‹ Elémens de littérature (volume 2)Chapitre 24 sur 37 · BIME · texte numérisé non relu

BIME

les sons de Va, de IVV déTa', de ro«/etc. , cette différence n'est pas, aussi frappante qnc dans les sons de Ve et tlans' les sons de Vô ,

• aussi ne faît-on pas de difficulté Suf h:rùn& d*àge et de sage, (Si île et -àe fertile , de^rl^et à* agite , iït flûte ti à* exécute , de coâte et de redoute; etc. Il n'eir^st pas de tiaèrne de ttohi* pette et de tempête:, àë'tèrré^ eï àe'mystèfe\ à' homme dt de sjhnfH^me, -depéieetdebous^ sole , dontla rime neàerà jâritais qVune licence.

Peut-on ne pas regarêtrleHrai^âil bizarre . de i-imcr, nous^ffîtTabb'é'TOlios , comme la plus bassëdes jfoàèti'ons de la mécanique de &ï>ofeV7> Qdê ft'â-t-iî dît J* même chose de ht me^tiré^t duVhythme dti vers d'Homère et de Virgile y cf $ft<c«s ^onstruclions si soigûenseméVit tfaviilli^ qui 'occupaient Dëmostttèrte', rtatôM^V T^cydide et XénOphon , chez I^' Gfï1«i'; iGicéi^ii , Tîte^^ Lite et Salfiistè!;^tH\é:^ îéi't%^; îet^qwi les bccapaient âiiiîJl 'mXkSS^^^^ i^^ la ^cherche et fenèlia/i^i^ént^^eir^sfCé'hiécanismede la

• p^té diît pài'àlh'ë bas et puéHl à nn obser-' vàtêtfr austère qfaî ïie compte -^6\\t rien le éftarmé'de i^él^ession ;'m^î$ pour rhomme dôaé^^Mn' ijjj^né sensible èt'dun ^ût délicat, 'cèttte mêcaniqtie à son'^rim "

RIMK. ' ' 221

'Eûti'e le -travail qù* exige la m/>c, et celui qu^fz^ê la cônstractkxi du vers ibesuté où de la'pértodie harmonieuse, ladififérencene peut être que dan^ lè plus 'wx le moin^ de plaisir qui en résulte.' Il fallait donc examiner d'àbdrd si la rime fSaisait plaisir , et un plaisir assez sensible pour mériter la peine qu'elle donne. ^ ^^ ,

La rime< peut causer trois sortes de plaisir. L'un est relatif à l'organe , c'est le sentiment de là èonsonnaaee; et ce plaisir, je Tayotte, est factice : il ressemble à l'usage de certaines odeurs qui* ne plaisent pas, qui déplaisent même à cent qui h*y sont pas accoutumés , et qui deviennent une jouissance et tm besoin par l'habitude. Il y aurait peu de bon sens à raisonner cette espèce de plaisir et à le disputer à ceux qui en jouissent : il s'agit seulement de isavoir s'il est réel et s'il est sensible; dès lors, naturel ou factice, c'est un plaisir de plus , et il ne .saurait trop y en avoir dans la nature et dans les arts.

La rime n'intéresse pas seulement l'oreille, elle soulage , elle aide la mémoire ; et si c'est un plaisir pour l'esprit de se retracer fidèlement et sans peine les idées qui lui sont chères, tout ce qui rend léger et facile ce travail de la

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réminiscence doit être un agrément de plus.

Or il est. certain que la rime donne à I4 .mémoire des signaux plus i9Ar<|uës> poar retrouver la trace des idées. Par ce.jrapport de eohsonnances , un mot en rappelle na autre ; et tel yersnous aurait échappé , qui , p^ cette CTtrénûté que Von tient encore , sera retiré de l'oubli. # .

La rime est enfin un plaisir pour Pesprit^ par la surprise qu'elle cause :,f;t Içi^ue la difficulté y heurejosement vayoïi^i^ « n'a fait que donner plus de saillie et de vivacité , plus de grâee ou d'énergiGàVexpressionetà la pensée, soit par la singxjdarilé ingé&ieuse du. mot que la rùne a fait naître , soit par le towr adroit^ et pourtant natovd, qu'elle a fait prendre à l'expression y soit par l'image nouvelle et juste qu'elle a pvësentéa à l'espicit^ la surprise qui nait de ces hasaids réservés au talent, ep. la recsherche est déguisée sous l'i^pparence de la rencontre, cette surprise mêlée de joie est un plaisir à chaque instant i^ouv^au , poux qui connait l'indocilifté de la langue et les difficultés de l'art.

Ce plaisir est d'autant plus vif, que la rime parait à la fois plus rare et plus heureusement trouvée. Dans la langue italienne , où les coa-

sonnaiices .ne so^it que trop fré(|ueiites , la W/w.e doit causer peu de surprise ; elle est si commune qu^en improvisant on laf rencôÂti^e à chaque pas ; et d^pÀ la contéxtuie dtf ters, comme dans celle de la proto , les Italiens ont plus de peiiip à jfuîr laLiime qu'a la chercher.

Elle est plus clair semée dans la langue française, grâce à là variété de nos désinences : aussi y a-t-il » s'il m*est permis' de comparer le poète au chasseiir, plus de bonheur il U dé>couvrir, et plus d'adresse à rattraper. Ce plaisir est réellement, pour fc spéétateur, semblable a celui de la chaisse ; et en suivant la comparaison, on verra ^ que dans l'une et l'autre la sagacité dans la rechercbe, l'inquiétude dans l'attente, la surprisse dans la rencontre, l'adresse et la célérité à tirer juste ' et comme à la course, sont une suite continuelle et rapide d^agréables émotions.

Un autre avantage que la même comparaison fera sentir en faveur de la rime , c'est de donner à l'esprit , à rimagination et au «entiment plus d'ardeur et d'activité , par l'aiguillon de la difficulté qui à chaque instant les presse et les anime. L'csprif humain est naturellement porté à l'indolence ; et en écrivant en prose , rien de plu§ difficile que

de^ne pas. se laisser aller à une indulgence paresseuse, et aùjc, négligences qu'elle autorise ; au lieu du moins.qu'en écrivant en vers , et en vers rimes ^ la difficulté renaissante réveille à tout moment l'attention .prête à se ralentir, et la tient, si j*ose le dire, en haleine. Tout le monde connaît les vers, de la Faye, où la gène du vers est comparée à ces canaux qui rendent les eaux jaillissantes ; serait-ii permis d'ajouter quela. re/ne, à la fin d'un vers, est comme l'extrémité plus étroite, encore du tuyau d'où les eaux jaillissent.? C'est une attention curieuse à donner à la lecture des bons poètes , que de voir combien d'images nouvelles , de tours originaux, d*£xpres$iuns de génie , de pensées qu'ils n'auraient pas eues sans la contrainte de la rime , leur ont été données par elle; et combien d'heureuses rencontres ils ont faites en la cherchant. Mais comme c'est en même temps à la difficulté de la rime et à l'aisance avec laquelle on a vaincu cette difficulté , que le plaisir de la surprise est attaché ; il suit de là que , si la rime est trop' commune , si les mots consonnans ont trop d'analogie et sont trop voisins l'un de l'autre dans la pensée , comme ^~ 'iîmple et le composé ^ comme deux» épi-

thétes < à ' peu près synonymes , la rime n'a plus son effet. De même si elle est trop singulière , tirée, de trop loin , trop péniblemekit recherchée , Teffort s'y fait sentir , et l'idée de bonheur et d'adresse s'évanouit. Boileau appelait rime de bouts rimes celle de sphinx et de sirinx.y et la reprochait à La Mo the.

L'esclave qui traîne sa chaîne ne nous cause aucune surprise : mais s'il joue avec ses liens , il nous étonne ; et encore plus si , par la grâce et la dextérité avec laquelle il en déguise et la gène et le poids , il s'en fait comme un ornement. \

■ On regarde comme un tour de force d'employer des nmej bizarres , et cela est permis dans des poëmes badins comme lé confeet répigramme*; mais dans le Vrai riea n'est plus facile,- eltrien ne serait de plus mauvais goût dans un pûclitfe sérieux. De cent personnes qui remplissent passablement des bouts rimes hétéroclites , il n'y en, a quelquefi>is pas une en état de faire quatre vers élégans. L'extrême difficulté dans l'emploi de ïa rime est de la rendre à la iois heureuse et naturelle, maniable et docile, au point qu'elle paraisse avoir obéi au poète comme le cheval d'Alexandre , que lui seul avait pu dompter. On sent que ce

mérite exclut égal«meot la rime triviale e% h rime forcée : Racine est en cela le premier iBodèle de Tart.

Observons cependant qu'à mesure qu'un poëme a, par son caractère , pins de beautés supérieures, pins de grandeur et d'intérêt, le faible mérite de la rime j deriei^t plus frivole et moins digne d'attention. I\ est encore de quelque conséquence dans la partie descriptive de répopée, où la tranquille majesté dn récit laisse apercevoir à loisir tous les agrémens accessoires du stjle ; mais dès que la passion s'empare de la scène soit dramatique, soil éptqve , Fliarmanie elle-même est à peine sensible pie vers se brise, les nombres se confondent ,• la rime frappe en vain roreiïle ; FesprLt n'en est plus occupé. De là vient que, dans plusieurs de nos bellesr/tf agédies, c'est la pai'tie la plus négligée, eT; personne encore ne s'est avisé, en sanglottant et en versant des larmes , de critiquer deux vers sublimes, pour être rimes Àiblemrnt.

Mai» dans des poésies d'un genre moins animé, moins entratnimt, dante celles qni^ faibles de pensées et dénuées de passions., tirent presque tout leur mérite de ringénieusc industrie de la parole , l'écrivain fpxi néglige

Ift rime renonce à l'un de ses grands avantages. Et quç restera-t-il de curieux et de piquant dans la construction de œs vers froids s'ils ne sont pas rimes?

Les Yersificateurs vulgaires qui négligent la rime pour ressembler en quelque chose à un grand ^oète , qui dahs la rapidité de ses compositions l'aura quelquefois négligée, sont loin d'avoiir les mêmes droits que lui de se dispenser de la règle. .On les entend parler avec dédain de cette attention à Men rimer qu'ils appelientmimitiense. Mais que n'ont-ils, comme Voltaire, vingt mille beaut^ers bien rimé^ à produire pour faire voir que, s'ils le Toulaient bieti^ ils rr/Mtfhs^it/eticovedeniè»^ 'En s'épargnant la peine d*élre corrects , les , grands écrivains se donnent des licences, les petits se donnebt des airs , et Talfectation de mépriser fe talent qu'on n'a {Tks fbt toujouisla ressQurct de k vanité impuissante.

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