ACIDES MÉTALLIQUES
De V Acide muriatique simple et oæigéné.
Qu’est-ce que l’acide muriatique ?
L’acide muriatique est la combinaison de l’oxigène avec un radical d’une nature particulière et inconnue.
D’où retire-t-on l’acide muriatique ?
L’acide muriatique est très répandu dans la nature. On le trouve le plus ordinairement uni avec la soude , la chaux , la magnésie , et plusieurs métaux ; il se retire du muriate de soude , d’où on le dégage, sous forme de gaz , par le concours de l’acide sulfurique.
Du Gaz acide muriatique ,
Comment obtient - on le gaz acide muria-
Ce gaz s obtient de la manière suivante : on
met dans une fiole à médecine du muriate de soude décrépite ; on verse dessu-s de l’acide sulfurique : on adapte h l’orifice de la bouteille un tube recourbé , qui aboutit sous une cloche à l’appareil hydrargyro-pneurnatique ; on lute avec soin, puis on chauffe légèrement, et le gaz acide muriatique se dégage , et va occuper la place du mercure dans la cloche.
Quels sont les caractères du gaz acide muriatique ?
Ainsi obtenu, ce gaz est plus pesant que l’air atmosphérique, et fume en blanc lorsqu’il en a le contact y il a une odeur vive et piquante , qui a , lorsque l’acide est divisé , quelque analogie avec celle du safran ; il est caustique , et cause de fortes démangeaisons sur la peau, sans cependant la brûler, ni la colorer; il n’est pas respirable ; il éteint les bougies , en imprimant au disque de la flamme une couleur d’un bleu verdâtre : phénomène très remarquable , dont 011 ignore la cause. Ce gaz fond la glace aussi rapidement que si on la jetait dans un brasier; il est soluble dans l’eau, qu’il rend acide , et sa condensation dans ce liquide constitue l’acide muriatique liquide.
De V Acide muriatique liquide .
Comment prépare-t-on Facide muriatique ?
Pour préparer cet acide, on fait décrépitcr du muriate de soude; on le pulvérise grossièrement, et on l’introduit dans une cornue tubulée ; on place cette cornue sur un bain de sable ; on y adapte un récipient pour recueillir les parties d’acide sulfurique et muriatique impures qui passent vers la fin de l’opération ; puis deux flacons de Woulf , dans lesquels on distribue la même pesanteur d’eau distillée que celle du sel employé; on lute parfaitement les jointures; on fixe les tubes de sûreté, et on verse ensuite , par la tubulure de la cornue , de r acide sulfurique à soixante-six degrés , moitié du poids du sel employé ; on chauffe doucement d’abord', puis on augmente progressivement l’action du calorique : il y a de suite une vive effervescence; l’acide se dégage sous forme gazeuse , et se condense dans l’eau pour former l’acide muriatique.
Quels sont les caractères de l’acide muriatique liquide ?
A l’état de pureté , l’acide muriatique est blanc , son odeur est suffoquante et peu différente de celle qui appartient au gaz ; il est plus pesant que l’eau , fume fortement à l’air, lorsqu’il est concentré , et dissout les métaux et leurs oxides avec infiniment d’énergie : l’acide muriatique du commerce, et quelquefois celui
qu’on prépare dans les laboratoires , est d’un jaune très prononcé. Cette couleur qui est étrangère , et qu’on fait disparaître par la rectification , est due à la présence d’un peu de fer, que contient presque toujours le muriate de soude qu’on emploie, et non, comme l’avait cru Baume , à une certaine quantité de soufre qui s ’y trouve en dissolution. On a reconnu dernièrement que l’acide muriatique, tel qu’il circule dans le commerce , tient souvent en dissolution un peu de plomb , dont la présence augmente sa densité de deux degrés environ. MM. Lésant et Prevet , pharmaciens , à Nantes, les auteurs de cette observation qui est neuve , ont indiqué le moyen de découvrir cette altération : il consiste à verser avec précaution sut l’acide muriatique que l’on soupçonne contenir du plomb , de l’eau distillée ou de l’eau ordinaire , dans la proportion d’une partie et demie pour une partie d’acide ; il se forme un précipité blanc pulvérulent de sous-muriate de plomb.
L’acide muriatique liquide , exposé au contact de la lumière, ne paraîtsubir aucuns changemensj le calorique l’altère et en dégage la presque-totalité du gaz muriatique.
Il se combine avec plusieurs corps ; mêlé avec l’acide nitrique , il forme une liqueur qui
a été fameuse chez les alchimistes , qui l’avaient appelée eau régale , ou le dissolvant du roi des métaux , à cause de la propriété qu’elle a de dissoudre l’or. Aujourd’hui , cet acide mixte porte le nom d'acide nitro -muriatique : l’alcohol se combine aussi en toute proportion avec l’acide muriatique , et ce mélange forme un médicament qu’on appelle dans les pharmacies esprit de sel dulcifié ; enfin , cet acide agit sur plusieurs bases , et il en résulte des sels que l’on appelle mur ia te s ,
De V Acide nitro -muriatique .
Quel est le mode de préparation de l’acide nitro-muriatique ?
Cet acide se compose , en mêlant ensemble deux parties d’acide nitrique pur et une d’acide muriatique concentré.
Pendant l’opération , il se manifeste une effervescence très considérable avec production de chaleur. L’acide nitrique cède de l’oxigène à l’acide muriatique , et passe à l’état de gaz nitreux, qui colore le mélange en jaune plus ou moins foncé.
L’acide nitro-muriatique est d’une odeur pénétrante , très désagréable. A la lumière, il laisse dégager du gaz oxigène 3 le calorique en
DE C II IMIE.
sépare l’acide oxi-muriatique : ce composé , qui est rarement employé en pharmacie , n’est en usage que pour la dissolution de quelques métaux , et il peut être même, dans ce cas, remplacé dans quelques circonstances par l’acide muriatique oxigéné.
De V Acide muriatique oxigéné.
Comment prépare-t-on l’acide muriatique
oxigéné ?
L’acide muriatique oxigéné s’obtient, en distillant de l’acide muriatique , à vingt-cinq degrés , sur de l’oxide de manganèse en poudre , ou , mieux encore, comme on le pratique généralement, en distillant dans un ballon de verre et par le moyen d’un appareil de Woulf bien luté d’avance avec le lut gras , et dont le récipient, à moitié plein d’eau distillée, est entouré de glace pilée , un mélange de trois parties de muriate de soude desséché et pulvérisé , et d une partie d’oxide de manganèse, sur lecjuei on verse deux parties d’acide sulfurique étendu avec son poids d’eau.
Que se passe-t-il pendant l’opération de l’acide oxi-muriatique?
Dans cette opération , l’acide sulfurique agit sur la base du muriate , pour former du sulfate
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de soude ; l’acide muriatique , devenu libre r; s’empare d’une partie de l’oxigène du manganèse et va se dissoudre à l’état de gaz oxi-muriatique , dans l’eau que contient les flacons de l’appareil.
Quels sont les caractères du gaz oxi-muriatique ?
Ce gaz plus pesant que l’air atmosphérique. 9 d’une couleur jaune , verdâtre , exhale une odeur piquante , insupportable , et produit , lorsqu’on en respire une certaine quantité, une irritation considérable qui est souvent accompagnée de tous les symptômes d’un catarrhe ; il entretient la combustion , et imprime à la flamme d’une bougie une belle couleur rouge.
Le gaz oxi-muriatique , que l’on fait passer à travers la fleur de soufre , se convertit en un liquide d’un rouge très prononcé, qu’un célèbre chimiste anglais a considéré comme une combinaison d’un oxide de soufre avec l’acide muriatique, et que M. Berthollet fils , qui a fait des recherches très intéressantes sur cette combinaison, propose d’appeler acide muriatique o xi- sulfuré , ce chimiste ayant reconnu que ce corps était le résultat simple d’une combinaison triple d’acide muriatique , d’oxigène et de soufre, et que le soufre n’était ni à l’état d’oxide, ni combiné avec l’acide muriatique.
D’après MM. Guy-Lu s sac et Thénard, le gaz muriatique oxigènè contient le quart de son poids d’eau , et il ne peut exister libre , qu’autant qu’il en renferme cette proportion , ou au moins les principes qui constituent ce liquide; ces messieurs ont aussi reconnu, avec la supériorité qui les distingue, que le charbon pur était inhabile à décomposer ce gaz à une température quelconque , et que ce n’est que par l'hydrogène qu’il retient, qu’il transforme cet acide en gaz acide muriatique. Ils se sont encore assurés que , par la combustion du phosphore dans le gaz oxi-muriatique , il n’y a pas, comme on l’a cru jusqu’ici , formation d’acide phosphorique , avec dégagement d’acide muriatique gazeux , mais production d’une liqueur blanche très fumante , très caustique , que l’on doit considérer comme un composé triple de phosphore , d’acide muriatique et d’oxigène. (V~. Ptecherches physico-chimiques.)
L’acide oxi-muriatique liquide est caractérisé par les propriétés suivantes. Il est jaune , verdâtre , a une saveur astringente , extrêmement prononcée , et répand une odeur forte , très âcre et très dangereuse ; il épaissit les huiles elles convertit en une sorte de cire, erilève à la ciguë et à l’opium leur action narcotique , et détruit, avec beaucoup d’énergie, les
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parties colorantes des végétaux; cette dernière propriété Fa fait proposer par M. Berthollet , pour le blanchiment des toiles écrues , du fil , etc. , et on s’en sert très avantageusement aujourd’hui pour celui du papier, des vieilles estampes , de la cire, etc., etc.
Cet acide dissout un grand nombre de métaux , et particulièrement l’or et le platine ; presque toujours alors une partie de son oxigène oxide le métal sur lequel il est en contact , et l’acide muriatique dissout à son tour l’oxide formé.
L’acide oxi-muriatique , comme l’avait entrevu le célèbre Berthollet , peut recevoir une plus grande quantité d’oxigène et passer à l’état d 1 acide muriatique sur-oæigéné , qui est composé , d’après M. Cheneviæ , de o,65 parties d’oxigène et de o,35 d’acide muriatique ; mais , quoique parfaitement bien reconnu , cet acide n’a pas encore pu être isolé de sa base , et on ne le connaît que combiné. Il paraît cependant que l’oxigène s’y trouve plus intimement fixé qu’il n’est dans l’acide oxi-muriatique ; car il n’est pas décomposé par l’action de la lumière, ni par celle d’une faible chaleur, et il n’altère nullement les couleurs végétales.
L’acide oxi-muriatique exposé à la lumière, perd de l’oxigène , se décompose , et passe à
Tétât d’acide muriatique simple (1). Lorsqu’on veut le conserver sans altération , il convient donc de le tenir dans un vase abrité du contact de l’air. On remplit cette indication, en collant du papier noir sur les flacons dans lesquels il estrenfermé; en entourant le bouchon, fortement fixé , d’une couche de lut gras , qui le garantit de l’accès de l’air, et en tenant le vaisseau , ainsi disposé , dans une boîte qui contient du poussier de charbon, et que l’on conserve dans une bonne cave.
Le gaz oxi-muriatique a été employé avec beaucoup de succès , depuis quelques années , pour purifier l’air infect des hôpitaux , des prisons , et détruire les miasmes putrides et délétères qui exercent une puissance si meurtrière sur les hommes affectés de fièvres contagieuses , et rassemblés dans un espace trop
(1) Il paraît, selon des travaux très récens de M. Berihollet sur l’acide oxi-muriatique, que la lumière n’enlève qu’une partie de l’oxigène de cet acide, et qu’elle le ramène à un degré intermédiaire entre l’acide muriatique oxigéné et l’acide muriatique simple, au fieu de le décomposer complètement comme il l’avait annoncé. ( Voyez l’extrait du rapport de M. Cuvier è i’Instilut, dans le Bulletin de Pharmacie du mois de février 18 1 3.)
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resserré. C’est à M. Guy ton-Morveau que 1 on doit la découverte et l’application des procédés fumigatoires par l’acide oxi-muriatique , dont la très grande efficacité a déjà produit des efïets si salutaires à l’humanité. Ce chimiste illustre a détaillé , et mis à la portée de tout le monde , les procédés désinfectans , dans un ouvrage qui a pour titre : Traité clés Moyens de désinfecter Y air y de prévenir la contagion y et cYen arrêter les progrès y etc. Quelques médecins cependant préfèrent, comme nous l’avons déjà observé, la vapeur de l’acide nitrique, parceque le gaz acide muriatique oxigene , en mitant fortement la membrane pituitaire et la gorge, exerce une action si nuisible sur les malades , que ceux qui en ont respiré éprouvent quelquefois une toux spasmodique , accompagnée de vomissemens très considérables. On dégage extemporanément ce gaz , et on pratique les fumigations guytoniennes à peu de frais, en versant sur un mélange introduit dans un vase de terre, et composé de trentedeux grammes d’oxide de manganèse , et de cent vingt-huit grammes de muriate de soude légèrement humecté , trente - deux grammes d’acide sulfurique du commerce ; le gaz saniflant s’exhale successivement , et se met en expansion dans la chambre , dont les portes et
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les fenêtres doivent être fermées pendant piusieurs heures.
On a cherché À introduire l’usage de l’acide oxi-muriatique dans le traitement des maladies vénériennes 3 mais les praticiens qui l’ont employé ont observé que , par son administration , les symptômes de la maladie disparaissaient en fort peu de temps , pour ensuite reparaître avec plus d’intensité, lorsqu’on en suspendait 1 usage. On a encore recommandé cet acide pour opérer la cicatrice des plaies de mauvais caractère ÿ son emploi demande la plus grande circonspection : c’est ce qui fait qu’on l’a presque abandonné.