Du principe amer
Quelques plantes se distinguent particulièrement par un
APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. . 355 £OÙt amer, comme dans la casse des boutiques, les feuilles du houblon et les fleurs de la camomille. Ce goût amer est attribué à une matière particulière qu’on suppose commune dans ces plantes; mais il est probable qu’un examen chimique plus précis indiquera les différences de ce principe dans diverses plantes, ou du moins, que cette analyse trouvera ce principe combiné avec d’autres , dont il sera facile de le séparer. Quand on fait infuser la casse pendant quelque tems dans l’eau, on obtient une solution jaune très- amère et inodore. L’eau étant évaporée à une chaleur modérée, produit une masse brune qui est presque transparente et ductile , mais qui devient ensuite cassante. Ce principe est extrêmement amer ; la couleur en est brune ; il brûle avec flamme et se réduit en cendres. Il est très-soluble dans l’eau et dans l’alcool; le nitrate d’argent le précipite en jaune, èt l’acétate de plomb produit un précipité blanc très-abondant.
1 1 . De la matière narcotique.
La matière particulière de la substance lactescente de la laitue, des pavots et de quelques autres plantes, qui a la propriété de procurer le sommeil, s’appelle matière narcotique. On suppose qu’elle existe dans l’opium , combiné à un acide particulier qu’on nomme acide méconique. Le papaveralbum Se cultive dans l’Inde, pour en extraire l’opium, des capsules. Quand la plante est mûre, on fait des incisions avec un instrument tranchant dans les capsules, et on recueille le fluide laiteux dont on dégage l’eau par l’évaporation; la masse prend la forme d’une substance tenace, de couleur brune , ayant une odeur particulière et un goût amer trèsdésagréable. Ce principe amer se nomme morphine ; on le prépare en triturant ensemble 8 onces d’opium en poudre et 3 d’acide acétique fort; on réduit le tout en une poulpe flexible. Cette masse étant étendue d’une quantité d’eau on la fait égoutter dans des toiles, et on répète cette opération une seconde fois; Te liquide contient le prinçipe amer com-
biné à l’acide acétique, ce qui en fait un acétate de morphine 9 qui précipite abondamment par l’ammoniaque : quand le liquide est évaporé et diminué de volume , une autre partie de morphine se précipite. Cette matière, séparée du liquide, réduite en poudre fine et mise à digérer dans une petite quantité d’alcool , colore celui-ci en brun ; mais la morphine est presque incolore. La morphine se dissout à peine dans l’eau bouillante, mais elle est très-soluble dans l’alcool et l’éther, et produit des cristaux en forme de pyramides tétraèdres, d’un goût très-amer. Cette substance paraît posséder les propriétés d’un alkali, car elle restaure le papier bleu de tournesol roûgi par un acide, et forme des sels avec différens acides. Son composé avec l’acide sulfurique est très-soluble dans l’eau, il produit des cristaux arborescens avec l’acide hydrochlorique , la morphine prend l’apparence plumeuse , et elle est moins soluble dans l’eau ; avec l’acide acétique elle cristallise en prismes qui sont très-solubles. La morphine fond à une douce chaleur et présente l’apparence du soufre fondu; elle cristallise par le refroidissement. Elle brûle rapidement, avec une flamme blanche , sur les charbons incandescens. Ses parties constituantes sont supposées être l’oxigène , le carbone et l’hydrogène ; il paraît qu’une petite quantité d’azote entre aussi dans sa composition.
Cette matière narcotique existe aussi dans les fluides laiteux d’autres plantes comme Y hyoscyamus - niger, dont on extrait une substance qui produit les mêmes effets dans l’économie animale. Ceux produits parles feuilles de certaines plantes, comme dans le conium-maculatum , sont attribués à une matière analogue.