DES TERRES ALCALINES
i°. De la Magnésie .
D’où retire-t-on la magnésie , et par quel procédé peut-on l’obtenir ?
La magnésie , qui n’existe jamais pure dans la nature, quoiqu’on ait dit en avoir trouvé en masses dans la Savoie , se rencontre en assez grande quantité dans plusieurs pierres ou terres ; elle se trouve aussi assez souvent combinée avec l’acide muriatique dans le muriate de soude , et avec les eaux mères du nitre 5 on la retire ordinairement du sulfate de magnésie ? qui en contient abondamment. À cet etfet , 611 verse dans une solution aqueuse de sulfate de magnésie , faite à chaud ( soixante degrés de Réaumur) et filtrée , une autre solution de potasse carbonatée , jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité ; l’acide sulfurique se porte sur la base alcaline , et forme un sulfate de potasse qui reste dans la liqueur ; d’un autre coté y l’acide carbonique s’empare de la magnésie , et forme un précipité qui , lavé à grandes
eaux sur un filtre, et desséché à l’air en petites masses, constitue le carbonate de magnésie.
On dégage l’acide carbonique, et on obtient la magnésie pure ou calcinée, en la faisant chauffer au rouge , dans un creuset couvert , ou dans une cornue de terre lutée, jusqu’à ce qu’elle ne lasse plus effervescence avec les acides (i).j
Quels sont les caractères de la magnésie.
La magnésie pure est une substance pulvérulente très blanche , d’une finesse et d’une lé-
(1) On sait que l’Angleterre est en possession depuis long-temps de fournir au commerce une magnésie qui, par sa légèreté et sa finesse, l’emporte sur celle qu’on obtient communément en France, Cependant personne, que je sache, ne s’est sérieusement occupé chez nous à améliorer les procédés à suivre pour former en grand ce produit, avec le degré de perfection de nos voisins, et M. Rudrauff , de Berne, est le seul chimiste qui ait résolu cette intéressante question d’une manière satisfaisante, en décrivant exactement les manipulations particulières qu’il convient d’employer pour avoir cette substance avec toutes les qualités désirables. Le mode opératoire que le pharmacien suisse a indiqué pour arriver à ce résultat heureux, a été publié dans le n°. 8 du quatrième tome du Bulletin de Pharmacie, en réponse à une des questions proposées par les savans rédacteurs de ce journal, et c’est dans cette feuille même qu’il faut lire les détails pratiques qui sont relatifs à l’obtention de cette substance, dont l’usage est fréquent en médecine.
gerete extrêmes ; elle a peu cle saveur , verdit Jcs infusions bleues des végétaux , absorbe l’acide carbonique de l’air , et devient effervescente ; exposée à l’action d’une vive chaleur ? elle laisse dégager un peu d’eau , s’affaisse , et acquiert la propriété de luire dans l’obscurité.
Le carbonate de magnésie a été recommandé en médecine , comme un stomachique légèrement purgatif : la magnésie, pure ou calcinée , est employée avec succès, comme absorbante, dans le cas d’empoisonnement par les acides minéraux ; on 1 administre seule , ou mêlée à quelques aromates agréables.
2°. De la Chaux.
Qu’est-ce que la chaux , et de quelle manière l’obtient-on ?
La chaux est une substance terreuse généralement répandue , dont la formation est attribuée à la décomposition des substances animales dans l’intérieur de la terre.
La nature nous offre rarement cette terre à l’état de pureté , elle est toujours unie à plusieurs substances étrangères ; la plus pure se trouve près des volcans , combinée avec l’acide carbonique : on la rencontre dans les trois rè-
gnes , combinée ayec des terres, des acides , et avec des oxides métalliques ; les végétaux en contiennent des proportions plus ou moins considérables ; parmi les minéraux , elle existe dans plusieurs pierres unie à de l’acide carbonique , comme dans les marbres , les coquilles d’huîtres , la pierre calcaire , etc. ; chez les animaux , elle réside dans les os dont elle fait la base : on l’obtientpropre aux usages chimiques par plusieurs procédés.
On fait calciner à grand feu, dans une cornue de grès , à laquelle on adapte un tube qui plonge sous une cloche , du marbre blanc , ou du carbonate de chaux natif 5 il se dégage, pendant l’opération , de l’acide carbonique ; et il reste , dans le fond de la cornue, de la chaux non effervescente que l’on doit conserver dans des flacons soigneusement bouchés.
Les coquilles d’huîtres fournissent de la chaux également pure ; quand on veut l’extraire de ces enveloppes, il faut les pulvériser grossièrement , les faire bouillir ensuite pour les priver des parties mucilagineuses qu’elles contiennent , et les calciner à une chaleur blanche pendant une heure environ.
Dans les laboratoires , on se procure de la chaux pure et propre aux expériences de chimie, par le procédé suivant ; on lave de la
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craie ( carbonate calcaire ) dans de beau distillée bouillante ; 011 la fait dissoudre ensuite dans du vinaigre blanc distillé , et on la précipite par le carbonate d’ammoniaque ; on lave le précipité obtenu , on le chauffe jusqu’au rouge , et la chaux reste pure.
Quelles sont les propriétés de la chaux ?
A l’état de pureté, cette substance est blanche, pulvérulente; sa saveur est urineuse, âcre et caus» tique ; elle verdit les couleurs bleues végétales, et est infusiblc à l’action du plus grand feu.
Exposée à l’air, la chaux attire l’humidité , prend l’aspect pulvérulent , absorbe de l’acide carbonique , devient effervescente , et cesse d’ètre caustique.
La chaux est très avide d’eau; quand on en verse dessus une petite quantité , elle se gerce , éclate avec sifflement , s’échauffe , et augmente sensiblement de poids; l’émission du calorique est si considérable dans cette circonstance , que des corps combustibles s’y allument , et que , dans l’obscurité , on peut observer plusieurs lueurs phosphorescentes : cette chaleur a pour cause la solidification de l’eau , et le dégagement du calorique son fondant , qui entraîne et vaporise une portion de ce liquide , qui tient quelques molécules de chaux (quatre millièmes ) , ce qui produit l’odeur particulière
qui se dégagé pendant l’extinction de cette° substance ; une plus grande quantité d’eau délaye la matière et forme un liquide blanc qu’on avait nommé très improprement lait de chauæ. Enfin , lorsqu’on ajoute une grande proportion d’eau ( environ six cent soixante parties), on divise complètement la chaux , et on obtient un liquide clair , limpide , d’une saveur âcre, urineuse, verdissant le sirop de violette, qu’on appelle eau de chauæ.
L’eau de chaux , en vieillissant , et par le contact de l’air , se recouvre d’une pellicule qui se solidifie de plus en plus ; si on l’enlève , il s en forme une autre , et ainsi de suite : cette peau mince , recueillie et mise à part, était, connue autrefois sous le nom de crème de chauæ.
On prévient la décomposition de l’eau de chaux , en l’abritant de l’action de l’air ; cependant , et malgré cette précaution , on doit avoir soin , si l’on veut qu’elle agisse avec efficacité , de tenir au fond de la bouteille , dans laquelle on conserve ce liquide , un morceau de chaux qui supplée avantageusement à la perte qui a toujours lieu.
Quels sont les usages de la chaux ?
La chaux entre dans la composition de plusieurs médicamens. C’est par son intermède
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quon opère la décomposition dn muriate d’ammoniaque, pour dégager l’ammoniaque ; on s’en sert aussi pour décomposer le cinabre et séparer le mercure • on en forme avec le blanc d’œuf un excellent lut que l’on emploie habituellement dans les laboratoires : l’eau de chaux se mêle quelquefois avec le lait , et s’administre ainsi avec succès dans les maladies d’estomac, nommées aigreurs. On en fait encore usage dans une infinité d’autres circonstances ; c’est un médicament très estimé.
M. Cadet y qui a publié un fort bon mémoire sur l’extinction de la chaux (Bulletin de Pharmacie , mois d’octobre 1812 ) , a signalé , parmi les applications utiles que peut offrir cette substance dans ses différentes modifications, la faculté dont elle jouit de vaporiser une très grande quantité d’eau pendant son extinction, et de prendre une expansion très considérable ; et il observe judicieusem ent que, dans quelques circonstances , on pourrait faire usage de ce moyen pour agir à l’instar des machines à vapeurs , et soulever de grands fardeaux , et peut-être même pour remplacer la poudre dans l’exploitation des carrières.
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3°. De la Baryte .
De quelle manière obtient-on la baryte?
On obtient la baryte par le procédé suivant : on chauffe , pendant à peu près une heure , dans un creuset, un mélange de sulfate de baryte en poudre (spath pesant) avec un huitième de son poids de charbon sec en poudre. Dans cette opération l’oxigène de l’acide sulfurique du sel s’unit avec le charbon , d’où résulte de l’acide carbonique qui se dégage; on dissout ensuite le sulfure de baryte obtenu dans une suffisante quantité d’eau , et on précipite le soufre , en versant dans la solution de l’acide nitrique jusqu’à saturation; la liqueur filtrée et évaporée lentement donne des cristaux de nitrate de baryte, qui, chauffés au rouge dans une cornue de porcelaine , ou dans un creuset, jusqu’à ce que tout l’acide soit dégagé , donnent la baryte pure.
Quels sont les caractères de la baryte pure ?
La baryte , que l’on appelait autrefois terre pesante, a une saveur âcre très caustique; elle verdit fortement les couleurs bleues végétales , se laisse dissoudre par l’alcohol , qui brûle alors avec une flamme jaune ; détruit avec beaucoup d’énergie les substances animales , et est un xles poisons les plus violens.
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A l’airelle s’cfïleurit, absorbe l’acide carbonique , devient pulvérulente , s’échauffe , et se comporte en tout comme la chaux.
Elle est dissoluble dans l’eau , et elle s'y fond , en produisant une chaleur beaucoup plus considérable que celle que fait naître l’extinction de la chaux. Vingt parties d’eau froide la dissolvent, et forment une solution transparente d’une saveur urineuse, qu’on appelle eau de baryte, laquelle eau se recouvre , par le contact de l’air, d’une line pellicule de carbonate de baryte : l’eau bouillante en dissout moitié de son poids ; mais elle la laisse précipiter en partie , par refroidissement , sous forme de cristaux prismatiques.
La baryte se combine au phosphore et au soufre, et forme des phosphures et du sulfure de baryte. Cette dernière combinaison a la propriété de décomposer l’eau, et il y a formation d’hydrogène sulfuré, qui agit sur une partie du sulfure de baryte , et qui , en s’y combinant, donne lieu à un sulfure hydrogéné.
La baryte contracte de l’union avec plusieurs substances , et forme des produits inusités dans les pharmacies. En chimie on s’en sert dans une infinité de circonstances : c’est un excellent réactif pour reconnaître la présence de l’acide
sulfurique , qu'elle décèle dans toutes ses combinaisons (i).
(i) Quoique plusieurs des terres dites alcalines, dont nous avons exposé les propriétés dans les paragraphes précédens, aient été considérées jusqu’à ce jour, par la généralité des chimistes modernes , comme des corps simples ou élémentaires, il n’en est pas moins probable, d’après les travaux importans du célèbre Humphry - Davy , sur la décomposition de ces substances à l’aide de l’électricité galvanique, que le plus grand nombre sont composées, comme quelques savans l’avaient déjà conjecturé, d’oxigène et d’une base métallique particulière , unis dans des proportions que les expériences les plus délicates n’ont encore pu faire déterminer, pareeque ces principes paraissent avoir entre eux une puissance attractive si considérable, que l’action de pouvoirs électriques très énergiques n’a opéré que faiblement leur séparation , ou , si l’on veut , rt’a produit la décomposition des terres que dans des rapports infiniment trop petits pour qu’il soit possible de statuer rigoureusement sur la proportion de leurs bases.
Les bases obtenues de la décomposition des terres , par l’action de l’électricité, ont été désignées par M. Davy sous les dénominations de barium , pour celle que l’on sépare delabarite ; strontium , de la strontiane; calcium , de la chaux, et magnium ou magnésium, de la magnésie. Les bases des autres terres sont encore peu ou pas connues : elles seront nommées, lorsqu’on les aura obtenues, silicium, pour celle séparée delà silice; aluminium, de l’alumine; zirconium, de la zircone \glucium, de la glucine*