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DE LA TEINTURE

Origine. — L’art de la teinture , quoique peu essentiel à l’homme, appartient aux premières périodes de l’histoire: on trouve son origine dans ce désir ardent de la distinction, un des principes les plus actifs de l’esprit humain. Les marques de supériorité que donnent aux hommes la force, le génie ou l’instruction , ne sont pas toujours sensibles ou généralement comprises. Le possesseur de ces talerts qui lui procurent la première place, désire ordinairement se distinguer par quelque marque accessoire, qui produise une sensation plus profonde sur les sens en excitant directement l’admiration et en commandant le respect. C’est dans cette vue qu’on a eu recours aux ornemens; le chef de la tribu guerrière se couvre de la plus belle peau et il décore sa tète de fleurs et de plumes; par la suite, un diadème d’or et une robe de pourpe ou d’écarlate succédèrent à ces décorations trop simples ; ils furent les caractères de la dignité et du pouvoir. Pour donner encore plus de beauté et de variété à ces substances qu’on emploie pour habillemens , on inventa l’art de la teinture ; de là vient que les habits colorés furent trèsestimés dans toutes les périodes de la société, sauvage ou civilisée. Le modèle ou le type de cet art est fourni par la nature, dans le plumage si varié des habitans de l’air, et dans les couleurs innombrables du règne végétal.

le cas ci-dessus, le sulfure de plomb noir passe à l’état de siilfate blanc. Il est à observer cependant que les difficultés qui se présentent dans la composition du peroxide d’hydrogène en rendront encore long-tems l’emploi très-borné. {Note du Traducteur . )

Histoire. — La pratique du tatouage a existé parmi les nations sauvages même avant que l’usage des habits ne fut connu. Dans l’Inde , le berceau des sciences et des arts , il paraît que la teinture a acquis de bonne heure ce degré de perfection qu’on admire sur les productions qui nous viennent de ces contrées ; l’art de teindre le coton et la toile fut connu en Europe, au tems d’Alexandre. D’après ce qui en est dit dans la Genèse , cet art a fait des progrès considérables du tems des patriarches, et les Égyptiens savaient déjà imprimer le calicot, qu’ils avaient sans doute appris des Indiens. La pourpre de Tyr, dont la matière colorante était extraite d’un mollusque bivalve, obtint un grand renom parmi les anciens; les étoffes teintes de cette couleur ont de tout tems été des marques de distinction attachées à la naissance et au rang; elles n’étaient portées que par les premiers personnages de Rome; enfin les empereurs se réservèrent par la suite, le droit de s’en couvrir, et en prohibèrent l’usage sous peine de mort.

L’art de la teinture, à sa sortie de l’Inde, semble s’être établi en Italie vers la fin du i3e siècle ou au commencement du 14e. Plusieurs villes et particulièrement Venise en ont été pendant long-tems en possession exclusive ; il fut graduellement introduit en France , en Hollande et en Angleterre. Cet art fut en France pendant le 17e siècle, sous la protection particulière du gouvernement, qui établit plusieurs règlemens très-utiles , ainsi que les restrictions nécessaires pour ceux qui le pratiquaient. Dans le siècle suivant , les chimistes les plus instruits furent chargés d’améliorer les procédés et ce fut dans cette vue que furent publiés les ouvrages de Dufay, Hellot , Marquer *et Berthollet. Cet art doit encore beaucoup à Délavai et à Henry, de même qu’à la philosophie des couleurs permanentes par Bancroft.

Principes. — La couleur d’un objet est le pouvoir ou la disposition de réfléchir certains rayons de lumière plus copieusement qu’un autre objet. Il se trouve de grandes différences dans ce pouvoir réfléchissant des corps. La plus grande quan

tité est réfléchie par les substances métalliques les plus polies, tandis que le minimum de la réflection est donné par les corps bruns ou noirs. Quand tous les rayons de lumière sont également réfléchis d’un corps, ce corps est blanc; mais lorsqu’il n’y a que très-peu de rayons de réfléchis, le corps est noir, parce que le grand nombre en étant absorbé, le peu de rayons qui s’en réfléchissent ne laisse qu’ime faible impression sur l’organe de la vue. Il est des corps qui ne réfléchissent que les rayons rouges ou bleus, d’autres jaunes. Mais, lorsque deux de ces rayons sont réfléchis ensemble, ils produisent une teinte différente, comme par exemple, les, rayons rouge et jaune, qui produisent l’orangé. Ainsi donc l’art de la teinture consiste principalement à couvrir des substances blanches qui réfléchissent fortement la lumière , avec des matières transparentes, qui, suivant leurs diverses couleurs, transmettent plus ou moins abondamment les différens rayons réfléchis par les substances blanches. Il paraît d’auprès l’expérience, que les particules colorantes dont on teint les étoffes sont transparentes, et que la lumière réfléchie provenant des fibres de l’étoffe se trouve transmise au travers de la matière colorante. Si cette étoffe est noire , aucune autre couleur ne saurait être transmise, parce qu’elle n’a le pouvoir de réfléchir aucune couleur, et par conséquent n’en peut pas transmettre. Si l’étoffe est rouge, bleue ou jaune, on ne peut la teindre d’aucune autre couleur , excepté de la noire , parce que ces couleurs se trouvant seules réfléchies , aucun autre rayon ne peut être transmis. Il suit de là qu’il est trèsimportant que l’étoffe à teindre soit parfaitement blanche, particulièrement lorsqu’on désire obtenir une couleur brillante , car alors les rayons se trouvent le plus abondamment réfléchis, et on peut produire toute sorte de couleur, en v combinant telle matière colorante qui a le pouvoir de transmettre des rayons particuliers.

La matière colorante se combine avec les étoffes qui sont teintes, par la force d’affinité. Pour que c£tf action chimique soit complète , il est nécessaire que la matière soit eu

division extrême , et qu’elle y adhère si fortement , jusqu’à ne s’en séparer ni par des moyens chimiques , ni par aucun des procédés auxquels on soumet les étoffes teintes. Pour laisser opérer l’action chimique entre la matière colorante et l’étoffe, on dissout la première dans un liquide pour lequel elle a moins d’attraction que pour l’étoffe. La facilité avec laquelle cette combinaison a lieu dépend de l’affinité qui existe entre l’étoffe et la matière colorante. Lorsque cette dernière est la plus forte , la combinaison s’effectue plus rapidement. Quelques matières colorantes adhèrent aux étoffes quand on les met en contact avec celles-ci, et elles ont alors un assez grand degré de permanence. Il est des cas où il n’y a pas la moindre affinité, ou bien elle est si faible, qu’on en obtient la séparation par la moindre action mécanique ou chimique. On rend ces sortes de couleurs permanentes , en combinant quelque substance aux étoffes que l’on destine à la teinture. De cette diversité dans leurs propriétés , on a rangé les matières colorantes en couleurs permanentes, qui le sont assez par elles-mêmes, et en couleurs non permanentes, que l’on ne peut appliquer que par l’intermédiaire de quelques autres substances que l’on est convenu de désigner sous le nom de mordans.

Quoique les étoffes soient toutes d’origine animale ou végétale , leurs affinités pour les couleurs sont assez différentes pour exiger divers procédés dans leurs teintures. L’affinité est la plus forte entre les substances animales et la matière colorante; de sorte qu’en général les étoffes de laine ou de soie reçoivent plus facilement la couleur et la retiennent d’une manière plus permanente que les substances végétales. Une pièce de drap, faite de laine et de coton, étant soumise à la cuve à l’écarlate , la laine seule prend de la couleur, et le coton reste blanc après le lavage. En général , la laine a la plus forte affinité pour la matière colorante ; la soie et les autres substances animales sont dans le degré suivant, le coton ensuite, le chan^S et le lin ont la plus petite de toutes les affinités. w

Mordans. — Ce ternie paraît devoir son origine à l’action mécanique que l’on supposait qu’éprouvaient les fibres , par laquelle ils devenaient plus susceptibles d’augmenter l’affinité pour les matières colorantes. On applique le mordant à ces substances, pour qu’elles en acquièrent le pouvoir de fixer les matières colorantes avec plus de permanence. L’opinion générale est , qu’il existe une forte affinité entre les fibres des étoffes et les mordans d’une part, et de l’autre, entre les mordans et la matière colorante ; au moyen de cette affinité intermédiaire, la matière colorante se trouve fixée d’une manière permanente, quoique son affinité pour l’étoffe soit très-faible. Dans l’application de plusieurs mordans , tel que l’alun, on suppose qu’il y a décomposition et que la matière terreuse, s’unissant avec les fibres de l’étoffe, sert d’agent intermédiaire entre l’étoffe et la couleur. Cette dernière opinion fut mise en doute par MM. Thénard et Roard, dont les objections sont appuyées d’expériences exactes. De la soie, ayant été parfaitement nettoyée et lavée, fut mise à digérer dans un bain d’alun pendant six jours; la liqueur restante donna des cristaux d’alun pur, et la soie ayant été mise différentes fois en ébullition dans différentes portions d’eau, celle-ci étant évaporée, ne produisit que de l’alun pur, dont presque toute la quantité employée fut retrouvée.

Dans une expérience avec de la laine, qui fut bouillie plusieurs fois dans une solution d’acide hydrochlorique, pour en séparer le carbonate de chaux qui naturellement y adhère, et ensuite bouillie plusieurs fois dans de nouvelles eaux distillées , jusqu’à ce qu’il n’y eut plus aucune trace d’acide ni de chaux, la laine fut bouillie dans une solution d’alun et après cette préparation , elle s’unit rapidement à la matière colorante. Mais après que la laine fut mise plusieurs fois en ébullition dans de l’eau, tout l’alun en fut dégagé et obtenu sans presque aucune perte; ce qui prouve que l’alun se combine avec la laine pure, sans changement ni décomposition. Dans d’autres expériences faites sur le coton et le fil , on obtint de semblables résultats, mais lorsqu’on vint à examiner le

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bain d'alun, dans lequel on avait passé de la laine non purifiée, le liquide se trouva jaunâtre, avec un précipité blanc copieux, consistant en sulfate de chaux , sulfate neutre d’alumine et quelquefois une petite portion d’alumine même ; le liquide clair au-dessus du précipité contenait de l’alun , de l’acide , du sulfate de potasse et une petite portion de matière animale ; tandis que la laine elle-même, mise en ébullition avec l’eau, produit de l’alun et un petit précipité blanc.

Dans les essais faits sur l’acétate d’alumine, il fut trouvé que ce sel se combine avec les étoffes végétales et animales sans décomposition; mais par l’exposition à l’air, une partie de l’acide s’étant séparée, il ne resta sur les fibres, qu’une partie de sous- acétate d’alumine et une petite portion de la terre elle-même. De la laine, préparée de même , fut mise à digérer dans un bain de crème de tartre pure , et souvent lavée dans de l’eau bouillante; les trois quarts du tartre furent retirés sans altération, plus une portion de tartrate neutre de potasse. Les eaux de lavage de la laine, qui étaient fortement acides, produisirent un peu de crème de tartre et un composé très-acide, d’acide tartareux et de matière animale: on voit, d’après ces expériences, l’effet sur la laine du mordant ordinaire de crème de tartre et d’alun ; la laine absorbe tout l’alun et un peu de crème de tartre non altérée; mais elle en absorbe davantage avec un e*.cès d’acide tartareux; par conséquent, la liqueur dans laquelle la lame est mise en digestion, contient un tartrate neutre de potasse. Dans des essais faits sur des acides simples, on trouva que la laine s’unissait aussi facilement avec la cochenille et la garance, que si elle avait été traitée par l’alun, et qu’elle recevait une quantité aussi grande de couleur; mais la substance qui réussit le mieux est le sur -tartrate d’alumine. En examinant la quantité de mordant employé, ainsi que le tems de la macération, il paraît qu’aucun avantage ne se produisait en augmentant le premier de plus du quart du poids de la laine employée, et en laissant au dernier plus de deux heures de contact. Dans la pratique, il est de la plus grande importance de veiller

aux effets des mordans , parce que , avec les mêmes couleurs traitées par différens mordans , on obtient des tons plus variés et plus briilans. Le mordant alumineux change le rouge obscur de la garance en cramoisi brillant; la solution d’étain convertit le cramoisi de la cochenille en écarlate brillant, et les sels de fer changent le rouge de la garance en violet brun, et produisent un bleu noirâtre avec les solutions astringentes. On peut obtenir des variétés agréables par l’effet du mélange de différens mordans; ainsi, avec les solutions de fer et d’alun , on produit une couleur pourpre ou violette avec la garance. Il suit d’après ce qui vient d’être dit de l’art de la teinture, qu’il reste encore beaucoup à faire pour déterminer les affinités qui sont mises en action , ainsi que pour fixer les procédés d’après des expériences chimiques.

Laine en noir. — Pour communiquer une couleur noire aux étoffes de laine, on les teint d’abord en bleu foncé avec l’indigo. Cette opération est nécessaire pour donner beaucoup de corps à la couleur, et ne s’oublie jamais quand on veut produire un beau noir. Pour les plus beaux , on brise 8 livres de bois de campêchc et pareille quantité de noix de galle, que l’on attache dans un sac, et que l’on fait bouillir pendant 1 2 heures dans une quantité suffisante d’eau. On introduit 5o livres de drap dans le tiers de cette décoction, avec une livre de vert-de-gris , et on fait tenir le tout pendant deux heures à une température de 6o° à 90° centigr. ; il faut se garder d’élever la température à ioo°. Le drap étant retiré, on ajoute un autre tiers de la décoction avec 4 livres de couperose verte, et on y trempe le drap pendant une heure, à la même température. On retire le drap de nouveau; on ajoute le reste de la décoction avec 10 livres de sumac [rhus coriaria ); on fait bouillir, et la température étant abaissée par l’addition d’un peu d’eau froide, on ajoute une autre livre de sulfate de fer, puis on fait tremper le drap dans ce liquide pendant une autre heure. On lave ensuite le drap, on l’expose à l’air, et on le remet dans le bain pendant une heure, après quoi on 4e lave dans une eau cou-

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rante et on le passe au foulon. Mais pour les noirs ordinaires, on simplifie beaucoup le procédé. Le drap, après avoir été teint en bleu, est mis dans un bain de noix de galle, bouilli pendant deux heures, passé dans un autre bain de bois de campèche et de vitriol vert, à une température de 8o° centigr. pendant le même tems, puis lavé et mis au foulon.

Soie en noir. — Avant de donner une couleur noire à la soie, on la fait bouillir pendant quatre ou cinq heures avec un cinquième de savon blanc, pour en dissoudre la matière gommeuse; ensuite on la fait encore bouillir pendant trois ou quatre heures avec les trois quarts de noix de galle; on la laisse dans ce liquide sans bouillir pendant un jour , puis on la plonge dans un bain de vitriol vert, de tournure de fer et de gomme ordinaire. On ne teint que rarement la soie en bleu, comme la laine; mais elle requiert plus d’immersions avec des infusions alternées de noix de galle et de fer. La quantité de noix doit être aussi beaucoup plus grande que dans la teinture de la laine.

Coton en noir. — Comme l’affinité entre les substances végétales et la matière colorante est moins forte que celle qui existe entre les couleurs et la soie ou la laine, on emploie différens mordans pour fixer les couleurs sur ces substances. On imprègne les fibres végétales d’huiles ou de colles animales, pour les animaliser; c’est sur ce principe que l’on donne un noir permanent au coton , par le procédé suivant. Dans i pintes d’eau douce, on introduit 2 onces d’eau forte commune, plus 2 ou 3 onces de litharge; on met la bouteille dans un lieu chaud, on la remue souvent jusqu’à ce que la solution soit complète , et on décante ensuite le liquide clair du sédiment. On laisse tremper d’abord pendant dix ou douze heures les fils de lin ou de coton, sans chaleur, dans cette solution de nitrate de plomb très- étendue ; on lave et on plonge ensuite dans une eau de colle d’une force modérée; on fait sécher à l’ombre; enfin on laisse tremper pendant sept ou huit minutes à une chaleur d’eau bouillante, dans une dé

coction de trois quarts d’once de noix de galle dans deux pintes d’eau , à laquelle on ajoute les trois quarts d’une once de sel , après une première ébullition de dix minutes. Le fil , étant lavé et séché, se trouve être gris jaunâtre obscur. On le fait tremper ensuite dans une solution de trois quarts d’once de vitriol vert , avec pareille quantité de sel , dans deux pintes d’eau chaude; on le lave, on le sèche, et la couleur noire qu’il a reçue se trouve grandement augmentée en le faisant bouillir pendant quelques minutes dans une décoction de trois quarts d’once de bois de campêche dans deux pintes d’eau, à laquelle on ajoute un quart d’once d’amidon. Pour fixer la couleur, on fait tremper le fil dans un bain d’une once de galles brisées et de deux onces de forte colle, auxquelles on ajoute une once de vitriol vert, après dix minutes d’ébullition; on laisse refroidir le tout avec le soin de remuer souvent. On fait alors sécher le fil à l’ombre.

Bleu. — L’indigo est la principale substance dont on se sert pour la teinture du bleu; il ne demande aucun mordant pour se fixer, et lorsqu’on le traite avec soin, c’est une des couleurs les plus fixes. Mais , pour en rendre la combinaison avec les fibres de l’étoffe parfaite , on lui enlève une partie d’oxigène, ce qui le rend grisâtre. Les substances employées à cet effet sont d’autres matières colorantes, comme la garance; des substances mucilagineuses végétales, comme le sucre ou la gomme ; des oxides métalliques , comme ceux de fer, d’étain, ou le sulfure d’arsenic (orpiment). Dans cet état, l’indigo est soluble dans les alkalis et l’eau de chaux , que l’on emploie d’ordinaire dans cc cas.

Laine en bleu. — Dans le procédé de la teinture de la laine en bleu, on obtient quelquefois la couleur bleue de l’indigo pur, et quelquefois d’un mélange d’indigo et de gaude. On fait le mélange dans une cuve de bois enfoncée dans la terre et couverte , pour la protéger de l’air et maintenir la température plus uniforme. 200 parties de gaude concassée sont d abord introduites dans la cuve; on y ajoute une décoction chaude de i5 parties de gaude, puis pareille quantité de ga-

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rance et la valeur d’un panier de son , que l’on a fait bouillir séparément; enfin on remplit la cuve d’eau. On abandonne ce mélange pendant quelques heures; on remue le tout exactement, et on le laisse encore en repos. Il se fait une fermentation ; après le tems nécessaire , on ajoute 4 parties de chaux; ce qui rend la cuve noire; ensuite on ajoute de 5 à io parties d’indigo, dont on fait une pâte avec de l’eau, et on agite bien le mélange. Il se rassemble beaucoup d’écume à la surface, et la liqueur inférieure devient d’un vert brillant.

Avant d’introduire le drap dans la cuve, on l’humecte à l’eau bouillante , et le tems qu’on le laisse dans la cuve est réglé par la nuance que l’on veut obtenir. Le drap se retire vert de la cuve; mais, par son exposition à l’air, il devient bleu, en raison de ce que l’indigo a absorbé la portion d’oxigène qu’il avait perdue dans sa préparation. On obtient une couleur bleue plus riche, plus douce et plus fine, en employant de la perlasse, du son et de la garance avec l’indigo, dans une cuve de cuivre. L’alkali sert de solvant, et le bain se prépare avec 9 parties de perlasse, autant de son, et une partie de garance, à laquelle on ajoute 9 parties d’indigo malaxé avec un peu d’eau. On maintient une chaleur modérée pendant deux jours, et on a soin de remuer occasionnellement pendant la solution.

Soie en bleu. — Une cuve composée des mêmes matériaux, excepté la gaude, teint la soie en bleu; mais, lorsqu’on veut une couleur foncée, il est nécessaire de communiquer à la soie une couleur pourpre au moyen des bois.

Bleu sur coton et toile. — Dans la préparation de l’indigo, pour cette teinture, on emploie les oxides et les sulfures métalliques. On prépare la cuve en faisant le mélange d’une partie d’indigo , deux de sulfate de fer et deux de chaux avec une suffisante quantité d’eau; on la laisse en repos pendant deux jours. Une partie de la chaux décompose le sulfate de fer et l’amène à l’état de sous-oxide , qui agit sur l’indigo et le rend soluble dans l’eau de chaux. Après que le coton a été enlevé de la cuve, il devient bleu par l’exposition à l’air; poui

en rehausser le ton, on le passe dans une eau contenant une petite proportion d’acide sulfurique.

Bleu de Saxe. — Pour obtenir cette belle teinte , on dissout l'indigo dans quatre fois son poids d’acide sulfurique concentré, que l’on fait digérer à une chaleur modérée pendant 24 heures; le liquide paraît d’un noir foncé, mais lorsqu’on l'étend de beaucoup d’eau , il devient d’un beau bleu transpareut. La couleur se combine avec les fibres des étoffes de laine avec une telle rapidité , qu’il est difficile d’en rendre la couleur uniforme dans toute une pièce. Par cette manière de teindre, les pièces sortent bleues de la cuve et non vertes ( omrae dans le premier cas; mais cette couleur n’est pas trèspermanente , et s’enlève facilement avec du savon.

Jaune. — Le jaune le plus permanent et en même tems le plus beau s’obtient de la gaude, réséda luteola. La couleur s’extrait en digérant à-peu-près à une température de ioo° centigr. , les tiges de la plante, que l’on attache dans des sacs tenus à la surface de l’eau dans une chaudière, par suspension ; cette décoction concentrée , est jaune brunâtre ; mais quand elle est étendue d’eau, elle a une teinte verdâtre ; cette espèce de teinture exige des mordans.

Laines en jaune. — On teint les laines en jaune en les passant dans un bain de 4 parties d’alun et 1 de tartre pour i5 de laine; mais la quantité de tartre varie suivant que la couleur doit être plus ou moins brillante. On plonge alors les étoffes dans le bain de gaude, préparé de H ou 4 parties de gaude pour une de laine ; pour communiquer un jaune doré avec une teinte orangée , on plonge les pièces dans un bain faible de garance, après celui de la gaude.

Soie en jaune. — On obtient un jaune doré sur soie , en faisant bouillir l’étoffe dans une eau de savon, l’imprégnant d’alun , la lavant et la passant ensuite deux fois dans un bain de gaude. Pour ajouter à la richesse de la couleur, on dissout une petite quantité d’alkali dans le bain, pendant la seconde immersion. La couleur devient encore plus foncée et plus brillante, par les solutions d’étain.

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Coton en jaune. — On nettoie d’abord l’étoffe avec des cendres de bois et de l’eau ; on la passe dans l’alun, on la fait sécher et on la plonge dans le bain de gaude , dont la proportion de la matière colorante excède le poids du coton. On tient ensuite l’étoffe pendant une heure , dans un bain de sulfate de cuivre et de l’eau bouillie avec du savon blanc; on lave et on sèche. Pour donner une couleur jonquille plus foncée , on néglige l’alunage et on ajoute un peu de vert-de-gris au bain de gaude , tandis qu’on finit l’étoffe avec de la soude. On emploie à la teinture jaune, non-seulement la gaude, mais aussi le morus tinctoria , le rliiis cotinus , le ginista tinctoria et le quercitron qui fut introduit par Bancroft.

Rouge de garance La racine de garance , rubia tincto-

rum 9 contient deux matières colorantes différentes; l’une d’un rouge de sang foncé, l’autre jaune brunâtre. On se sert des sels à base d’alun, pour fixer la couleur, et des sels d’étain pour en augmenter la teinte.

Sur étoffes de laine. — On fait tremper les étoffes dans un bain d’alun et de tartre , en différentes proportions , suivant la couleur que l’on veut obtenir. Lorsqu’on ajoute la garance à ce bain, la température ne doit pas être plus élevée que celle du sang humain, car on courrait le risque d’obtenir une couleur brune.

Sur coton. — Il est très-difficile de bien teindre le coton ou le lin , avec la garance ; en raison du peu d’affinité qui existe entre ces corps.

On connaît deux espèces de rouge de garance avec des teintes intermédiaires variées. L’une constitue le rouge ordinaire, qui est assez permanent, mais qui a peu d’éclat; en communiquant cette couleur, on emploie les noix de galles, ou une autre substance végétale contenant du tannin, un sel d’alun comme mordant, la matière colorante de la garance et un bain alkalin pour en augmenter la teinte.

Rouge de Turquie. — Le rouge de Turquie ou d’Àndrinoplc, que l’on a si long-tems admiré pour le brillant, la beauté et la permanence , se communique par des procédés longs et

appliquée aux arts et AUX MANUFACTURES. 4^7 difficiles. Cette couleur que l’on crbit produite par une qualité supérieure de garance, que produisent des climats plus tempérés , est assez permanente pour résister à l’action de l’eau forte , pendant à-peu-près une heure , sans éprouver de changement notable.

Après avoir parfaitement nettoyé le coton , ou l’imprègne de quelque matière animale ; on le fait ensuite tremper dans l’huile d’olive, à laquelle on ajoute un peu de soude; puis dans trois bains successifs composés d’eau et de soude, pour en séparer l’huile excédante. On fait tremper dans une forte décoction de noix de galles et on fait sécher rapidement. On plonge la pièce pendant le tems nécessaire , dans un mordant alumineux; on l’étend et on la sèche. Les memes procédés sont encore répétés, et finissent la préparation préalable, pour ensuite recevoir la garance. Afin que l’étoffe soit encore plus imprégnée de matière animale, on ajoute une petite quantité de sang d’agneau au bain de garance , dans lequel on laisse tremper les écheveaux de coton , étendus sur des supports et à une température modérée , que l’on augmente graduellement jusqu’à l’ébullition. On enlève le coton du support et on le laisse détaché dans le bain , pendant une autre heure, à la température de ioo°. On le lave à l’eau courante, on le sèche, et on le finit dans un vase couvert contenant une solution de savon blanc de Marseille, de l’huile d’olive et de la soude. Cette couleur fut parfaitement imitée à Montpellier, ainsi qu’à Glasgow, où on a même abrégé le procédé.

Rouge de cochenille. — Cette belle couleur cramoisi ou écarlate, se tire d’un insecte du Mexique, produit parle cactus cochenillifera. On connaît une autre espèce de cochenille, sous le nom de grana-silvestra , que nourrissent différentes espèces de cactus ; la matière colorante de celle-ci est inférieure à l’autre.

La cochenille abandonne sa couleur à l’alcool , qui devient cramoisi foncé ; quand on évapore la solution , on obtient un résidu transparent très-rouge. Elle est aussi soluble dans l’eau

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par la décoction, qui devient rouge tirant au jaune et qui précipite une petite portion d’un beau précipité rouge. Le tartre change la même décoction en jaune rougeâtre et il se dépose un précipité rouge pâle. La liqueur surnageante qui est jaune, prend une teinte pourpre par l’addition d’un peu d’alkali , tandis que le précipité se redissout. L’alun donne un rouge plus foncé et précipite plus abondamment. La couleur produite par un mélange d’alun et de tartre est plus élevée, mais elle a une teinte jaunâtre. Le muriate d’étain précipite toute la matière colorante en cramoisi. Ces remarques sur les procédés chimiques de la cochenille serviront d’introduction aux procédés employés dans cette teinture.

Rouge cramoisi . — On communique directement cette couleur sur du drap , en employant les mêmes matériaux comme dans la teinture à l’écarlate , que l’on considère comme composée de cramoisi , couleur naturelle de la cochenille et de jaune ; avec cette différence, qu’on ajoute une moindre quantité de la solution et que l’alun forme un des ingrédiens du bain. Pour augmenter la couleur du cramoisi, on finit quelquefois les étoffes avec du tournesol et de la potasse, quoique cette substance soit très-fugitive par sa nature. Il est une autre méthode de donner une couleur cramoisi au drap , qui consiste à altérer l’écarlate obtenu de la cochenille, par le moyen de quelques" sels terreux , comme l’alun ; on l’obtient ainsi en le plongeant pendaut une heure dans cette solution à ioo° centigr. De l’eau très-dure produit le même effet , en raison des sels terreux qu’elle contient.

Cramoisi sur soie. — On prépare cette étoffe, en la faisant bouillir avec du savon, mais sans ôter entièrement la teinte jaune naturelle, qui paraîtrait contribuer au procédé; on lui donne un fort alunage, puis on la plonge dans un bain composé des solutions d’étain , de tartre et de cochenille ; on trouve également nécessaire de faire tremper la soie dans une infusion de noix de galles, pour la rendre plus capable de recevoir la teinture de la cochenille.

Écarlate. — Cette couleur fut découverte par un Allemand,

qui s’établit près de Londres, en i543. Le D. Bancroft a établi que cette couleur est un composé de cramoisi et de j aune; le changement du cramoisi en écarlate n’est pas, comme on le suppose , l’effet du nitro-muriate d’étain , mais bien du tartre qu’on emploie dans la solution d’étain, car le tartrate d’étain produit le même effet.

Écarlate sur drap. — On fait généralement deux opérations pour teindre le drap en écarlate; les proportions des ingrédiens pour cent livres de drap, sont de 8 à io livres de tartre que l’on met d’abord dans une bouilloire avec une suffisante quantité d’eau douce ; on ajoute après 6 à 8 onces de cochenille, et on introduit dans le même bain io à ia livres de nitro-muriate d’étain. Quand le mélange est près de bouillir, l’étoffe, que l’on a d’abord humectée d’eau, est passée dans le bain , pendant une heure et demie ; on tient le liquide à î oo° centigrade. Lorsqu’on retire le drap il a acquis une teinte couleur de chair , ce qui constitue la première opération. On vide la bouilloire et on la remplit d’eau fraîche que l’on porte à 90° centigr. ; on y ajoute de 5 à 6 livres de cochenille en poudre, dont on fait bien le mélange, puis 10 livres de la solution d’étain. On introduit le drap que l’on passe d’abord rapidement dans le liquide bouillant et ensuite plus lentement pendant une demi-heure. On lave, on sèche , et la, seconde opération se trouve terminée. On peut communiquer la même teinte par une seule opération; dans ce cas, tous les ingrédiens , le tartre, la solution d’étain et la cochenille , sont mêlés ensemble ; le drap étant passé dans le bain pendant un tems convenable, l’affinité entre la matière colorante, le mordant et la laine , est telle , que l’union se fait immédiatement avec la plus grande force. Lorsqu’on veut une couleur de flamme, on ajoute un peu de fustic jaune (morus tinctoria), au premier bain , ou une portion de safran des Indes ( Turmeric ) , au second bain à la cochenille.

On emploie souvent des proportions différentes pour teindre en écarlate; il est même établi que la proportion de co~ chenille est d’une once par livre de drap, de sorte que c’est

le plus cher des procédés suivis dans l’art de la teinture.

Vert. — Cette couleur composée se produit, en donnant une teinte jaune à un fond bleu, une teinte bleue à un fond jaune, ou bien en mêlant ensemble le bleu et le jaune dans le même bain. Pour fixer cette couleur et lui donner de l’éclat, il faut beaucoup d’expérience pratique ; c’est une raison qui en rend les procédés secrets.

Vert sur drap. — Le procédé le plus commun est de communiquer au drap , telle teinte de bleu d’indigo en cuve que l’on juge nécessaire à la couleur verte ; après l’avoir lavé, on le plonge dans un bain jaune contenant des matériaux colorans en grande proportion. Pour les verts foncés où il paraît une légère teinte brune, on ajoute au bain des petites quantités de bois de campèche et de sulfate vert de fer.

Sur soie. — Le procédé suivi dans la teinture de la soie est plus difficile, parce que la matière colorante se combine si rapidement, que souvent les teintes sont inégales On donne d’abord un fort alunage à la soie ; on la teint ensuite au bain de gaude, et on la finit dans la cuve d’indigo.

Vert de Saxe. — Cette couleur doit son nom au bleu de Saxe ou sulfate d’indigo qui en fait le fond. On donne ensuite l’alunage, et on passe la pièce dans un bain jaune de fustic (morus tinctoria), qui est le moins susceptible de s’altérer au sulfate d’indigo. Pour corriger les effets de l’acide, on recommande d’ajouter une portion de chaux, après que le drap a reçu la couleur bleue. Avec quelques variations dans les procédés en raison de difficultés plus grandes que l’on trouve à fixer les couleurs, on teint de même la soie, le çoton et la toile.

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