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CHAPITRE VI

Des Alcalis proprement dits .

Qu’entend-on par alcali ?

On appelle alcalis des substances solides ou liquides qui verdissent fortement les couleurs bleues végétales , qui ont une saveur âcre , brûlante et urineuse ; qui sont très solubles dans l’eau , et attirent puissamment

Si l’yttria, sur laquelle M. Dcivy n’a encore fait aucune recherche électro-chimique , fournit des résultats semblables à ceux que présentent les autres substances terreuses, sa base prendra le nom d e, yttrium.

Depuis l’époque mémorable où M. Davy a publié le résultat de ses expériences sur Pélectriçité des terres , MM. Berzelius , de Stockholm, et Stromeyer , de Gottingue, ont, par leurs recherches et leurs lumières, jeté un nouveau jour sur la constitution chimique de ces substances. Ce dernier a sur-tout confirmé d’une manière décisive l’exactitude de la découverte du chimiste anglais, en opérant la réduction de la silice, par le moyen du charbon et du fer , de telle sorte qu’il a obtenu du fer silicéo- carboné , dont il a déterminé la proportion des parties constituantes par une analyse exacte. ( Voyez les Annales de Chimie, tome 81, pages 177 et 2rj5. )

l’humidité de l’air ; qui ont la propriété de former des sels neutres avec les acides , et des savons, lorsqu’on les unit aux corps gras.

Distingue-t-on plusieurs espèces d’alcalis?

On en distingue trois espèces principales , que l’on divise en deux genres , savoir : les alcalis fixes ; l’alcali végétal , ou potasse ; l’alcali minéral , ou soude ; les alcalis volatils , il y en a un seul qui est l’ammoniaque.

i°. De la Potasse et du Potassium.

Qu’est-ce que la potasse ?

La potasse est une substance saline que l’on obtient en évaporant, à siccité, les lessives des cendres de toutes les plantes non maritimes.

Cette matière concrète , qui est abondamment répandue dans la nature, se rencontre dans les trois règnes , avec les minéraux , et dans plusieurs humeurs animales ; les végétaux en contiennent des proportions si considérables , qu’on avait donné à cet alcali le nom d’alcali fixe végétal. On Ta désigné aussi anciennement par les dénominations impropres de mèphite de potasse , alkaest de Vanhelrnont , sel fixe de tartre , tartre crayeux , sel d’absinthe , alcali effervescent , etc., etc. Aujourd’hui, cette substance est appelée sous -

iqS nouveaux elemens

carbonate de potasse . On l’obtient par plusieurs procédés :

lC). On fait brûler des bois tendres, des plantes herbacées, et sur-tout des enveloppes de fruits qui en fournissent le plus,* on réunit les cendres , qu’on lessive plusieurs fois ; on lil tre les liqueurs pendant quelles sont chaudes , et on les fait évaporer à siccité dans des chaudières de fonte arrondies , et à une chaleur inférieure à celle de Y ébullition • on enlève avec une écumoire la masse solide qui reste , que l’on connaît dans le commerce sous le nom de salin , de potasse brute y lequel est de la potasse impure, noircie par des parties charbonnées , et qui contient de l’acide carbonique, et plusieurs matières étrangères , teJles que de la silice , des oxides de fer , de manganèse , du muriate de potasse , du sulfate de potasse, du carbonate de chaux, etc. , etc. Le salin est ensuite introduit dans des fours , pour être calciné; on lui fait d’abord subir une douce chaleur, afin d’enlever l’humidité, et on le fait ensuite rougir jusqu’à ce qu’il devienne blanc.

^°. Un autre procédé consiste à renfermer du tartre brut (sur-tartrate de potasse), pulvérisé grossièrement , dans des cornets de papier gris, qu’on humecte avec de l’eau, et qu’on

expose sur des charbons ardens. La combustion terminée, et l’acide tartarique dissipé* on ramasse la potasse, ou cendre gravelée qui en résulte ; on la fait dissoudre dans de l’eau bouillante ; on évapore ensuite jusqu’à siccité , et on obtient un sous -carbonate de potasse beaucoup plus pur que la potasse du commerce , quoique cependant saturée en partie d’acide carbonique ; ce qui l’empêche d’être caustique.

On enlève à la potasse, ainsi obtenue, l’acide carbonique qui lui est uni , et on la rend caustique par le procédé suivant : On fait bouillir, avec suffisante quantité d’eau , et dans une chaudière de fer, parties égales de potasse brute et de chaux vive , qu’on a préalablement éteinte et liquéfiée dans une partie du liquide. Pendant l’ébullition , qui doit durer deux heures environ, la chaux attire l’acide carbonique , avec lequel elle a plus d affinité , et il j a formation de carbonate de chaux , qu’on sépare par le filtre ; la solution de potasse pure est ensuite rapprochée jusqu’à consistance plus que syrupeuse , et mise , en cet état , dans un creuset , que l’on expose à l’action d’une douce chaleur, qu’on augmente progressivement jusqu’à faire fondre la matière , que 1 on coule alors, demi-liquide, sur des plaques de

NOUVEAUX ÉLEMENS

cuivre chaudes légèrement huilées , et que l’on conserve après l’avoir divisée en petits fragmcns dans un flacon très sec , que Ton tient exactement bouché.

La pierre à cautère est caustique, et brûle violemment ; son effet sur l’organisme animal est plus ou moins énergique, et n’est déterminé , en quelque sorte , que par une certaine quantité d’humidité produite par la transpiration du malade. 11 suit de là que son action varie en raison des sujets ou du tempérament. Chez les vieillards, où le derme est sec , le tissu cellulaire peu abondant , on est souvent obligé de l’humecter avec un peu d’eau pour aider l’action ; alors les molécules de l’alcali se portent sur la substance gélatineuse de la peau , et forme une sorte de savon animal.

La potasse caustique présente des caractères particuliers, et éprouve souvent des modifications qui dépendent de plusieurs causes , c’està-dire de la pureté de l’alcali qu’on a employé, et du degré de chaleur qu’avait la matière alcaline lorsqu’elle a été coulée sur la lame métallique , qui lui communique quelquefois une couleur étrangère ; souvent aussi le changement d’état a pour cause la présence d’un oxide métallique que contient assez souvent la

potasse , quoique purifiée avec beaucoup de soin.

Exposée à l’air , ou tenue dans des vases mal bouchés, la potasse caustique attire l’acide carbonique , s’en pénètre rapidement, et cesse d’être caustique quand elle en est saturée. Cette substance , lors même qu’elle a été purgée d’acide carbonique par le procédé que nous avons décrit ci-dessus , contient encore , quoique essentiellement caustique , plusieurs corps étrangers , et notamment du muriate et du sulfate de potasse. M. Berthollet a donné un procédé au moyen duquel on l’obtient dans son dernier degré de pureté , et propre aux expériences les plus délicates. Il consiste à verser sur de la potasse privée d’acide carbonique, comme nous l’avons indiqué, un tiers d’alcohol; à faire chauffer légèrement le mélange , et à le laisser ensuite refroidir : peu à peu le liquide se sépare en trois couches ; il se dépose à la partie inférieure plusieurs corps solides , tels que le carbonate de chaux , le carbonate d’alumine , de la silice ; au-dessus est une solution aqueuse de carbonate de potasse , de sulfate de potasse; et à la partie supérieure une liqueur alcoholique d’un rouge brun , qui lient en dissolution de la potasse très pure. On décante avec soin cette solution rouge , et

N OUYEAüX ELE M ENS

on la fait évaporer rapidement, et jusqu’à siccité , dans une bassine d’argent (i) : la matière blanche qui en résulte est de la potasse très pure (2).

De quelle manière reconnaît-on la pureté de la potasse ?

On s’assure que la potasse est à l’état de pureté, lorsque sa solution dans l’eau distillée n’est pas troublée par l’addition de quelques gouttes d’eau de chaux ou de baryte , et que le précipité quelle forme dans la dissolution d’argent peut se redissoudre en totalité dans l’acide nitrique.

Quels sont les caractères de la potasse ?

(1) Il vaut mieux procéder à l’évaporation dans une cornue, a laquelle on ajoute au bec un récipient 5 011 retire , par ce moyen , tout l’alcohol , qui peut servir pour plusieurs autres opérations.

(2) Des expériences nouvelles ont constaté que la potasse caustique, préparée d’après les différens procédés indiqués, n’est pas entièrement privée d’acide carbonique, et qu’elle en retient une certaine proportion qu’il est impossible de lui enlever par les moyens qu’on a proposés pour cet effet. M. Berthollet a fait voir aussi que la potasse qu’on a tenue long-temps en fusion à une chaleur active, retient jusqu’à treize et demi pour cent d’eau, pour laquelle elle a une appétence extraordinaire. ( Voyez les deux volumes des Mémoires de la Société d’Ârcueil.)

La potasse pure est d’une couleur blanche, et parfaitement inodore; sa saveur est âcre et caustique ; elle verdit fortement les couleurs bleues végétales , détruit et désorganise la fibre musculaire, et est dissoluble dans l’eau, les graisses et les huiles fixes , avec lesquelles elle forme des savons. Exposée à l’air, elle absorbe l’humidité et l’acide carbonique , et se résout en un liquide épais , que les anciens avaient nommé huile de tartre par défaillance .

Soumise à l’action d’un feu modéré , elle se boursouffle , elle se fond , et se volatilise lorsque la chaleur est violente.

La potasse se combine au soufre , et forme avec ce corps un sulfure qui est communément employé en médecine.

Sulfure de potasse.

Comment prépare -t- on le sulfure de potasse ?

Le sulfure de potasse s’obtient en faisant fondre ensemble , dans un creuset , partie égale de soufre et de potasse , et en coulant le mélange liquide sur un marbre. Il en résulte une masse d’une couleur brune , qui ressemble assez au foie de certains animaux , et c’est par rapport à ce caractère que les anciens

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chimistes l’avaient appelé joie de soufre, hepar sulphuris .

Quelles sont les propriétés du sulfure de potasse ?

Ce corps répand une odeur puante , qui a beaucoup d analogie avec celle des œufs pourris; il attire l’humidité de l’air, et prend une couleur verte par son contact ; sa cassure est vitreuse , et sa saveur chaude et âcre; il verdit et détruit les couleurs bleues végétales , et colore en rouge les substances animales ; il divise les métaux les plus durs et les plus réfractaires. M. Chaptal assure que l’or peut, par son action , être réduit en parties si fines et si tenues, quil passe par les filtres; et il remarque que Sthal a supposé que Moïse s’était servi de ce moyen pour faire boire le veau d’or aux Israélites.

Le sulfure de potasse est soluble dans l’eau ; en s’y dissolvant, il devient vert, et répand une odeur très désagréable : une partie de î eau est décomposée; son oxigene agit sur une partie du soufre , et forme de 1 acide sulfurique , qui se porte ensuite sur la potasse , pendant que simultanément l’hydrogène s’unit avec une autre portion du soufre , et forme de l’hydrogène sulfuré , dont le dégagement

donne lieu à ï’odeur infecte qui accompagne l’opération.

Une solution de sulfure de potasse, dans laquelle on verse un acide , laisse précipiter du soufre , et il y a émission de gaz hydrogène sulfuré; mais si c’est de l’acide oxi-muriatique qu’on emploie , le phénomène est modifié : alors le dégagement du fluide élastique est très faible , et le soufre , combiné avec l’hydrogène sulfuré , se précipite à l’état d’un liquide huileux , et forme le soufre hydrogéné de M. Berthollet. ( Voyez Soufre.)

Tous les acides sans exception se combinent avec la potasse , et forment des sels dont nous aurons occasion de parler bientôt.

La potasse ne contracte aucune union avec les métaux; liquéfiée et chaude, elle en oxide cependant plusieurs , qui ont une très grande attraction avec l’oxigène : tels sont le zinc , le molybdène, le fer, etc. Ce dernier métal, introduit à l’état de limaille , ou mieux de tournure, dans un canon de fusil qu’on a courbé à sa partie moyenne, et traité à une haute température avec de la potasse pure , fournit , après une heure d’action , une substance très singulière, d’une apparence métallique , qui a reçu le nom de potassium , ou métal de la potasse .

C’est en exposant; de la potasse à l’action, du

pôle négatif (i) d’une forte pile voltaïque , que M. Davy a obtenu le premier le métal de la potasse. Bientôt après , MM. Guy-Lussac et Thénard confirmèrent les expériences du chimiste anglais , et découvrirent un mode de préparation nouveau, au moyen duquel on obtient cette substance en assez grande quantité , par le contact du fer et de la potasse , à une température très élevée , et sans le secours de 1 électricité. On doit, en outre, à ces deux illustres chimistes , des connaissances très profondes et très exactes sur les propriétés physiques et chimiques de ce nouveau métal, et sur les phénomènes qui accompagnent ces diverses combinaisons avec un très grand nombre de corps : leurs savantes recherches ont été publiées , et se trouvent consignées dans un ouvrage qui a pour titre : Recherches physicochimiques y faites sur la pile , sur Ici préparation chimique et les propriétés du Potassium et du Sodium , etc.

(i) On appelle ainsi l’extrémité de l’appareil monté, cjiii se termine par une plaque de cuivre , et qui donne de 1 électricité négative } celle inférieure, ou opposée à celle-ci, qui est terminée par une plaque de zinc, et

donne de l’électricité positive , est nommée pôle positif.

DE CHIMIE. LlQrj

Le potassium se distingue par des propriétés remarquables. Il est d’une consistance peu solide, se pétrit entre les doigts comme de la cire, et cède à la plus légère section ; il a un éclat métallique semblable à celui du plomb ; il se combine intimement avec le soufre , le phosphore , et à plusieurs métaux avec lesquels il forme des alliages ; jete sur l’eau , il se meut doucement, s’enflamme, dégage de l’hydrogène , et se transforme en potasse ; il brûle également avec les acides dans le gaz oxigène, dont il est très avide, et par le contact de l’air atmosphérique ; c’est pourquoi on est obligé de le conserver sous le naphte ou dans l’huile.

La potasse est fréquemment employée dans les arts et en médecine ; combinée avec les acides , elle donne naissance a une infinité de substances salines très précieuses ; la solution dans l’eau, de la potasse caustique, a été particulièrement recommandée contre la brûlure , quelle guérit très promptement.

2°. De la, Soude et du Sodium,

Qu’est-ce que la soude ?

La soude est un alcali qu’on retire par l’incinération de plusieurs plantes marines , et notamment de la barille d’Espagne, qui fournit la plus pure ; on l’extrait aussi à l’état de

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combinaison avec l’acide carbonique, du na trum d’Egypte , et du muriate de soude, par l’intermède de l’oxide rouge de plomb , de la chaux ou du 1er; elle se trouve encore dans quelques eaux minérales , et dans plusieurs substances animales : celle qui s’efïleurit sur les* murailles humides doit être considérée comme la plus pure.

La soude du commerce , que l’on appelait anciennement alcali minéral, parcequ’on la retirait exclusivement du règne minéral , est toujours mêlée avec plusieurs substances salino-terreuses, dont on la débarrasse par la purification. A cet effet, on lessive à plusieurs reprises , et à l’eau bouillante , de la soude grossièrement pulvérisée ; le liquide entraîne tout ce qui est soluble ; on fait ensuite évaporer la lessive filtrée , en observant d’enlever soigneusement la pellicule qui se forme à la surface : les dernières portions de liqueur rapprochées jusqu’à siccité , donnent le carbonate de soude. Pour enlever l’acide carbonique qui lui est uni , on emploie le même procédé que celui qu’on suit pour la potasse; on obtient alors la soude pure ou caustique.

Quelle différence y a-t-il entre la potasse et la soude?

La soude , à l’état de pureté ? a beaucoup de

DK CHIMIE.

ressemblance avec la potasse ; comme elle , elle verdit fortement les couleurs bleues végétales, a une saveur âcre et brûlante , se fond et se volatilise par 1 action dune vive chaleur, et se combine avec le soufre pour former des sulfures. Cependant elle en diffère en ce qu’elle est moins caustique,* quelle s’effleurit à l’air, ou attire légèrement rhumidité, sans se liquéfier comme le fait la potasse , et sur-tout qu elle forme des produits très difïérens lorsqu’on la combine avec des acides.

La soude traitée , comme la potasse , avec le 1er , à une haute température , ou exposée à l’électricité voltaïque , a fourni à MM. Guy - Lussac et Thénard une substance particulière, qui ne diffère pas du métal cle la potasse , si ce n est qu elle a moins d’attraction avec l’oxigène que le potassium , et qu’elle se conserve mieux ; elle a été appelée sodium , du nom de la soude, d’où on la retire (i).

(i) La découverte du potassium et du sodium est encore récente. Cet ouvrage ne comportant que des notions très succinctes, nous avons dû nous restreindre à 1 indication sommaire des principales propriétés de ces substances, et renvoyer au livre que nous avons mentionné plus haut, les personnes qui voudraient acquérir des connaissances plus étendues sur l’histoire de ces corps.

5°. De V Ammoniaque «

Quels sont les corps qui fournissent de rammoniaque , et par quel mode de préparation peut-on l’obtenir ?

L'ammoniaque , ou alcali volatil , existe dans un grand nombre de corps organiques. Elle se trouve spécialement dans les substances animales, qui en laissent dégager abondamment pendant la putréfaction 3 la décomposition de plusieurs végétaux appartenant à la famille des crucifères, en fournit aussi des proportions très considérables ; ce qui leur avait fait donner le nom de plantes animales : mais alors elle n’est pas pure ; elle est mêlée avec de l’acide carbonique, et salie par de l’huile empyreumatique. L’ammoniaque dont on se sert en médecine s’obtient ordinairement de la décomposition du muriate d’ammoniaque , par le moyen d une base alcaline , qui a plus d’affinité avec l’acide carbonique du muriate que n’en a l’ammoniaque. O11 emploie de préférence la chaux pour opérer cette décomposition. A cet effet, on prend deux parties de chaux vive pulvérisée , et une partie de muriate d’ammoniaque , mis en poudre séparément ; on introduit ce mélange dans une cornue de grès , que l’on pose dans un four-

neau de réverbère, et à laquelle on ajoute une alonge qui communique à un récipient tubulé , d’où part un tube recourbé , dont [extrémité plonge dans un flacon de Woulj\ qui est en rapport avec un autre, ou plusieurs , si deux ne suffisent pas; on distribue dans les flacons la même pesanteur d’eau distillée que celle de sel employé. Les tubes de sûreté établis ^ et toutes les jointures bien îutees avec delà terre; on fait chauffer d’abord doucement, en augmentant ou diminuant le leu , suivant que l’opération est lente ou rapide, et l’amm on ia que se dégagé a 1 état de gaz , et vient se mêler à l’eau du premier flacon , puis à celle du second, et ainsi de suite jusqu’à la saturation complète de tout le liquide.

Il reste dans la cornue un muriate de chaux avec excès de base, lequel , exposé à l’humidité , se résout en un liquide onctueux au toucher, que l’on avait appelé improprement huile de chauoc y mais si 1 on chauffe fortement et jusqu a vitriucation ce muriate, il devient phosphorescent , et forme ce qu’on a nommé phosphore de Humberg, à cause de la propriété qui caractérisé cette substance^ de luire dans l’obscurité , lorsqu’on la frotte quelques instans .

Le gaz ammoniacal a une odeur vive et

pénétrante , une saveur âcre et brûlante ; il est plus léger que l’air atmosphérique ; il éteint les bougies allumées ; mais avant que de produire cet effet , on observe que le disque de la flamme s’agrandit, et prend une couleur jaune pâle ; excessivement dilatable par le calorique , il a aussi la propriété de rougir et de corroder la peau , de verdir fortement l’infusion de violette , et de s’enflammer à une haute température.

Quelle est la nature de l’ammoniaque ?

L’analyse la plus rigoureuse a fait reconnaître à M. Bertliollet que , comme l’avait entrevu Schéele y l’ammoniaque liquide avait , pour parties constituantes , l’azote et l’hydrogène ; et la décomposition de cet alcali , par l’étincelle électrique , a prouvé à ce chimiste que cent parties admettaient dans leur composition quatre-vingts d’azote et vingt d’hydrogène. Depuis lors, plusieurs expériences synthétiques ont confirmé , d’une manière irrécusable , l’exactitude des résultats du chimiste français.

Quelles sont les propriétés de l’ammoniaque ?

L’ammoniaque est un liquide léger, extrêmement volatil , d’une odeur forte et piquante, sans être cependant très désagréable , d une

PE CHIMIE

saveur âcre , et pour ainsi dire caustique ; elle verdit fortement le sirop de violette, irrite et enflamme la peau.

L'ammoniaque liquide n a aucune action sur le soufre ; mais si on distille dans une cornue un mélange de soufre et de muriate d ammoniaque , on obtient une substance volatile , que l’on connaissait autrefois sous le nom de liqueur fumante de Boy le , et que M. Berthollet a proposé de nommer sulfure hydrogéné d’ ammoniaque . Ce sulfure contient une assez grande quantité d’ammoniaque libre , qui est habile à se combiner à une plus grande quantité de soufre , et si elle en est saturee complètement , elle acquiert de la fixité , et cesse d’être

fumante.

L’ammoniaque n’a aucune action sur la plupart des substances terreuses, si l’on en excepte cependant l’alumine quelle attaque très faiblement; mais elle agit sur quelques oxides métalliques; ce qui donne lieu à plusieurs phénomènes intéressans. Quand elle les dissout sans les altérer , comme cela arrive , par exemple , pour les oxides de zinc , d’étain , d’antimoine, de bismuth, etc., il en résulte des combinaisons qui forment des espèces de matières salines, que plusieurs chimistes ont proposé de nommer ammoniures. Mais le plus

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souvent son action sur ces substances donne lieu à sa décomposition, ou à celle des matières sur lesquelles elle exerce des effets; alors les élémens de l’ammoniaque , diversement combinés avec l’oxigène des oxides , font naître plusieurs produits nouveaux , qu’il importe singulièrement de mentionner. C’est ainsi que, dans certaines circonstances où le métal est réduit , il y a décomposition des deux corps mis en contact, et production d’une certaine quantité d’eau , dont la formation est due à l’union de l’hydrogène avec une partie de î’oxigène provenant de l’oxide; ou bien que l’oxigène avec l’azote forme de l'ammoniaque, de l’acide nitrique ou nitreux, suivant l’ordre et la proportion des principes élémentaires qui se rencontrent, ainsi que le degré de température qui se produit. Quelques oxides , au maximum , forment avec l’ammoniaque des composés d’un effet très dangereux , que l’on connaît sous le nom d’or, d’argent, ou de mercure fulminant , à cause de la propriété qui les distingue de détonner fortement lorsqu’on les lait chauffer ou qu’on les triture légèrement , avec les acides. L’ammoniaque y adhère assez faiblement , et on peut l’isoler de ses combinaisons avec ces corps par les alcalis. La chaux et la magnésie forment , avec elle

et les acides, des sels triples ou à double base, que l’on appelle sels ammoniac o -magné siens .

Quels sont les usages de l’ammoniaque liquide ?

L’acali volatil , ou ammoniaque , qui est un des réactifs les plus usités en chimie, et que plusieurs arts emploient, jouit d’une foule de propriétés médicinales qui le rendent très précieux. C’est un puissant stimulant dans le cas d’asphyxie ; il a été aussi recommandé en boisson dans plusieurs liquides appropriés pour combattre et s’opposer aux effets funestes de la morsure de la vipère et du chien enragé , dont il neutralise les venins. A l’extérieur, on l’a employé avec succès contre les brûlures , ia piqûre d’insectes, et les engelures. Le professeur Pejrilhe a signalé ce liquide comme un antivénérien très énergique.

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