REGLES
Davs le» lettres et dans les arts , les règles sont les leçons de Fexpérience , le résultat de l'observation sur ce qui doit produire l'effet qu'on se propose.
Il y a un instinct pour' tous les arts , et cet instinct , au plus haut degré d'énergie et de sagacité, s'appelle génie. Mais est-il jamais assez parfait , assez sipr dé lui-mémef pour
a^Toir droi^ de mépriser les règles ? et les règles^ de leur côté,' sont-elles assez .•infail-* libles, assez étendues, assez exclusivem^it décisives^ po,ur aYoir droit jdt> maîlrûer le génie ?
£n supposant les heaumes tels que ks> t faits la nature , et ayant que rimagination 'et le sentiment soient altérés en eux par le eaprice de l'opinion , dés modes et des «On- ▼enances,. rinstinct naturel suffirait à: u»
artiste organisé cpmme eux , pour Nolàirer et le ' conduire : mais la nature peut deviner et pressentir la nature j Tétùde seule y en- ob-^ servant l'homme artiâciel et factice , peut faire prévoir les effets de Tart.
, J^ous connaissons quelques- hommes extraordinaires , tels qu'Homère et Eschyle , qui semblent n'avoir eu pour modèle que la naturp et pour guide que leur instinct^ mais est -il bien sûr qu'avant Homère Tart de la^, poésie épique n'eût pas étç cultivé , raisonné ,.. soumis à des lois ? Ceux qui regardent ce poète comme l'inventeur de son art, parce, quHl «st le plus ancien <\es poètes connus y, ressemblent à ceux qui s'imaginent qu'au-v delà des étoiles qu'ils aperçoivent ii n'y a plusj;ien dans lé ciel. A l'égard d'Eschyle, il est»
1^8 ' xéoLxâ.
l>ien certain qu'il a inventé )a tragédie : mais le modète de la tragédie était l'épopée,' dont les pègles lui sont comHmties ; et quand à celles qutlui> sont propres , Eâ«lij1e s'en est dispeftsé, ou plutôt , en les observant , quand il Ta pa sani trop de gène , il les a lui-'méfBe tracées ; t( (fes4; peut-être celui de tous les hommes en qui le goèt naturel a été le plus étonnant.
La raison est T^rgane du vrai ; le goèt est Torgane du beaiT: c'est la faculté vive et pronvpte de discerner et de pressentir ce qui doit plaire aux sens^ à Tesprit et à Fàme :
c'est un don naturel qui veut être exercé pa* l'étude et par l'habitude ; et ce n'est qu'après raille épreuves qti'il peut se croire un guide sèr.
Il y a une raison absolue et indépendante de toute convention , comme la vérité ; mais y a-t-il de même un goût par ei^ellence , indépendant, comme la beanté, des caprices de l'opinion ? et s'il y en a un , quel est-il ? La vérité a un caractère inimitable , c'est réi^idence. Y a-t-il aussi quelque signe infaillible qui caractérise l'objet du goût ? (^o^- BBAu.) L'évidence même n'est reconnue qu'à la lumière dont elle frappe les esprits ; et dès qu'elle cesse de luire , on ne sait plus qui a
KÈGLES. I4<}
raison , ou du petit nombre ou de la multitude. En fait de goût le problème est encore plus indécis. Dans tous les temps il y a eu la raison du peuple et la raison des sag0S V dans tous les' temps il y a eu le goût du Tulgaive et le goût d'un monde plus cultivé : mais ni le grand ni le petit nombre n'a été constant dans ses goûts. D*un siècle à l'autre , d'un peuple à l'autre , la même chose a plu et déplu à Fescès , la même chose a paru admirable et rîsible^ a excité les applaudissemeïis et les huées ; et souvent , dans le nréme lieu et presque dans le même tempis , Ifi même chose à été reçue avec transport et rebutée avec mépris. Où sont donc les règles du goût ? et le goût lui-même est-il le pressentiment dfi ce qui plaira le plus universellement dans tous les pays et dans tous les âges, ou de ce qui plaira dans tel temps , à telle classe d'hommes qui s'appelle le monde , et qui , plus occupée des objets d'agrément / se fait FaTbiti'c des plaisirs ? Voilà , ce semble , une difficulté insoluble et interminable ; n'y au-* rait-il pas quelque moyen de là simplifier e^ de la résoudre ?
En fait de goût , il y a deux juges à consulter et à concilier ensemble : l'un est le bon
i5o règles:
sens , qui est l'arbitre des ^vraisemblances , des convenances , du dessin , de Tordre , des rapports mutuels , soit de la cause avec l'effet , soit de rintention avec les moyens qu'on emploie. Cette partie du goût est du ressort de la raison ; elle e^t susceptible de cette évidence qui frappe tons les hommes dés qu'ils sont éclairés. Jusque là les règles de Tart ne sont que les réglées du bon sens , invariables comme lui. L'artiste, doué d'un esprit juste , serait donc en cette partie assez sûr de se bien conduire , et n'aurs^it pas besoin de guide , s'il voulait se donner la peiHe de méditer lui-même les procédés de l'art , de les rédiger en méthode ; mais quelle titiste et longue étude ! et le génie impatient de produire n'est-il pas ^trop heureux qu'on lui épargne le travail d'une froide réflexion ?
Corneille eût-il passé si rapidement de Clitandre à Cinna , s'il n'avait pas trouvé sa route comme tracée par Aristote , pour leqtiel son respect annonce sa reconnaissance ? La théorie des beaux arts ressemble aux élémens des sciences : l'homme de génie a de. quoi deviner, s'ils n'étaient pas faits ; maî^ quel temps n'y emploirait-il pas?
Le second juge , en fait de goût , c'est le
RÈGLES. l5l
scntimenf , soit qu'on entende par la Feffet de l'émotion des organes , soit qu'on entende, l'impression faite directemefitsur Tâme^ par» • l'entremise des sens.
Cesticiq^ue le goût varie, et que, dans une longue suite de siècles et dans une multitude innombrable d'hommes diversement affectés de la mi^me chose , il s'agit de déterminer quels sont les temps, les lieux, les, peuples dont le jugement fera loi, et le moyen est facile : c'est de recueillir les suffrages des. siècles et ans nations. Or dans tous les arts qui intéressent les sens ^ la déférence universelle décidera en faveur des Grecs. La nature semble
' avoir fait de ce peuple le législateur des plai-., sirs , le grand maître dans l'art de plaire ^ Tinventeur , l'artisan , le modèle du beau par
^ excellence dans tous les genres. C'est à lut., qu'elle a révélé le secret des plus belles formes, des plus belles proportions , des pluà harmonieux ensembles : cette supériorité lui est acquise au moins en sculptu|:e, en architec^re, et depuis le temps de Périclès jusqu'à nous on n'a rien imaginé de plus parfait. que lés moclèles que ce beau siècle nous a laissés , de , l'aveu, même de tous les peuples. En s'éloi- . gnantde ces modèles on n'a fait qu'altéreriez
l5a R£GLKS.
béantes pttres cïc ces deux arts. En tracer les règles , ce n*est doric que réduire leur méthode en préceptes, généraliser leurs exemples et enseigner à les imiter.
Lorsque Virgile disait des Romains :
ExciieUiUoluspirantia moBiks mra,
il ne croyait que flatter sa patrie et la consoler de la supériorité des Grecs dans les arCs ; il ne croyait pas présager la gloire de l'Italie moderne. C*«t cependant ce peuple , amolli par la paix et par 'une oisive indolence , qui a pris la place des Grecs , et qui , après eux , semble avoir été lé confiderft de la belle nature. Dans les deux arts dont je viens de parler , il h*a Mt quç les imiter ; mais dftns. les arts dont les modèles ne lui avaient pas été transmis , comme la peinture et la>nusique , son génie , frappé de Tidée essentielle et universelle du beau , a fait douter si les Grecs, enx-mêi ri es avaient été aussi loin que lui. La sculpture, il est vrai, du côté du dessin , a été le modèle de la peinture ; mais le coloris , leclaîr^bscur , la perspective , ont été créés, de nouvi au ; et du cètè de la musique , qudques lueurs confuses sur les rapports des. sons y qae les anciens nous ont transmises , ne
* RÈGLES. l53
dérobent pasàrifalî emoderne la gloire de riiiy Tentîoii et de la perfeelion de ce bel art. Ainsi, en scidptu^e , en ardikectare , en peinture , en 'musique y k goût sait où prendre ses régies : les modèles eh sont les types , l'expérience en est la preuve, et le suffrage universel de toHs tes peuples y a mis le sceau. .
En éloquence et en poésie , nous n'avons pas d'autorité aussi formellement décisive , atissl unanimement reconnue : par la .raison que les objets , les moyens, les. procédés de ^ees deux arts sont plus divers; que les modèles en sont moins accomplis , et que , dans les goûts qui intéressent l'esprit , l'imagination et le sentiment , et sur lesquels l'opinion , les mœurs , le génie et le caractère des^ peuples ont beaucoup d'influence, il y a plus d'inconstance et de variété. Cependant, comme ces deux arts ont de tout temps fixé l'attention des hommes les plus éclairés et fait l'objet de ' leurs études, soit pour les exercer eux-mêmes, soit seulement pour en jouir , et lorsque , étonnés de leur puissance „ ils ont voulu en observer , en développer les ressorts ^ il est certain que les secrets en ont été approfondis et les moyens réduits en régies ri/lsLis il en est de ces régies comme de lois dont la lettre tuç ■ \
>l54 RÈGLES.
et r esprit vivifie : elles sont devenues , danJ^ les mains des commentateurs , de lourdes chaînes dont ils ont chargé le génie. C'est pea même d*ayoir mal entendu et mal expliqué les préceptes dictés par les maîtres de l'art ; ils ont voulUf faire des lois eux-mêmes: fiers de leur érudition et fanatiques de l'antiquité , qu'ils se glorifiaient de connaître , ils nous ont donné pour modèle tout ce qu elle nous, a laissé, et ont mis sans discernement l'exemple et l'autorité à la place du sentiment et de la raison. C'est de ces régies que l'on peut dire ce que le scythe Anacharsis disait à Solon, en parlant des lois écrites , qu'elles ressemblaient aux toiles d'araignée , où se pre-naient les petites mouches et d'où les grosses s'échappaient. *
Tout n'est pas beau chez les anciens : les poètes , les orateurs les plus célèbres ont leurs défauts ou leur côté faible ; les o^ivrages mêmes les plus, admirés sont encore? loin d'être parfaits ; les plus grands hommes , dans leur art , n'en-ont pas atteint les limites , les procédés et les moyens ne leur en étaient pas tous connus , et la route qu'ils ont suivie n'est bien souvent ni la seule ni la meilleure qu'on ait à suivre. Mille beautés ontfaitpasse^*
iliille défauts ; mais les défauts qu'elles ont rachetés ne isont pas des beautés eux-mêmes : c'est là ce que les Scaliger , les Dacier n'ont jamais bien compri^. Si Corneille en avait cru Aristotc , il se serait interdit le dénoùment de Rodogune; et si nous en croyons Dacier , ce dénoûmei^t est des plus mauvais ; car il est d'une espèce inconnue aux anciens et reietée par Aristote. D'après la même théorie , toutes les pièces où le personnagevintéressaàt -fait son malheur lui-même avec connaissance de cause seraient bannies du théâtre , et Ton n'aurait jamais pensé à y faire voir l'homme victime de ses passions. Voilà comme une théorie exclusivement attachée à la pratique des anciens donne les faits pour la limite des possibles , et veut réduire le génie à l'éternelle servitude d'une étroite imitation.
Une autre espèce de* faiseurs de règles , ce «ont ces artistes médiocres qui commencent par composer, et qui , se donnant pour modèles y font de leur pratique , bonne ou mauvaise , la théorie de leur art.
Les vrais législateurs des arts sont ceux qui , remontant au principe des choses , après avoir étudié , et dans les hommes , et dans la nature^ et dans les arts même , les
X56 RàCLES.
rapports des objets avec Fâme et les sens , et les impressions de plaisir et de peine qui *^ sidtcat de ees rapports; après aroir tir^ de i'experîenee de tons les siècles , surtoctt ées siècles èdairés, des inductions qui détermioeat-, et les procédés les plis sàrô , elles moyens les pins puissans , et les effets les plus constamment iofailttbles^/ <knlaent ces résultats pow régies ,' sans prétendre que le IP^aie *'y soumette serrilement et n'ait pas 1^ droù de s^«ii dégrager toutes les lois qtfil sent 'qu'elles ra^pesandssent^oti le mettent trop à la gène. Ce sont des moyens de bien feire qs'on lui propose , en lui laissant là liberté 4e iaâre niieux : Cfè«ii*là seoi a toit , qui ftut plus mal en s'écartant des régies, et comme ît s*y a riende plus commun qu'un ouvrage régulier et mauvsais , il' est possiide , quoique plus rare , d'en produire un qui plaise nui^rersellemeut , ooBtre 1rs jvgies^ et en dépit des règieâ. Le poëme des F Arioste en est un exemple.
Mais la licence alors est obligée de mér^r , à force d'agrémais et de beautés qui lui soient dues , qu'on k préAre à ]^Qs en ré- ^Oaiité.
On a dit que quelques lignes tracées par un bomms d€ géttie wom piusiitile» au taisnt^fue :
&xvoLUTioir. 167
de» m«tfaocies péniblement écnte» ptv de froids spëculateurs. Rien n*est plus Trai quand if s'agit d'écbftuffer Vêanc et de Vélevet, Mais le» modèles les plus fra|^)aiis ne jettent knr lainière ifO/i sur «n ppint; celle dest règles est pins ^teadvev, elle éclaire toute la ronte .- il ne fimt donc avoir , pour les régies tracées , ni ua. présomptueux mépris, ni un respect sa* perstitieux et serrile. AÂstote , Cîcécon et Quiatilienf pour les orataurs ; Aristote , Mosace , Longin, Boiieaa , pour les poètes, sont dea gmdes qae le génie lui-ménle ne doit pas âédaigner de suivre ; mais pour marcher d'un pas pins sikr , il ne doit pas cesaar de marcber d'tin pas libre.
REVOLUTIOÎI;
DtLSi I9 poème épk{«e oa dvaraatiqse, lofW|«e la faÛe eat îiaplexe, it BBme , snr la en de radloii , «n év^emcnt ^ change la face des^duMes , et qni âat pasaer ie personnage intéressant du mallMwr à la prospérité , «ndelaprospëritéaumalbettr; c'«at ae qn'on appelle fvVo&<rlora.
Qne dans la tragédie la réifoiution soit
l58 RÉVOLUTION.
heureuse ou malà^ureuse, elle ne doit Jamaû être prévue j^ar l'acteur , et lorsqu'il est sur le Iiord de rabîme , saài( lation n'en est que plus touchante s'il a le ba»«deau sur les yeux.
Mais£iut-il de même què'ia. répolutson soit inattendue pour le. spectateur ? Non pas si elle est âineste, car en la prévoyant on frémit d'avance , et la terreur mène à la pitié. On prévoit dès l'expositiMi à'OEdipe que ce malheureux prince va se convaincre d'inceste et de parricide , éclairer l'abîme où il est tombé, et finir par être en horreur à la nature et à ' lui-méine 5- et à chaque nouvelle clarté qui lui viejit, la terreur et la pitié redoublent. II n'est donc pas toujours vrai , comme le croyait Aristote, que la terreur et la pitié naissent de la surprise que nous cause Tévénement.
C'est lorsque la révolution est heureuse qu'elle ne doit être pour les spectateurs. que dans l'ordre des possibles, et des possibles éloignés^ dont les moyens sont inconnus :
car le personnage en péril cesse d'être à plaindre dès qu'on prévoit sa délivrance. Mais ne la prévoit-on pas , direa-vous, quand on a lu la tragédie ou qu'on t'a vu jouer une fois ? Le soin qu'aura le poète de cacher un dénoûment heureux^sera donc alors inutile.
BivOL'UTIO*. 1^9
îîon , si son intrigue «t bien tissue. Quelque prévenu qu'on soit de la manière dont tout y» se résoudre , la marche de l'action en écarte la réminiscence; l'impression de ce queTonyâit «mpéche cle réfléchir à ce que Ton sait, comme ^ je Tai fait ^observer ailleurs ; et c'est par ce prestige q^Ée/t les spectateurs qui se laissent ^ toucher plei9*«9t vingt fois ^u même spectacle : plaisir que ne. goûtent jamais les vains raisonneurs etles froids critiques. ^
.Ceux- ci portent à nos spectacles deux principes opposés, le sentiment qui veut être ému, et l'esprit qui ne veut pas qu'on le trompe. La prétention à juger de tout, fait qu'on ne jouit de rien : on veut en même temps prévoir les sihiations et en être surpris , combiner avec l'auteur et s'attendrir avec le peuple, être dans l'illusion et n'y être pas. Les nouveautés surtout ont ce désavantage. qu'on j va moins en spectateur qu'en critique : là , éhacun des connaisseurs est comme double , et son cœur a dans son esprit un incommode et fâcheux voisin. Ainsi le poète, qui n.e devrait avoir que riraagination à séduire., a de plus la réflexion à, combattre et à repousser. Cest un •malheur» pour le public lui-même; mais de $on côté il est sans remède : ce n'est que du
l6ô ' RiTOLUTIOU.
eôté du poète qu'il e»! posÂlide dj remédier^ ' et en Toki I«s moyens. ^ '
Le preiaier et ie j^ns façUç e»t de tendre , par un dénoàment fiine»te, le paliiétliiqiie de Vétéfiement tadépendant de la surprise ; le second , de faire naître le dénoùment , s*il ^ est heureux, du fonds des carac^lss pasnonif^ et ^par là. suseeptililês ^"^ motiveineiis contraires.
Dans le premier cas, ce qm doitarrrrer étant pitoyable et terrible , lors «léine que la crainte cesse d'être mêlée d'espérance , fâtae du spectateur ne îaisse pas d'être émue âicore» Maî&.comme le pathé^que dépend absolument de Fùqipression réfléchie qui, de l'âme de l'acteui^ intéressant^ se communique à la nÀtre , fii^'impression n'était pas Tiolente , le contrer coup serait faible et léger. Potirqtioi la nort de Zopfa^, celle de Sémiramis, celle de Zaïre, eeHe dlnès, est-elle |x>ur nous si douloureuse?^ parce qu'elle est douloureuse à l'excès pour les acteurs dont nous prenons la place. Pourquoi le dénoùment. de Britannicus est-il si fr^d , tout funeste qu'il est ? parce qu'il n'excite , ni dans l'âme de Néron , ni dans celle de Burrhus , ni dans celle d'Agrippine , une assez forte émotion, Junie demande vengeance au
ȃvot.uTioir. i6t
{»eui^e et se retire parmi les vestales : sa doulenr n'a rien de touchant. Mais Sémiramis égorgée tend les bras à son meurtrier , et son meurtrier est son fils ; mais Zopire se traîne Ters sesenlkns qui viennent de Tassas^iiier, et leur apprend qu'ils ont plongé le poignard dans le sein de lent père ; oiais Orosmane , en retirant sa main sanglante du sein de Zaïre, apprend qu'elle était innocente et qu'elle n'a jamais aimé qnç lui ; mais Inès , entourée de ses enftns , sent lés atteintes du poison mortel f et Pèdre , au moment qu'il se croit le pkis heureux des époux et des pières , trouve sa femme , qu'il adore , emfK)isonnée et rendant les derakrs soupirs : voilà de ces événemens qui , pour déchirer l'âme des spectateurs , n'ont pas besoin dé la surprise , et qui sont même d'autant phi9 pathétiques qu'ils sont ai^noncéft et prévus. Ausm les «ncten» » lorsqif ti« préparaient une catastropha funeste^ ne prenaiem-ils aucun sdboi de la cadier au •pecUteur ; et c'est, pour co genre de tragédie , un avantage que je n'ai pas voùki dis^ simuler.
liais où sera l'incertitude et ce mélange d'e^éraùce et de crainte Auquel j^ai dit ailleurs que llntérèt tragique est attaché ? En
l'6a RÉVOLUTIOÏf.
voyant Té'cueil ou rabime, on n^ sera pas sûr encore que le malheureux qui est en butte à la tempête y périra « £t pour s'intéresser vivement à son sort , il suffit qu*à beaucoup de crainte se inéle encore une faible espérance^ jusqu'au moment qu'il se brise ou qu'il s' engloutit. C'est ce qu'éprouvent dans la réalité ceux qui ^ du bord d'une mer en furie , ont le spectacle d'uii naufrage.
Si.au contraire le poète médite un dénoûment heureux , il faut absolument qu'il le cache , et le plus sûi^ n^oyen est de le faire naître 4u tumulte et du choc des passions :
leurs mouvemens orageux et divers trompent à chaque instant la prévoyance du spectateur, et le laissent jusqu'à la fin dans le doute et dans riuquiétude : le sort des personnages intéressans est encore alors comme un vaisseau dans la tourmente , mais battu par des vents contraires dont l'un peut le faire périr, et l'autre le sauver. Fera-t-il nanfrage ou gagnera-t-iPle port ? C'est cetle Incertitude qui nous attache et qui nous presse de plus en plus jusqu'au dénoûment. /
« Par les mœurs , dit Aristote , on préVott les révolutiqns. OUi, par les mœurs habituelles d'une âme qui se possède et se maîtrise ; .
et voiià celles qu'on doit évker si Ton veut cacher un dénoùmont qui naisse du fonds des caractères. Ne faut-il donc eipployer alors que des personnages sans mœurs, ou dont les mœurs soient indécises ? Non ; mais- il faut que révéneme^t dépende de la résolution d*une âme agitée par des forces qui se combattent, comme le devoir et le penchant ^ où deux passions opposées. Quoi de plus décidé que le caractère de Cléopâtre, et quoi de moins décidé que le parti qu'elle prendra quand Rot dogune propose Fessai de la coupe ? quoi de ' plus surprenant et quoi de plus vraisemblable que de la voir se résoudre à boire la première, pour y engager , par son exemple , Kodogune et Antiochus ? Voila ce qui s'appelle un coup de génie. Il serait injuste , j^ le sais , d'en exiger de pareils ; mais toutes les fois qu'on aura pour moyen lé contraste des passions , il sera facile de tromper l'attente des speclatcurs sans s'éloigner de la vraisemblance , et de rendre l'événement à la fois douteux et possible.
Pour cacher un dénoûmcnt heureux, les anciens , au défaut des passions , n'avaient guère que la reconnaissance ; et tout l'intérêt portait alor^ sur l'incertitude où l'on était si
i64 mBÉToaiQU».
les acteurs irftéressans se reconnaÎTratcnt ^ propos : tel e^ l'intérêt de VTphigenic en Tauride. Foyez^ liECoiîisrAisàAiîCE. Cest un «xcdlent moyen pour produire la j^volution ; tna^s, comme Fobserve Corneille , il n'a point I9 chaleur féconde des mouvemens passionnés. "
Il «t possible d'employer à produire la révohtHùn un caractère équivoque et dissimulé qui se présente tour à tour sous deux faces , et laisse le spectateur incéi^tain de sa dcmiète résolution. Le seul exemple que je "connaisse de ce moyen employé dans la trrfgfédie , c'est la conduite d'Exupère dans Tin- ^ trigue &Hémc!ius.
La ressource la plus eommune et la plu»
faeile est celle d'un incident nouveau ; mais cet in(;ident ne produit son effet qu'autant que ce qui le précède le prépare sans Tannoncer. Foye% oàvonUtvr.
REÉTORIQIIE.
Théorie de l'art oratoire. L'éloquence est-elle un art que l'on doive enseigner? Ce fut un nrobième chez les anciens. Socrate avait cou—
RHÉTORIQUE. l65
tmne àe &• que tous les hemm^ étaient asset élt>qiiens lorsqu'ils parlaient de ce qa'ils ^a- Taienf bien. Socrate tenait ce langage , après que Fétudè , la méditation^ l'exercice, la connaissance de rhomœe et des hommes, et totit ce que la culture peut ajouter à un beau na- . tarel, avaient Mt de lui non seulement le plus subtil des dialecticiens , mais le plus éloquent des sages. Socratesfuit is qui , omnium eru^ ditorum testimonio totùisque judicio Gneciœy quum prudentia , et acum^ne , et venustate , et subtilitate, tum vem eloqueniia, varietate, copia , quam se eum:que inpartem dedisset, cmnium/uit/acileprinceps, (De Orat^ lib. 3.) Bon Socrate , aurait-on pu lui dire, tous qui méprisez l'art dans l'éloquence , croyez- vous ne devoir qu'à la simple nature les agrémens, la variété , l'abondance qu'on admire dans vos discours? Vous êtes riche, 'laissez-nous travailler à le devenir. n
L'école -de Zenon pensait conime Socrate que toute espèce d'artifice était indigne de l'éloquence , et cette opinion coûta la vie aux deux hommes peut-être les plus vertueux de Tantiquité.
Le stoïcien Eutilius, parla sainteté Se ses mœtirs , était à Eome uniiutre Socrate; il liit
id6
- calomnié comme lui, et comme loi se laissa condamner sans Touloir qu'on prît sa défense.
« Que n*avez-vous parlé (dit Antoine à Crassus , -dans le livre de l'Orateur ) , que n'ayez-vous parlé pour ce Rudlius si! indigne? ment accusé ! que n'avcz-vous parlé po^r lui , non pas à la manière des philosophes , mais à la vôtre ! Tout scélérat qu'eussent été ses juges , comme ils le furent en effet , ces citoyens pervers et dignes du dernier isuppllce, la force de votre éloquence leur aurait arraché du fond de l'âme toute cet^e perversité. »
On^peut dire avec vraisemblance la même , chose de Socrate. Ce n'était point un Lysias qui était digne de le défendre avec la mollesse de son langage ; mais un Démosthène , avec la véhémence et la vigueur du sien , l'aurait sauvé; et cette éloquence pathétique, dont Socrate ne voulait points en faisant horreur à ses juges de l'iniquité qu'ils allaient commettre , leur aurait épargné un crime irrémissible et d'un opprobre inefTaçable.
Des philosophes moins austères, en admettant comme permis les artifices de l'éloquence , prétendaient que tout son manège nous était donné par la nature ; que chacun
RHÉTORXQlïE.' 167
de nous était né avec le don de caresser e^ de flatter d*un air timide et suppliant, 4e menacer son adversaire lorsqu'on voulait Tintimider , d*appuyer de raisons plausibles son opinion ou ses demandes , de réfuter les raisons d'autrui , de raconter les faits avec adresse et à son avantage, enfin d'employer la plainte oti Ta prière pour obtenir justice ou grâce.
Oui , ce don suffit aux enfans ; il suffît même au commun des hommes dans tes débats de la société. Mais pour fléchir César ou le peuple romain , pour réveiller l'indolence d* Athènes et la soulever contre Philippe , était- ce assez dt'S petits moyens de cette éloquence vulgaire ? et la nature nous a- 1- elle appris à raisonner , à réfuter , à menacer comme Démosthène , à supplier, à caresser, à flatter comme Cicéton?
n est assez, vrai que tout homme passionné ou vivement ému est éloquent sur l'objet qui le touche , lorsque l'objet est simple et n'a riea de litigieux. Mais si la cause de la vérité ,>'der rinnocence, de làjustice , se présente, comma elle est souvent, hérissée de difficultés et obscurcie* de nuages ; si elle est aride , ^ineuse , sans attrait pour Fattention et pour la curiosité 'y si Ton parle devant un juge aliéné ou prévenu soit par des affections contraires.
l6$^ RHfTOKlQUR.
«oit p«r de fausses apparence»', sek par un adyersaire adroit et armé de ton» les moyena ^ane âoqtience artificieuse , sera«t-on pnident de se fier an don natixrtl et coommii de pailer de ce qu'on sait bien , on de ce qif on sent ▼irement? •
Dans tous les genres de contention qui -s'éleTent entre les hommes , si la force niéprisait f adresse , la fiiiblesse Finventerait. Dès que rhomme s'est exercé à manier la massue on la fronde , l'art de la guerre a pris naissance; dès que l'homme , ayant de parler , a véflé^i à ce qu'il derait dire , la rhétorique a eomraencé. Ainsi , depuis que Ton s'est aperçu cpe, par la puissance de la parole , on ' dominait les esprits et les âmes, dépnis qu'entre la Térité et le mensonge , entre le bon cEroit ' et la fraude, s'est élevée cette guerre dont l'éloquence est tour i tour l'arme ofFiasîve et défensive , chacun à l'envi s'exercant au com- Ifat pour s'en procurer favantage, ht jhé^ torique a dft former un art ^ ainsi q\ie la lutte et f escrime, où^ pour la comparer à ui| objet plus noble , ainsi que la guerre elle-même :
Nam quQ indignius rem honestUrimam et rectissimam violabat stuitomm et improhomm temeritas et audacia^ summo cum rei^
-pttbUûte de^mem& y€o staàhfius et iliis rt^ si9êmuàiin Jkit et reipuhUèœ c^nsulendunu - (Be Inventé rhet.)
Si donc 1a rhétorique n'ett qme le résiâltt desôbBcrta^onsfeiitesparlesiBC^lenrs esprits 9«r lesprocëdés ïes plus. ingénieux et les moyens les plus puissans* de Kéloquence natutelle, it en sera de Téloquence comme de tons tes arts imentés paf Tillstinclr'^ éclairés par Texpé-
' iMRce et perfec^nnés par ]\isage. Quœ sua sponte homïnes "éloquentes feeerunt, et»
quosdam ohsermsse aîque id egisse : sic esse jton 4ioquentiam ex artificio , sed artificium ex eloquentm natum. (De Orat. tfb. x. ) ■ Or, en eiFet, la rhétorique n'est que la Ifeéorîtt de cet art de persuader, dont Féloqnenoe est la pratique. L'une trace ia méthode «t Taplre ht suit; Tune indique les* sources et Tautre y va puiser ; Tune çnseigne les âioyens et- Taulre ks emploie ^ l'une; porur me servir de Texpresâon de Cicéron , abat une forêt de matériaux , et l'autre en fait ic ciioix et les met en couvre avec intelfigence. La rethoriqu& embrasse les possibles ; l'éloquence s^attache à l'objet i[u'el]e se propose , aux ^its qui lui sont présentés ; et c'est ainsi que ce premier instinct <ie l'éloquence naturelle est dèventilé
fJO RHÉTORIQUE.
plus savant , le pàus profond de tons les, arts« Mais quelle est la véritable écok ? L^, Gxéce en avait deux , celle des philosophes et celle di» rhéteurs, ha. première domoades hommes éloqueiis ,. tels que Fériclès ^ Tiiémistocle » Alcibiade , Xénophon , Démostkèae ; la. se— conde ne fit guère que des sophistes et.que de vains déclamatcurs« •
L*étude de Thomme en- gênerai e^ de riiomme modifié par les diverses institutions, avec ses passions , ses ■ vertus et ses vices , ses affections et ses penchans , semblait former exprès pour l'éloquence les d^ciples d* Anaxa-^ gore , de Socrate et de Théophraste ; et dans ce premier âge , où la philosophie était pour l'éloquence une mère adoptive , la prenait an berceau , Tallaitait , l'élevait , dirigeait, ses pas chancelans , raffermissait dans les sentiers du vrai , du juste et de Thonnête , et , saine et vigoureuse , la menait par la main au barreaa ou dans la tribune ; dans ce premier âge , dit Ciceron , Ton apprenait en même temps • à bien vjvre et à bien parler ; la vertu , la sagesse et Téloquence ne faisaient qu'un ; le \ même homme, à la même école, était exercé^ tïomme Achille, à la parole et à l'action. Om-r for verbomm , ac torque rerum.
, ^HiTORlQUE. 171
II n'en était pas de même des rhétoriciens:
le» philosophes appelaient les orateurs formés à cette école ,' des ouvriers de paroles à la langue légère. Ils prétendaient qu'on j par- lait beaucoup de préambules et à* épilogues , et de semblables niaiseries ; mais que dcrla constitution politique d'un é^t^ de la législation , de la justice, de la bonne foi ,^ des passions à réprimer/ des mœurs publiques à former , on n*j en disait pas un seul mot.
Ils ajoutaient que ces prétendus maîtres d'élo« quence n'avaient pas l'idée de Téloqueiice et de ses moyt^ns ; que le point important potur Torateur était d'abord de persuader à st*s juges qu'il était bien sincèrement tel lui-même qu'il s'annonçait , ce qu'il ne pouvait obtenir que par la dignité d'une vie exemplaire , article absolument omis dans les préceptes de ces docteurs ; que son affaire était ensuite d'afft cter l'âme de ceux qui l'écoulaieht , comme il voulait qu'elle fût affectée , ce qui n'était ^possible qu'autant qu'il saurait bien de quelle manière et par quels objets , et avec quel genre d'éloquence on faisait sur l'âme des hommes telles -ou telles impressions. Or, disaiânt-ib^ ces. secrets-là sont profondément
I7« ,' KHÉTOEIQUE.*
enfermés et scettés au sem de U p&ilosopliie» comme en ua va«e doat lés lèvres des rA^ tariciens a'ont pas même effleura fes bords. ,
Ainsi ies véritables maîtres d'élcApienee j ebez les anciens , lurent les pbilosofâies ; et €*est rbommage que Cîeéroa rendait à la pbilosophie , ei^ aTOttaBttftte, sll était orateur lui-même, il Tétait derenu dans les pro^ œenades de l'académie , non dans fes ateliers des rkétoriciens. Me onxtorem , si modo sim, non ex Htetorom officinis^ sed ex ae€idemiœ spatiis extitisse {Ot9X) ..... Nam née tah- Mus née copiosims de magnis wmisque rthu»
sine pbilosophia potest ^uisquam dfcere.
(DeOrat. )
A > Rome ^ la pbilosopbie se détacba de l'éloquence, en même teai|)S que des affiiires ; et Cicéron compare ce divorce à celui des^ fleuves qui des sommets de TApennin vont se jeter, ^ les uns dans cette bcureuse mer delà Grèce , où Ton trouve partout des ports favorables et assurés ; les autres daus^ cette mer étrusque ) pleine d'orages et d^é-' cueils. C'est dans le texte qu'il £iut voir cette i^age de la pranquiUe sûreté que se mena* geait la pbilesopbie, et des travaux dange^ renx et pénibles auxquels se Itérait Téloquence.
Il n'y a peut être pas dans les écrits' de Van-^ tiqnité nne plus belle comparaison. Ui ex ^penninù , flummum , sic ex communi sa^ pientiUm jugo s»nt doetrùtoFum facta di- • vorda ', ut phiios^hi, tanqutun in supemm mme ionium. defliterent , gnecum quoddam etpottuosum » ùratores-tuitem in inferum hocy tuscum et barbarum , scopulosum atque infesiu/Hg laberentur, inquo etiam ipse Uijrsses errasêet. ( De Ora^. lib. ^ ) «, .
L'école de Zenon ( je l'ai déjà dît ) niëpnsa réioqoence comme un ^sotifiee é^lement în-^ digne de la Térité et de la irertu : Técole d'Axislipe la^ rejeta » comme, impliquée dans les afiaires. « Ne leur en faisons pas un re*proche , dit C^céron : car , après tout , ce sont des gens de bien > et des gens heureux , puisqu'ils croient Tétre. MaisaTcrtissons^les de garder leur opinion pour eux seuls , fÛt-eOe la véiité m4ime y et de tenir cachée comnfe un m]^ère cette maxime , que k sage ne « doit point se mêler de la chose publique 4 car si nous tous , bons citoyens , nous en étions petsuadét comme eux , il ne leur serait plus possible de conserver ce qu'ils chérissent tenti kur oisire tranquillité » . IH^ «m eonUuneUa dimiêtmms 4 êum enim eî
boni viriy et -, quoniam sibi ita videntur , heati: tantum€jue eosadmoneamus , utillud, edamsi est verissimum ^ lacitum tamen tan- ^uam mysterium teneant : quod negent versari in republica esse sapientis, Nam si hoc nobis atque optimo cuique persuaserint , non poterunt ipsi esse id quod maxime cupiunt , otiosi. ( Ibid. )
Malgré ce divorce de la pliilosophie et de réioguence , qui fut réellement celui de . la langue et du cœur^ les Romains ne laissèrent pas de s'adonner à l'étude de l'éloquence avec une ardeur incroyable. Posteaquamy infperio omnium gentium constituto, diutatnitas pacis oûum confirmavit^ nemofere laudis cupidus adolescens non sibi ad dicendum studio cm ni enitendum.putayit, ( De Orat. lib. i. ) Ils allaient entendre dans la Grèce ce qu'il y restait d'orateurs ; ils lisaient les écrits de ceux qui n'étaient plus; en les lisant ils s'enflammaient du désir d'égaler leurs maîtres. Auditis oraioribus graxis , cognitisque eorum litteris , . adhibitisque doctoribus , incredibili quodam nostri homines ilicendi studio flagraverunt, (Ihid. ) £t , en dépit de la philosophie , c'était cneore à ses écoles qu'ils allaient prendre les élémens decettç éloquence qu'elle désavouait,
BHl^TOBIQVE* l'J^
et qui, à vrai dire, n'eut bientôt plus assez de droiture et de bonne foi pour se vanter d'être son élève. Voyez orateur.
On distille' dans 'Cicéron les <^des qu'il avait faites dans les écoles de rhétorique , et dont nous ayons un extrait , d*avec les leçons bien plus profondes et plus substantielles qu'il avait prises des philosophes , et que lui'^méule il a fécondées dans ses livres de l'Orateur, Plus on les lit, ces livres que Cicéron lui seul att monde à été en état d' écrire ,> et surtout ce dialogue où il a mis en scèae les deux plus grands orateurs du temps qui avait précédé le sien , ehacun avec ses opinions , son caractère et son génie , plus on sent combien l'éloquence artificieH'e s'était rendue redoutable pour l'éloquence naturelle.
Quintilien en a. parlé en homme instruit et judicieux , mais Aon pas en homme éloquent.
Cicéron au contraire respire , même dans ses préce|)tes , cette éloquence dont il était plejn : il la répand plutôt qu'il ne l'enseigne; il semble «n exprimer le suc et la substance , pour en nourrir les jeunes orateurs.
Ccst là qu'on voit se développer cet art , qu'il possédait si éminemment , de manier l'arme de la parole , cet art d'ordonner un
176 AHiTOmiQUE.
dîscoufs comme si Ton rftngeait use ormée eu bataille ; de rfisse^bler , de distribuer ses forces , de les employer à propos ftprès les avoir ménagées; de jHrendre un poste avantageux , de s'y tenir eomme dans un fort, Prœmunitûm aiqt$e ex omni p€une cauêœ septum ( De Orat. lib, 3 ); de ne sortir de ses retranoKemens que pour attaquer l'ennemi , lorsqu'il présente un c6té faible ; de ne jamais s'engager trop avant dans un défilé périlleux , de se retirer en bon ordre de Fendroityqu'oii ne peut'dé£ttdre /pout* tenir !fenne dans l'endroit où l'on est mieux fortifié ; Adhibere quandam in dicendo spédetn^ aêque pinnpam , et pugnœ simiîem fitgam ; çom*sistere pert> in meo pnceMio , sic tu non /ttgiendi , sed eapiendi loci causa ^ ceiêisse fndear{ï>e Orat. lib. a); «nfiu de préHérer l'attaque à' la défense, ou bien la défense m l'at* taque , selon que l'une ou l'autre promet pM d'avantage : si in re/eUemh adversariofirmim' €9t oraHoy quam in canjirmandi^nosins rebut, omnia in iiium confenan ieia ; sin nasùn/md^ Uns probari quam iUa redargui postuniy ahducere animas a contraria defènsione €iûi nonram traducere, ( De Orat. lib. S. ) Etc'est cet art inventé, ciMvé, élevé dam
la Grèce à im si haut degré de ^oire et de puissance , adopté , agrandi , et à oe qu'il me semble, pei^tiannéqfaez les ](<«tains; cet art qui faisait rétude la plus assidue et la plus sé-^ rieuse des Périclès , des DémosAène , les plus sublime» entretiens des Crassus , des Antoine^ des Ciçéron et des Brulos ; c'est cet art que^ dans nos collèges » nous croyons enseigner A. . des écoliers de douze ans.
Quand les rhéteurs se pressentd'initier leurs disciples dans les my^tèvés de l'éloquence , ils téaaoignent qu eux-mêmes ils n'en ont pas ildéel La rhétorique est de toutes les parties de la littérature celle qui suppose le plus de connaifisaBces etvde lumières dans celui qui l'enseigne , le plu» de discernement et d'ap-^ plicalion dans celui qui l'apprend : Ceterde enim. aries seipsœ per se tuentur singulœ ; bene dicere auiem , quod estscéenteretperitè et omate dicere , non habet definitam ali^ quam regionem eujus termmif septa tueatur.
{ De Or«it. lib. a. ) Et Quintiiien'; dont la doctriiie est d'ailleurs si sage ^ n'a pas assez fidèlement suivi, dans sa méthode , le& préceptes de Gicéron^
Non , rétheurs , non , ce n'est pas dans un âge où la tète est yide> où la raison n'est point
i^f^ RHETORIQUE.
affermie en principes , où les élëmens de nos pensées ne sont pals même rassemblés, où presque auc'ana de nos idées abstraites n'est distincte et comx)Iète, où les procédés de Tentendement, du composé au simple, du simple au composé , ne sont encore,^ si j'ose le dire , que le tâtonnement de l'ignorance et de Fincertitude , où Von n'a guère que des notions vagues du juste , de Thonnéte , de l'utile et de leurs contraires , des droits del'liiomme et de «es devoirs, de ce qui , dans les différentes constitutions de la société , est ou doit être libre ou ^jrescrit , licite ou illicite , beitoré comme utile, négligé comme indifS^rent^ approuvé comme juste, réprimé ou puni eoTtiinc dangereux ou funeste ; ce n'est pas dans cet âge qu'il faut exercer des enfans à discuter de grands çbjets de morale ou de politique. Pour «obtenir des fruits précoces, .on les abrenve d'une sève sans consistance et sans vertu ; on les empêche d'acquérir les sucs et la kaveur de h maturité. C'est de quoi se plaignait Pétrone , et il attribuait à ce vice d'institution la ruine de l'éloquence^ Crufia eu^huc studia in forum propeilunt ; et ehquentiam , qun nihil esse . majus cônfitentur , pueris inifuuntadhuc nascenlibus. Quod sipaterentitr
aaÉTOEiQirt. xi^o
iaborum gradus fieri , ut êtuâioH juvtçnes lectione severa mitigurentur , ut sapientii»
prœçeptis aniaios componerent , ut verba atrocl sfylo effoderent , ut quod vellent imi^ ' tofi diu audirent^.^m.Jam illa grandis oratio Jiaberet majestatis suce pondus^ •
Que Quintilien donne à ses disciples à de* viner pourquoi les .Lacédémoniens repré-^ sentaient Vénus armée, ^u pourquoi Von dé'-* peint V Amour sous la figure d'un enfant; pourquoi (m lui donne des ailes , des flèches ^ unftanibeau; avec un peu d'esprit et quelques légères cpnnaissances , ils répondront passa- ^blèment. Mais qu'il leur donne à examiner si Vhomme de guêtre acquiert plus de gloire que le jufisc^nsulte ; s* il est permis de àri^ guer les charges ; si une loi est digne d'éloge ou de censure ; en quoi deujç hommes il-* lustres se ressemblent, et en quoi ils dif" fèrent , et lequel d^s deux est supérieur h l'autre en génie ou en vertu ; comment Quîntilien veut-il que des qi^estions , qui n'étaient pas au-dessous de Sccvola y de Cicéron et de Plutarque' , soient accessibles à un enfant ?
Qu'on lui raconte une aventure qui l'intéresse et qu'on l'oblige à la retrjacer , cet exercice peut lui être utile, Mais les^grands pra«4
tHo llHiTORlQtJK.
eéàé» de PékMftence , la délibératioii , la coit^ lestation , rampliÔcatton Hes faits et des moyens , ce qui demairde toute la forcé d'une raison mûre ft solide , toutes lès ressonrces d'un esprit cultivé ^ profondément instruit , peut-on le proposer àrimpéritie d'un écolier ? Si on lui suggère ses raisonnemens , ses définitions , ses preuves , ses figures et ses mouvemens oratoires , il répétera en balbutiant ce qu'il en aura retenct; et si on le livre à luimême , il flottera au gré d'une imagmation sans idées , ne produira que des fktttômes ou ne dira que dos inepties. Quintilien approuve ces deiix médiodes , RoUin les admet d'après hii ; 4>lein de respect poiu* l'un et pour l'autre, j'oserai cependant ne pas être de leur avis ; si la meilleure leçon d^éloquence est , comme disait Socrate , de ne parler que de ce cpi'on sait bien , la plus dangereuse habitude est de parler de ce qu'on ne sait pas du de ce' qu'on sait mal , et cette institution, qui a mis l'art de jparler étoquemment avant celui de penser juste^ et qui nous fait abonder en paroles dans un âge on nous sommes si dépoutvtis d'idées , est peut-être l'une des causes qui ont peuplé le monde ^de raisonneurs à tète vide et de lîacanguesra importuns.
RJHÉTO&IQUE. iSt
r A'qitoi donc râiployer cet âge oè Fëtude de Vak> rhétorique et hs ^cere&pes de Téloquenoe aéraient prématurés ? Qaiiuilieii Ta dit , sans aVoir dessein de le dirç , lorsqu'il a comparé ses disciples- aux petit» des oiseaux : Técole est comiBe un nid où il faut les nourrir çt leur laisser croître les aile&
Je.dbtinguerai donc trois tempS' pour les disciples de la. rhétorique : le premier , où l'on ne fera guère que leur. former -reiitendement , et leur remplir Fe^rit de c<^ idées élér .Ineïitaires que je regarde comme les sources qui grossiront un jouI^ le- gratid âeuve de l'éloquence; le second., où Ton ccfmmencera d'exercer leur talent par de légères tentutives , •mais en suivant une méthode dont les anciens nous ont donné Tex^nple et dont je proposi^
, Tessai; le troisième. enfin, au, dansTartoratiûre, an leur fera concevoir le plan d'un édifice r^ulier^ dont les parties se correspondent, et réunissent dans leur ensemble la grandeur ^ l'élégance et la solidité. .
Après l'étude des langues savantes et^i»gnlièr^nent de sa propre langue ; après Fha-^ bitude formée de la parler correctement et purement , avec clarté , ûicilité , nobksse ,
. la première des facultés à développer et à TOMzvd. x6
l82 RHKTO&IQUE,.
fortifier dans uii enfant, :ç'est ia<rm»oii. iVé^c ve/t> f/W philosoi^orum discipUna, genus et speciem cujusque red cemere , neque eoi» definienda cjoplécare , neetribuereinpuries possumus ; nec judicare quœ vera ,. quœ fcdsa sittt}^ neque cemere consequentia , repugnantia videre , amhigua dtstin^tere, ( Oratv) C'est donc à la philosophie à •commencer Touvrage de Téloqueiice , et cette méthode «Sit yisibleraent indiquée dans la Rhétorique d'Aristote' ; car sa maaiéiedenformer l'orateur est. de; lui apprendre, avant toutes choses y Tart de bien raisonner et de bien définir , c'est-à-dire de lui apprendre à dessiner avant de peindre.
Je ne veux pas qu'on l'accoutume aux ar-<.
guties de Tébok ; ^mââs qu'on lui appf*emie à Bianier le raisonskement avec fotx^e et laéme avec dextérité, et qiL'ii en connaisse Jcs règles pour en mieus disecrner les vices. XJn >esprit naturellement juste >pettt aller dsoit, saiis le secours des règles , dans les sentiers battus de la raistm y je le sais bien ; mais toutes les routes n'en sont pas également frayées : il en est d'épinieuses j d'obliques , d'inceptaincs ; il est mille détouirs et mille défilés dans lesquels ^ peut nous engager un adversaire adroit , un
RBETORZQ^UE. l83
habile soplïiste ; etqoand, poriirsoi*inéme, on n'aurait pas besoin du 'iii du labyrinthe , ii» serait encore nécessaire potu: ramener Topiiiiott des autres y lorsqu elic se laisse égarer.
XiSL dkilectiqtie est , si jldse le dire , le sque^ lette de 1-éloquence , et c'est avec ce mécanisme , ces articnlatioBs y ces leviers, ces ressorts ,- qu'il faut d'abbrd qu*on >esprit jeune et vigoureux s'exerce et se familiarise. Yiendra le temps où il apprendra , comme le pemtre , à revêtir ces ossemens des formes les plus régulières dun corps vivant et animé , et ce sera Touvrage de Tamplification , ce grand talent de Torateur , dont on a fait Je jeu de notre enfance.
Mais à cette première organisation du talent oratoire, il faudra bientôt joindre «ne nourriture qui commence à donner à là raison de la force et delà couilenr. Les bons livres en sont la source; et ce moyen est assez connu. Mais ce qui ne l'est pas de même , c'est le fruit que Ton peut tirer de ces lectures amusantes que l'on fêtait à haute voix, et qui^ bien dirigées, sepaien t pour lès élèves comme les promenades du botaniste avec les siens , lorsqu'en parcourant les campagnes il leur fait distinguer et
l84 RHÉTORIQUE.
contiaître-ies plantes , dont ils doivent un jour savoir appliquer les vertus.
A meMiïe donc que l'histoire, la poésie, lu philosophie morale , et cette fleur de littérature qui forme l'éducation de* tous les esprits cultivés, donneraient lieu d'analyser ces idées élémentaires qui doivent former insensiblement le magasin de Forateiir, on ferait aux jeunes élèves iin objet d'émulation de les décomposer, de les développer : et ces études philosophiques seraient comme le vestibule du sanctuaire de l'éloquence. .
Quoi! dira- 1- on, des analyses métaphysiques à des enfans î Pourquoi non , si ces analyses n'ont rien de trop subtil , et ne font que leur expliquer , avec plus de préci»ou , les mots qui sont à leur .usage ?
Je suis loin de touIoît fatiguer leur entendement de ces spéculations stériles où; l'esprit de l'homme se perd dans Û vague de ses pensées, et, après avoir parcouru un vide immense , retombe dans le dotite , fatigué de ses vains efforts. La philosophie cherche la vérité dans l'essence des choses ; ^histoire , dans les ' feits ; la poésie demande un merveilleux vraisemblable ou un naturel rare, curieux et pi-
RHETORIQUE. l85
quant; l'éloquence ne veut qu'une vraisemblance commune , elle rejette les paradoxes ,
^et tire sa force dès mœurs et de l'opinion générale : In âicendo autem vitium vel maximum est y a vulgari génère orationis atque a consuetudine çomm^unis sefis^sahhorrere.
( De Orat. 1. i . )~,Ce n'est pas que ses idées et ^ ses^expressions ne soient souvent très-élevées ; mais ses hauteurs sont accessibles, ses hardiesses n'ont rien d'étrange, sa route n'a rien d'escarpé ; et ce qu'elle dit de sublime ou d'inouï n'est étonnant que par la lumière imprévue et soudaine qu'elle jette dans les esprits.. Ainsi le comble de Téloquence est de dire ce que personne n'avait pensé avant de Tentendre, et ce que tout le monde pense nprès. l'avoir entendu.
Il ne s'agit donc que de se tenir (si je puis ro'exprimer ainsi) dans, la moyenne région des idées abstraites , de s'attacher à celles qui
" appartiennent à Féloquence , et d'éviter ces questions frivoles , singulières et sophistitiques , qui ne font qu'altérer dans les enfans ^ la bonne foi du sens intimf-, rendre l'esprit pointilleux et faux, et tout au plus accoutumer leur .langue à unç brillante loquacité.
Malim .equidem indisertam prudentiam
quant stultitiam loquacem. (De Orat. 1. 3). Alors que peut avoir de si effrayant pour eux la métaphysique et l'éloquence?" et, pat exemple , quoi de plus clair , de plus sensible, de plus facile à concevoir , que le développement de l'i^e de la vertu , tel que Ci'céroii nous le donne; lorsqu'ils liront qu'elle est à la fois prudence , justice , force et temperonce; que Imprudence est le, discernement des choses bonnes , mauvaises , indifférentes; que la justice est rétat habituel d'une âme attentive et fidèle à rendre à chacun ce qui lui est dû , sans préjudice du bien public ; que la force consiste à braver les périls et à supporter les travaux ; qu'elle est composée de grandeur d*dme^ de confiance ^ de patience et de persévérance ; que le propre de la grandeur d'drne est de former de généreux desseins^ et d'y porter. une résolution qui leur donne encore plus de lustre ; que le caractère de la confiance est de compter sur soi dans de louables entreprises, et <^ mettre en ses propres forces une espérance ferme d'en vaincre les obstacles et d'en surmonter les dangers ; que la patience s'exerce à souffrir volontairement et long-temps , pour remplir des devoirs pénibles; que \2^ persévérance est une
RHÉTORrQUE. , 1B7
Stabilité perpétuelle dans des résolutions mû-. ' remeut réfléchies , et qu'on n'a prises qu'après avpir tout prévu et tout <:onsu)té ; que la tempérance est la domination d'une raison sévère sur tous les mouveraens de l'âme et sur tous ses pencbans impétueux et déréglés ; que ses espèces soni la continence , la clémence et la modestie ; que sous le frein de la continence, la fougue des désirs est réprimée par la. raison ; que la clémence adoucit les transports d'une colère aveugle ou d'un âpre ressentiment ; que la modestie enfin répand une pudeur honnête dans toute la conduite d'un homme de bien , et ajoute un nouvel éclat à la dignité des actions loi|^bles?
Ainsi; après avoir commencé par définir en dialecticien , le jeune homme apprendra à définir en orateur ; et peu à peu se rassemblera dans son entendement «ette foule d'êtres intellectuels qui environnent l'éloquence , et qui , classés avec méthode , doivent un jour pouvoir se, succéder rapidenu^nt et sans confusion dans la pens<?e de l'orateur.
Ce sera surtout dans les faits que lui présentera rhistoiiv que l'élève retrouevra sa métaphysique en exemple et sa morale en action , mais modifiée par les circonstances, qu>
l{j(8 RHÉTORIQUE.
quel(faefois changent l'objet, au point de > rendre digne de louange c€ qui est en soi digne de blâme , et de rendre digne de blâïne ce qui de sa nature est digne de louange. Ici la tâche que le rhéteur imposera à son disciple sera • de démêler , dans le caractère de Faction , ce qui la rend problématique , ou ce qui la distingue et Fexcepte de la loi générale et de Tordre commun.
De ces études on verra se former non pas un système de philosophie subtile et transcendante , mais un cours de philosophie naturelle et sensible , accommodée' à la vie et aux moeurs; ce qui fut toujours , dit Cicéron, le partage deFéloc^ence : Quodsemper oratorisfuit. Et sans prétendre, comme lui, que Foratéur, pour être accompli, doive être en état de parler de tout avec connaissance de causé , et autant ^abondance que de variété, au moins dirai-}e qu*en laissant à la philosophie ses subtilités et ses profondeurs , Féloquence doit être prémunie de toutes les idées morales qui caractérisent les hommes et distinguent les actions. Oratori quœ siint in hominum vita [quandoquidem in ea versatur ordtor atque ea est ei subjecta materies) , omnia quœsita / audita ^ lecta y disputata y
tmctata , agitaia es^e dehenU (De Orat. 1. 3. ) Biais il est temps que l'éloquence elle-rpênie reçoive ses disciples des mains de la pl^ilosophie; et je- propose pour eux encore un exercice qui convient à leur âge, et dont l'ample de Crassus et Tautoritéde Cicëron garantissent Tutilité.
« Pour me former à l'éloquence ( dit Crassus dans le diiilogue de de l' Orateur) , j'avais d'abord adopté la métïiode des exercices de Caivbon. Je répétais de souvenir , je commentais, , j'amplifiais quelque morceau de poésie ou d*é^ loquence ^ que je venais de lire en notre lan-r gue. Mais je m'aperçus que cette méthode était mauvaise , en ce que mon auteur s*étant saisi d'abord, pour rendre sa pensée, des termes les plus convenables , les plus forts , les plus élégans , si je mie servais de ceà mots, ■ je ne faisais rien de moi-même ; si j'en employais d!autres ,. je faisais plus mal. Je préferai d'expliquer de mémoire les oraisons des plus célèbres orateurs grecs ; et alors j'eus le choix de tous les termes de ma langue , pour exprimer en liberté les {Censées de mon auteur. » \ ,
Voilà , je crois , le genre d'exerciee le plus propre à former les disciples de l'éloquence ;
igfi RHETORIUQE.
et c'est celui que je substituerais à ces compositions futiles dont ott fatigue les enfans. Cet exercice commencerait, dans Tëcole assemblée^ par la lecture, à haute voix, d'un morceau pris d uh historien , d'un orateur ou d'un poète : car on sait bien que Tâequence est répandue dans toute la sphère de la littérature , pctgam et liberam et late patentent , mais dans tel climat plus brûlante , dans tel autre plus tempérée ; et qu'en passant sur difféi^ens sujets , comme par différentes plumes, elle change de caractère, de mouvement et de couleur. Sam quum est ofutio mollis y etten€ra\ etitafiexibilis uèsequatur quocumque torqueas ; tum et naturœ variœ , et voluntates , multurn inter se distantia ejfecerunt gênera dicendi, ( Orat. ) Ainsi tous les exemples en seraient variés; et tantôt la raison y dominerait , tantôt le sentiment , ou quelque passion violente. Dans les uns, la justesse, la précision , l'énergie ; dans les autres , le coloris , la hardiesse des pensées , la vivacité des images ; dans les autres enfin , le ton, le style propre aux mouvemens passionnés | se présenteraient pour modèles ; et après la lecture, qui serait sobrement accompagnée de réflexions , on laisserait chacun exercer sa mé-r '
RHÉTORIQUE. lûl
moire, «on esprit, son talent, à reproduire dans une autre langue ce qu'il ea aurait retenu;
Le jeune élève ne serait , dans ce travail , ni absolument livré à lui-même , m al>solar ment privé du plaisir de la production ; il aurait , comme en traduisant , le naérite et i'attrait de rinvention du style ^ et de plus le mérite , encore plus attrayant , de Tinvention des idées, pour suppléer à ses oublis. J'y crois voir surtout l'avantage dé lui faire donner toute son attention aux figures , aux mouvemens ,• aux tours du style de l'écrivain qu'on lui aurait donne pour modèle : et coml^ien piuft vive et plus profonde s^ait l'impression de l'exemple, lorsqu'au moment de la coA-ection on lui ferait apercevoir qu'il aurait mal saisi le caractère de son auteur, mal répondu, je le suppose , à l'énergie de Tacite , à la précision de Salluâte , à l'élocution pleine, harmonieuse et oratoire de Ttte-Lâve l
•C'est en rexerçant à travailler ainsi d'après de grands modèles sur des sujets intéressans , qu'on lui élèverait l'esprit , l'âme et le style , et qu'on lui donnerait cet ardent amour de son art , sans lequel , dans la vie , et singulièrement dans la carrière de l'éloquence , on
19* RflÉTORIQUE*^
ne fait rien de grand. Studium ^ et afxlorem quemdam i^moris , sine quo , quum in vita nihil quidquam egregium y tant certe hoc quod tu expetis , nemo unquam cuss'equetur.
(De Oral. 1. 1.)
Dans ces premières études de l'éloquence , Pétrone^ le grand ennemi de la déclamation^ voulait qu'on fût nourri de la lecture des poètes , et surtout de celle d'Homère : . •
Det primas atersibus annos »
Moeoniumque bibat/elicipéctorâjhntem,
Théophraste reconnaissait que la lectore de%'poètes était infiniment utile aux orateurs ; Longin la rec^mande à ceux ^ qui veulent s'élftver au ton de la haute éloquence. Quintilien pense comme eux : « Cest dans les poètes , dit-il , qu'on doit chercher le feu des pensées , le sublime de l'expression , la force et la vérité des sentimens , la ju^esse et la bienséance des ca^'actères. »
Il ne laisse pas d'y avoir quelques précautions à prendre ^ pour empêcher que les jeunes gens ne confondent' l'éloquence du poète avec celle de l'orateur ; et le maître aurait attention de leur faire bien distingiiery dans les toiu^s , les figures et les images du
style poétique ,- ce qui excède les hardiesses qui sont permises au langage oratoire. Mais la distance de ^ l'un à l'autre n'est pas aussi . grande qu'on Timagine : Estfinitimus oratori poeta nùmeris adstriçtior paulo , yerborum ^ autem licentia Ubeiior^ rnultis vero ornandi generibus socius acpœnepar, (De Orat. 1. 1. j Aussi le Sophocle latin , Pacuvius , était-il la lecture la plus habituelle de Crassus et de Cicéron ; et je. suis bien persuadé^ que de tous les modèles celui que Massillon avait le plus <5tudié, c'était Racine.
J'oserai cependant n'être pas de l'ayis de Cicéron , lorsqu'il assure que la sphère de l'orateur est aussi étendue que celle du poète : In hoc certeprope idem ^^nullis ut terminis circumscribai aut definiatjus su^rn. (Ibid.) Et dans le choix des sujets qu'on propose , oti des exemples qu'on présente aux disciples de l'éloquence , on doit se souvenir que tout ce qui convient à un art dont le but n'est qu« de séduire et dé plaire , ne convient pas à un art dont la fin est d'instruire et de persuader. Ainsi les écarts » les épisodes , les détails de pur agrément , qui sont permis à*la poésie ^ ne le sont pas à l'éloquence. Dans çelfe-ci rien de superflu ; tout dbit tendre à la persua-
sion; plaire, émouvoir, n'en sont que les moyens. En deux mots , le luxe , qui n'est que luxe, est interdit à réloquence ; Tagréable y doit être utile ; les ornemens de son édifice en doivent être les appuis.
Quant à l'étendue de leur domaine , celui de la poésie embrasse , non seulement dans ^la nature, mais au delà, dans les possibles, dans les espaces du merveilleux , tons les objets , réels ou fantastiques , dont la peinture pent nous plaire : la vérité connue , la feinte , le- mensonge , tout est de son ressort. L'éloquence au contraire n'a pour objet que ce qui intéresse sérieusement les Hommes , le juste , Fbonnéte , l'utile et le vrai dans ces trois rapports , mais le* vrai qui n'est pas connu ou qui n'est pas assez senti ; sans quoi l'éloquence serait sans objet et n'aurait plus ' aucune' force. Elle aurait beau couler, comme un fleuve rapide , dans un lit vaste et libre , elle paraîtrait calme et semblable à une eau dormante. C'est aux écueils qu'elle rencontre, qu'elle heurte et qu'elle franchit , c'est au détroit où ses flots se resserreht et redoublent de force et d'impétuosité , c'est là qu'elle se fait connaître,' et perd lo nom d'élocution , pour prendre celui d'éloquence. '
RHÉTOHIQUK. Ig5
Olsus avdit donc quelque riiison de dire que l'éloquence ne s'exerçait que sut des choses contestées; mais la résistance est en- . core plus souvent dans la volonté que dans i l'entendement; et c'est la plus difficile à vaincre.
La poésie n'a que la vraisemblance à se donner, et que l'illusion à répandre; l'histoire n'a communément que Tigporance à éclairer ; la philosophie a de plus Terreur et le préjugé à combattre; l'éloquence a non seulement l'opinion , mais les affections , les passions à subjuguer, à dominer ; ce sont la ses triomphes; et cette différence fera seule» sentir aux jeunes gens pourquoi le caractère de la poésie est une séduction perpétuelle ; celui de l'histoire , une sincérité noble et c^lme ; celui de la philosophie , une discussion sagement animée ; relui de l'éloquence , une action pleine de chafeur , et plus ou moins véhémente , selon la force des obstacles que son sujet lui donne à renverser. De ces obstacles , le moindre , c'est le doute ; et avec tout le charme du langage , celui qui , n'ayant aucune résistance d'opinion , d'inclination , de doute à vaincre dans son auditoire , ne ferait que lui exposer des vérités connues ^
196 RHT2TOKIQUE.
serait nn beau parleur, et , si l'on veut , un homme disert , mais non pas un homme éloquent. Cest donc toujours un objet sérieux , intéressant, problématique, et relatif à Tun de tes trois points , le juste , Thonnête et Futile, qu'il faut choisir, même dans les poètes , pour y exercer les enfans.
Enfin ce qui me semble décider en faveur de cette espèce de leçons que je propose pour la seconde classe, c'est qu'en devenant tous les jour« un peu jilus difficiles et un peu plus savantes , elles amènent h» disciples à ce troisième degré d'études., où ils auront à saisir d'un coup d'œil l'ordonnance et la contexture de la harangue et du plaidoyer.
Et sans cette méthode , comment leur faire en même temps observer l'ordre , renchaînement , l'accord et la diversité des parties dont cet ensemble est composé ? Une simple lecture ne les captive point , et ne laisse presque jamais dans de jeunes esprits que de légères traces ; la traduction est pénible et lente, et Tattention y est absorbée par les détails de l'expression ; le travail d'apprendre par cœur est mécanique , dès qu'il est commandé , et se réduit à retenir des mots ; l'extrait n'excité aucune ardeur^ aucune émulation dans l'âme ;
BHETORIQUE. I97
enfin la composition en grand est insens'ée , avant T^tude des modèles. Quel moyen restet-ij pour en graver l'empreinte dans l'esprit des élèves, que la mjéthode de Crassus, une lecture à haute voix, et après la lecture une rédaction , une traduction de mémoire ?
Ici l'on n'aura point à craindre l'inapplication des élèves : émus jusqu'à l'enthousiasme par cette lecture enivrante , pleins des beautés qu'ils auront admirées dans les mouvemeps , les pensées , le langage de l'orateur ; en se frappant de ses raisons , ils auront été encore plus saisis des passions qui l'animaient ; fatigués de cette foule d'idées et de sentimens qu'il leur aura transmis , ils brûleront de les ré{/hndre ; et s'ils ont en eux , quelque germe d'éloquence naturelle, on verra ces germes éclore à la chaleur vive et profonde dont il les aura pénétrés.
Je ne sais si ce grand exemple de Crassus me fait illusion ; mais je crois voir le jeune élève sortir de celte école avec une force d'appréhension , une vigueur de jugement , une habitude à saisir l'ensemble d'un sujet ou l'état d'une cause , son point de vue favorable , ses vrais moyens , et en même temps son côté^ faible et périlleux; une promptitude
igS RHÉTOAIQUK.
à s'affecter des passiohs dont elle est susceptible ; une facilité à changer de ton , de mouvemens et de langage ; une impétuosité dans l'attaque , une adresse dans la défense , une souplesse et une agilité à parer tour à tour et à porter des coups rapides ; enfin une richesse , une abondance d*élocution , que nul autre genre d'étude et d'exercice ne peut donner.
Cependant , comme après avoir exercé long-tepips les jennes peintres à dessinjer <!'après de grands modèles, on leur permet de composer , on pourrait de même permettre aux enlèves de l'éloquence de s'essayer en liberté , lorsqu'ils auraient acquis des forces. , Ce serait même , dans les* deux classes , une récompense honorable que l'on proposerait à leur émulation.
Mais je persiste à demander i® quel* sujet soit pris d'un écrivain du premier ordre, afin d'avoir plus sûrement à leur donner pour correctif, après la composition , le meilleur modèle possible ; a° que ce soit une question douteuse et sujette à discussion , soit d'une partie avec l'autre , soit de l'orateur avec luimême ; car ce qui serait évident etlncontestable ne donnerait plus lieu ni à la preuve ni
RHÉTOBIQUE. igg
à la réfutation, le vm combat de Forateur, :
rélève doit savoir qu'il a toujours un adver- , saîre dans l'opinion opposée à. la sienne j et quand cet adversaire est muet , c'est à lui de prendre sa place et à» parler contre lui-même avec autant de force et de chaleur que ferait un homme éloquent ( voyez cA aire ) ; 3® que pour ces essais on préfère les causes dont Iç principe est contesté , non seulement parce qu'elles donnent plus d'espace et d'essor à de jeunes esprits , mais parce qu'elles prêtent au développement de ces idées élémentaires que rélève a déjà reçues , et qu'elles sont les seules où il soit en état de faire quelques pas sans être mené par la main : car d'examiner, comme on le fait dans une cause particulière , si une chose est telle ou telle ; ou si le fait dont il s'agit est arrivé de telle ou dételle façon j par malice, par imprudence, involontairenlent ou par nécessité ; si l'accusé a fait ce qu'on lui ^ impute , et s'il l'a fait selon la loi , hors de là loi , contre la loi, seul, de son propre mouvement, ou par rim pulsion d'un autre, etc. ; tout cela tient à des circonstances dont il est impossible que les écoliers soient instruits.
Toutefois en donnant la préférence aux causes générales , non seule^ient comme plus
aOO -RHÉTORIQÛB.
simples , mais comme plus propres à faire connaître les grandes régions de Téloquence *, et comme un moyen d'accoutumer l'esprit à voir les conséquences dans leur principe ** ; je ne laisserai pas d'observer qu'un grand nombre des plus belles causes sont des causes particulières , dont le principe est reconnu , ' et c'est pour celles-ci que la méthode des rhéteurs serait nécessaire aux élèves.
Ces rhéteurs avaient pris la peine de classer toutes les . causes oratoires , et d'assigner à chaque espèce les moyens qui lui convenaient : c'est ce qu'on appelait /oca^ arsenal oratoire, où il faut avouer que les armes étaient rangées avec beaucoup d'ordre et de soin.
Cette méthode avait l'avantage de tracer des routes , d'y poser des signaux , d'avertir l'orateur de c^le qu'il aurait à suivre ; Cicéron lui-même en convient : Habètenim quœdam ad commonendum oratorept. Mais l'élève qui, après les premières études , aurait besoin d'al-
* Nosse regiones intfà quas a>enire debeas , ut pervestiges çuod q tueras.
** Ubi eum locum omnem . cogitatione septeris» si modo usum rerum percallueris , nikil te ejfugiet, atque omne quod çrit in re occmret atque incidet. ( De Oat.
1er chercher dans ces lieux oratoires les moyens propres à sa cause , serait un esprit lent , timide et sans essor : Quod etiamsi ad instituendos adolescentulos magis aptum est, ut, simul ac posita sit causa , habeant quo se teferant, unde statint expedita possint argumenta àepromere : tamen et turdi ingenii est rivulos consectari, fontem rerum non videre, { DOrat. La.)
« Q^on. me donne , disait Antoine dans ce même dialogue , un jeune homme qui ait bien fait ses études ; si , avec un peu d'usage de Tart oratoire , il a dans le génie quelque vigueur , je le porterai en un lieu où il trouvera , non pas un filet d'eau enfermée et captive dans des cansiux étroits , mais un fleusve entier qui s'élance impétueusement de sa source. » Si'sit is y qui et doctrina Uberaliter mihi instituttts y et aliquo jam imhutus u$u , etsatis acri ingenio esse videatur ; illuc eum rapiam , uhi no^ seçlusa aiiqua aquula teneatur, sed unde unwersumflumen erumpat.
("DeOrat. 1. 2.)
Quelle était donc cette source abondante , auprès de laquelle tous les lieux communs des rhéteurs ne hii semblaient que des filets d*cau ? C'était la cause elle-même; et sa méthode ^ à
202 RHETORIQUE. ,y.
lai , consistait à la méditer profondément^ à bien savoir quelle en était la nature , quœ nunquam latet , disait-il , et à tirer de cette connaisi«ance ses procédés et ses moyens.
La pratiqite de Torateur que je viens de citer , pour s'instruire à fond d'une affaire, était d'engager sa .partie à plaider sa cause ellemême devant lui , sans témoin^ afin qu'elle eût plus d'assurance, et de plaider contre elle, afin de l'obliger à mettre au jour tous ses moyens. « Après avoir renvoyé mon client, • je faisais, dit-iJ, à moi seul, trois personnages différens , le mien , celui de mon adversaire et celui de nos juges : ainsi je plaidais les deux causes, et le mieux qu'il m'était possible; après cela je prononçais aycc la plus rigoureuse équité. » '
Voilà une grande leçon et en même temps Un moyen assez simple de rendre les causes particulièi'es accessibles aux jeunes gens ; car fti le rhéteur veut se mettre à la place de la partie et se laisser interroger , l'élève fera de son côté le personnage de l'avQcat ; et la justesse , la sagacité , la promptitude de son discernement percera dans cet exercice par le soin qu'on lui verra prendre de démêler, de dénouer les difficultés véritables, par l'attention qu'il donnera
RHÉTORIQUE. ao3
at)x poists essentiels de la cause , par le choix qu'il fera des moyens décis^s ; car rien ne distingue plus sûrement une bonne et une mauvaise tête , qu'une curiosité judicieuse qui va au' but, et une curiosité vague qui se dissipe et s'égare en chemin.
Il ne faut pas oublier cependant que l'exercice apprend à voir aux jeunes orateurs, comme il apprend à voir aux jeunes peintres, et qu'on prend quelquefois pour manqfie d'intelligence et d'aptitude ce qui n'est que légèreté , dissipation , distraction. L'avocat , parce qn'il est ifistruit , voit d'un coup d'œil , parmi les circonstances et les moyens qu'on lui expose ^ ce qui lui est bon et ce l|ui lui manque : ses recherches sont éclairées; celles de l'écolier peuvent être d'abord inquiètes et indéci&es. Il faut donc se donner la peine de lui apprendre à examiner, à développer une cause, à la voir sous toutes ses faces , à prévenir dans tous les points ce qu'on' pourra lui opposer , et à se tenir préparé pour l'attaque et pour la défense. Or c'est ce qu'on n'a jamais fait.
Le premier tort des rhéteurs a été , comme je l'ai dit, de croire enseigner^l-art de l'éloquence à des ^nfans , et pour cela ils l'ont réduit en miettes : Qui omrws tenuissinias par-
ticulas,,, ut nutrices infantibus pueris y in os insérant, (De Orat. lib. 1 1 . ) ; et au contraire, ' 1^ moyen de simplifier Tart , de le faciliter , aurait été de l'enseigner en masses : un petit nombre de grands principes , appuyés sur de grands exemples , aurait sufE. , et n'aurait ni troublé niiatigué de jeunes tètes.
La même erreur a fait assujettir à des règles minutieuses et â des méthodes serviles ce qu'il y a de plus capricieux , de plus impérieux au monde , l'occasion et la nécessité. La rhétorique , ainsi que la tactique^ ne peut rouler que sur des hypothèses : dans l'un et l'autre genre de combat il y a deux grands ordonna* teurs, le jugement et le génie; mais ils sont tous les deux soumis à des hasards qui déconcertent toutes les méthodes et font fléchir toutes les règles.
Il fallait donc simplifier l'art le pins qu'il eût été possible , ne pas ériger en principe ce qui n'est juste et vrai que sous certains rapports , n'enseigner que le difficile , ne prescrire que l'indispensable, en un mot laisser au taleut, comme les lois doivent laisser à l'homme^ autant de sa liberté naturelle qu'il peut en avoir sans danger; Les règle» prescrites par les rhé-
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teurs sont presque toutes de bons conseils et de mauvais préceptes. ^
Tout se réduit, dans Tart oratoire, à instruire , à plaire , à émouvoir ; encore , des trois, un seul doit-il paraître en évidence; et lors même que l'orateur emploie tous les moyens de se concilier le juge on l'auditeur , de le flatter , de le fléchir , de l'irriter ou de l'apaiser, le comble de l'art serait encore de ne sembler occupé qu'à l'instruire. Una, ex tribus his rébus, res prœ nobis estferenda , ut nihil aliud , nisi docere , velle videétmur. Reliquœ duœ^ sicut sanguis in corporibus, sic illœ in perpetuis orationibus fusas esse debebunt. Cette règle en renferme mille , et si on l'a bien saisie , ni les ' lieux oratoires , ni les figures , ni les ornemens , ni aucune des formules de rhétorique , ne sHntroduiront ç[U'à propos, et comme sans étude et sans dessein, dans r^loquente. Je sais que les figures en sont rame et la vie ; et il n'en est aucune qui, naturellement employéeet mise à sa place, ne donne de la grâce ou de la force à Télocution. Mais il faut que l'élève apprenne à les connaître et Don pas à les employer. Celles qui , • dans la chaleur de la composition , ne se présentent
ib
âo6 RHÉTORIQUE.
pas d'eUes-mémcs décèleraient trop Tartifice r la nature les a inventées , la nature doit les placer.
A l'égard de l'économie et de Fordonnance de l'ouvrage oratoire , on le divisera , si l'on veut , en six , en cinq ou en trois parties. Mais quoiqu'on puisse donner pour modèle un discours dans lequel ces parties, distribuées selon l'usage , tendent au but copimun de la persuasion : l'exorde , par sa modestie et sa douceur insinuante; l'exposition, par la clarté d'une division régulière et complète ; la narration , par son adresse et son air d'ingénuité ; la preuve , par sa solidité , sa vigueur et sa rapidité pressante; la réfutation, /par la dextérité des tours , la force des répliques et la chaleiu* des mouvemens ; la confirmation, par un aocrQÎssement de force et d'énergie ; la conclusion , par cet éclat qui part de« moyens rassemblés ; la pérorabon, par^^s mouvemens d'indignation et de douleur , quand la cause en est susceptible , ou par la séduction d'un pathétique doux et pénétrant sans violence , quand la cause ne donne lieu qu'à la commi- ' sération ; le rhéteur ne laissera pas d'avertir &QVL disciple que c'est au sujet à prescrire l'économie du discours, à décider du nombre, de la.
RHÉTOAIQVE. 207
distribution , dfi caractère de ses pajties ; et que non seulement ^sons différentes formes un disconârs peut être éloquent , mais que , pour réfre autant qu'il est possible, il ne doit jamais affecter que la formé qui lui convient/
Savoir de quoi , dans quel dessein , à qui^ ou devant qui Ton parle ; et , dans tous ces rapports, dire ce qui convient, 'et le dire comme il (îonvient : c'est l'abrégé de l'art oratoire.
Ainsi l'importante leçon , la seule même dont l'élève aurait besoin , si elle était bien développée , serait de lui apprendre à viser à son but , à se demander à lui-même quel est l'effet qu'il veut produire ; s'il lui suffit d'instruire ,'ou s'il veut émouvoir ; s'il est en état de convaincre , on s'il aura besoin d'intéresser et de fléchir; s'il se propose d'excitet l'admiration ou l'indulgence , Tindfgnation ou la pitié. Alors il sentira si son exorde doit être véhément ou timide ; si son exposition ou Sa narration exige la simplicité , la modestie ou la magnificence ; si , dans la preuve , il lui faut insister sur le principe ou sur les conséquences ; si , dans la réfutation , il doit agir de vive force , ou ruiner insensiblement les moyens de son ad-
208 RBCTOl^IQITE.
Tcrsaire , employer Tartiiice de rinsinuation , ou le tranchant du syllo^jisme, ou les entraves du dilemme , ou le piège de l'induction ; si le caraetère de sa péroraison doit être la véhémence et rénergie , ou la douceur de la séduction , un pathétique violent et brûlant, ou cette sensibilité modérée qui fait couler de douces larmes , ou cette douleur . déchirante qui pénètre dans tous les cœurs.
Enfin la conclusion de ce long cours d'étude sera d'avertir les élèves les mieux instruits , que ce n'est encore rien que ce qu'ils ont appris : car sans compter , pour l'avocat , cette immense étude des lois ; sans compter pour l'homme d'état, la connaissance de la chose publique dans ses détails et dans tous ses rap- ' ports : sans compter , pour l'orateur chrétien, la lecture et la méditation des livres sacrés , dont il doit être plein comme de sa propre - substance , leur grande étude à tous , l'étude de toute leur vie , sera celle des hommes qu'ils auront à persuader, à dominer par la parole ; , et pour cette étude , la v^table , la seule école , c'est le monde : nulle spéculation ne peut y suppléer , nulle hypothèse n'y peut suffire. L'homme est un être si mobile , si chan* géant, si divers, qu'il est impossible d'enseigner
RHÉTORIQUE. a09
qnels seront les hommes de tel lieu , de tel temps , de telle conjoncture ; quel sera tel jour , à telle heure , l'esprit dominant de la nation , de la cité, des tribunaux^ de Tauditoire. C'est* là cepiendant c^ que l'orateur doit savoir ; et il ne le saura bien que sur le lien^ sur le temps, en judo^^ran^, commeCicéron , les sentimens et les pensées , en mettant le doigt sur les cœurs. Sans cela rélçquence est vague, et manque des deux propriétés qui en font toute la force , la convenance et rà propos.
Que les jeunes gens Sachent donc que l'école « n'a été pour eux qu'une lice obscure et paisible , dont les combats étaient des jeux , et que maintenant il s'agit de se porter sur le ' champ de bataille. Educenda deinde dictiô est ex hac domesticaexercitatione et umbrattli y médium in agm'en , in pulverem , in clamàrem , in ccLStra , atque aciem forensem . . . .tpericlUandœ vires ingeni, et ilîa cornmentatio inclusa in veritatis lucemproferenda est, ( De Orat* lib. i. )
Selon la méthode que je viens de tracer , d'après les plus grands maîtres de l'art , on voit que les études de la rhétorique ont trois degrés : que celles dp la première classe sont
%lO BHÊTOBIQUE.
Gominunes à tous les 'hommes dont on ^ent former la raison , cnltÎYer l'esprit et polir le langage , et que jusque là l*homme du monde et rpràteur ont besoin des mêmes leçons ; que celles de la seconde classe deyiennent plus proprés à- ]*éloquetice , mais conviennent également à l'orateur , au philosophe , ii l'historien et au poète ; enfin que les études de la troisième classe , où Ton enseigne expressément les procédés de l'éloquence , semblent ne convenir qu'aux jeunes gens qui se destinent ou à la chaire, ou au barreau, ou à quelque fonction publique qui demande un homme éloquent.. Mais comme , pour développer le le corps et lui donner plus de force et plus de souplesse , on exerçait les jeunes Romains du combat de la lutte , sans vouloir en faire des athlètes ; de même, sil'on veut m'en croire, on exercera Tesprit de la jeunesse destinée aux fonctions qui demandent le don de la parole, on l'exercera long-temps dans la liée du plair doyer : car il n est point de genre d'éloquence qui ne se réduise aux règles de la plaidoirie. Instruire , prouver , réfuter , émouvoir , et persuader , c'est , dans toutes lès situations de la vie, l'art de dominer les esprits.
On peut me demander quel temps je veux
que Ton donne à'ces études. Le .temps qu!ei]es exigeront. Dans les beaux jours de Féloquenqe^ les anciens ne le comptaient pas, et le croyaient bien employé : aussi le sénateur , le consul , le èenieur, Thomme de lois, l'homme d*état, s*y formaient-ils en même temps; et chaque citoyen , destiné aux fonctions publiques , en sortait propre' à les remplir. Cest un beau rêve , me dira-t-on ; et s'il a quelque réalité, ce n'est plus nous qu'elle intéresse. Au milieu d'un peuple à Ja fois législateur et juge, devant qui l'on plaidait non seulement pour la fortune et la vie du citoyen , , mais pour l'utilité , la gloire et Je salut de la république, dans un état où chacun aspûrajt à dominer par la parole ; que dés hommes sans cesse en guerre dans la lice de l'éloquence , pour leurs amis ou pour euxmêmes , et qui venaient y décider , comme des gladiateuts, de leur perte ou de leur salut, aient attaché à ce grand art tout Pintérêt de leur sûreté , de leur fortune et de leur gloire , rien de pins naturel.' Mais quel serait pour nous le fruit , IVmploi de ces longues études ? où serait la place de ces talens cultivés avec tant de soin ? Sommes - nous dans Rome ou dans Athènes ? et avons- nous une tribune
ai2 RHÉTORIQUE.
, OÙ l'orateur, homme d'état , puisse parler en liberté ? » ,
Fasse le ciel qu'il s'en élève et en grand nombre , de ces citoyens éloquens ! On demande où serait leur place ! Partoul où la voix de la sagesse , de la vérité , de la vertu, de l'intérêt public , de l'amour de l'Jiamapité , a le droit de se faire entendre ; .et sous ce règne où ne l'a-t-elle pas PTéloquence n'a plus de tribune I Mais la chaire en est une encore pour cette morale sublime , que rend plus pure encore et plus touchante la sainteté de ses motifs. Mais les académies sont des tribunes , où , la palme à la main , on demande aujourd'hui, comme autrefois dans la place d'Athènes , Qui veut parler pour le bien public ? Dans Athènes , ce n'était qu'au moment où la république é.tait menacée , dans les jours de crise et de danger, que la voix du héraut se faisait entendre : ici , dans le sein de la paix , et lorsque l'indolence de la sécurité , de la tranquillité publique , semblerait pouvoir refroidir l'intérêt général ; ici, tous les jours, et du centre et des extrémités du royaume , la voix s'élève et dit apx orateurs : « Tel abus règne , tel préjugé domine ; pour le combattre et le
KHETORIQUS. ai3
clélruire , qui veut, parler? Qui veut parler contre 4a servitude , contre la rigueur inutile de nos anciennes lois pénale», contre riniquité des peines infamantes ; sur les moyens de conserver cette multitude innombrable d'en&ns qui vont périr dans les asiles de rindigeiice , ou sur les moyens de détruire ce vieux fléau de la mendicité , sans manquer au respect quei'on doit au malheur. Qui veut parler?
» L'exemple de& hautes vertus , des sublimes talens , des travaux héroïques , s'efface dans . l'éloignement , et ne jette plus qu'une pâle et froide lumière ; pour en ranimer l'émulation avec le souvenir , qui veut parler? Le génie et l'ambition des souverains se tourne vers la solide gloire, vers celle qui ne coûtera ni larmes ni sang à leurs peuples , et qui sera le prix du bien qu'on aura fait. Les peuples eux-mêmes commencent à sentir qu'une politique funeste les a trompés , en les rendant jaloux et rivaux l'un de l'autre, et que la nature les avait faits pour être amis. Qui veut parler pour applaudir à cette grande révolution , pour y encourager et les rois et les peuples ? »
Un jeune prince ( deBrttpsv^ick ) se dévpue
'^I4 &]fKTOKlQyÊ.
pour secourir des malheureux qui vont périr, et à ]'in&taiit une yoîx chère à la nation s'élève et demande : « Qui veut ptvier srven renthottsiasme d'une poésie éloquente , pornr rendre , à la mémoire de ce héros de Thumanité, Thoinmage^ les vœux , les regrets de la reconnaissance- universelle ? qu'il acquitte le genre humain de ce devoir , et la couronne d'or , qu'on refusait à Démosthène , l'attend et lui est assurée. »
Qu'on ne dise donc plus que les grdnds objets manquent à l'éloquence ; mais bien plutôt que l'éloquence manque le plus souvent aux grands objets qui la demandent, qui l'appellent , qui l'invoquent de toutes parts^ Son domaine aura ses limites : elle ne sera plus séditieuse et turbulente ; elle ne sera plus délatrice et calomnieuse ; mais si elle n'a pas toute la liberté de l'éloquence républicaine , aussi n'en aura-t-elle pas la licence et les yices. Elle fera moins de bien peut-être ; mais eUe ne fera que du bien, et fera de grands biehs encore. Je ne parle point du barreau, où la justice et rinnocencc auront toujours besoin de son organe; mais partout où le bien moral et politique , l'utile , Thonnéte et' le juste sont mis en délibération , dans les con- .
RHÉTORIQUE. 2l5
seiJs , dans les tribunaux , dans les députations et dans les assemblées , c^e aura lieu de se flK>iitrer ; elle aura lieu de parler aux peuples au nom du souYel>ain , au souverain au nom^ des peuples , consolante et sensible en émanant du. trône , respectueuse et sage en y portant les vœux , les gémissemens des sujets. Elle ne fera point de révolution violente ; mais elle amènera des r^ormes utiles , des changemens inespérés ; elle rendra du moins Tautorité plus douce , Tobéissance plus' facile , le souverain plus cher encore , les peuples plu? intéressans.
Mais il est poilr elle un, empire plus étendu et plus durable. Cet art précieux , que les anciens ne possédaient, pias , Tart de Timprîraerie , donne des ailes ©t cent voix à Télo* quence . comme à la renommée ; les livres sont pour elle des ministres rapides , qui , d'une extrémité du monde à l'autre , vont porter la lumière et»- la persuasion ; et n'eûtelle que ces organes , et quel prix ne seraient pa» encore le talent , le génie et Fâme d'un homme vertueux et sage , à qui , ' pour rendre sa sagesse et sa -vertu fécondes , le cid aurait donné hi don d'écrire éloquemment ! Un livre où les principes d'une saine philosophie ,
2i6 RIME.
d'une politique niorak , d'une sage législation, dune administration salutaire, seront .dévelopj>és avec une éloquence lumineuse et sensible , sera lui seul pour le monde un bienfait qu'on ne saurait apprécier. La raison sans douté aurait droit de persuader par elle-même, mais combien de vérités utiles , froidement et négligemment énoncées dans des écrits judicieux , y seraient restées ensevelies , si l'éloquence n'était venue les retirer comme du tombeau et les rendre à la vie , en leur communiquant iout son charme et tout son pouvoir ?
La rhn^ est la cûnsonnance des finales des vers. Cette consonnance doit être sensible à l'oreille : il faut donc qv'elle tombe sur des syllabes sonores ; mois ce n*est point assez : on veut aussi qu'elle frappe les yeux^. Pourquoi ? pour la rendre plus difficile , et pour £^'outer au plaisii^ que fait la solution de ce petit problème. Je n'en vois pas d'autre raison. C'est un défi donné aux versificateurs.
Bixs.- ai7
Afin donc que \e& yei^ nmeni anxieux ejn même tçmps.quà Toreille, on veut que les deux filiales présentent les mêmes caractères , ou des caractères équivalent : par exemple , sultan ne Hme point avec instant; instant et amnd riment ensemble.
On .appelle rims masculine celle des mots dont la finale est «ine.syllabe sonore , et rime féminine celle des mots dont la finale est une syllabe npuette. , Pans la première , il suffit que les finales soient consonnantes ; dans la seconde , la cqnsqnnance.doit commencer à la pénultième : revers eX. pervers riment enseinble; soarca et force ne rimeraieft pas , quoique la finale mnett^ soit la même ; mais bien source et cours f , exerce et diverse.
On appelle rime pleine, celle où non seulement le son, mais l'articulation est laméme^ comme vertu et abattu ^ étude ^ et solitude»
On appelle Wm^ suffisante celle qui n/est que dans le son, et non dans Tarticulation, comme . vertu et vainfu , timide et rapide. Quand la rime qu*on emploie est trop abondante , comme celle des mots en ani, on regarde comme, w^e négligence la rime qui n*est que I dans le son , et qui n'c^t pas dans la con<« sonnei : aussi voit-on peu d'exemples , dans les TOMK Tii xq
ai6 »IME.:
bons poètes du temps de Boâeaa et de Râcfiie^ de rimes iiussi négligées que celle étahiàniet eonstanU Si toutefois il jr a deux eonsoniies qui précèdent la yoy^e , comme dans, la finale de surprend ^ c'est assez pour l'oreitt^ que la seconde de ces consonnes soit la même ; ainsi ce Âiot surprend rimera trés-bîcn «V^c grand. La rime masculine est âonbie , lorsque non seulement la finale sohdré , iàaais là péntdtième a le même son , comme attirer , respirer. Elle est en même temps pleine et double , lorsque Fàrticttlation et le son de deux syllabes sont les nrémes , comme /?>i^férer , âiJ[j$êrer.'S>sitk^ les vers fêminins Tartîculation doit être la ni^e dans les deux mots : escorte et discorde ne Hmeni poiht , parce que Farticutatiôn de la muette est différente. , '
peux syllabes ohtlé même son et la liième articulation , quoiquVlles h'e s'écrivent pas de même : c'est ainsi que rivaux et nottsrèàux , essais et succès y riment très -bien ensemble. Maïs on exige que les dernières syllabes se terminent par Ites mêmes lettrés ôu par leur équivalent y comme je Faî dit, quoique dïiif s la prondnciaâon on ne lés fasse pas enténdt'e. Si l'un des deux mots , par exemple , est ter-
mia^ p«9r 9n r ou par^une j , Jle j^econd mo^ fir BÎflt d» méiAjB ou par Téquiv^lent : aiofti, préfead nmem tik^^ien avec instant^ <zc^ foiti mfec râ^Qrf, choix avoc éou, gificés ^
' A plus foste rai^o» , lorsque la consonne finale se fi^çnte|^4^) <^U-^l&étQe ^ à la fin d^ motçi, siuçn la^-n^^e po^ Ifs yeox, du moÂna la menue {^ur le^,Qi%illes : san^ lie Wme/» p!oû^-^iK^c inffcfient^ ipa^ ayec^a/iç, 4oiii \6 c final a ^e^sùn^ ^^^ ^^ ^ g*
' On ê\e^ pem^i^quelqEiefo^ des r^n^f ; qne l'œil paTcHreille dé^Toue-;:^r exen^ple^ celle dVffcpiravec *ojjr,, çnUp.ii^f^er, «^wc ainf^r^ 4e remowds a^nec iif pit ^ eelle^df^ loniçiker areç cAtfr, celle àefier^ jK^açfogr^s\y etc. I^armi ces licences, iearplos u^e^ 9f^f)||^ ./TWf^4^ guerre ayec vif ivoire , 4€^tfaii/t>;i#i^ «I de tràtttBi de ^/wâiMT et 4f r^iw» -M :4"Wl^a?-Çîe de^ éem pr^mèses e^ eepei|^fi^ tpèf'sen^ble ; et quant à lar 4einièrq,f i^ik^ c^^lf^eiuii peu 4^1ioate s*aper^it ûsénent.derla: d;i^4>rw<î^,4^ son de Xo clair et bref ,4e. repqj^ , et du^^on de Xo plus grave , plo^ son^d , et pliis lo^'de ln»t«fMr« ^A'y a( jM^int^de .vp^lç qr^i.ne .y>ît de ^^e tantèt plus .c}^ire iet^pI^^v^rèTe*^ tantôt plus grave et plus longue^ mai/s daça