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TROISIÈME SECTION

MÉTAUX DEMI-DUCTILES ET OXIDABLES.

i°. Du Mercure (i).

Qu’est-ce que le mercure?

Le mercure , quel’on appelle aussi vif-argent (Jiydrargyrum), est un métal d’un blanc éclatant que l’on trouve dans la nature sous quatre formes différentes :

i°. A V 'état natif en globules brillans éparpillés dans différentes substances , d’où on le retire par la simple division mécanique , à Idria , dans le ci-devant duché de Deux-Ponts , et à Almaden , en Espagne ;

2°. En amalgame avec l’argent ( mercure argentai) , comme dans le Palatinat et dans la Haute-Hongrie ;

5°. Combiné avec l’acide muriatique ( mer-

(i) « Les alchimistes, en donnant aux métaux qu’ils » connaissaient des noms de planètes , appelèrent mer— cure ce métal brillant et liquide, qu’ils crurent d’une » nature très rapprochée de l’or (soleil des adeptes); » aussi lui ont-ils donné le nom de la planète la plus » voisine de cet astre. D’autres, le comparant à l’argent, » l’appelèrent vif -argent 7 etc. » ( Charles-Louis Cadet , Dictionnaire de Chimie.)

DE CHIMIE. DI9

cure-muriaté ) , en petits cristaux blancs lamelleux, dans les mines de mercure sulfuré de Deux-Ponts : cette espèce fort rare a été découverte par JVoulf;

4°. Minéralisé par le soufre ( mercure sulfuré ) , il constitue le cinabre naturel. Cette mine la plus commune et la plus abondante , est aussi celle d’où on exploite la plus grande partie du mercure ; mais celui du commerce n’a pas tout le degré de pureté désirable ; il est mêlé avec plusieurs substances étrangères , et quelquefois même falsifié avec du plomb , du bismuth, et le plus souvent avec de Pétain : toutes substances métalliques avec lesquelles il s’amalgame avec beaucoup de facilité : dans cet état, 011 le reconnaît cependant très aisément, parcequ’il a toujours une couleur terne , et qu’au lieu de bien se diviser en globules sphériques très mobiles , il s’aplatit , et forme une espèce de filet métallique; ce qui a fait dire qu’il faisait la queue.

Comme le mercure n’est jamais mêlé avec des corps volatils , et qu’amalgamé aux métaux avec lesquels 011 augmente sa quantité dans le commerce , il a la propriété de passer au travers d’une peau de chamois , on a recours pour l’obtenir à l’état de pureté , à la distillation ; à cet effet , on en met une quantité arbitraire

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dans une cornue de verre dont le bec est fermé par un nouet de linge , et plonge dans l’intérieur d’un récipient ou ballon plein d’eau , et on distille : le mercure pur, volatilisé par Faction du calorique , passe dans la distillation et vient se rassembler sous l’eau du vase, tandis que les corps étrangers restent au fond de la cornue , mêlés assez ordinairement avec une petite quantité d’une poudre grise noirâtre, qui est un oxide de mercure , formé à la faveur de l’air contenu dans les vaisseaux.

Quoique distillé avec beaucoup de soin , le mercure retient cependant quelques parties des métaux qui lui étaient unis , et spécialement un peudebismulh dont il est très difficile de le séparer. Pour l’obtenir dans son dernier degré de pureté , il faut distiller deux parties de cinabre avec une partie de limaille de fer* le produit recueilli forme le mercure revivifié du cinabre ; le résidu de la cornue est un sulfure de 1er.

Quels sont les caractères du mercure?

Le mercure , d’un éclat blanc argentin , coule avec beaucoup de vitesse et se divise en une infinité de petits globules qui affectent toujours une forme sphérique ; il a une saveur peu sensible qui produit cependant des effets assez marqués ; frotté quelque temps entre les

doigts , il répand une légère odeur qui lui est particulière j il est très-volati] , peut entrer en ébullition et former un véritable gaz.

Ce métal est toujours à Fétat de liquidité, à la température ordinaire de Fatmosphère ; on parvient à le congeler en Fexposant à un froid de 32 degrés sous o du thermomètre de Réaumur ; dans ce cas , il forme un corps solide d’un blanc brillant, et se laisse aplatir sous le marteau.

Si l’on plonge les mains dans du mercure , on éprouve bientôt un froid considérable , sans être mouillé $ on serait porté à croire 5 d’après cela^ que ce métal est d’une température plus basse que celle de l’air • cependant , en y plongeant un thermomètre , on s’assure que sa température n’est pas différente de celle de Fatmosphère.

Le mercure pur, exposé au contact de l’air froid , n’éprouve aucun changement , et la poudre grise qui se forme quelquefois à sa surface , provient , dans cette circonstance , de quelques métaux étrangers ; mais lorsqu’on le triture et qu’on l’agite long-temps, il se convertit en une poudre noire que l’on appelle Ethiops per-se ; qui contient 6 pour ioo d’oxigène.

L’oxigène adhère fort peu à cet oxide , et

zi

pour le lui enlever, il ne faut que le chauffer faiblement et le mercure reprend son premier état : si l’on fait l’expérience dans des yases clos , on obtient du gaz oxigène assez pur.

Deux célèbres chimistes, MM. Fourcroy et Thénard , ont démontré rigoureusement qu’il n’y avait que deux états d’oxidation du mercure : l’oxide noir et l’oxide rouge ; et que l’oxide gris , l’oxide blanc et l’oxide jaune , que l’on avait cru jusqu’ici formés par des proportions différentes d’oxigène, devaient être considérés comme de véritables substances salines , peu solubles à la vérité.

Le mercure chauffé dans un matras appelé enfer de Boyle y c’est-à-dire à fond plat, et terminé supérieurement par un col très-long , tiré à la lampe en tube capillaire , mais ouvert à sa dernière extrémité , pour que l’accès de l’airpuisse avoir lieu , se change en une poudre de belle couleur rouge que les anciens nommaient précipité perse , et qui est un véritable oxide au maæimum > comme nous le verrons plus bas. Le même effet n’a pas lieu lorsqu’on chauffe ce métal dans des vaisseaux clos , sa grande expansibilité fait qu’il produit une explosion des plus violentes (i).

(1) Un alchimiste, qui prétendait avoir fixé le mer-

DE C H I M I E

Le mercure et le soufre ont beaucoup d: attraction l’un avec l’autre ; mais ils ne peuvent cependant s’unir qu’autant qu’on favorise leur combinaison ; il résulte alors de leur mélange deux préparations pharmaceutiques : YEthiops minéral et le cinabre artificiel.

Comment prépare-t-on le sulfure noir de mercure ?

Ce sulfure se prépare par fusion et par trituration : ce dernier procédé est le plus usité.

On met dans un mortier de marbre une partie de mercure et trois parties de soufre sublimé; on triture ces deux substances jusqu’à ce que le mercure soit parfaitement éteint; il résulte de cette opération une poudre line que l’on a appelée Ethiops , à cause de sa couleur noire , et qui n’est , comme on le voit, qu’un sulfure de mercure.

cure, imagina, pour prouver son assertion, d’enfermer une certaine quantité de ce métal dans une boule de fer d’une grande épaisseur, qu’il ajusta dans plusieurs autres d’un plus grand diamètre, et très exactement soudées à la forge. Cet appareil ainsi disposé, fut mis, en présence d’une société nombreuse , dans un foyer ardent , où il devait subir l’action d’un grand feu ; mais lorsque le mercure eut éprouvé une forte chaleur, il brisa avec fracas ses enveloppes , les lança à de grandes distances , en produisant une explosion extraordinaire.

L’union du mercure et du soufre ne doit pas être regardée , dans cette préparation , comme très complète , parce qu’à l’aide d’une loupe , on y distingue facilement des globules de mercure ; cependant , on ne doit pas non plus la considérer comme un pur mélange , un simple agrégat ; car il y a une adhérence très positive , et même une combinaison qui paraît directe , puisqu’on ne peut séparer ces deux corps qu’avec le secours d’un intermède.

M. Destouche , pharmacien de Paris, prépare le sulfure noir de mercure par une méthode que l’expérience lui a fait reconnaître très avantageuse sous le double point de vue de l’économie du temps , et d’une combinaison parfaite et toujours uniforme. Son procédé consiste à broyer sur un porphyre parties égales de soufre sublimé et de mercure coulant , jusqu’à ce que le mélange ait acquis l’aspect d’une poudre grisâtre • à ajouter alors successivement ( en sept ou huit fois ) un dixième du poids total de sulfure de potasse dissous dans son poids d’eau ; à remuer jusqu’à ce que la masse soit parvenue en un noir très foncé , et à laver ensuite la poudre dans le double de son poids d’eau distillée, pour enlever toutes les parties étrangères solubles ; à filtrer , puis sécher à une douce chaleur , er

enfin porphyriser., {Voyez Bulletin de Pharmacie, mois de janvier 1809.)

Le sulfure noir de mercure est beaucoup moins usité quil ne Fêtait anciennement ; cependant on le prescrit encore quelquefois comme anthelmintique fondant. Plusieurs médecins Font administré avec quelque succès dans les maladies vénériennes.

De quelle manière prépare-t-on le sulfure de mercure rouge (1)?

Ce sulfure , vulgairement appelé cinabre artificiel, se prépare comme il suit : on fait fondre dans un creuset une partie de soufre ; on y projette sept parties de mercure, que Fon fait tomber dans le soufre fondu en forme de pluie , et on remue sans discontinuer. Le mélange s’enflamme et brûle avec une flamme bleue , on arrête la combustion , on laisse refroidir , et on pulvérise dans un mortier de marbre la masse noire obtenue ; on met ensuite cette poudre dans un matra s à long coi , qu’on place sur un bain de sable , et Fon sublime.

(1) Il y a deux sortes de cinabres, Fun naturel, et Fautre artificiel. Le cinabre naturel est pesant , fragile , d’un rouge très foncé , et composé de petites aiguilles brillantes, appliquées les unes sur les autres.

On chauffe d’abord légèrement , puis on augmente peu à peu le feu , jusqu’à faire rougir obscurément le fond du matras ; on entretient de cette manière la chaleur pendant sept ou huit heures ; au bout de ce temps on arrête le feu , on laisse refroidir le vase , on le casse , et on enlève le cinabre qui s’est sublimé.

Quels sont les caractères qui distinguent le sulfure de mercure rouge ?

Le sulfure de mercure est inaltérable à l’air* il présente une masse cristalline , aiguillée d’un rouge plus ou moins beau , suivant le degré de chaleur qu’il a éprouvé , et que le soufre s’est combiné en petite quantité au mercure.

Les alcalis , le bismuth , l’antimoine , le fer , et plusieurs autres métaux , ont la propriété de décomposer le cinabre , en s’emparant du soufre : le mercure recouvre, dans ce cas , son éclat métallique, et il est revivifié du cinabre.

Le sulfure rouge de mercure , porphyrisé avec de l’eau , prend une couleur rouge brillante, et forme le vermillon du commerce.

On a long-temps cru que la couleur rouge du cinabre était due à l’oxidation du mercure -, mais M. Proust a reconnu que, dans cette combinaison , le mercure était à l’état métallique , parceque de l’étain , qui a une très grande attraction pour l’oxigène , n’enlève au

cinabre que du soufre. Les expériences de M. Thénard ont pleinement confirmé cette hypothèse. Selon M. Berthollet , l’éthiops est un sulfure hydrogéné , et le cinabre un sulfure pur.

L’action de l’eau sur le mercure est absolu-* ment nulle ; cependant celle qui a bouilli sur ce métal est vermifuge, sans que le mercure ait diminué en rien de son poids. Son agitation dans de l’eau chargée de gaz hydrogène sulfuré , fait naître la décomposition de celleci , et le mercure est changé en sulfure noir.

Les acides agissent de différentes manières sur le mercure, c’est-à-dire qu’ils le dissolvent plus ou moins bien. L’acide sulfurique n’a d’action sur lui qu’autant qu’il est chaud et concentré; il se produit dans ce cas une effervescence considérable , avec dégagement de gaz sulfureux , et le mercure se change en une masse blanche , opaque , déliquescente , âcre , très caustique, qui est un sulfate acide de mercure.

Le sulfate acide de mercure, lavé avec de l’eau pure et froide , laisse déposer une poudre blanche ; mais si l’eau est chaude , il se précipite une poudre jaune , connue autrefois sous le nom de turbith minéral , à cause de la ressemblance de sa couleur avec la plante de ce

nom , et que Fourcroj a nommée sulfate avec eocces d oæide , ou sulfate jaune de mercure, composé de o,85 de mercure, et o,i5 d’acide sulfurique.

L’eau du lavage du lurbith , retient en solution une certaine quantité de sulfate neutre de mercure, qu’on obtient par l’évaporation, ou par concentration du liquide.

Ce sel, d’une belle couleur blanche , n’est nullement acide, peu ou point corrosif, et dissoluble dans cinq cents parties d’eau à dix degrés de Réaumur: il est formé de o,75 de mercure , 0,08 d’oxigène, 0,12 d’acide sulfurique , et o,o5 d’eau.

L acide nitrique attaque le mercure à chaud et à froid ; le métal est d’abord oxidé, et ensuite dissous dans la partie d acide non décompose : il se dégagé pendant l’opération une grande quantité de gaz nitreux.

Cette dissolution nitrique est très caustique; elle fait des taches brunes à la peau , qui ne disparaissent que par la chute de l’épiderme. Elle présente encore plusieurs autres phénomènes , et varie d’après la température 011 elle a été faite , et suivant que l’acide est concentré ou affaibli. C'est ainsi qu’on peut obtenir de cette dissolution , faite dans la proportion d’une partie de mercure contre une et demie

cTacide à trente-deux degrés, du nitrate acide, du nitrate neutre, et du nitrate sur-saturé de base.

La dissolution faite à froid dans de l’acide nitrique étendu , et qui n'a pas laissé dégager de vapeurs rouges , ne peut être décomposée par Teau distillée 3 mais celle qu'on a opérée par le concours du calorique , et avec de Facide concentré , étant surchargée d une quan» tité d’oxide surabondant , laisse précipiter par l’eau chaude du nitrate jaune, avec 1111 grand excès de base 3 mais avec l’eau froide 9 il est blanc.

En saturant du nitrate de mercure liquide avec de l’ammoniaque caustique , on obtient sous forme de précipité une substance pulvérulente d’un blanc grisâtre : c’est le mercure cinereus de Black .

L’imposant et fastueux mercure soluble d’Hahnemann s’obtient en versant doucement dans du nitrate de mercure fait à froid, et étendu dans de l’eau distillée froide , de l’ammoniaque liquide, jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité : ce composé , et la préparation précédente, doivent être considérés comme de véritables oxides de mercure parfaitement identique.

Le liquide qui reste après la séparation du

35o n o u y e au x t;le m e n s

mercure soluble, contient du nitrate arnmoniac o -mercuriel .

La dissolution nitrique mercurielle étendue d’eau constitue Veau mercurielle ; évaporée par une douce chaleur , elle donne des cristaux aiguillés , striés sur leur longueur , que l’on emploie en chirurgie comme escaro tiques. Ces cristaux traités au feu , dans un creuset , se fondent , laissent dégager des vapeurs rouges , et se colorent graduellement en jaune plus ou moins foncé , puis en orangé , et enfin en rouge , et forme une substance appelée autrefois précipité rouge , et maintenant oxide de mercure rouge par Facide nitrique (peroxide).

Comment prépare-t-on Foxide de mercure rouge par Facide nitrique ?

Cet oxide se prépare ordinairement dans les pharmacies par le procédé suivant : on verse sur du mercure introduit dans une fiole à médecine une suffisante quantité d’acide nitrique pur, de 34 à 38 degrés à Faéromètre de Baumé , et on fait évaporer la dissolution jusqu’à siccité ; on pulvérise , dans un mortier de verre, le nitrate de mercure obtenu, et 011 le met ensuite dans un ou plusieurs matras , qu’on expose sur un bain de sable qu’on chauffe par degrés : il se dégage au commencement de l’opération de Facide nitrique en

vapeur, lequel se séparé non décomposé, selon la remarque de M. Brugnatelli , pendant le temps que le sel contient encore des parties aqueuses • il se produit ensuite, lorsque la matière saline est fort sèche , une très grande quantité de vapeurs rouges qui sont encore de 1 acide nitrique , mais privé d’eau ; on continue à chauffer jusqu’à ce que la surface de la matière soit d’une couleur jaune orangé, ce qui indique que la calcination est assez poussée , ou mieux encore jusqu’à ce que le nitrate, paraissant noir à la chaleur , se colore en rouge brillant par le refroidissement • alors on retire les vaisseaux du feu, on les casse, et on obtient une substance formée par couches de différentes couleurs ; le dessus est d’un jaune orangé, et Je dessous d’un beau rouge éclatant. Cette dernière partie , pulvérisée avec soin , forme l’oxide de mercure ou précipité rouge.

En Hollande, ou l’on prépare cette substance très en grand et d’une rare beauté , on l’obtient d’après un procédé qui a été publié depuis peu de temps ; on fait dissoudre cinquante parties de mercure dans soixante-dix parties d’acide nitrique de trente-quatre à trentehuit degrés. On distille la dissolution dans une cornue ; on enlève le récipient, aussitôt que les vapeurs nitreuses se manifestent on pousse

alors le feu jusqu’à ce que le résidu offre à l’œil une belle couleur rouge. M. Brugnatelli a dernièrement indiqué une méthode très économique pour préparer cet oxide rouge. Son procédé est fondé sur une observation qui lui est propre , savoir : que la plupart des sels mercuriels, traités avec de l’eau pure et chaude, sont susceptibles de se dépouiller de leur acide de la même manière que par le feu. D’après cela pour obtenir cet oxide, on verse sur une partie de nitrate de mercure , trois parties d’eau de pluie bouillante , il se dissout une petite portion du sel , et le reste est converti en une substance blanche concrète , qui est un oxide de mercure , en partie saturé par une faible proportion d’acide nitrique. Ce sous-nitrate, sépare et traité de nouveau avec cinq ou six parties d’eau chaude , acquiert à l’instant même une couleur écarlate , et se convertit en totalité en précipité rouge. ( Voyez le Bulletin de Pharmacie, tome iv, page 55o.)

Quels sont les caractères qui distinguent 1 oxide rouge de mercure par l’acide nitrique?

Cet oxide , lorsqu’il a été préparé avec soin , doit avoir une couleur rouge très prononcée, et être suffisamment calciné , pour qu’il ne soit point caustique, et qu’on puisse remployer sans qu’il procure d’irritation , comme cela

arrive quelquefois à celui qu’on distribue dans le commerce.

Cet oxide , trituré pendant un certain temps avec du mercure coulant, cède une partie de son oxigène , et la masse totale forme un oxi» dule ; il fournit également son oxigène à Fé~ tain , au soufre , au zinc , quand on le fait chauffer avec ces corps dans des vaisseaux clos : par le dernier il produit une vive détonation.

Avec du charbon, il se réduit et se change en mercure , et il y a formation d'acide carbonique.

Cet oxide ne doit sa couleur qu;a Foxigène qu’il contient. On acquiert la conviction de ce fait en le chauffant fortement dans une cornue , ou tout autre appareil j on lui enlève alors une partie de son oxigène, et il se nuance diversement, ou bien le mercure est revivifié, si on le prive de tout Fair vital.

L’oxide rouge de mercure du commerce est très souvent sophistiqué ; on Je mêle ordinairement avec du cinabre ou avec du minium, réduits en poudre fine. On signale la présence du premier en versant dessus un peu d’acide nitrique affaibli : l’oxide se dissout , et le cinabre reste insoluble. On reconnaît la présence du second en triturant Foxide avec du

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fort vinaigre, auquel il communique une saveur douce et sucrée , et qui précipite alors en noir par l’hydrogène sulfuré. On peut encore , et le moyen est préférable , le faire chauffer fortement dans une cuiller de fer; l’oxide de plomb reste au fond, tandis que celui de mercure se dissipe.

1.j acide muriatique simple agit peu sur le mercure; mais il a une action très marquée sur ces oxides. C’est ainsi qu’on obtient un muriate au minimum , en versant de l’acide mu-

riatique , ou meme une solution saturée de muriate de soude , dans une dissolution nitrique de mercure : il y a échange de base et précipitation d’une poudre blanche insoluble dans l’eau, que l’on appelait autrefois précipité blanc 9 et qui est un muriate de mercure « ^

doux.

L’acide oxi-muriatique , après avoir oxide le mercure , le dissout ensuite complètement , et forme avec lui un sel soluble très caustique, connu dans l’ancienne chimie sous le nom de sublimé corrosif , et que l’on appelle maintenant muriate sur-oxigéné de mercure , muriate au maæimum , muriate sur-oxidé.

De quelle manière prépare-t-on le muriate sur-oxigéné de mercure ?

Ce sel s’obtient facilement par plusieurs

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procédés. On pourrait le former tout simplement, en faisant dissoudre du précipité rouge dans de l’acide muriatique, ou bien en combinant directement le mercure coulant avec l’acide oxi-muriatique ; mais ces procédés, assez dispendieux, ne sont pas ordinairement suivis. On préféré, avec raison, préparer ce sel d’une manière beaucoup plus économique 9 en décomposant par l’acide muriatique le sulfate ou nitrate de mercure. Les méthodes les plus usitées dans les pharmacies sont les suivantes :

i°. On mêle parties égales de nitrate de mercure desséché , de muriate de soude décrépite , et de sulfate de fer calciné en blanc ; on met ce mélange dans une fiole ou matras , qui doit être remplie aux deux tiers, et que l’on expose sur un bain de sable , en observant que toute la matière en soit recouverte ; on chauffe d’abord légèrement , et on augmente le feu jusqu’à faire rougir obscurément le fond du matras , on l’entretient en cet état , pendant environ trois heures ; au bout de ce temps on retire le vaisseau du feu, on le casse, et on détache avec soin le sel sublimé au col de la bouteille, sous forme de petits cristaux : c’est le sublimé corrosif.

Dans cette opération , le sulfate de fer est

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décomposé le premier; son acide se porte sur la soude, et forme un sulfate de soude; l’oxigène du nitrate change le mercure en oxide rouge, lequel se combine avec l’acide muria« tique pour former le muriate sur-oxigéné de mercure, qui se sublime.

Le résidu brunâtre qui reste dans le vase qui a servi à faire l’opération, contient de l'oxide de fer rouge et du sulfate de soude , résultat de F union de l’acide sulfurique avec la base du muriate de soude (i).

Le deuxième procédé , qui appartient à Boulduc , consiste à bien mêler parties égales de sulfate de mercure et de muriate de soude très sec , et à procéder à la sublimation comme pour le mode précédent : il y a dans ce cas

(i) l/opinion d’un grand nombre de chimistes , qui admettent dans la composition du muriate mercuriel corrosif la présence de l’acide muriatique oxigéné , a été récemment révoquée , et on pense assez généralement aujourd’hui que ce sel ne diffère du muriate doux qu’en ce que le mercure qui le constitue y est combiné à l’état d’oxide au maximum. Cependant le sublimé, comme on Fa bien reconnu , contient plus d’acide muriatique que Fon n’en trouve dans le mercure oxidulé , parceque Foxide de mercure demande, pour être amené à l’état de saturation , une proportion beaucoup plus forte d’acide.

échange de base , et formation de sulfate de soude et de muriate de mercure qui se volatilise.

Le procédé des Hollandais , qui préparent une très grande quantité de ce sel , et d’une qualité supérieure , consiste à mêler et à faire sublimer vingt-cinq kilogrammes de muriate de soude décrépité avec la quantité de sulfate de mercure obtenue d’un mélange de vingtcinq kilogrammes de mercure et de douze et demi kilogrammes d’acide sulfurique : pour cette operation on entretient la chaleur pendant trente-six heures consécutives.

Quels sont les caractères du muriate suroxigéné de potasse?

Ce sel, obtenu par sublimation, cristallise en aiguilles prismatiques ; il a une saveur âcre , fortement stiptique , et laisse dans la bouche un goût métallique très désagréable; il est blanc, verdit les couleurs bleues végétales, n est pas sensiblement altéré par la lumière, est dissoluble dans dix-huit parties d’eau et dans deux parties d’eau bouillante . C’est un caustique très vénéneux , qui corrode et détruit la membrane de l’estomac avec une énergie atroce.

Le calorique ne décompose pas le muriate mercuriel corrosif; seulement il le volatilise et le vitrifie en partie ; mais chauffé à l’air libre,

il laisse dégager une fumée blanche , qu’il est très dangereux de respirer.

Ce sel est un de ceux qui s’altèrent avec le plus de facilité , l’ammoniaque le décompose , et produit la formation d’un précipité blanchâtre qui devient gris par son exposition à l’air. Le carbonate d’ammoniaque forme avec lui une combinaison si parfaite , qu’on ne peut les séparer l’un de l’autre , sans les décomposer. Les alchimistes, si féconds en absurdités, ont donné à ce composé le nom de sel alembroth , sel de sagesse , sel de Fart : c’est un véritable muriate ammoniaco-mercuriel.

Le muriate sur-oxigéné de mercure est encore décomposé par la baryte , la strontiane , le carbonate de magnésie , la plupart des métaux , les sulfures , et sulfures hydrogénés qui en précipitent l’oxide de mercure ; par le mucilage de gomme arabique , les matières extrac, tives , le sucre à l’état de eassonnade , et conséquemment le sirop antisyphilitique , et les robs, etc. , etc. , qui le précipitent à l’état de muriate au minimum , et généralement partoutes les substances végétales qui admettent l’acide gallique dans leur composition , ce qui donne lieu à la formation de gallates insolubles ; les alcalis , et spécialement la potasse et la chaux , agissent de la meme manière ; la dé-

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composition , opérée par cette dernière, fournit Veau phcigêdénique des pharmaciens ; cette liqueur se prépare en faisant dissoudre, dans cinq cents grammes ( une livre) d’eau de chaux , douze décigrammes ( vingt-quatre grains ) de muriate sublimé.

On conçoit aisément , d’après tout ce que nous avons dit sur la facile altération du muriate de mercure au maximum , qu’il est d’une importance majeure de ne l’incorporer qu’avec de l’eau distillée, lorsqu’on le destine pour l’usage intérieur. L’alcohol et l’éther paraissent être, comme l’ont démontré , il yapeudetemps, deux savans pharmaciens de Paris, les vrais dissolvans de ce sel ; mais comme ces véhicules n’offrent pas toutes les facilités désirables pour son administration , on est dans l’habitude de le prescrire , divisé dans l’eau , laquelle , nous le répétons , doit être soigneusement purgée de toutes les substances salines et terreuses quelle contient dans son état naturel ; tous les pharmaciens instruits , et qui cultivent leur art avec distinction et exactitude , doivent ap~ porter, à cet égard, la plus scrupuleuse attention.

Le muriate de mercure sur-oxidé est très usité dans le traitement des maladies vénériennes , on l’emploie sous toutes sortes de formes;

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il doit être administré avec beaucoup de prudence , et par une main exercée , car c’est un poison des plus actifs , même à la dose de quelques décigrammes : le carbonate de potasse , • mêlé avec de l’huile ordinaire et de l’eau , est le contre-poison le plus efficace et le plus certain qu’on puisse employer, lorsqu’on a eu le malheur d’en avaler une petite quantité ; mais si la dose est forte , c’est-à-dire de plusieurs décigrammes , la mort est inévitable.

Le professeur C haussier a employé , avec beaucoup de succès , la solution de ce sel dans l’eau distillée , pour conserver des pièces anatomiques.

La combinaison du mercure métal , avec le sublimé corrosif, donne un médicament très en usage en pharmacie , qu’on appelle mercure douæ, muriate mercuriel douæ , muriate oæi dulê , etc.

Comment prépare-t-on le muriate mercuriel doux ?

Ce sel s’obtient par le procédé suivant : on prend quatre parties de muriate sur-oxigéné de mercure , et trois parties de mercure coulant ÿ on triture ces substances dans un mortier de verre , avec un peu d’eau , ou d’alcohol , jusqu’à ce que le mercure soit parfaitement éteint ; ce qu’on reconnaît lorsque la poudre est d’un

gris noirâtre (1) ; 011 met ce mélange dans une ou plusieurs fioles à médecine, en ayant soin que la moitié de chaque bouteille reste vide ; on les expose ensuite sur un bain de sable , et on procède à la sublimation par un feu gradué, qu’on augmente peu à peu , et qu’on entretient assez long- temps pour sublimer le mélange • on laisse alors refroidir le matras , on le casse , et 011 obtient une inscrustation saline demi-transparente , peu soluble dans l’eau , ce qui le différencie du sublimé corrosif, ainsi que son insipidité et la forme de ses cristaux.

Cette substance , ainsi obtenue , contient quelquefois du sublimé corrosif; pour l’en débarrasser , on la porphyrise , et on la fait bouillir dans trois fois son poids d’eau, chargée de muriate d’ammoniaque qui favorisera dissolution du sublimé , ce qui dispense de la sublimer plusieurs fois , comme cela se pratiquait anciennement.

Dans cette opération , le muriate corrosif cède une partie de son oxigène au mercure qu’il oxidule ; celui-ci se combine ensuite avec

(1) Si l’on en croit un chimiste distingué, l’extinction du mercure dans le sublimé n’est paT nécessaire ; les substances simplement mélangées, et introduites dans les matras , donnent également le mercure doux sublimé.

I acide muriatique , et la masse totale se con- /ei tit en mûri a te oxiduJe de mercure.

La combinaison , à l’etat de poudre grise, telle qu’on l’obtient après la trituration, a perdu sa causticité et sa dissolubilité , sans cependant que l’union des deux corps soit intime , car elle ne devient complété que par la chaleur que l’on donne pour opérer la sublimation.

Quels sont les caractères qui distinguent le muriate mercuriel doux ?

Ce sel est en masse d’un blanc jaunâtre, très pesant et demi transparent ÿ il a peu de saveur, la lumière l’altère et le fait noircir ; frotté à l’obscurité , il devient phosphorescent ; il est très peu soluble dans l’eau , sa dissolution verdit le sirop de violette.

L’eau de chaux elles lessives alcalines , ayant la faculté d’opérer la décomposition du muriate doux , et de le convertir en poudre noire , ondoitéviter de l’associer avec ces substances , et nommément avec le savon médicinal , comme on le pratique quelquefois , parceque 1 alcali de ce compose modifie et sépare même la base de ce sel , ce qui produit une décomposition partielle ou complète, suivant la proportion du mélange. Le même effet a lieu par sa combinaison avec les extraits ; dans cette circonstance , la décomposition a pour cause

la présence de bases salidables libres, ou combinées à des acides faibles qui existent dans la plupart des extraits pharmaceutiques ; lesquelles bases , en se portant sur l’acide muriatique , mettent à découvert du mercure oxidulé.

Le muriate de mercure doux contient, d’après Cheneviæ , 84,9 de mercure métallique, n,5 d’acide muriatique, et 3,8 d’oxigène.

Six parties de muriate de mercure et une partie de limaille de fer , qu’on fait sublimer à une chaleur modérée , donnent un médicament connu depuis un temps immémorial sous le nom de mercurius dulcis martialis Hcinmanni.

Ce qu’on nommait anciennement panacée mercurielle , est une substance saline qu’on préparait par un procédé à peu près semblable à celui qu’on suit pour le mercure doux , excepté qu’on la sublimait neuf fois de suite, afin, disait -on, de la rendre plus douce. Plusieurs chimistes se sont occupés de ce médicament plus particulièrement qu’on ne l’avait encore fait, et il a été reconnu que les sublimations réitérées qu’on lui faisait subir changeaient fort peu ou pas du tout l’ordre de la combinaison, ou bien n’étaient propres qu’à lui enlever à chaque fois une certaine quantité de mercure , et à former du

sublime corrosif par l’oxidation plus avancée de ce métal.

Le mercure peut encore s’unir à quelques auties acides , ce qui donne lieu à plusieurs combinaisons salines , dont nous n’avons pas encore parlé , et que nous décrirons ici très succinctement, parceque l’action de ces corps ne pouvant avoir lieu directement , s’opère presque toujours par une double décompo- ° sition j c est ainsi qu’on prépare le borate de mercure , dont 1 usage a été admis depuis peu de temps en médecine , et qui est encore peu connu. On obtient ce sel en versant peu à peu dans une dissolution nitrique de mercure une solution saturée de sous-borate de soude , jusqu’à précipitation complète : le dépôt formé doit être ensuite lavé à l’eau froide , desséché , et porphyrisé.

Ce sel , fort peu soluble , et d’une couleur jaunâtre , verdit par son exposition à l’air , devient très soluble par le muriate d’ammoniaque , et précipite de sa dissolution par l’eau de chaux.

La préparation de Y acétate de mercure , ou terre foliée mercurielle , consiste à mêler une dissolution de nitrate de mercure avec une solution dacetate de potasse; il se forme un précipité jaunâtre , et on obtient, par l’évapo-

ration de la liqueur, un sel en petites paillettes très brillantes.

On peut encore préparer ce sel en précipitant le nitrate de mercure liquide par le car* bonale de potasse en liqueur , faisant dissoudre le précipité obtenu , et bien lavé , dans de l’acide acétique , et procédant ensuite à la cristallisation par l’évaporation de la liqueur.

L’acétate de mercure est en cristaux écailleux d’un blanc brillant ; il est fort peu dissoluble dans l’eau 3 il a une saveur âcre et désagréable, se décompose au feu, et fournit une matière qui a quelques propriétés analogues à celles du pyrophore.

Ce sel entre dans la composition des fameuses dragées de Keyscr , si indiscrètement vantées autrefois , et qu’on emploie très rarement aujourd’hui.

Une autre préparation indiquée par Schéele, et dont M. Proust s’est occupé depuis peu de temps , est celle que l’on connaît sous le nom de prussicite de mercure. Pour obtenir ce sel, on fait bouillir dans un vase de porcelaine cent quatre-vingt-quatre grammes ( six onces) d eau distillée avec trente-deux grammes (une once) de précipité rouge, et soixante - quatre grammes ( deux onces ) de bleu de Prusse , pulvérisés séparément 3 on agite sans discon-

tinuer la liqueur, et , après une demi-heure environ d ébullition , et quand elle a acquis une couleur jaune verdâtre, on la filtre. On verse de l’eau chaude sur le résidu , on fait bouillir de nouveau ; alors on réunit les liqueurs après quelles ont été filtrées , on fait évaporer jusqu’à pellicule, et on obtient, par le refroidissement, des cristaux de prussiate de mercure.

Ce sel cristallise en prisme tétraèdre,- il est opaque, d’une saveur âcre, même caustique; il est habile à retenir de la potasse et de l’oxide de fer , et il contient ces deux substances à la fois , si le bleu de Prusse qui a servi à sa préparation n’en a pas été soigneusement purgé.

Le prussiate de mercure est employé avec succès, depuis peu de temps , dans le traitement des maladies vénériennes; il paraît être moins âcre et moins dangereux que le muriate sur-oxidé : on le prescrit ordinairement dans de l’eau distillée.

L’action de l’acide phosphorique sur les oxides de mercure , fournit le phosphate de mercure , sel que plusieurs médecins prescrivent quelquefois. On l’obtient en versant dans une dissolution nitrique de mercure étendue d’eau distillée de l’acide phosphorique, ou bien

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une sol u lion de poosphate de soude , pisqu à ce qu’il ne se fasse plus de précipité.

On prépare encore ce sel en faisant dissoudre dans de l’eau cent vingt-huit grammes (quatre onces ) d’acide phosphorique sec et vingt? quatre grammes (six gros) d’oxide rouge de mercure, et faisant ensuite évaporer le liquide jusqu à siccite : le phosphate ainsi préparé est avec excès d’acide. -

Ce sel , peu soluble dans l’eau et Falcohoi , est phosphorescent lorsqu’on le frotte dans l’obscurité , et donne du phosphore lorsqu’on le traite au feu avec du charbon ; sa saveur est fortement métallique.

L’action des substances salines sur le mercure , presque nulle , ou peu importante , ne fournit aucun produit usité en pharmacie; il faut cependant en excepter le muriate d’ammoniaque, qui donne, avec ce métal, un muriate ammoniaco - mercuriel , connu depuis bien long -temps sous le nom de teinture de mercure de la Garaje. Pour l’obtention de ce médicament , on triture dans un mortier de marbre, jusqu’à extinction parfaite , une partie de mercure métallique et quatre parties de muriate d’ammoniaque ; on expose ensuite la poudre grise formée au contact de l’air pendant un certain laps de temps , qui n’excède

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jamais cinquante jours , en ayant soin de l’agiter de temps à autre ; au bout de ce temps , on la broie de nouveau dans un mortier, on l’introduit ensuite dans un vase, on verse dessus assez d’alcohol pour qu’il surnage la poudre de quelques pouces; on place le matras sur un bain de sable , on le fait chauffer peu à peu, jusqu’à ce que l’aleohol ait acquis par l’ébullition une belle couleur citrine. En cet état on filtre la liqueur , et on la conserve dans des bouteilles de verre bien bouchées.

Le mercure peut se combiner avec une infinité de substances dont nous n’avons pas encore parlé. Les gommes, les liqueurs sucrées , différens acides végétaux, les huiles , et les graisses , ont sur lui une action plus ou moins marquée : nous n’examinerons que sa combinaison avec ce dernier corps , qui constitue un médicament fréquemment employé , que l’on appelle onguent ou pommade mercurielle double , quand la graisse et le métal sont unis en quantités égales.

Quelles sont les règles à observer dans la préparation de l’onguent mercuriel double ?

L’onguent mercuriel se prépare comme il suit : on met dans un mortier de marbre, partie égale de mercure et d’axonge de porc purifiée ; on triture avec un pilon de bois , jusqu’à

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ce que le mercure ait disparu complètement , c’est-à-dire qu’en frottant de cet onguent , du papier gris , on n’aperçoive plus , à l’aide de la loupe , aucuns globules mercuriels.

Quelques pharmaciens sont dans l’usage d’ajouter au mélange un peu de térébenthine , dans l’intention d’accélérer l’extinction du mercure j mais cette addition, qui rend la trituration plus difficile , et qui communique à l’onguent la propriété d’enflammer la peau et d’y occasionner des phlogoses très gênans, nous paraît au moins inutile , si elle ne doit être proscrite.

On ne doit pas non plus préparer cette pommade avec l’oxide gris de mercure, comme on l’a proposé dans quelques pharmacopées , parceque le médicament ne paraît pas remplir les indications désirées ; il faut attendre que cette innovation ait été sanctionnée par le témoignage de praticiens éclairés et d’observateurs exacts. L’incertitude et la diversité d’opinions qui partagent encore beaucoup de chimistes d’un grand nom , sur l’état où se trouve le mercure dans cette préparation, doit rendre le pharmacien probe infiniment circonspect à cet égard. Quelques personnes , et c’est le plus petit nombre, prétendent que le métal se trouve dans l’état de combinaison

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avec l’acide qui se développe dans la graisse rance (acide acétique) , et par conséquent sous forme de sel ; mais s’il en était ainsi , l’acétate mercuriel qui résulterait de cette combinaison serait soluble dans l’eau , ce qui n’est pas. D’autres, beaucoup mieux fondées, sont d’opinion que le mercure y est à l’état d’oxide. En effet, l’expérience paraît militer en faveur de celles-ci , puisque , si on triture ce mélange dans un mortier très évasé , ou sur un porphyre , ou bien encore que l’on ajoute à la graisse des substances qui peuvent lui fournir de l’oxigène, tel, par exemple, que du précipité rouge, l’opération, très longue et très fatigante avant l’addition de cet oxide, est singulièrement activée. La graisse rance accélère aussi considérablement l’opération , parcequ’elle contient dans cet état, comme chacun sait , une plus grande proportion d’oxigène , qui doit nécessairement hâter l’oxidation du mercure.

Quoi qu’il en soit , et malgré toutes ces considérations , nous partageons entièrement l’opinion qu’ont émise depuis peu de temps MM. Boullcijr et V ogel , dans deux excellens mémoires, où ils prouvent péremptoirement que le mercure est dans l’onguent à l’état métallique , et dans une extrême division , sans

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la moindre altération ou combinaison. Ces messieurs fondent leur assertion d’après les faits suivans : d’abord l’un d’eux, M. Boullay , a reconnu , plus particulièrement qu’on ne 1 avait encore fait , que l’éther sulfurique est un excellent dissolvant des graisses , et que cette liqueur, incapable à froid de produire la réduction des oxides de mercure , n’apporte non plus aucun changement dans leur nature, ou dans leurs propriétés physiques , par un contact prolongé même pendant plusieurs jours.

Ceci posé en principe , on a versé successivement , et en plusieurs fois , sur dix grammes d’onguent mercuriel introduit dans un flacon soigneusement bouché, soixante grammes d’éther sulfurique, dont on a aidé l’action par une légère agitation. Le repos du liquide, et sa décantation , ont permis de séparer une matière blanchâtre , comme pulvérulente, dont l’aspect offrait une infinité de petits globules métalliques parfaitement visibles à la loupe. Cette matière , soumise à une légère pression entre deux feuilles de papier gris non collé , s’est réunie , et a fourni une masse très distincte de mercure coulant.

L’éther employé à l’opération , recueilli par Ja distillation, a offert tous les caractères qui

lui sont propres , et la graisse est restée dans le fond de la cornue avec toute sa consistance et sa blancheur naturelle.

Cette expérience répétée sur un mélange composé de graisse oxigénée et de mercure à l’état d’extinction parfait, il est resté un résidu blanchâtre , d’un éclat métallique très sensible, qui a été reconnu être parfaitement identique avec le produit obtenu de l’expérience faite sur l’onguent mercuriel. La graisse , d’une belle couleur jaune, comme dans la pommade oxigénée , n’avait éprouvé d’ailleurs aucun changement; ce qui prouve à l’évidence quelle ne fournit pas d’oxigène au métal, et que celuici , par conséquent , ne passse pas à l’état d’oxidule.

M. Boullaj conclut avec raison , de ses expériences , que l’onguent mercuriel n’est qu’un pur mélange de mercure métallique très divisé et comme pulvérisé , et que ce médicament agit sur l’économie comme mercure , et non en raison de l’oxigène , puisqu’il n’en contient réellement pas.

Des travaux postérieurs de M. Vogel avaient déjà établi ce fait d’une manière incontestable ,

et par-la réfuté avec beaucoup de supériorité, et d une manière palpable , l’opinion contraire d’un pharmacien allemand fort distingué.

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Quels sont les usages du mercure?

Le mercure , indépendamment des nombreuses propriétés chimiques qui le distinguent , est un des métaux dont la médecine retire les médicamens les plus précieux. Il est reconnu que, jusqu’à ce jour, c?est véritablement le seul spécifique propre à s’opposer aux ravages du virus vénérien compliqué ; mais son emploi exige la plus scrupuleuse attention , les connaissances les plus variées , et il ne doit être prescrit que par des gens de l’art, capables de modifier ou d’atténuer son énergie meurtrière.

Ses usages dans les arts ne sont pas moins étendus. Très habile à s’amalgamer avec la plupart des métaux , et jouissant d’une grande volatilité, on l’emploie dans la dorure sur cuivre , pour l’étamage des glaces , ainsi qu’à l’exploitation des mines d’or et d’argent; il est très utile aux physiciens , qui s’en servent pour la construction du baromètre et du thermomètre , pour lester les aéromètres , et pour une une multitude d’objets d’utilité et d’agrément.

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