DU ZINC ET DE SES COMPOSÉS
Comme ce métal est une des parties composant V airain de Corinthe , on suppose que les Grecs le connaissaient, mais on doute s’ils ne le confondaient pas avec d’autres métaux. Quelques-unes de ses propriétés sont décrites par les alchimistes du treizième siècle, quoique ce n’ait été que vers le milieu du dix-huitième qu’il fut reconnu pour un métal parti-
culier. Il existe en quatre états dans la nature : en oxide appelé calamine ; en sulfure, connu sous le nom de blende , qui est souvent cristallisé ; en sulfate et en carbonate , qui se dissolvent avec effervescence dans les acides nitrique et hydrochlorique.
Les oxides de zinc se réduisent en pulvérisant la mine et la mêlant avec du charbon ; on chauffe dans un creuset couvert d’une lame de cuivre. Le zinc se sublime à l’état métallique, et, s’unissant avec le cuivre, se convertit en airain. Son intensité de couleur décide de la qualité de la mine ; on grille les sulfures de zinc , et on traite ensuite le résidu comme l’oxide.
Le zinc est brillant, blanc et d’une contexture lamelleuse. Sa pesanteur spécifique est de près de 7. Frotté entre les doigts, il produit une odeur particulière. Il a moins de malléabilité que les autres métaux; cependant, quand on le fait passer au laminoir, à la température de 100 ou i5o° eentigr., il acquiert et retient un degré de malléabilité considérable , ainsi que de ductilité; mais il devient cassant à 2 io° eentigr., de sorte qu’on peut le réduire en poudre. Sa ténacité n’est pas grande : le zinc fond à 36o° eentigr.; il s’évapore en augmentant la chaleur, et peut se distiller à vase clos. Il cristallise en aiguilles fines qui paraissent être des prismes tétraèdres; il est presque inaltérable à l’air; il perd bientôt son brillant. Tenu en fusion à Pair, il se couvre d’une pellicule grise, qui est un oxide. Tout le bain peut se convertir en oxide , en enlevant successivement les pellicules qui se forment. Chauffé en rouge, à vase ouvert, il prend soudainement feu, quand on agite la masse, et il brûle avec une -flamme verdâtre; le métal s’élève en vapeurs, et paraît en flocons blancs, filamenteux et très -légers, par suite de la condensation de ces vapeurs dans l’air; c’est un oxide qu’on appelle Jleurs de zinc ou laine philosophique. Les proportions de cet oxide sont 100 de métal et 20 d’oxigène.
O11 prépare un phosphure de zi/ic en ajoutant des morceaux de phosphore dans du zinc fondu , sur lequel on a mis
une couche de matière résineuse, pour en empêcher l’oxidation. Il est blanc, métallique et malléable; il dégage l’odeur de phosphore sous le marteau , et brûle comme le zinc.
Quoique la blende soit un vrai sulfure de zinc, on n’a cependant pu encore l'obtenir artificiellement. Mais le soufre se combine avec son oxide, formant un oxicle sulfuré de zinc gris, et semblable au sulfure natif. Suivant l’opinion de quelques chimistes, le soufre y est uni au zinc à l’état métallique.
Sulfate de zinc. — L’acide sulfurique faible a beaucoup d’action sur ce métal; il s’ensuit un dégagement d’hydrogène avec effervescence. On suit ce procédé pour obtenir ce gaz nécessaire aux expériences chimiques. L’eau se décompose; son oxigène forme un oxide avec le métal, qui se dissout, et forme un sulfate, tandis que l’hydrogène se développe. I! se dépose une poudre blanche; le liquide reste transparent, et produit des cristaux par l’évaporation. Ces cristaux sont des prismes tétraèdres aplatis, terminés par des pyramides. Ce sel est âcre et astringent; son goût est métallique; il est soluble dans l’eau à ioo°. Chauffé dans une cornue, il perd son eau de cristallisation et une partie de son acide. On en précipite l’oxide de zinc blanc par les alkalis, et brun ou orangé par les hydrosulfures. On le connaît, sous le nom de Vitriol blanc.
Sulfite de zinc. — ; L’acide sulfureux se combine facilement avec l’oxide de zinc. L’acide perd sa couleur, et il apparaît des cristaux à la surface du liquide. Ce sel est décomposé par les acides; il est insoluble dans l’alcool; il forme un précipité blanc avec les alkalis, et se convertit en sulfate lorsqu’on l’expose à l’air. Quand on ajoute de l’acide sulfureux à du zinc très-divisé, il se produit une grande chaleur, avec dégagement de gaz hydrogène sulfuré. Le liquide, d’abord brun, devient jaune et enfin transparent; il est âcre et sulfureux. Les acides sulfurique et hvdrochlorique précipitent un oxide jaune, et l’acide nitrique, un précipité laiteux, qui est du soufre pur. Exposée à l’air, cette solution prend la consistance du miel, et produit des cristaux qui sont com-
posés d’oxide hydrogéné. Quand on les expose à l’air, ils se convertissent en une poudre blanche insoluble dans l’eau et en partie soluble dans l’alcool.
Nitrate de zinc. — L’acide nitrique concentré produit une action violente sur le zincj qui souvent prend flamme. Quand l’acide est affaibli, la solution est d’un jaune verdâtre, caustique, et produisant des cristaux tétraèdres, comprimés, terminés par des pyramides. Ce sel est déliquescent à l’air; il détonne sur les charbons incandescens. Chauffé dans un creuset, il laisse dégager des vapeurs rouges, et devient d’une consistance gélatineuse. Lorsque la température est augmentée, il se réduit en oxide.
Hydrochlorate de zinc. — L’action de l’acide hydrochlorique sur le zinc est très-violente; le zinc se dissout avec dégagement d’hydrogène pur. La solution est incolore , incristallisable, et se prend en gelée. Par la distillation, il apparaît une petite quantité d’acide fumant, et on obtient un hydrochlorate de zinc , qui fond à une chaleur modérée. Le produit, qui est un chlorure de zinc , se nommait autrefois Beurre de zinc. Quand on sublime ce sel , il prend une belle couleur blanche, et se compo*se alors de petits cristaux aiguillés. Il est décomposé par l’acide sulfurique, et précipité par les alkalis ; il est soluble dans l’eau , et attire l’humidité de l’air. Ce sel est composé de parties égales de zinc et de chlore.
Carbonate de zinc. — Ce sel, que l’on trouve dans la nature, est obtenu en mettant du zinc en contact avec de l’eau imprégnée d’acide carbonique. En 24 heures de tems, le zinc est oxidé, et dissous dans l’eau. Cette solution, exposée à l’air, acquiert une pellicule irisée à sa surface.
Arseniate de zinc. — Quand on ajoute un arseniate alkalin à une solution de sulfate de zinc, on obtient un arseniate blanc de zinc, insoluble.
Acétate de zinc. — Ce métal se dissout dans l’acide acétique, et cristallise en lames rhomboïdes ou hexagonales. Ce sel est amer et inaltérable à l’air; il brûle avec une flamme
bleue sur les charbons incandescens ; le résidu est une espèce de pyrophore, qui n’est pas très-combustible. On peut aussi obtenir ce sel en ajoutant de l’acétate de plomb à une solution de sulfate de zinc.
Les alkalis ont beaucoup d’action sur le zinc. Plongé dans la potasse, le zinc se ternit, noircit et produit un dégagement d’hydrogène. Avec l’ammoniaque, ce dégagement d’hydrogène est encore plus considérable, ainsi que le dépôt d’oxide qui se forme. Ces solutions alkalines , exposées à l’air, jaunissent en attirant l’acide carbonique qui précipite alors l’oxide. La plupart des sels métalliques sont décomposés par le zinc, et précipités de leurs acides, en oxides ou à l’état métallique.
SECTION XIV
DE l’aNTIMOINE ET DE SES COMPOSÉS*
L’antimoine ne paraît avoir été reconnu pour un métal particulier que vers le milieu du quinzième siècle, lorsque Basil Valentin donna une histoire complète des propriétés alors connues de ce métal; on présume cependant que les anciens l’employaient en alliage avec d’autres métaux. Comme les alchimistes considéraient ce métal très-nécessaire au succès de leurs recherches, leurs travaux sur ce sujet étaient sans fin, dans l’espoir de former par son moyen, l’heureuse découverte de la médecine universelle. On trouve l’antimoine sous quatre états différens dans la nature : à l’état natif, en sulfure, en oxide hydrosulfuré et en chlorure. Pour l’extraire pur du sulfure, on grille la mine avec du flux noir; on en fait une pâte avec de l’huile, et on l’expose à une forte chaleur dans un creuset, où le métal se réduit. L’antimoine est blanc, brillant, d’une texture lamelleuse, et a l’apparence cristallisée. Quand on le frotte, l’odeur en est sensible. Sa pesanteur spécifique est 6.7; il est si cassant * qu’on peut aisément le réduire en poudre; il est à peine malléable, et
moins de ténacité que la plupart des autres métaux. Chauffé à une température de 432.22 centigr., il fond; et à une température plus élevée, il s’élève en vapeurs. Il se ternit à l’air, mais n’y éprouve aucun autre changement. Chauffé à vase ouvert, il absorbe l’oxigène; il paraît, sous la forme de* vapeurs blanches, qui, étant condensées, produisent l’oxide d’antimoine autrefois connu sous le nom de fleurs argentines d'antimoine .
Oxides. — L’étude des oxides d’antimoine n’est pas sans difficultés; les dernières recherches n’ont pu encore déterminer leur nombre avec précision. Quelques chimistes veu lent 6 oxides d’antimoine; d’autres, seulement 4 ou 2. Quand on dissout l’antimoine dans l’acide hydrochlorique , et qu’on ajoute de l’eau, il se forme un précipité blanc. Ce précipité, lavé et bouilli dans du carbonate de potasse , lavé de nouveau et séché, est blanchâtre; il constitue un oxide d’antimoine contenant 20 d’oxigène sur 100 de métal. L’oxide blanc d’antimoine est formé en soumettant le métal à une forte chaleur, à l’air ouvert, où il se sublime en fleurs d-’antimoine contenant 3o d’oxigène sur 100 de métal. On obtient un autre oxide en soumettant de la poudre d’antimoine métallique à une forte chaleur avec six fois son poids de nitrate de potasse. Après les lavages, on obtient une poudre blanche, qui, étant mise en digestion avec de l’acide hydrochlorique , et chauffée ensuite pour en extraire l’eau , devient jaune. Insoluble dans l’eau et les acides, cet oxide rougit les couleurs bleues végétales. On pense qu’il contient 37 parties d’oxigène sur 100 de métal. Les deux oxides blanc et jaune, possèdent des propriétés analogues aux autres acides métalliques, et reçoivent les noms d 'acides antimonieux et anti monique. On distinguait autrefois l’oxide jaune par le nom de poudre d’algaroth.
Phosphure. — L’antimoine et le phosphore, mêlés avec du charbon, et fondus dans un creuset, produisent un phosphure d’antimoine, que l’on peut également former en projetant des morceaux de phosphore dans de l’antimoine fondu.
Ce phosphure a un brillant métallique; il est cassant, et a une fracture lamelleuse.
Sulfure . — L’antimoine se combine facilement avec le soufre, et forme un sulfure analogue au sulfure naturel. Il est gris, brillant, plus fusible que le métal, et cristallisable. Il est composé de 3o à 35 parties d’oxigène sur ioo de métal.
L’oxide d’antimoine ne paraît pas se combiner avec l’acide sulfurique ; l’acide sulfureux est dans le même cas ; tous les deux cependant se décomposent pendant l’opération. L’acide nitrique est plus facilement décomposé par l’antimoine, qui se convertit en oxide blanc, dont une très-petite portion se combine.
Chlorure d'antimoine. — L’acide hydrochlorique n’a qu’une faible action sur l’antimoine; mais son oxide blanc forme une solution incolore avec cet acide, qui produit des cristaux lamelleux. L’acide hydrochloro - nitrique dissout l’antimoine avec plus de facilité. La solution incolore produit une masse grise qui cristallise quelquefois en prismes tétraèdres. On la nommait autrefois Beurre d'antimoine. Ce composé est déliquescent à l’air, très - caustique et corrosif; il précipite la poudre blanche d’algaroth par l’addition de l’eau, et se décompose.
Phosphate de chaux et d'antimoine. — Il se forme un sel triple en calcinant un mélange de parties égales de cendres d’os et de sulfure d’antimoine. On prépare aussi ce sel en dissolvant l’oxide blanc d’antimoine et le phosphate de chaux, par l’acide hydrochlorique, et en y ajoutant une quantité suffisante d’ammoniaque pure et d’eau distillée. Il se précipite une poudre blanche presque insoluble dans l’eau, qui a été long-temps employée en médecine comme diaphorétique et émétique.
Tartrate de potasse et d'antimoine. — On prépare ce sel triple en mêlant l’oxide blanc d’antimoine avec son poids de tartre, et en faisant bouillir dix ou douze fois le mélange, jusqu’à ce que le tartre soit saturé. La solution évaporée pro«
duit des cristaux blancs en forme de tétraèdres réguliers. Ce sel effleurit à 1 air , et se dissout dans 80 parties d’eau froide; il est décomposé par la chaleur, par les alkalis et leurs carbonates.
Les alkalis ont une action particulière sur le sulfure d’antimoine. Une partie de sulfure d’antimoine, un seizième de soufre et deux de potasse , fondus dans un creuset et mis à bouillir dans de l’eau, forment un précipité connu autrefois sous le nom de kermès minéral , qui paraît être un hydrosulfure d’antimoine. Il reste une autre substance dans le liquide, qui contient une plus grande proportion de soufre, et qu’on nommait soufre doré ; on l’obtient par l’addition d’acides faibles , dans la solution qui le contient.
L’oxide d’antimoine se combine avec quelques terres pendant leur vitrification, et leur communique des couleurs jaunes.
Quelques sels neutres ont une action puissante sur l’antimoine et les sulfures. Deux ou trois parties de nitrate de potasse et une d’antimoine en poudre produisent une détonation. Projetés sur des charbons incandescens , l’antimoine s’oxide par la décomposition de l’acide du nitre. Le résidu de la détonation est une masse en scories , qui est susceptible de produire des cristaux par le lavage , l’oxide d’antimoine remplissant dans ce cas le rôle d’acide. L’opinion sur le caractère acide de l’antimoine dans cette combinaison , n’a été émise que .tard. Cet antimoniate de potasse est décomposé par les acides forts, et le précipité formé est un oxide qu’on appelait autrefois céruse d’antimoine.
Alliages. — L’antimoine se combine avec la plupart des autres métaux, et forme des alliages qui sont d’une grande importance dans les arts, particulièrement celui formé par le plomb. 16 parties de ce dernier métal et une d’antimoine produisent un composé qui diffère du plomb en dureté; il est plus pesant que la moyenne proportionnelle , et s’emploie à former les caractères d’imprimerie.
SECTION XV