METAUX FRAGILES ET SIMPLEMENT OX IDA B LES
i°. Du Manganèse .
Qu’est-ce que le manganèse?
C est une substance métallique d’un gris blanc , granuleuse , très dure , très réfractaire , qu’on ne rencontre jamais à l’état de métal dans la nature , mais toujours sous la forme d’oxide de différentes couleurs , à raison de la plus ou moins grande quantité d’oxigène qu’il contient.
Quels sont les caractères de l’oxide noir de manganèse ?
L’oxide noir de manganèse récemment tiré de la terre , présente dans sa cassure de petits cristaux brillans. Par son exposition à l’air, il se nuance successivement en rouge, en brun ou noir, suivant les divers degrés d’oxidation ; devient friable, pulvérulent, doux au toucher, et salit les doigts.
L’oxide de manganèse se combine avec les alcalis à l’aide de la chaleur. Si l’on fait fondre dans un creuset un mélange de dix parties de potasse ou de soude , et d’une partie de cet
oxide , on obtient un produit d'une belle couleur verte , qui a reçu le nom de caméléon minéral , parceque , exposé à l'air, il devient subitement brun, rose avec un acide, ou encore bleu lorsqu’on augmente la proportion du manganèse.
En faisant dissoudre dans l’eau la substance obtenue par le traitement de l’oxide de manganèse et d’un alcali, on obtient encore des effets analogues aux précédens , c’est-à-dire que la solution froide a une couleur rougebrun, qui passe au vert éclatant, quand on l’a fait chauffer légèrement. On peut ainsi produire une infinité de nuances , en variant les degrés de température du liquide, etc.
L’oxide de manganèse , chauffé dans un appareil pneumato-chimique , fournit du gaz oxigène très pur. La masse grise qui reste dans la cornue , absorbe de nouveau de Foxigène par son exposition à l’air , et repasse à l’état d’oxide noir.
Le mélange d’oxide de manganèse avec de l’huile de lin cuite , amené à une consistance solide par le dessèchement, donne un produit qui répand en brûlant une odeur très agréable.
Quels sont les usages de l’oxide de manganèse ?
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L oxide de manganèse est fréquemment cmployé dans les arts on s’en sert particulièrement pour décolorer les verres communs, ce qui faitqu on 1 a nomme le savon des verriers : par rapport à la propriété qu’a cet oxide de contenir une grande quantité d’oxigène , et de le céder avec facilité , on l’emploie avec beaucoup d avantages , pour oxigéner l’acide mu- 3 la tique simple : il lait aussi la base d’un non- \ eau médicament qu on appelle pommade manganesèe , laquelle se prépare en mêlant ensemble seize parties d ’axonges de porc purifiées , et quatre parties d’oxide noir de manganèse.
Cette pommade est très oxigénée; elle s’emploie avec succès, pour la guérison de la gale, et de toutes les maladies cutanées,
2°.. Du Bism u th .
Qu’est-ce que le bismuth ?
Le bismuth est un métal dont les mines se trouvent particulièrement en Suède et en Bohême , et dont on distingue trois variétés principales . i°. le bismuth natif • 2°. le sulfure de bismuth ; 6°. 1 oxide de bismuth natif.
Quels sont les caractères du bismuth ?
A 1 état de pureté, le bismuth est d’un blanc argenté, à reflet, couleur gorge de pigeon $ il
est lamelleux , fragile , tendre , inodore , sans saveur , très fusible en petits fragmens , fond à la simple flamme d'une bougie, et cristallise par le refroidissement en cube ou en octaèdre.
Exposé à Faction d'une chaleur modérée , au contact de l’air , le bismuth perd son éclat métallique , se liquéfie et passe à l'état d’oxide d’un gris verdâtre ; à un feu violent , il brûle avec une petite flamme bleuâtre, se volatilise en vapeurs blanches qui se condensent sur les corps froids qu'on lui présente , et forme un oxide au maximum , jaunâtre très fixe, connu dans l’ancienne chimie, sous le nom de fleurs de bismuth.
Le contact de l’air , long-temps prolongé , ternit l’éclat du bismuth • l’eau ne paraît avoir aucune action sur lui.
Les acides agissent avec plus ou moins d’énergie sur le bismuth ; l’acide sulfurique concentré et aidé du calorique , en dissout une partie , et forme un sulfate de bismuth très peu soluble ; il y a pendant l’opération dégagement de gaz sulfureux. L’acide nitrique l’attaque fortement ; dans ce cas , le mélange s’échauffe considérablement, et l’acide se décompose presque en entier : si l’on verse de l’eau dans la dissolution nitrique de bismuth , il se précipite vin oxide blanc qu’011 a appelé ma-
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glstère de bismuth ; ce précipité doit être lavé à plusieurs reprises avec de l’eau très pure , afin d’enlever tout l’acide qu’il pourrait avoir retenu , et lui donner une belle blancheur : on le fait ensuite sécher à l’ombre , et on a le magistère qu’on appelle aussi blanc de fard , et blanc perlé.
L’oxide blanc de bismuth bien préparé doit être parfaitement blanc , très léger, et fort peu volumineux. Un habile chimiste a fait connaître , il y a quelque temps , un mode de préparation à l’aide duquel on remplit toutes ces indications ; il consiste à verser le nitrate de bismuth , goutte à goutte , dans l’eau fortement agitée , au lieu de verser l’eau dans la dissolution , comme on le fait ordinairement. Cette observation paraîtrait d’une grande puérilité , si 1 on ne savait d’ailleurs que les plus petites circonstances modifient quelquefois les résultats d’une expérience.
Le blanc de fard figure avec distinction dans la toilette des femmes qui l’emploient pour blanchir la peau , mais il s’altère sensiblement à l’air , noircit par les émanations des matières fétides ou odorantes , par celles de l’ail , par le gaz hydrogène sulfuré , et même par la transpiration , ce qui fait que beaucoup de dames en ont suspendu l’usage.
3°. Del antimoine et du sulfure d' antimoine .
Qu’est-ce que l’antimoine ?
L’antimoine est un métal d’un blanc bleuâtre, dont on distingue quatre mines principales , indépendamment de quelques variétés.
i°. U antimoine natif ; on le trouve en Suède , au Hartz , et dans diiférens autres lieux.
2°. Antimoine sulfuré , c’est-à-dire minéralisé par le soufre ; on le rencontre abondamment dans la nature , il est sous forme de prismes terminés par une pyramide à quatre faces. Cette mine fournit la presque totalité de l’antimoine crud du commerce.
5°. Antimoine hydro-suif uré ; il est granuleux , d’un rouge foncé , caractère qui le fait considérer , par plusieurs savans , comme une espèce de kermès natif.
4°. Antimoine oæidé , ou muriaté ; on le nomme mine blanche , à cause de sa couleur, il se trouve en Bohême, en Saxe, dans le département de l’Isère , et en beaucoup d’autres lieux.
L’antimoine existe très rarement à l’état de pureté, et les mines qui l’accompagnent ordinairement s’y trouvent en petite quantité , si
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l’on en excepte cependant le soufre , avec lequel , comme nous l’avons déjà dit, il forme des mines ou filons très étendus , et d’où on exploite l’antimoine métallique pur , que l’on appelait autrefois régule d'antimoine. A cet effet, on torréfie à une très douce chaleur , et sur le grillage d’un fourneau de réverbère, le sulfure d’antimoine préalablement concassé ; le soufre * se volatilise en partie ; on fond ensuite dans un creuset l’oxide gris obtenu , avec moitié de son poids de tartre brut.
Dans cette opération , le tartre est décomposé par l’action de la chaleur* son carbone , une de ses parties constituantes , opère la réduction de l’antimoine , et la potasse s’empare de la quantité de soufre que l’oxide avait retenue, favorise ainsi la fusion du métal, et empêche même sa volatilisation , en formant une croûte à la surface , pendant que l’antimoine se rassemble au fond du creuset pour former un culot métallique.
Quels sont les caractères de l’antimoine métal ?
L’antimoine , qui se distingue par une couleur argentine bleuâtre , est fragile , lamelleux , et susceptible d’un beau poli ; il est dur, inaltérable à l’air , et présente à la surface de ses culots orbicuiaires , une sorte de feuillage dis-
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posé en étoile , qui lui donne une apparence de cristallisation.
Ce métal , frotté entre les doigts, leur communique une odeur et une saVeur particulière très remarquable.
Chauffé fortement dans des vaisseaux clos , l’antimoine se sublime sans éprouver aucune altération ; mais si on lui fait subir faction du feu avec l’accès de l’air , il perd son éclat métallique et s’oxideà la surface • à une chaleur violente, il rougit avant de se liquéfier, s’enflamme ensuite en répandant des vapeurs blanches qui se condensent par le refroidissement en aiguilles déliées transparentes , qu’on appelait autrefois fleurs argentines d’antimoine , et qui ne sont autre chose qu’un oxide blanc d’antimoine contenant o,2 3 d’oxigène.
La plupart des acides attaquent l’antimoine , mais avec plus ou moins d’énergie : tous , dans ce cas , éprouvent une décomposition assez complète : l’acide sulfurique , concentré et bouillant , en oxide une partie $ il se dégage , pendant l’opération, beaucoup de gaz sulfureux ; la dissolution est brunâtre, et laisse dé“ poser une masse blanche très peu soluble , qui est du sulfate d’antimoine.
L’acide nitrique attaque ce métal , même à froid; l’effet est, dans quelques circonstances,
si rapide , que quelquefois il s’enflamme ; il se produit le plus souvent, cependant, un grand dégagement de gaz nitreux , et l’antimoine passe à l’état d’oxide blanc au maximum , contenant o,5o d’oxigène. Cet oxide précipité de sa dissolution nitrique, constitue cette substance que les anciens appelaient le bézoard minéral .
Dans cette opération , les élémens de l’acide et de l’eau qui a été décomposée, se combinent dans un ordre différent , ce qui donne naissance à une certaine quantité d’ammoniaque qui se dégage.
L’acide muriatique n’a pas , à beaucoup près , une action aussi marquée sur l’antimoine ; à l’aide du calorique , et par une longue digestion , il en dissout cependant une assez grande quantité , mais qu’il laisse ensuite précipiter en partie sous forme d’oxide au maximum. L’acide oxi-muriatique brûle rapidement ce métal avec une très vive déflagration.
L’action de l’acide muriatique sur l’antimoine , fournit un médicament assez usité en pharmacie, qu’on appelle muriate d’antimoine sublimé.
Du Muriate d3 antimoine sublimé ( O æi- Mûri a Le d3 antimoine . )
Comment prépare-t-on l’oxi-muriate d’antimoine.
On obtient ce sel par le procédé suivant : on introduit dans une grande cornue de verre, à large ouverture , un mélange d’une partie d’antimoine métal, et de deux parties d’oximuriate de mercure ; on pose la cornue sur un bain de sable; on ajuste à son bec un ballon qui doit avoir moins de capacité cpie la cornue , et on procède ensuite à la distillation à un feu très-doux ; il passe bientôt une liqueur claire, un peu onctueuse, qui se lige dans le récipient, et souvent même dans le col de la cornue , en une masse blanche cristalline ; dans ce cas , on la liquéfie en présentant un charbon ardent qui la fait couler dans le ballon ; on continue le feu jusqu’à ce qu’il ne passe plus rien , et l’on retire , après que l’appareil est refroidi , le muriate d’antimoine sublimé , qu’on appelait autrefois beurre d3 antimoine à cause de sa consistance butireuse.
Dans cette opération , l’oxigène se sépare de l’oxide de mercure et s’unit à l’antimoine , lequel, étant oxidé au minimum, se combine
à son tour avec l’acide muriatique , avec lequel il forme du muriate d’antimoine.
Le résidu que contient la cornue est composé de mercure et d’une poudre grise d’antimoine , qui occupe la surface de ce métal ; mais lorsque, comme cela se pratique ordinairement dans les pharmacies, on opère la décomposition de l’oxi-muriate de mercure avec le sulfure d’antimoine , on obtient pour résidu une substance particulière que l’on appelait , dans l’ancienne chimie , cinabre cY antimoine.
Quels sont les caractères du muriate d’antimoine?
Le muriate d’antimoine sublimé est blanc , solide, transparent, altérable à la lumière ; il attire puissamment l’humidité de l’air , et se résout en un fluide oléagineux très caustique ; il brûle les substances végétales , se fond à une chaleur douce , se fige par le refroidissement, et perd en peu de temps la blancheur qui lui est propre.
L’oxi-muriate d’antimoine se dissout dans l’eau ; mais il est, dans ce cas, en partie décomposé. Si on jette une certaine quantité de ce sel dans de l’eau distillée , il se forme de suite un précipité très abondant, lequel, lavé à plusieurs reprises dans de l’eau bouillante et
ensuite mis à sécher, forme un oxide d’amimoine qui est connu sous le nom de poudre d’ Aigaroth y que l’on a aussi appelé mercure de vie , mais très improprement , puisqu’il ne contient pas un atome de mercure ; cet oxide , au minimum , doit être considéré comme un très- violent émétique.
L’antimoine régule est peu altérable à l’air , cependant son éclat s’y ternit; il paraît ne contracter aucune union avec les matières terreuses ; mais il peut se combiner avec l’arsenic , le bismuth , le soufre , et avec une infinité d’autres substances : d’où résultent plusieurs composés ou alliages très usités dans les arts» Porté à l’etat d’oxide, il s’unit avec la potasse seulement, à la manière des acides, et cette combinaison donne naissance à une espèce de sel presqu’insoluble , qu’on a proposé de nommer antimonite .
Seize parties de plomb et une partie d’antimoine forment un alliage qui a beaucoup de ressemblance avec le plomb , quoique infiniment plus dur, et que l’on emploie pour les caractères d’imprimerie. L’alliage de deux parties d’étain contre une d’antimoine , servait autrefois à confectionner des espèces de gobelets émétiques , dans lesquels on laissait séjourner une quantité arbitraire de vin, qui
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devenait plus ou moins émétique ; dix-huit parties d’antimoine et cent parties d’étain , donnent, par la fusion , un métal dur, d’un blanc argentin , et susceptible d’un beau poli , que l’on appelle métal du prince Rubert. L’union de l’antimoine métal avec le soufre, fournit un sulfure d’antimoine artificiel très important , en ce qu’il sert à la préparation d’un grand nombre de produits pharmaceutiques fort usités.
Sulfure d’ Antimoine artificiel.
De quelle manière procède-t-on pour la préparation du sulfure d’antimoine artificiel ?
Le sulfure d’antimoine , que l’on nommait anciennement antimoine crud , est , comme nous l’avons déjà dit, abondamment répandu dans la nature , et se trouve en grande masse , d’où on l’exploite pour le commerce ; on le prépare artificiellement de la manière suivante : on fait un mélange de parties égales de soufre et d’antimoine métal , mis en poudre, chacun séparément ; on introduit ce mélange dans un creuset que l’on couvre exactement; on donne un coup de feu de manière à faire rougir obscurément le creuset. La matière fondue , on la retire du feu, on la casse après e son entier refroidissement , et on trouve une
masse brillante , composée d’un grand nombre de petites aiguilles de couleur gris bleuâtre.
Le sulfure d’antimoine, traité au feu, laisse dégager, comme il a été dit plus haut, une portion de son soufre et prend l’état d’oxide gris , et celui d’oxide gris -blanc , lorsqu’on pousse plus loin l’action du calorique ; à une chaleur active il entre en fusion, et se convertit en une matière vitreuse , demi-transparente , que l’on nomme verre (V antimoine et oocide d’ antimoine sulfuré vitreux y selon les chimistes modernes.
Comment prépare-t-on l’oxide d’antimoine sulfuré vitreux?
Lorsqu’on veut préparer cet oxide , on prend de l’oxide sulfuré , obtenu comme il a été indiqué; on le met dans un creuset, et on le fait chauffer au rouge , jusqu’à ce qu’il soit en parfaite fusion , ce dont on s’assure en piongéant une lame de fer dans le creuset , de manière que la matière , bien transparente , présente à l’examen les caractères du verre ordinaire fondu. Lorsqu’elle est dans cet état, on la coule sur une plaque de métal , et on obtient un composé vitriforme de couleur brun-sombre , qu’on appelait autrefois verre d' antimoine , et que l’on emploie dans la préparation de l’émétique.
M. J^auquelin a remarqué que tous les verres d’antimoine contenaient de la silice dans la proportion d’un douzième sur cent; cette matière terreuse paraît provenir des creusets dans lesquels on opère la fusion de l’oxide d’antimoine.
On obtient encore par la déflagration du sulfure d’antimoine avec du nitre, un composé particulier, qui a beaucoup de ressemblance avec le précédent > et qui n’en diffère qu’en ce qu’il admet une plus forte proportion de soufre ; on l’appelle oxide sulfuré d’antimoine demi-vitreux.
Comment prépare-t-on Foxide sulfuré d’antimoine demi-vitreux ?
Cet oxide se prépare de la manière suivante : on fait un méJange de parties égales de sulfure d’antimoine et de nitrate de potasse pulvérisé; d’autre part, on fait rougir un creuset, et on projette dedans une cuillerée du mélange : il se manifeste de suite une détonation violente; lorsqu'elle est passée, on ajoute une autre cuillerée de la matière, et on continue ainsi jusqu’à ce qu’elle soit toute introduite dans le creuset. Après cette opération , on chauffe la masse de manière à la faire entrer en fusion parfaite ; on ôte ensuite le creuset du feu; on le laisse refroidir, et l’on sépare les
scories qui occupent la partie supérieure d’avec l’antimoine, que l’on trouve à l’état de verre brun, qui est ce que l’on appelait autrefois foie d’antimoine y à cause de sa couleur rouge, semblable à celle du foie des animaux, et à qui les chimistes nomenclateurs ont donné le nom éé oxide d’antimoine sulfuré demi- vitreux.
Cet oxide , réduit en poudre, et bien lavé dans l’eau pure , fournit le safran des métaux , crocus metallorum y qui n’est autre chose que de l’oxide vitreux pulvérisé , et séparé des matières salines dissolubles.
Les acides en générai dissolvent beaucoup mieux le sulfure que l’antimoine métallique» L’action de l’acide sulfurique, quoique assez faible , produit une effervescence très considérable , avec dégagement de gaz acide sulfureux : il reste dans le fond du vase de l’oxide d’antimoine, mêlé d’un peu de soufre. L’acide nitrique , aidé du calorique , le dissout avec la plus grande énergie; il se produit du gaz nitreux , et le métal passe à l’état d’oxide blanc , qui se précipite avec du soufre ; l’acide muriatique en opère la dissolution à chaud et à froid, et en sépare le soufre. Enfin l’acide nitro-muriatique est celui qui exerce la plus vive action sur le sulfure d’antimoine ; il le
dissout rapidement, et en sépare le soufre, qui surnage sous forme de pellicule.
Le sulfure d’antimoine , comme nous avons déjà eu occasion de le faire remarquer , exerce une action chimique très puissante sur la plupart des substances salines. Son traitement avec le nitrate de potasse fournit une combinaison appelée par les modernes oæide cY antimoine blanc par le nitre.
De quelle manière obtient-on l’oxide d’antimoine blanc par le nitre ?
Cet oxide se prépare de la manière suivante : on prend une partie de sulfure d'antimoine et trois parties de nitre très pur. On réduit en poudre fine chacune de ces substances ; on en fait Je mélange , qu’on projette par cuillerée dans un creuset qu’on a eu soin de faire rougir ? il se produit chaque fois une vive détonation. La totalité de la matière introduite dans le creuset , on la porte à l’état de fusion complète , par un coup de feu , on la coule ensuite dans un mortier de fer, on la laisse refroidir , on la pulvérise , et on l’enferme dans des vases que l’on bouche bien , parcequ’elle attire fortement l’humidité de l’air. Le produit de l’opération est cette substance que l’on connaît dans les pharmacies sous le nom d 'antimoine diapho -
DE CHIMIE. 01 l
rètique non lavé, et que l’on a aussi appelé fondant de Rotrou.
Cette substance , dissoute dans l’eau bouillante , abandonne les matières salines qu’elle contient , tandis que l’oxide d’antimoine se précipite sous la forme d’une poudre blanche, et forme ce qu’on appelle X antimoine diaphoré tique lavé.
L’eau du lavage contient de la potasse pure et un peu d’oxide d’antimoine , en partie acidifié. Si on verse un acide dans cette liqueur , il se dépose un oxide blanc d’antimoine très oxigéné que l’on a nommé magistère d’antimoine, matière perlée de Kerkringius .
L’antimoine diaphorétique contient 0,52 d’oxigène * on le prescrit ordinairement pour exciter à la transpiration; mais son action très légère nécessite de l’employer à forte dose; on lit dans tous les livres de chimie , qu’un chimiste , voulant activer les' propriétés de cet oxide , imagina de le modifier en le sublimant sept fois de suite avec du nitre , ayant soin de lessiver le résidu à chaque opération , pour séparer les sels ; il obtint , de cette manière , une subsfance qu’il appela d’après son nom , poudre de la Chevalleraj .
L’action de la potasse sur le sulfure d’antimoine , donne pour résultat un produit qui
NOUVEAUX ELKMENS
a joui pendant long-temps d une grande renommée, et qui rend encore des services très importans à l’art de guérir , on l’appelle kermès minéral , oæicle d'antimoine hy dro -sulfuré , selon la nouvelle nomenclature.
En quoi consiste la préparation du kermès minéral ?
Ce précieux composé que le frère Simon , apothicaire , chartreux , préconisa le premier, sous le nom de poudre des chartreux , et dont le mode de préparation lut indiqué ensuite par un chirurgien nommé Laligérie , qui en vendit le secret à Philippe d’ Orléans , régent , se prépare par la voie sèche et par la voie humide , d’après des procédés très variés , mais toujours en combinant la potasse avec le sulfure d’antimoine. M. Chaptal l’obtient par une méthode fort simple et peu dispendieuse.
Ce chimiste recommande de prendre douze parties d’alcali pur en liqueur, et deux parties de sulfure d’antimoine pulvérisé , de faire bouillir pendant une demi-heure , de filtrer à travers une toile , et par le simple refroidissement on obtient du kermès.
On fait encore bouillir le sulfure d’antimoine restant , avec une nouvelle quantité d’alcalis, et on réitère cette opération , jusqu’à ce que l’antimoine soit tout-à-fait épuisé de soufre ; on
lave le kermès précipité dans de Peau froide non aérée , et on le fait sécher à l’ombre avec toute l’attention possible.
Le kermès, obtenu selon les différens procédés indiqués par les chimistes qui se sont occupés de sa préparation , n’est jamais , ou très rarement, de même nature , quoique chaque fois on ait employé pour le former des proportions également déterminées , de substances et d’eau ; et on s’est assuré que ses propriétés physiques et chimiques variaient en raison du degré de pureté , plus ou moins parfait des alcalis , de la durée de l’ébullition , et conséquemment du terme de concentration des lessives , de la nature de l’eau , de l’accès de Pair ou de sa privation , et d’une infinité d’autres circonstances particulières; dans l’intention de régulariser cette opération très importante , M. Cluzel le jeune a fait connaître dans un mémoire couronné par la société des pharmaciens de Paris , un procédé qui a reçu la sanction des chimistes les plus distingués , et à l’aide duquel on obtient du kermès d’un très beau velouté et toujours homogène.
A cet effet , on prend une partie de sulfure d’antimoine pulvérisé, vingt-deux et demie parties de sous-carbonate de soude , et deux cent cinquante parties d’eau de rivière. On fait
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bouillir pendant trois-quarts d’heure environ dans une chaudière de fer ; on filtre la liqueur encore chaude dans des terrines échauffées par l’eau bouillante , observant de les couvrir. On laisse reposer pendant vingt-quatre heures , on décante , on lave le dépôt avec de l’eau bouillie et refroidie à l’abri du contact de l’air ; on sèche dans une étuve échauffée à vingt-cinq degrés de Réaumur , et on conserve dans des vases bien bouchés.
Quels sont les phénomènes qui se manisfestent dans la préparation du kermès ?
Les expériences de M. Thénard, qui avaient fait dépendre la coloration du kermès à laprésence d’un oxide d’antimoine maron , ayant été controversées par les travaux postérieurs de M. Cluzel , on admet assez généralement aujourd’hui l’opinion de ce dernier 9 qui assigne la cause de la nuance brillante et veloutée du beau kermès , à la combinaison du gaz hydrogène sulfuré avec de l’oxide blanc d’antimoine : c’est ainsi qu’on obtient à volonté du kermès plus ou moins coloré , et depuis le brun le plus foncé , jusqu’au blanc parfait , suivant que les proportions de l’hydrogène sont peu ou très considérables. L’exposé des phénomènes qui accompagnent ce produit , par l’auteur du Manuel d’un Cours de chimie , nous a paru
d une facile conception et d’une extrême précision.
« Dans cette opération , dit M. Bouillon ~ » Lagrange , l’alcali en contact avec le sulfure » d’antimoine, s’empare de la plus grande par- » tie du soufre; le sulfure alcalin qui en résulte, ;) opère la décomposition de l’eau ; l’oxigène » de l’eau se porte sur l’antimoine , et le trans- » forme en oxide d’antimoine : son hydrogène » s’unit au sulfure , et donne naissance à l’hy- » drogène sulfuré qui se partage en deux par» » lies ; l’une qui se joint à l’oxide d’antimoine » sulfuré , d’où résulte le kermès ; et l’autre se réunit à la base alcaline, et dissout le kermès » qui se précipite,
» La masse totale de ce composé se partage » donc en deux portions différentes : l’une plus » antimoniée et moins sulfurée, qui ne peut être )> tenue en dissolution à froid ; l’autre moins » antimoniée et plus sulfurée, qui reste en dis- » solution , qui ne se sépare que par l’addition des acides , et que l’on connaît sous le nom » de soufre doré. »
Quel acide emploie- t-on pour précipiter le soufre doré d’antimoine?
Tous les acides, soit minéraux, soit végétaux, peuvent, à la rigueur, servir à cet effet ; mais on emploie de préférence l’acide acétique ;
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alors cet acide s’unissant à l’alcali qui tenait en dissolution l’oxide d’antimoine sulfuré , celuici se dépose sous la forme d’une poudre plus ou moins colorée , suivant la quantité d’acide qu’on emploie pour le séparer • ce qui fait qu’ou distingue quatre espèces de soufres dorés. Le premier précipité est plus rouge et plus antimonié que le second ; celui-ci plus que le troisième ; le quatrième et dernier ne contient presque pas d’antimoine , ce n’est , pour ainsi dire , que du soufre.
Quelle différence y a-t-il entre le kermès et le soufre doré ?
Il paraît indubitable que le kermès et le soufre doré sont deux oxides d’antimoine hydrosulfuré qui admettent peu de soufre , et qu’ils ne diffèrent entre eux , qu’en ce que le premier est coloré par une forte proportion d’hydrogène sulfuré , et qu’il retient moins de soufre et moins d’oxigène.
Le soufre doré décompose l’air comme le kermès , et subit à peu près les mêmes changemens ; c’est-à-dire que l’oxigène de l’air atmosphérique , en se combinant avec l’hydrogène qu’il renferme , l’altère aussi-bien que le kermes , d’une manière très remarquable. M. Bouillon - Lagrange rend compte de ce phénomène , ainsi qu’il suit ; « En faisant
» l’analyse du kermès préparé depuis quel- » que temps , M. Thénard a obtenu une diffé- » rence dans les résultats , ce qui la conduit à » faire cette observation importante , que le » kermès décomposait l’air , en vertu de l’hy- » drogène qui enti’e dans sa décomposition, et » que de là provenaient les changemens de « couleur qu’il éprouvait, et les variations d’ac- » tion qu’il exerçait dans l’économie animale , » donné à la même dose , et dans les mêmes » maladies.
» Ce chimiste a vérifié cette observation, en » renfermant , dans un flacon plein d’air , du » kermès récemment préparé ; quelques jours » ont été suffisans pour l’absorption totale du » gaz oxigène , et pour mettre à nu le gaz » azote.
» Cette remarque , ajoute le même chimiste , » fait reconnaître aux pharmaciens la cause de » l’altération du kermès , et leur prouve la né- » cessité de le conserver à l’abri de l’air et de » la lumière , qui favorisent cette décomposi- *> tion. »
Le kermès est fréquemment employé dans l’art de guérir ; on le donne dans les maladies de poitrine à la dose de un ou deux décigram» mes, comme fondant et diaphorétique.