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DE LA STRONTIANE ET DE SES COMPOSÉS

La strontiane fut découverte en 1790. On la trouve à l’état de carbonate natif, dans les mines de plomb de Strontiane, en Écosse; les environs de Bristol en fournissent aussi, combiné avec l’acide sulfurique.

On l’obtient pure en exposant le carbonate de strontiane mêlé à du poussier de charbon , à une forte chaleur, ou bien en dissolvant le sel natif dans de l’acide nitrique et en décomposant ce nitrate par la chaleur. Il est en

petits fragmens poreux, de couleur grise; le goût en est âcre et alkalin ; il verdit les couleurs bleues végétales et change à peine lorsqu’on l’expose à une très-grande chaleur. La strontiane ne fond pas au chalumeau, mais elle s’enveloppe d’une flamme blanche et brillante. Quand on ajoute un peu d’eau , elle se dilate avec dégagement de chaleur, et tombe en poudre : elle est soluble dans 200 parties d’eau : celle à ioo° en dissout davantage et dépose par le refroidissement , des lames rhomboïdales , ou des aiguilles soyeuses aplaties, ou enfin des prismes comprimés. Ces cristaux effleurissent à l’air , et ont un goût âcre; la solution de la terre est aussi alkaline, et verdit les couleurs bleues végétales. Quand on expose cette solution à l’air, elle se couvre d’une pellicule, par l’absorption de l’acide carbonique. Cette terre a la propriété de communiquer une couleur pourpre à la flamme : la chaux, soumise au même réactif, produit un jaune orangé; et la barite , une couleur jaune.

Phosphure et sulfure de strondane. — Ces composés sont obtenus par les mêmes moyens que ceux de barite, et sont analogues dans un grand nombre de leurs propriétés. Mais le sulfure hydroguré de strontiane est décomposé par un acide, et l’hydrogène sulfuré qui se dégage entraîne une partie de la terre en solution , et brûle avee une belle flamme pourpre.

Sulfate de strontiane. — Obtenu par la voie directe, il forme une poudre blanche insoluble qui se précipite; à l’état natif, il est cristallisé en aiguilles fines; il est inaltérable à l’air et indécomposable par les acides, mais bien par les carbonates de potasse et de soude , les sels de barite , et les phosphates de potasse, de soude et d’ammoniaque. Il produit une flamme pourpre jaunâtre au chalumeau.

Nitrate de strontiane. — On le prépare en précipitant le sulfure de strontiane par l’acide nitrique, ou en dissolvant le carbonate de cette base dans l’acide. La solution cristallise par l’évaporation, en forme d’octaèdres. Le goût en est piquant. Ce nitrate est inaltérable à l’air, soluble dans i5 parties d’eau froide, et beaucoup plus dans l’eau à ioo°; il dé-

crépite par une chaleur subite, et se décompose quand on le chauffe dans un creuset. Les gaz oxigène et nitreux se dégagent, tandis que la strontiane pure reste. Il communique une couleur pourpre aux substances combustibles.

Hydrochlorate de strontiane. — Ce sel est préparé par la dissolution du carbonate de strontiane dans l’acide hydrochlorique faible. La solution évaporée cristallise en prismes hexagones. Le goût en est piquant; il est inaltérable à l’air et très-soluble dans l’eau et dans l’alcool, auquel il communique une couleur pourprée en brûlant; il fond à la chaleur, se prive de son eau de cristallisation , et reste en émail semitransparent; il est décomposé par les acides sulfurique, nitrique et phosphorique , ainsi que par la potasse , la soude et la barite. Ce sel est composé de 4* de chlore et de 59 de strontiane.

Carbonate de strontiane. — On le trouve natif et cristallisé en aiguilles ou en prismes hexaèdres. On peut le préparer en saturant d’acide carbonique une solution de strontiane pure. Ce sel est dépourvu de goût, il est inaltérable à l’air, et à-peu-près insoluble dans l’eau ; chauffé fortement , il est privé d’une partie de son acide. Il fond au chalumeau, et prend une forme vitrée opaque, en produisant une flamme pourpre.

Acétate de strontiane. — On prépare ce composé en dissolvant la strontiane dans l’acide acétique. La solution cristallise par l’évaporation. Ce sel est inaltérable à l’air; il verdit les couleurs bleues végétales , d’où il paraîtrait qu’il y aurait excès de base; il est soluble dans l’eau froide.

SECTION y.

DE l’alumine ET DE SES COMPOSÉS.

L’alumine dérive son nom de l’alun, dont elle est une partie constituante. C’est une des terres les plus abondantes; elle forme une partie considérable des terrains et des couches $0-

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lides du globe. On l’obtient pure en dissolvant une partie d’alun dans de l’eau , et en y ajoutant de l’ammoniaque liquide, aussi long-temps qu’il se forme un précipité. Celui-ci se rassemble au fond du vase; on le lave à plusieurs reprises, jusqu’à ce que les eaux ne troublent plus le nitrate de barite , et on le fait sécher à une chaleur modérée.

Propriétés. — Ainsi préparée, l’alumine est en une poudre blanche, douce au toucher et insipide. Elle produit une odeur particulière quand on l’humecte; cette odeur est due à une partie d’oxide de fer qui s’y trouve toujours combinée. Elle adhère fortement à la langue, par l’absorption rapide de l’humidité. L’alumine a des apparences différentes, qui sont dues à la quantité de l’eau employée à la dissolution de l’alun. Si cette quantité n’excède pas celle qui est nécèssaire à la solution de l’alun, on obtient une terre blanche et friable, d’une apparence spongieuse, et qui adhère à la langue. On l’appelle alumine spongieuse. Lorsque le sel est dissous dans une grande quantité d’eau, le précipité, séché à la même température, est une masse luisante jaunâtre, qui se fend en plusieurs parties quand on la tient à la main , comme du soufre. La fracture est conoïde, sans apparence terreuse, et n’adhérant pas à la langue , ni se gonflant à l’eau. Il est moins volumineux que le premier, et a l’apparence d’une gelée; de là lui vient son nom d 'alumine gélatineuse. Quand on l’expose à la chaleur, elle diminue de volume par la privation de son eau. C’est sur cette propriété de contraction , que dépend l’application du pyromètre de Wedgêwood. A l’action du chalumeau à gaz oxigène, elle semble entrer en fusion; elle se convertit en un émail vert, capable de çouper le verre. L’alumine est insoluble dans l’eau , mais elle l’absorbe en grande quantité; et quand on en a formé une pâte, on peut aisément lui donner toutes sortes de formes. Elle se combine avec la plupart des acides , et forme des sels qui sont plus ou moins solubles et susceptibles de cristalliser; quelques-uns sont insolubles dans l’eau; d’autres requièrent un excès d’acide. La combinaison de l’aluminr avec les terres, particu-

APPLIQUÉE AUX ARTS ET AUX MANUFACTURES. ai 3

lièrement la chaux et la silice , forme la base des différens ouvrages de poterie et de porcelaine. On en forme les creusets qu’on expose aux plus grandes chaleurs dans les fabriques de verres et les fonderies; on l’a beaucoup employé au nettoyage des étoffes de laine, par rapport à sa grande attraction pour les matières colorantes; elle forme aussi la base de beaucoup de couleurs.

Réactifs pour l’alumine. — Le nitrate de cobalt est trèsemployé à cet effet; il sert à en montrer la présence dans les pierres les plus dures , comme la topaze. Une goutte de nitrate, placée sur la matière à examiner, produira au chalumeau une couleur bleue plus ou moins intense, si elle contient de l’alumine et sans un trop grand excès de feu.

Sulfate d’alumine. — L’acide et la terre doivent être trèspurs pour former ce sel ; la saturation doit être parfaite. La solution étant évaporée à siccité, on dissout la masse sèche de nouveau, et on l’évapore lentement; les cristaux sont des lames minces, flexibles, ayant un lustre perlé et un goût astringent. Ce sel est inaltérable à l’air et très-soluble dans l’eau ; par la calcination il perd son acidé et tombe en poussière. Le sulfate d’alumine est soluble dans l’acide sulfurique; il se forme un sur-sulfate qui est plus acide, et qui cristallise plus difficilement , rougissant les couleurs bleues et prenant souvent une forme gélatineuse. La silice et le zircone exceptés , toutes les autres bases terreuses et alkalines décomposent ces deux sels.

Sur-sulfate d'alumine et de potasse. — Ce sel est l’alun du commerce, très-employé dans les manufactures. On l’importait de l’Asie avant le quinzième siècle ; on en éleva des manufactures en Espagne et en Allemagne, le siècle après; et vers la fin du seizième siècle, on en établit en Angleterre. Les recherches des chimistes modernes en ont enfin déterminé la nature.

Les substances dont on extrait l’alumine sont des schistes argileux , abondans en pyrites de fer , qu’on expose à 1 air pour les décomposer au moyen de l’humidité. L’oxigène se

combine avec le soufre pour former l’acide sulfurique, qui s’unit avec la terre glaise, et forme un sulfate d’alumine. Après plusieurs cristallisations, on ajoute de la potasse ou de l’ammoniaque pour en former un sel triple.

Propriétés. — L’alun cristallise en octoèdres ; on observe cependant différentes déviations , comme celle du cube , qu’on obtient par l’addition d’un excès de potasse. Cet alun est connu sous le nom d "alun cubique . Le goût de l’alun est stiptique et douceâtre ; il rougit les couleurs bleues végétales. Sa pesanteur spécifique est 1.7. Exposé long-tems à l’air, il s’effleurit légèrement à la surface. Il est soluble dans 16 ou 20 parties d’eau froide ; chauffé , il fond dans son eau de cristallisation, gonfle et augmente de volume, et il reste une masse poreuse qui verdit les couleurs végétales; c’est ce qu’on appelle alun calciné. L’alun se décompose par les substances combustibles. Exposé à la chaleur avec du charbon, l’excès d’acide en est séparé; le produit reste un sulfate neutre; chauffé davantage, il se décompose, et produit une substance noire qui s’enflamme à l’air; on l’appelle pyrophore d’Homberg, du nom du chimiste qui le découvrit.

Pyrophore . — On prépare cette substance en mêlant trois parties d’alun et une de farine ou de sucre, dans une cuiller de fer; on l’expose à la chaleur, jusqu’à ce que le mélange devienne noir, et cesse de se gonfler. On le réduit alors en poudre; on l’introduit dans un tube de verre lu té , que l’on place dans un creuset contenant du sable , et qu’on soumet à une forte chaleur, jusqu’à ce qu’une flamme bleue paraisse à l’ouverture du tube. Après quelque temps, on l’enlève du feu; on l’abrite du contact de l’air, et on le met à froid dans une bouteille bouchée à l’émeri. Quand on expose le pyrophore à l’air, il produit une lueur brillante; la combustion augmente en y faisant passer l’haleine; elle est très-briliante dans le gaz oxigène. L’explication que l’on donne de ces phénomènes , est , que le pyrophore contient du sulfure hydroguré de potasse et d’alumine mêlé avec du charbon. Quand il vient en contact avec l’air, il en absorbe l’oxigène : une partie se

convertit en acide carbonique, en s’unissant avec le carbone, et une autre forme de l’acide sulfurique avec le soufre. Après la combustion, il reste du sulfate de potasse et d’alumine, mais non à l’état d’alun , car l’excès de l’acide en est dégagé. La découverte de la composition de la potasse conduit à une explication plus satisfaisante; car la potasse se trouve décomposée par le charbon, et réduite en potassium, qui, par sa combinaison rapide avec l’oxigène, produit la lumière et la chaleur. Quand on met le pyrophore en contact avec le gaz nitreux , il s’enflamme en raison de la décomposition subite du gaz et l’absorption de l’oxigène. Les mômes phénomènes se produisent par le chlore.

L’alun est très-employé dans l’art du blanchiment , le tannage, la teinture, et la fabrication du bleu de Prusse. On s’en sert en médecine comme astringent et stiptique, quelquefois aussi pour préserver les matières animales de la putréfaction.

Sulfate d'alumine et de potasse. — Ce sel neutre se prépare en faisant bouillir une solution d’alumine pure avec un solution d’alun. L’excès d’acide se trouve neutralisé, et le nouveau composé se précipite en forme de poudre. Ce sel ne prend point de forme régulière; il est insipide, inaltérable à l’air et insoluble dans l’eaü.

Sulfite d'alumine. — Si l’on fait passer un courant de gaz acide sulfureux dans de l’eau contenant de l’alumine en suspension, il se forme un sulfite d’alumine. Ce sel a un goût terreux devenant sulfureux ; il se convertit en sulfate , à l’air.

Nitrate d'alumine. — Ce composé, appelé alun nitreux , se prépare par la combinaison directe; il cristallise à peine, excepté en lames minces. Ce sel a un goût acide, il est déliquescent à l’air et très-soluble dans l’eau.

Hydrochlorate d'alumine. — Obtenu par la voie directe, ce sel est toujours acide, et sous la forme d’une poudre blanche ou d’une masse gélatineuse. Il est astringent; il rougit les couleurs bleues végétales $ il est très -déliquescent et so-

lubie dans l’eau. Il fond à la chaleur, dégage son acide et se convertit en alumine.

L’alumine se combine avec la plupart des autres acides; mais ses composés n’ont aucune importance et sont très-peu connus.

SECTION VI

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