochlorique. La laine et le coton, imprégnés d’alun et mis en ébullition dans une solution de matière extractive, se combinent; une partie de la couleur de la solution est enlevée. Distillée à feu ouvert, la matière extractive donne un liquide acide , qui contient plus d’ammoniaque que lorsqu’on la distille avec la chaux ou un alkali par la voie humide. Elle se
décompose lorsqu’on place sa solution aqueuse à l’air; et après la fermentation putride, les carbonates de potasse, d’ammoniaque et de chaux restent. Les vieilles plantes fournissent la plus grande quantité de matières extractives. On les extrait de leurs différentes parties, et elles forment souvent une des parties constituantes de la sève. Il paraît qu’on l’obtient aussi de toutes les écorces qui ont des propriétés astringentes.
De la matière colorante.
Beaucoup de plantes fournissent ces matières pour les teintures, comme la garance, le carthame, le bois de Brésil, le bois jaune, le fusdc et l’indigo.
La couleur de la garance est soluble dans l’alcool; quand la solution est évaporée , le résidu est d’une couleur rouge foncé. Le précipité formé dans cette solution par un alkali, est violet; avec l’acide sulfurique, il est fauve, et avec le sulfate de potasse, d’un beau rouge.
Le carthamus-tinctorius produit deux couleurs, dont l’une est jaune seulement et soluble dans l’eau ; la solution devient transparente par les acides, et d’une coulenr orangée avec précipité fauve, par les alkalis (i).
(i) Pour obtenir la couleur rouge du carthame, on commence par bien laver la fleur à l’eau, pour lui enlever sa matière colorante jaune. Cette première opération faite , on la traite par le sous-carbonate de soude dans cinq ou six fois son poids d’eau. Au bout d’une heure , on passe la liqueur sur une toile serrée; on y verse du jus de citron pour saturer l’alkali, et on y plonge ensuite des écbeveaux de coton. L’acide citrique décompose la soude et en précipite la matière colorante , qui se combine promptement avec le coton; alors, après avoir lavé ce coton , on le traite par une nouvelle dissolution de sous-carbonate de soude , qui redissout la matière colorante , et on le précipite de nouveau par le jus de citron; elle se rassemble peu à peu au fond du vase. Si on précipite d’abord la matière colorante rouge sur du coton , pour la redissoudre ensuite, c’est afin de la séparer d’une petite quantité du prin-
La décoction du bois de Brésil produit un précipité rouge tirant au fauve, par l’acide sulfurique; l’addition de l’acide nitrique le fait devenir jaune.
La matière colorante du bois de compèche s’extrait par l’eau et l’alcool ; la solution est d’un beau rouge tirant au violet ou au pourpre. Quand on garde quelque tems la solution aqueuse, elle devient jaune, puis noire; les acides produisent un jaune foncé, et les alkalis rétablissent la couleur violette. Les acides forts forment un précipité qui se sépare lentement et le sulfate de fer communique une couleur bleue et un précipité abondant.
La couleur jaune , qu’on extrait du réséda luteola , tire au brun dans la solution aqueuse , et passe un peu au vert. Les acides l’affaiblissent et les alkalis le foncent.
La décoction du bois jaune, morus tinctoria , dans l’eau, est rouge foncé tirant au jaune ; les acides le changent toutà-fait en rouge.
L’indigo s’obtient de différentes plantes , mais principalement de Xindigofera tinctoria , que l’on cultive en grand dans les contrées équatoriales, pour en extraire la couleur. Quand la plante est arrivée à maturité , on la coupe et on l’introduit dans des vaisseaux de bois ; on la couvre d’eau et on la laisse fermenter. La putréfaction s’établit bientôt; l’eau devient verdâtre; il se dégage de l’acide carbonique et de l’ammoniaque. L’opération est finie dans l’espace de 6 à 24 heures, suivant la température et l’état de la plante. On décante et on met le liquide dans des vases plats , où on l’agite jusqu’à ce qu’il paraisse des flocons bleus , que l’on précipite par l’eau de chaux. On recueille le précipité dans des sacs de toile, et on le laisse égoutter jusqu’à ce qu’il acquière assez
cipe colorant jaune qui se trouve combiné avec elle , mais qui , une fois fixé sur le coton, n’est plus attaqué par les alkalis. C’est ainsi que l’on fait le rose efi liqueur avec lequel on prépare le rouge végétal pour les femmes. {Note du Traducteur .)
de consistance pour en pouvoir former des petits pains que l’on fait sécher à l’ombre.
L’indigo s’extrait aussi d’autres plantes, telles que le nerium-tinctoriurn et Y isa tis-tin cloria. L’indigo est une substance légère et friable, d’une couleur bleue foncée. Le plus léger est reconnu le meilleur; mais il est rarement exempt de matières étrangères. Lorsqu’il est pur, il est inodore et insipide; il reste inaltérable à l’air. Quand on l’expose à la chaleur , il produit une fumée rougeâtre , et brûle avec une flamme blanche. Il est insoluble dans l’eau ; mais une partie d’indigo se dissout dans 8 parties d’acide sulfurique concentré; il se dégage de la chaleur pendant la solution, qui demande 24 heures avant d’ètre complétée. Le mélange est noir et opaque , mais l’addition de l’eau le rend clair et de différens tons bleus, suivant la quantité d’eau ajoutée. L’action de l’acide nitrique concentré est si violente , que l’indigo s’enflamme souvent; mais, par l’acide faible, l’action est plus modérée, et produit alors une solution brune. On y observe des cristaux , qu’on suppose être de l’acide oxalique , et il reste une matière visqueuse ; la plupart des acides dissolvent l’indigo précipité de l’acide sulfurique. Les alkalis fixes dissolvent facilement l’indigo , quand il est précipité de sa solution sulfurique. La couleur de la nouvelle solution est d’abord verte, puis elle se détruit; les mêmes effets se produisent par l’ammoniaque liquide et le carbonate d’ammoniaque. Il paraît, d’après l’action des alkalis, que l’indigo est décomposé. L’eau de chaux le dissout de même ; la couleur , qui est d’abord verte, change graduellement au jaune, mais reprend sa couleur première quand on l’expose à l’air, pour disparaître enfin tout-à-fait. L’examen chimique de l’indigo, démontre que cette substance est composée d’oxigène, de carbone, d’hydrogène et d’azote.