DE L’ACIDE ACÉTIQUE
L’acide acétique, qui est produit pendant la fermentation des matières végétales , fut connu , quoique dans un état trèsimpur , sous le nom de vinaigre , dans les tems les plus reculés du monde. Quand on distille le vinaigre, on le distingue par le nom d’acide acéteux ; et quand on lui donne le dernier degré de purification, et qu’on en sépare le plus d’eau que possible , alors il prend le nom de vinaigre radical ou acide acétique.
Le vinaigre qui se forme lorsque les infusions végétales deviennent aigres, est d’une couleur rouge jaunâtre, a une odeur et un goût agréables ; quand on le distille avec la chaleur de l’eau bouillante , il devient incolore , et le goût prend plus d’acidité : c’est l’acide acéteux ; on le concentre davantage en l’exposant au froid , qui en congèle l’eau.
L’acide acétique s’obtient par la décomposition des corps avec lesquels il se trouve combiné. Si on réduit une quantité d’acétate de cuivre en poudre , et qu’on la distille dans une cornue , il passe d’abord un liquide incolore et presque insipide ; puis un acide très-piquant. Cet acide requiert une autre distillation pour le purifier de sa couleur verdâtre , provenant d’une partie de cuivre qui a passé avec lui. Il reste alors transparent et incolore.
On l’obtient aussi en distillant trois parties d’acétate de potasse et 4 parties d’acide sulfurique. L’acide sulfurique se combine avec la potasse , et l’acide acétique libre passe dans le ré-
base de cet acide , par M. Vauquelin , lorsqu’il découvrit ce métal dans le plomb rouge de Sibérie. ( Note du Traducteur . )
cipient où il cristallise. Pour le purifier de l’acide sulfurique qu’il retient, on le soumet à une seconde distillation, avec une partie d’acétate de barite.
Propriétés. — Lorsqu’il est pur , l’acide acétique est parfaitement incolore , et a une odeur aromatique à l’état de vinaigre distillé; mais il est moins agréable lorsqu’il est concentré, que lorsqu’il est de la pesanteur spécifique de i . 08. Il est très-volatil ; il rougit les couleurs bleues végétales ; son odeur est piquante et acre ; il rougit la peau et la corrode.
Ses parties constituantes sont l’hydrogène, le carbone et l’oxigène ; il est décomposé par l’action des acides sulfuriques et nitriques , et ses composés salins se nomment acétates.
Il est d’une grande importance dans le commerce, nonseulement pour ses usages dans l’économie domestique , mais aussi par rapport à son grand emploi dans les arts.
SECTION XV
DE L’ACIDE BENZOÏQUE.
Cet acide prend son nom du styrax benzoe , arbre qui croît à Sumatra; la matière résineuse qu’on en recueille s’appelle benzoin , et la substance acide , préparée par sa sublimation , s’appelle fleurs de benzoin.
Préparation. — La méthode ordinaire de préparer cet acide est d’introduire du benzoin, grossièrement pulvérisé, dans un pot de terre , et de couvrir celui-ci d’un cône de gros papier, enfin d’appliquer une chaleur modérée ; l’acide se sublime et se dépose sur le papier. On peut l’obtenir aussi en faisant digérer du benzoin dans de l’acide sulfurique ; l’acide est meme plus pur , et les cristaux beaucoup plus beaux.
Propriétés. — L’acide henzoique est une belle matière blanche en forme d’aiguilles, qui ont quelque ductilité; le goût en est acre , piquant et amer ; quand on le chauffe , l’odeur en est aromatique ; il n’a que peu d’effet sur les couleurs bleues végétales; mais à chaud, il rougit le tournesol.
Exposé à une chaleur modérée, il fond et devient spongieux ; avec une forte chaleur , il se sublime et exhale une vapeur blanche , acre ; lorsqu’on le brûle , il ne laisse aucun résidu. Il n’éprouve aucun changement à l’air ÿ il est peu soluble dans l’eau; il consiste en hydrogène , carbone et oxigène, et ses composés salins se nomment benzoates.
L’acide benzoïque existe dans quelques secrétions animales, particulièrement dans celles du cheval et de la vache, que l’on suppose provenir de l’herbe et du foin qui forme une partie de leur nourriture. L’odeur particulière de X anthoxanthum odoratum et de Xasperula odorata est due à l’acide benzoïque ; c’est de la première de ces plantes que le foin prend son odeur agréable.
Acide sébacique . — D’après les dernières recherches des chimistes, il paraît que cet acide est de la même nature que l’acide benzoïque. On le prépare en distillant la graisse de porc ou du suif, lavant le produit à l’eau chaude, et après la séparation de l’eau, en y ajoutant une solution d’acétate de plomb qui produit un précipité floconneux ; on le rassemble sur le filtre, et on le fait sécher; on y ajoute de l’acide sulfurique et on obtient par l’application de la chaleur, une substance semblable à de la graisse, qui nage à la surface. On fait bouillir cette substance séparée et bien lavée , ce qui produit sa dissolution; par le refroidissement, il se dépose des cristaux aiguillés qui constituent l’acide sébacique. Il requiert une plus haute température pour le sublimer que l’acide benzoïque ; mais il approche tellement de celui-ci par ses autres propriétés, qu’on le suppose mêlé à quelque substance dont la nature est inconnue.
SECTION XVI
DE L’ACIDE SUCCINIQÜE.
Cet acide prend son nom du mot latin qui signifie ambre , parce qu’on l’obtient de cette substance.
Préparation. — On introduit dans une cornue une quantité d ambre en poudre , jusqu’à remplir la cornue de moitié; ou couvre l’ambre avec du sable sec, on adapte un récipient, et on distille an bain de sable. Le premier produit est une pblegme insipide qui précède une portion d’acide acétique faible , et en dernier lieu , l’acide succinique se dépose dans le col de la cornue ; pour le séparer d’une partie d’huile avec laquelle il se trouve mêlé, on le dissout dans l’eau bouillante, on le filtre dans du coton humecté d’huile d’ambre , et ensuite on le cristallise par une évaporation lente.
Propriétés. — Les cristaux de cet acide sont transparens , blancs , et luisans; de forme prismatique. Le goût en est acide, et ils rougissent la teinture de tournesol.
Cet acide requiert un degré de chaleur considérable pour sa sublimation ; il n’est pas très-soluble dans l’eau froide , et il ne se dissout que dans deux parties d’eau bouillante , dont le refroidissement le fait cristalliser. Il se dissout dans les acides sulfurique et nitrique , au moyen de la chaleur ; il est décomposé par l’acide hydrochlorique, et forme une gelée par la chaleur.
Les parties constituantes de l’acide succinique sont le carbone, l’hydrogène et l’oxigène; ses composés salins sont nommés succinates , et il est d’une grande importance pour séparer le fer de ses solutions.
SECTION XVII
DE L’ACIDE MORIQUE.
C’est une exsudation de nature saline qui se trouve sur l’écorce du morus alba ou mûrier blanc, en petits grains d’une couleur d’un brun jaunâtre ; ils furent examinés par Iilaproth , qui reconnut que c’était un composé de chaux et d’un acide particulier.
L’acide est formé en dissolvant le sel dans l’eau , y ajoutant de l’acétate de plomb , et mêlant le précipité avec de l’acide
sulfurique faible ; il se forme un sulfate de plomb , tandis que l’acide morique est mis en liberté , et reste dans la solution. On peut l’obtenir cristallisé en évaporant la liqueur, et le purifier encore devantage par la sublimation. Le goût approche de celui de l’acide succinique; il est inaltérable à l’air et soluble dans l’eau. Cet acide est un composé d’hydrogène, de carbone et d’oxigène; ses composés salins se nomment des morates.
SECTION XVIII
DF. L’ACIDE CAMPHORIQUE.
Cet acide est produit du camphre , si connu pour être une production du laurus camphora, arbrisseau des Indes orientales; on l’obtient en distillant dans une cornue sur un bain de sable, une partie de camphre et 8 d’acide nitrique. Le même procédé est répété trois fois avec de nouvelles portions d’acide , et lorsque l’appareil refroidit , on trouve des cristaux d’acide camphorique, pour la valeur de la moitié de camphre employé; on en sépare l’acide nitrique par le lavage.
Propriétés. — Cet acide ainsi formé est sous la forme de cristaux d’un blanc de neige , qûi s’effleurissent à l’air. L’odeur est semblable à celle du safran ; le goût est légèrement acide et amer , et il rougit les couleurs bleues végétales ; il n’est pas très-soluble dans l’eau froide , mais l’eau bouillante en dissout un douzième de son poids; il fond et se sublime à une chaleur modérée ; mais quand on le met sur des charbons incandescens, il produit des fumées épaisses et aromatiques , et se dissipe totalement. Il est soluble dans les acides sulfurique et hydrochlorique ; dans l’acide nitrique, il se dissout aussi, et devient jaune au moyen de la chaleur. Les parties constituantes de l’acide camphorique sont l’hydrogène, le carbone et l’oxigène; et ses composés salins se nomment camphorates.
SECTION XIX