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DE LA CHAUX ET DE SES COMPOSÉS

La chaux, si abondante dans la nature, paraît avoir été employée dans les premiers âges du monde. Les anciens connaissaient même quelques-unes de ses vertus médicinales, indépendamment de l’usage qu’ils en faisaient dans leurs constructions. La chaux est rarement à Vétat de pureté dans la nature; outre plusieurs substances, elle est toujours combinée à l’acide carbonique. Pour l’obtenir pure , on soumet des fragmens de marbre blanc à une forte chaleur, pour en dégager l’acide carbonique; après l’avoir calciné, on y verse de l’eau qui est rapidement absorbée avec dégagement de chaleur ; la masse se soulève , se dilate et tombe en poussière. On l’appelle chaux vive, d’après ses propriétés actives. Dans ce procédé , une quantité considérable d’eau devient solide en se séparant de la proportion nécessaire de calorique pour la tenir à l’état liquide. La chaleur est quelquefois élevée à ioo°, et capable d’enflammer des substances combustibles; c’est la cause des accidens fréquens qui arrivent aux chariots et aux bateaux qui sont chargés de cette substance.

On petit obtenir de 1«t chaux pure en lavant de la craie dans de l’eau de pluie, que l’on dissout ensuite dans de Tacide acétique ; on précipite par le carbonate d’ammoniaque , et après plusieurs lavages , on calcine la chaux. Si l’on calcine à blanc des écailles d’huitres bien nettoyées à l’eau bouillante, et qu’on les expose ensuite à une chaleur rouge, dans une cornue de porcelaine , on obtient également de la chaux pure ; il faut la conserver dans des vases fermés , à l’abri du contact de l’air. La chaux pure est blanche , d’un goût chaud et caustique , détruisant l’épiderme des substances animales , et verdissant les couleurs bleues végétales; elle est soluble dans 45o parties d’eau ; la solution est transparente , ayant un goût acre , et verdissant le sirop de violettes. Quand on l’expose à l’air, la solution se couvre d’une pellicule qui est un carbonate de chaux, formé par l’absorption de l’acide carbonique de l’air; ce carbonate étant insoluble , se précipite , et facilite ainsi la formation d’une autre pellicule. La chaux délitée est connue sous le nom d’hydrate de chaux.

La chaux peut être cristallisée artificiellement, en faisant bouillir une quantité de nitrate de chaux avec un quart de son poids de chaux vive ; on évapore jusqu’à ce qu’une goutte, mise sur un marbre , prenne une consistance solide. On filtre la solution, et on l’introduit dans un vase fermé, afin de la refroidir lentement. Les cristaux qui se forment doivent être lavés dans l’alcool, pour en dissoudre la partie restante de muriate de chaux.

Du mortier. — La chaux doit être récemment délitée, et la quantité d’eau ajoutée doit être proportionnée pour former un bon mortier. On a recommandé , dans ce pays , les proportions suivantes pour obtenir un mortier durable : 4 parties de gros sable, 3 de sable fin et une partie de chaux vive; l’addition d’un quart d’os brûlés, augmente la ténacité du mortier , et empêche qu’il ne se fêle en séchant. Pour lui donner encore plus de solidité, on propose d’ajouter une partie de chaux non éteinte. Trois parties de sable fin , trois de ciment provenant de briques bien cuites,, deux de chaux

éteinte et deux de chaux vive, réussissent également bien.

Ciment pour Veau. — Comme le mortier ordinaire n’est point propre à bâtir sous l’eau, il est nécessaire d’ajouter quelque substance qui ait la propriété de le consolider en pareil cas ; le manganèse produit cet effet. Un bon ciment à eau se prépare avec les proportions suivantes : 90 parties de pierre à chaux , 6 d’oxide noir de manganèse , 4 d’argille bleue , toutes réduites en poudre ; on calcine ce mélange pour en chasser l’acide carbonique , et on ajoute 60 parties de sable , avec une quantité d’eau suffisante pour en former un mortier.

Phosphure de chaux. — Dans un tube de verre lutté et bouché à une des extrémités, 011 introduit une partie de phosphore; après avoir mis au-dessus 4 ou 5 fois son poids de chaux vive en poudre , on expose cette partie du tube où se trouve la chaux , à la chaleur , jusqu’à la rougir ; en cet état , on élève le tube , et on amène cette partie qui contient le phosphore , en contact avec le feu. Le phosphore se réduisant en vapeurs , se combine avec la chaux , et on obtient ainsi un phosphure de chaux brun. Il est inodore; il tombe en morceaux par son exposition à l’air , et il est très-soluble dans l’eau qu’il décompose. Il s’ensuit une effervescence et un dégagement d’hydrogène phosphuré , provenant de la combinaison du phosphore et de l’hydrogène de l’eau , qui s’enflamme spontanément en gagnant la surface du liquide. Il paraît qu’il se produit un autre changement pendant l’action du phosphure de chaux et de l’eau, y ne partie d’hydrogène phosphuré se combine avec le phosphure de chaux, et forme un hydrogure phosphuré; de sorte que le phosphure, enlevé à l’eau et séché , s’enflamme par le contact de l’acide hydrochlorique , qui en sépare le gaz hydrogène phosphuré.

Sulfure de chaux. — Quand on chauffe , dans un creuset , du soufre et de la chaux en poudre , il y a combinaison ; on obtient une masse âcre et rougeâtre, de sulfure de chaux. Exposé à l’air , ce composé en attire l’humidité ; aspergé d’un peu d’eau , il change de couleur , devient jaune verdâtre en dégageant l’odeur fétide d’hydrogène sulfuré, et se change en

un sulfure hydroguré. On forme aussi ce sel en ajoutant de l’eau à un mélangé de soufre et de chaux , ou bien en faisant bouillir de l’eau de chaux sur du soufre. Quand on fait passer du gaz hydrogène sulfuré dans de l’eau de chaux, il se combine avec la chaux, le rend plus soluble, et forme un hydrosulfure de chaux. La chaux ainsi saturée, cristallise. Lorsque ces cristaux sont exposés à l’air , ils produisent un odeur trèsfétide; ils sont très-solubles, et se décomposent avec effervescence par les acides.

Sulfate cle chaux. — Il est connu sous le nom de gypse ou plâtre de Paris , et à? albâtre ; il est très-commun.

Les cristaux de ce sulfate pur sont des prismes tétraèdres à bases rhomboïdales. Il est inaltérable à l’air et peu soluble , car il exige 4$o parties d’eau à no°. Exposé à la chaleur, il perd son eau de cristallisation, devient friable et change en une poudre blanche. Quand on y ajoute de l’eau , celle-ci est absorbée et rend la masse solide. Cette propriété le rend très -utile dans les constructions, sous le nom de plâtre de Paris , qui est cependant mêlé à un peu de carbonate de chaux. Le sulfate de chaux, fortement chauffé, devient phosphorescent et fond.

On trouve une variété de ce sulfate , entièrement dépourvu d’eau de cristallisation; on le nomme sulfate anhydre; ses cristaux sont des prismes rectangulaires , d’un lustre perlé , d’une dureté extrême, transparens, phosphorescens à la chaleur et insolubles.

Sulfite de chaux. — On le prépare eh faisant passer un courant de gaz sulfureux dans de l’eau contenant du carbonate de chaux en poudre ; il se produit une effervescence ; le sulfite se précipite en poudre , et si on continue l’addition de l’acide sulfureux après l’effervescence , cette poudre se redissout; le liquide s’échauffe, et le sel cristallise par refroidissement en prismes hexaèdres terminés par des pyramides allongées. Il est d’abord dépourvu de goût; mais il devient à la fin sulfureux; il s’effleurit lentement à l’air, et se convertit en sulfate de chaux à la surface. Une forte chaleur

APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. *Aü3

en dégage le soufre, et le convertit également en sulfate.

Nitrate de chaux. — Il se prépare en dissolvant du carbonate de chaux dans l’acide nitrique, dont on obtient des cristaux en évaporant jusqu’à consistance sirupeuse. Ce sel accompagne toujours le nitre, et reste dans la solution après la cristallisation de celui-ci ; c’est ce qui lui a fait donner le nom de nitre calcaire, ou eau-mère de nitre. Les cristaux du nitrate de chaux sont des prismes hexaèdres terminés par des pyramides allongées , ou bien des aiguilles striées ayant une apparence argentine. Ils sont très-déliquescens, une partie d’eau froide en dissolvant quatre de ce sel ; il se fond comme de l’huile , et quand il devient sec , il acquiert , par la calcination, la propriété de luire dans l’obscurité; c’est ce qui lui a fait donner le nom de phosphore de Baudoin. A une plus forte chaleur, il se décompose; le gaz nitreux, l’oxigène et l’azote se dégagent, et il reste de la chaux pure; il est aussi décomposé par l’acide sulfurique , et en partie par l’acide phosphorique , par la potasse et la soude. On a recommandé ce sel comme pouvant substituer le nitrate de potasse , dans la fabrication de l’acide nitrique.

Hydrochlorate de chaux. — Les anciens chimistes le connaissaient sous le nom de sel ammoniaque fixe. On le trouve dans les eaux minérales ; il se prépare en saturant le carbonate de chaux avec de l’acide hydrochlorique ; il cristallise, par l’évaporation , en prismes hexaèdres. Ce sel a un goût acre très-désagréable ; il est très-déliquescent , car l’eau froide en dissout deux parties. Il fond par la chaleur, qui le prive de son eau de cristallisation. A une température plus élevée , une partie de son acide se dégage , et il acquiert , avec un excès de base, la propriété de luire dans l’obscurité, d’où il a reçu le nom de phosphore de Homberg. Ce sel n’est employé que dans les expériences chimiques, pour produire des froids artificiels , en le mêlant à de la glace concassée ou de la neige; il a le plus d’effets de tous les sels, par sa grande solubilité et sa transition subite de l’état solide à l’état li-

quide. Pour le préparer à cet usaçe, il faut évaporer la solu^ tion jusqu’à une forte consistance sirupeuse , et remuer sans cesse pendant le refroidissement. Il est alors granulé ; on le réduit en poudre lorsque la température est à o , et on le met dans des bouteilles à l’abri de l’air. Le chlorure de calcium est composé de 63 de chlore et de 37 de calcium.

Chlorate de chaux. — On le prépare comme le chlorate de potasse; on introduit du marbre blanc en poudre dans un appareil de Wolf, et on y fait passer un courant de chlore à chaud, jusqu’à ce que l’effervescence cesse. La solution est piquante et stiptique , de couleur rougeâtre , et cristallisant à la fin de l’opération. Ce sel est très-déliquescent ; il fond dans son eau de cristallisation à une faible chaleur; il est très-soluble dans l’alcool; on l’a beaucoup employé dans le blanchiment.

Fluate de chaux. — Il est très - abondant dans quelques parties de la terre; il prend différens noms, suivant les lieux d’où on le tire et les usages auxquels on l’applique. Quand on le prépare artificiellement, en combinant l’acide et la terre, ce sel est toujours sous la forme d’une poudre insoluble. A l’état natif, il est cubique, rarement angulaire, ou dont les côtés sont tronqués; il est transparent, offrant beaucoup de couleurs, sur-tout le pourpre et le bleu; enfin il est insoluble. Quand on le chauffe , il décrépite , et paraît lumineux dans l’obscurité; à une haute température, il fond en un verre transparent, et se décompose par les acides forts, ainsi que par les carbonates de potasse et de soude, et la plupart des phosphates.

Phosphate de chaux. — Ce composé forme la base des os. Il se prépare en les calcinant à blanc, les réduisant en poudre et les lavant , pour dissoudre les sels solubles. On purifie la poudre blanche qui reste du carbonate de chaux qu’elle contient, en y ajoutant de l’acide acétique faible, et on répète les lavages. Le meme composé se trouve natif sous le nom dVzpatite, quelquefois en masse et souvent cristallisé. Il est inal-

térable à l’air et insoluble; une faible chaleur ne l’attaque pas, mais exposé à une haute température, il se convertit en porcelaine semi-transparente.

Sur-phosphate de chaux . — Ce sel, contenant un excès d’acide, s’obtient par la décomposition partielle du phosphate, au moyen des acides qui lui enlèvent une partie de sa base , ou bien en dissolvant le phosphate de chaux dans l’acide phosphorique. Il cristallise en lames perlées, ou en petites aiguilles soyeuses ; le goût en est très-acide ; il est déliquescent à l’air, et produit du froid pendant sa dissolution aqueuse.

Phosphite de chaux. — On le prépare par la combinaison directe. Quand la base est saturée , le sel est en une poudre blanche, insoluble; mais avec un excès d’acide, il forme des petits prismes ou des aiguilles ; il est sans goût et inaltérable à l’air. Le phosphite neutre se dissout dans les acides , sans se décomposer.

Carbonate de chaux. — La pierre à chaux , le marbre et la craie sont des carbonates de cette base. Il est très -abondant dans la nature et souvent cristallisé ; il est inaltérable à l’air et insoluble dans l’eau. La préparation de ce carbonate artificiel demande quelques soins. Les proportions de l’acide et de la terre doivent être exactes, car, avec trop peu d’acide, le pi’emier précipité qui se forme, est redissoûs dans l’eau, et paraît former un carbonate avec excès de base; trop d’acide dissout également le premier carbonate , qui se précipite et disparaît dans cet excès. Quand on le soumet à une haute température, il perd son eau de cristallisation, devient blanc , opaque et friable ; en augmentant la température , tout le gaz carbonique s’en dégage.* Ce carbonate est décomposé par tous les acides avec effervescence; ses parties constituantes sont 44 d’acide et 56 de base.

Acétate de chaux . — En dissolvant du carbonate de chaux dans l’acide acétique jusqu’à saturation , et en évaporant la solution jusqu’à pellicule, on obtient des cristaux d’acétate de chaux en petits prismes, ayant beaucoup de brillant

soyeux. Ce sel a un goût sur et amer; il est soluble dans l’eau et inaltérable à l’air. La chaleur le décompose par la séparation et la décomposition partielles de son acide. Ses parties constituantes sont 64 d’acide et d’eau, et 36 de chaux

SECTION III

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