‹ Elémens de droit politiqueChapitre 19 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des réactions.

Nous venons de jeter un coup d'œil les suit et surtout le danger des réactions.

sur ce qui précède les révolutions, et sur On appelle réaction l'acte d'un parti op-

les différentes manières dont elles s'ac- primé qui se venge, lorsqu'il est le plus

complissent : il nous reste à voir ce qui fort.

Pour que les institutions d'un peuple Les réactions contre les hommes per-

soient stables, elles doivent être au ni- pétuent les révolutions, car elles perpé-

veau de ses idées. Alors il n'y a jamais tuent l'oppression qui en est le germe.

de révolutions proprement dites ; il peut Les réactions contre les idées rendent les

7 avoir des chocs, des renversemens indi- révolutions infructueuses, car elles rap-

viduels, des hommes déplacés par d'au- pellent les abus. Les premières dévastent

très hommes, des partis terrassés par la génération qui les éprouve, les secon-

d'autres partis; mais tant que les idées et des pèsent sur toutes les générations ; les

les institutions sont de niveau, les insti- premières frappent de mort les individus,

tutions subsistent. les secondes frappent de stupeur l'espèce

Lorsque l'accord entre les institutions entière,

et les idées se trouve détruit, les révolu- Pour empêcher la succession des mal-

tions sont inévitables. Elles tendent à heurs, il faut comprimer les unes; pour

rétablir cet accord. Ce n'est pas toujours retirer, s'il est possible, quelque fruit des

le but des révolutionnaires; mais c'est malheurs qu'on n'a pu prévenir, il faut

toujours la tendance des révolutions. amortir les autres.

Lorsqu'une révolution remplit cet ob- 1° Les réactions contre les hommes, ef-

jet du premier coup, et s'arrête à ce fets de l'action précédente, sont des causes

terme, sans aller au-delà, elle ne produit de réactions futures. Le parti qui fut op-

point de réaction, parce qu'elle n'est qu'un primé opprime à son tour ; celui qui se

passage, et que le moment de l'arrivée voit illégalement victime de la fureur qu'il

est aussi celui du repos. * a méritée, s'efforce de ressaisir le pouvoir ;

Mais lorsqu'une révolution dépasse ce et lorsque son triomphe arrive, il a deux

terme, c'est-à-dire lorsqu'elle établit des motifs d'excès au lieu d'un : sa disposition

institutions qui sont par-delà les idées naturelle qui lui fit commettre ses pre-

régnantes, ou qu'elle en détruit qui leur miers crimes, et son ressentiment des

sont conformes, elle produit inévitable- crimes qui furent la suite et le châtiment

ment des réactions, parce que, le niveau des siens.

n'existant plus, les institutions ne se sou- De la sorte, les causes de malheurs

tiennent que par une succession d'efforts, s'entassent, tous les freins se brisent, tous

et que, dans le moment où ces efforts les partis deviennent également coupa-

cessent, tout se relâche et rétrograde. blés, toutes les bornes sont franchies, les

Lorsqu'une révolution, portée ainsi hors forfaits sont punis par des forfaits ; le sen-

de ses bornes, s'arrête, on l'y fait d'abord timent de l'innocence, ce sentiment qui

rentrer. Mais on ne se contente pas de fait du passé le garant de l'avenir n'existe

l'y replacer; l'on recule d'autant plus plus nulle part; et toute une génération,

que l'on avait trop avancé ; la modération pervertie par l'arbitraire, est poussée loin

finit, et les réactions commencent. des lois par tous les motifs : par la crainte

Il y a deux sortes de réactions : celles et par la vengeance, par la fureur et par

qui s'exercent sur les hommes, et celles le remords,

qui ont pour objet les idées. Ainsi les réactions atteignent quelques

Je n'appelle pas réaction la juste puni- criminels, mais elles éternisent le règne

tion des coupables, ni le retour aux idées du crime ; et elles assurent l'impunité

saines; ces choses appartiennent l'une à aux plus dépravés, à ceux qui sont prêts

la loi, l'autre à la raison. Ce qui, au con- toujours à le devenir, dans tous les sens,

traire, distingue essentiellement les réac- 2° Les réactions contre les idées" sont

tions, c'est V arbitraire à la place de la loi, moins sanglantes, mais non moins funes-

la passion à la place du raisonnement: tes; par elles, les maux individuels devien-

au lieu déjuger les hommes, on les pros- nent sans fruit, et les calamités générales

crit; au lieu d'examiner les idées, on les sans compensation. Après que de grands

rejette. malheurs ont renversé de nombreux pré-

jugés, elles ramènent ces préjugés sans qu'un moyen, c'est la justice. Il faut que réparer ces malheurs, et rétablissent les le gouvernement s'empare des réactions, abus, sans relever les ruines; elles ren- pour ne pas être entraîné par elles. La dent à l'homme ses fers, mais des fers en- succession des forfaits peut devenir étersanglantés. - nelle, si Ton ne se hâte d'en arrêter le

Les réactions, qui, de révolutions désas- cours, treuses font encore <fes révolutions inu- Mais, en remplissant ce devoir, le gour tiles, naissent de la tendance de l'esprit vernement doit se garder d'un écueil danhumain à comprendre, dans ses regrets, gereux : c'est le mépris des formes et l'aptout ce qui entourait ce qu'il regrette. Les pel des opprimés contre les oppresseurs, inconvéniens mêmes et les abus lui de- Il doit contenir les premiers, en même viennent précieux, parce qu'ils lui parais- temps qu'il les venge, sent, dans le lointain, liés intimement aux Un gouvernement faible fait tout le conavantages dont il déplore la perte. traire ; il craint de sévir, et souffre qu'on

Cette disposition non seulement s'op- massacre. Par une déplorable timidité, pose à l'amélioration du nouveau système, tout en désirant que les scélérats périssent, mais elle interdirait le perfectionnement il, veut que le danger de sa sévérité ne de l'ancien. On éprouve une vénération tombe pas sur lui; il laisse commettre les superstitieuse pour un composé dont on vengeances, et croit ainsi se maintenir n'ose examiner les parties, de peur de les dans une neutralité qui plaît à sa faiblesse, disjoindre.- On publie que l'on doit juger Mais il se trompe dans cette lâche espèce qui n'est plus comme ce qui n'a jamais rance. C'est à tort qu'il croit se faire un été, et que si, lorsqu'il est question de dé- parti, en accordant l'impunité à ceux truire, il ne faut détruire que ce qui est auxquels il refuse la justice. Ces hommes funeste, quand il s'agit de relever, il ne s'irritent de ce qu'il les force à devoir au faut relever, que ce qui est utile ; et après crime ce que les lois leur avaient promis, ce retour aux préjugés d'abord renversés Le gouvernement réunit ainsi contre l'asservissement est plus complet, la sou- lui toutes les haines : celles du coupable mission plus illimitée que si l'on ne s'en qu'il abandonne à un châtiment illégitime; fut jamais écarté. . celle de l'innooent qu'il rend coupable.

Ce n'est donc pas assez d'avoir conquis II perd le mérite de la sévérité, sans en la liberté, d'avoir fait triompher les lu- éviter l'odieux.

mières, d'avoir acheté, par de grands sa- Lorsque la justice est remplacée par un orifices, ces deux biens inestimables ; d'à- mouvement populaire, les plus exagérés, voir mis, par de grands efforts, un terme les moins scrupuleux, les plus féroces se à ces sacrifices ; il faut encore empêcher mettent à la tête de ce mouvement. Des que le mouvement rétrograde qui succède hommes de sang s'emparent de l'indignainévitablement à une impulsion excessive, tion qui s'élève contre les hommes de ne se prolonge au-delà de ses bornes né- sang, et après avoir agi contre les indicessaires, ne prépare le rétablissement de vktus, au mépris des lois, ils tournent tous les préjugés, ne laisse enfin, pour leurs armes contre les lois mêmes, vestiges au changement qu'on voulut opé- Impassible, mais fort, le gouvernement rer, que des débris, des larmes, de l'op- doit tout faire par sa propre force, n'approbre, -et du sang. peler à son secours aucune force étrangère,

Il faut donc examiner les devoirs des tenir dans l'immobilité le parti qu'il secourt gouvernemens dans Tune et l'autre réac- contre le parti qu'il frappe, et sévir égation. ment contre l'homme qui veut devancer

. Ces devoirs sont très différens dans ces la vengeance de la loi et contre celui qui deux espèces. l'a méritée.

1° Contre les réactions qui ont pour Mais il faut, pour cela, qu'il renonce objet les hommes, le gouvernement n'a aux flatteries enivrantes. Il faut qu'il

repousse cette réminiscence révolution- n'ennoblit pas, et descendra pour jamais

naire qui lui fait rechercher une autre de sa dignité de dogme.

approbation que celle de la loi* Il doit La justice prescrit au gouvernement

trouver son éloge, là où sont écrits ses cette conduite; la prudence encore la lui

devoirs, dans la constitution qui est im- prescrit.

muable, et non dans les applaudissement Les réactions contre les hommes n'ont

passagers des opinions versatiles. qu'un but, la vengeance, et qu'un moyen,

2° Si, dans les réactions contre les la violation de la loi ; le gouvernement n'a

hommes, le gouvernement a surtout be- donc à prévenir que des délits précisés

soin de fermeté, dans les réactions contre d'avance.

les idées, il a surtout besoin de réserve. Mais les réactions contre les idées sont

Dans les unes, il faut qu'il agisse; dans variées à l'infini, et les moyens sont plus

les autres, qu'il maintienne. Dans les variés encore. Si le gouvernement veut

premières, il importe qu'il fasse tout ce être actif, au lieu d'être simplement pré-

que la loi ordonne ; dans les secondes, Servateur, il se condamne à un travail sans

qu'il ne fasse rien de ee que la loi ne fin; il Huit qu'il agisse contre des nuances:

commande pas. il se dégrade par tant de mouvemefls pour

Les réactions contre les idées portent des objets presque imperceptibles. Ses

sur des institutions ou sur des opinions, efforts, renouvelés sans cesse, paraissent

Or, les institutions, pour s'affermir ne puériles : vacillant dans son système, il

demandent que du temps, les opinions est arbitraire dans ses actes ; il devient

que de la liberté. injuste, parce qu'il est Incertain ; il est

Entre les individus et les individus, lé trompé, parce qu'il est injuste,

gouvernement doit mettre une force ré* Au surplus, c'est aux hommes qui di*

pressive; entre les individus et les insti- rigent l'opinion par les lumières à s'opposer

tutions, une force conservatrice; entre aux réactions contre les idées; elles sont

les individus et les opinions, il n'en doit le domaine de la pensée seule, et la ldine

mettre aucune. doit jamais l'envahir.

Lorsque vous avez établi une institution, Pour le gouvernement, comme pour

ne vous irritez pas de ce qu'on la désap- les écrivains, le meilleur moyen de s'op*

prouve. Ne cherchez pas à empêcher qu'on poser aux réactions est de s'attacher aux

ne déclame contre elle : n'exigez la sou* principes*

mission que d'après les formes et devant Un principe est le résultat d'un certain

la loi. Ignorez l'opposition; supposez nombre de faits particuliers,

l'obéissance; maintenez l'institution : avec Toutes les fois que l'ensemble" de ces

la loi, les formes, et le temps, l'institution faits subit quelques changemens, le prin-

triomphera. cipe qui en résultait se modifie ; mais alors

Lorsque vous avez, je ne dirai pas cette modification elle*méme;devientprin-

établi une opinion, (Dieu vous préserve cipe.

' d'en établir!) mais renversé la puissance Tout, dans l'univers, a donc ses pritt-

de quelqueopinion qui fut jadis un dogme, cipes, c'est-à-dire toutes les combinaisons

ne vous effrayer pas de ce qu'on la re- soit d'existences, soit d'événemens, mè-

grette; ne prohibez pas l'expression de nent à un résultat; et ce résultat est

ces regrets; n'allez pas lui décerner les toujours pareil, toutes les fois que les

honneurs de l'intolérance; feignez d'i<- combinaisons sont les mêmes : c'est ce

gnorer son existence même; opposez à résultat qu'on nomme principe,

son importance, votre oubli ; laissez à qui Les principes seuls doivent servir de

le voudra le soin de la combattre. Ne com- guides après l'accomplissement des révo-

primezque lesactions, et bientôt l'opinion, lutions.

examinée, appréciée, jugée, subira le sort Un principe, reconnu vrai, ne doit

de toutes les opinions que la persécution jamais être abandonné, quels que soient

ses dangers apparens. Il doit être décrit, voudraient le mitiger et le limiter; mais

défini, combiné avec tous les. principes cette espérance est absurde : car, pour

qui l'entourent, jusque ce qu'on ait trouvé mitiger ou limiter l'arbitraire, il faudrait

le moyen de remédier à ses inconveniens, lui prescrire des bornes précises , et il

et de l'appliquer comme il doit être appli- cesserait d'être arbitraire.

que. Il doit, de sa nature, être partout, ou

L'oubli ou le mépris des principes con- n'être nulle part. Il doit être partout, non

duirait à l'abitraire. de fait, mais de droit ; et nous verrons

L'arbitraire, qui a des effets très positifs, tout à l'heure ce que vaut cette différence,

est pourtant une chose négative : c'est II est destructeur de tout ce qu'il atteint,

l'absence des règles, des limites, des défini- car il anéantit toute garantie; or, sans

fions; en un mot, l'absence de tout ce qui garantie , rien n'existe que de fait , et le

est précis. fait n'est qu'un accident. Il n'y a d'exis-

Or , comme les règles , les limites , les tant, en institution, que ce qui existe de

définitions sont des choses incommodes droit.

et fatigantes, on peut fort bien vouloir II s'ensuit que toute institution qui

secouer le joug, et tomber ainsi dans l'ar- veut s'établir sans garantie, c'est-à-dire

bitraire, sans s'en douter. par l'arbitraire, est une institution sui-

Ceux-Ià sont partisans de l'arbitraire , cide, et que, si une seule partie de l'ordre

qui rejettent les principes; car tout ce qui social est livrée à l'arbitraire, la garantie

est déterminé, soit dans les faits, soit dans de tout le reste s'anéantit,

les idées , doit conduire à des principes ; L'arbitraire est donc incompatible avec

et l'arbitraire étant l'absence de tout ce l'existence d'un gouvernement considéré

qui est déterminé, tout ce qui n'est ]pas sous le rapport de son institution,

conforme aux principes est arbitraire. â° il est dangereux pour un gouverne-

L'arbi traire , en institution politique, ment, sous le rapport de son action,

est la perte de toute institution politique; Car, bien qu'en précipitant sa marche,

car ces institutions étant l'assemblage des il lui donne quelquefois l'air de la force ,

règles sur lesquelles les individus doivent il ote néanmoins toujours à son action la

pouvoir compter dans leurs relations régularité et la durée,

comme citoyens, il n'y a plus d'institutions En recourant à l'arbitraire, les gou-

poli tiques, là où ces règles n'existent pas. vernemens donnent les mêmes droits qu'ils

L'arbitraire est incompatible avec l'exis- prennent.. Us perdent par conséquent,

tence d'un gouvernement considéré sous plus qu'ils ne gagnent; ils perdent tout,

le rapport de son institution; En disant à un peuple : Vos lois sont

Il estdangereuxpour un gouvernement, « insuffisantes pour vous gouverner, » ils

sous le rapport de son action; autorisent ce peuple à répondre : « Si

II ne donne aucune garantie à l'existence « nos lois sont insuffisantes, nous voulons

d'un gouvernement, sous le rapport de la « d'autres lois; » et à ces mots, toute l'au-

sùreté des individus qui composent l'état, torité légitime d'un gouvernement tombe;

Ces trois assertions sont faciles à prouver, il ne lui reste plus que la force; il n'est

1° Les institutions politiques ne sont plus gouvernement. Car ce serait trop

que des contrats. La nature des contrats croire à la duperie des hommes que leur

est de poser des bornes fixes : or, l'arbi- dire : « Vous avez consenti à vous im-

traire étant précisément l'opposé de ce qui « poser telle ou telle gène, pour vous as-

constitue un contrat, sape, par la base, « surer telle protection. Nous vous otons

toute institution politique. « cette protection , mais nous vous laissons

Je sais bien que ceux mêmes qui , re- «celte gêne. Vous supporterez, d'un

poussant les principes comme incom- « cêté, toutes les entraves de l'état social,

patibles avec les institutions humaines, « et, de l'autre, vous serez exposés à tous

ouvrent un champ libre à l'arbitraire , « les hasards de l'état sauvage. »

Tel est le langage implicite d'un gou- l'autre, c'est-à-dire faire le mal au lieu

versement qui a recours à l'arbitraire. du bien.

Un peuple et un gouvernement sont Le caractère du machiavélisme, c'est

toujours en réciprocité de devoirs. Si la de préférer à tout l'arbitraire. L'arbitraire

relation du gouvernement au peuple est sert mieux tous les abus de pouvoir qu'au -

dans la loi, dans la loi aussi sera la relation cuné institution fixe, quelque défectueuse

du peuple au gouvernement ; mais si la qu'elle puisse être. Aussi les amis de la

relation du gouvernement au peuple est liberté doivent préférer les lois défec-

dans l'arbitraire, la relation du peuple au tueuses aux lois qui prêtent à l'arbitraire,

gouvernement sera de même dans farbi- parce qu'il est possible de conserver de

traire. la liberté sous des lois défectueuses, et

3° Enfin l'arbitraire n'est d'aucun que l'arbitraire rend toute liberté im-

secours à un gouvernement, sous le rap- possible.

port de la sûreté des individus qui com- L'arbitraire est donc le plus grand

posent l'état; car l'arbitraire n'offre aux ennemi de toute liberté, le vice corrup-

inctividus aucun asile. teur de toute institution, le germe de

Ce que vous faites, par la loi, contre mort, qu'on ne peut ni modifier, ni mi-

vos ennemis , vos ennemis ne peuvent le tiger, mais qu'il faut détruire, pour l'em-

faire contre vous par la loi, car la loi est pécher de porter ses fruits.

là, précise et formelle : elle ne peut vous Si l'on ne pouvait imaginer une insti-

atteindre, vous, innocent. Mais ce que vous tution sans arbitraire, ou qu'après l'avoir

faites contre vos ennemis par l'arbitraire, imaginée, on ne pût la faire marcher

vos ennemis pourront le faire contre vous sans arbitraire, il faudrait renoncer à

par l'arbitraire; car l'arbitraire est vague toute institution, repousser toute pensée

et sans bornes : innocent ou coupable , d'amélioration, s'abandonner au hasard,

il vous atteindra. et, selon ses propres forces, aspirer à la

L'arbitraire n'est pas seulement funeste, tyrannie ou s'y résigner, lorsqu'on s'en sert pour le crime. Em- Ce qui, sans l'arbitraire, serait une ployé contre le crime , il est encore dan- simple réforme, par lui devient une révogereux. Cet instrument de désordre est lution violente, c'est-à-dire un bouleun mauvais moyen de réparation. versement. Ce qui, sans l'arbitraire, serait La raison en est simple. Dans le temps une réparation, par lui devient une réacmôme que quelque chose s'opère par tion, c'est-à-dire une vengeance et une l'arbitraire, on sent que l'arbitraire peut fureur.

détruire son ouvrage, et que tout avan- Si donc les réactions sont une chose

tage qu'on doit à cette cause est un terrible et funeste, évitez l'arbitraire, car

avantage illusoire ; car il attaque ce qui il traîne nécessairement les réactions à sa

est la base de tout avantage : la durée, suite ; si l'arbitraire est un fléau destruc-

L'idée d'illégalité , d'instabilité , accom- teur, évitez les réactions, car elles assu-

pagne nécessairement tout ce qui se fait rent l'empire de l'arbitraire ; enfin, si

ainsi. On ala conscience d'une sorte de pro- vous voulez vous garantir à la fois et des

testation tacite contre le bien comme réactions et de l'arbitraire, ralliez-vous

contre le mal, parce que l'un et l'autre pa- aux principes, qui seuls peuvent vous en

raissent frappés de nullité dans leur base, préserver.

Ce qui attache les hommes au bien Le système des principes offre seul un

qu'ils font, c'est l'espérance de le voir repos durable. Seul il présente aux pas-

durer. Or, jamais ceux qui font le bien sions politiques un inexpugnable rempart,

par arbitraire ne peuvent concevoir cette II est la réunion du bonheur public et

espérance ; car l'arbitraire d'aujourd'hui particulier. Il ouvre la carrière du génie,

prépare la voie pour celui de demain, et comme il défend la propriété du pauvre,

ce dernier peut être en sens opposé de II appartient aux siècles, et les convul-

fions du moment ne peuvent rien sur lui. seurs, plus d'évocation de préjugés, qui En lui résistant, on peut sans doute eau- puissent le faire rétrograder. Il faut que ser encore des secouses désastreuses, les lumières s'étendent, que l'espèce bu- Mais, depuis que l'esprit de l'homme mar- maine s'égalise et s'élève, et que chacune che en avant, et que l'imprimerie enre- de ses générations, que la mort engloutit, gistre ses progrès, il n'est plus d'invasion laisse du moins après elle une trace briloe barbares, plus de coalition d'oppres- lante qui marque la route de la vérité.

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