‹ Elémens de littérature (volume 2)Chapitre 25 sur 37 · SATIRE · texte numérisé non relu

SATIRE

pEi9TtJRE du vice et du ridicule eu simple discours ou en action*. '

Distinguons d'abord deux espèces de satire:

l'une politique et l'autre morale ; et Tune et Tautre ou .générale , ou personnelle. •

La s€Uire politique attaque les vices du gouvernement. Rien de plus juste et de plus salutaire. dans un état démocratique ; et lors-: qu'un peuple qui se gouverne est . assez sage pour sentir lui-même qu'il peut oit se tromper; ou se laisser tromper , qu'il peut s'amollir ou se corrompre, donner dans des travers ou tomber dans des vices qui lui seraient pemi-, cieux , il fait très-bien d'autoriser des censeurs libres et sévères à lui dire ses vérités , à les lui dire publiquement, et par écrit, et sur la ^ène, à l'avertir de la décadence ou de ses lois oa de ses mœurs, à lui dénoncer ceux qui abusent de sa faiblesse ou de sa confiance , ses complaisant^ ses adulateurs, ses corrupteurs in-

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téressës , rincapacité de ses généraux ,. Finfidélité de ses juges, les rapines de ses intendans, la mauvaise foi de ses orateurs^ les folles dépenses de ses ministres^ les intrigues et les ma^ négcs de ses oppresseurs dramatiques, etc. , et<;,

Le peuple athénien est le seul qui ait eu cette sagesse. Non seulement il avait permis à la comédie, de censujrer les mœurs publiques vagueihent et en général , mais d'articuler en plein théâtre les faits réprébensibles , de nommer 'et de mettre en scène ceux qui en étaient accusés. Ce qui. n'avait été qu'un badii^age , qu'une licence de l'ivresse , sur le chariot de Thespis , devint sérieux et important sur le théâtre d'Arbtophane.

C'est une chose curieuse, de voir ce peuple aller en foule s'entendre traiter d'enfant cré-r dule ou de vieillard chagrii^ capricieux, avare, imbécile et gourmand ; s'entendre dire qu'il aime à être flatté , caressé par ses orateurs ; que ses voisins se moquent de lui en lui donnant des louanges; qu'il ne veut pas voir qu'on l'abuse, (|u'on le vole et qu'on le trahit; qu'il -Tend lui-même ses suffrages au plus offrant ', €t x]ue celui qui sait le mieux l'amadouer est ; son maître, etc.

. . On juge bien que la satire , autorisée contre

âSo ' SATIl^B.

U peuple , n'avait plus rien à ménager ; de là Faudaceavec laquelle Aristophane osa traduire en plein théâtre, d*un c6té, le peuple d*Àthènes comme un imbécile vieillard trompé et mené Dgr Cléon ; de Fautre , ce même Cléon ^ trésorier de FÉtat, comme un impudent, un voleur , un homme vilet détestable.

Athènes n'avait pas tonjovn étéanàsi ÊiciSe^ aussi patiente envers les , poètes S4ttiriques, Aristophane lui-même avoue que, {dus timide en commençant^ le sort de ses prédécesseurs les plus célèbres , tels que Magnés , Crsiittus et Cratès, lui avait fait peur, ce qui lésait entendre qu'on les avait punis pour aveir pris, trop de licence. Mab enfin le peuple wnmk senti le besoin qu'il avait d'être ëdauré, repris lui-même avee aigreur, et de donner aoarg^w en place le frein de la honte el du blkue.

Cette licence de la satire mr^ pourtant qtnA-. que restriction , et c'est, dans le caractère des Athéniens , un trait de prudence <t de dignité reinarquable ; ils voalaienl: faîc& qu'à portes oloses^ lonqu'ik étaient «fuis daaa U ville , comme vers la fin de f automne, la oottMît les traitât sans ménagemâit et les rendit nàîk' cules à leurs propres jeux ; mais ce 4}ni était permis aux fêtes 41éeiuies ne l'était paa aux

dîonysiàles » teittps auquel la YiUe d'Athènes était ronplie d'étrangers. -

li^Nreqte le goU¥ernement passa des mains du peuple dans celles d*un pelit nombre de.

eitoyens , et pencha vers l'aristocratie, l'intérêt pidilic ne tint plus 6ontr«e1'intérét de ces hommes puifisans cfuinevoukir^nt pas être eiqfmsés à la censure théâtrale. Dès lors la comédie cessa d'être une satire politique , et derint par degrés la peinture vague des mœurs.

A Rome , elle se garda, bien d'attaquer le g4»uvernemenl. Où Bromoi a-t-il pris que Plante ait quelque ressemblance arec Aristo-* , phane ? Le poiète qui ^maàl blessé l'orgueil des patriciens et qui aiCrait osé dire au peuple qu'il était la dupe.^ 1- eseki^vt; at la victime du sénat; que ^^m-ci, iengfUisse de son sang et enrichi par ses conquêtes , nageait dans l'opulence et lui refusait tout; qu'on le jouait avec des pat^boles»; qu'on l'ânorçait par de vaines promesses ; que les guerres perpétttelles.dont on l'occupait «m d^ors n'étaiimt qu'tm moyen de le distraire de ses injures et de ses mau^ d^afteslîqu^; qu'es lui faisant une nécessité d'toe sans cesse sous^les armes on lui enviait même le travail de set mains; qu'en l'appelant le maitrc du moade on lui préférait des es-*

23a SATIRE.

claTes , et que dans ce monde qu*il avait isoa- .mis , le soldat romain n'avait pas un toit où reposer sa vieillesse ^ ni le plus petit coin de terre pour le nourrir et Tinhumet : un poète enfin qui aurait osé parler commeles Gracques aurait été assommé comme eux. Il n'en fallait pas tant : le setil crime d'être populaire perdait à jamais un consul ; il pay^stit bientôt de sa tête un jnouyement de compassion pour ce peuple qu'on opprimait.

La comédie grecque du troisième kge, celle qui n'attaquait que les mœurs privées eh général y sans nommer , sans désigner personne, fut donc la seule qu'on a^it à Rome : on l'appelait pàUiata, Térence 'l'imita d'apis Ménandre, et ^laute d'après Cralînus. Mais aucun ne fut assez hardi pour imiter Aristophane , si ce n'est peut-être Névius, quï fut chassé de Rome parla faction des nobles^ sans doute pour quelque Ikence qu'il avait voulu se donner.

La satire politique aurait eu soùs les empereurs une matière encore plus ample que du temps de la république ; niais uile seule allusion à laquelle , sans y penser , un poète jdonnait lieu, ^ui coûtait la vie. Émilisui' Scmirus en fut Tesiemple sous Tibèi«. ♦ : •

SATtRE. a3>

Parmi les nations modernes , la seule qui , «niyant son génie, aurait pu permettre la seOire politique sur son théâtre., c'était la nation anglaise ; mais comme elle est toujours divisée en deux partis, il aurait fallu deux théâtres, et sur l'un et l'autre de« attaques trop violentes auraient dégénéré en discorde civile. La petite guerre des papiers publics leur a paru.dioins dangereux et^uffîsamment défensive. jf »

• Ce qui doit étorinér, c'est que dans une monarchie la ^a«z/i^. politique ait paru sur la scène. Louis »xh l'avait permise , et en effet , lorsqti'il y a dans les mœurs publiques de |Tands vices à corriger , une grande réyolu- . tion à faire, c'est un .moyen puissant dans la main du monarque que le fléau du ridicule.

Ce sage rot l'employa donc contre les vices de son siècle , sartoat contre ceux d|i clergé ; et afin que personne n'eût à s'en pIaindrc^ il s'y soumit lui-même. Utile et frappante leçon !

Mais le monarque qui , comme lui , voudrait donner cette licence, aurait à s'assurer d'abord qu'il n'y aurait à reprendre en lui qu'une économie excessive : beau défaut' dans un roi ^ quand c'est son peuple qui le jugé. .

Le caractère général de la comédie est done

' ao.

Sl34 SATÏftX.

d'àttaqaer les Tie^s éi les ndtcnle» ^ sibstraction ialiedes personnes ; et en eela elle difi€>re de la saura. Mais c&qui tedioûlglie^eore, c'est leur manière de procéder eontve l» vil» qu'elics attaquent. Châfipie lif^e^ dans Aristophane , est une inM^te ou tine allttâon; et ce n*est pas ainsi qnef doit invuetiver la rér, ritable eomédie : elle met enseène et en situation le' carae^e qii^elfte ,<vfliit pei«4fe » le fait agir comme il agirait, et lui feit pilrier son langage; alors c'est le vicei^rsiinfi^ , qui de Itûnnénie sf^ rend nMf«saMe efi ritîUe. Tel fut le comiqne^dte Ménaindre , et te) est celui de Molière, »t«plianeîle (m^ ffi«mkt ainsi^ m»s Kwijonrs en poète jtftf«^e, ej non pas «n poète «oniqoe r car l'tm di£Bàre encore de ?autlr« par rindi-vâdnaiité <]« ta généri^itédn ciaractàre qu'il «i^â& Tni^teiro en ridieule'ttn ti^ hanmv^ Obob^ jUoaaehn», Dëmot^èiie , Eittipidé> ce n^est paa aomiioser, c'est oopiev un ei&ractère* La tomédio^ myente, et la ^aiiîmperionii^e eonlveftil en exagérant : ^original de bi comédie est ks Tice; l'original de la ^a6>v pefsannelLe est tel homme Tieîeux : twit homme atteint du même vice peut se seoonnalt^e'dmis le tableau comique; eldans le portrait satirique un seul

honiinie se reoontiait : l'Avare de Molière ne rcJBsemble précisément à auçua avare ;- le Cprro^reurid'Avistopliane ne peut ressembler qa'àCléon»

La siairf générale fifefr mcBHfS ae ra]^[M>oche plus de la,09mé^; m9Às> M j^ cette|diilé> reiKce t^e.j*àt .dtfjà^ewar(|DLée. : k^ poète ^, dans'rmte^' pei»cl, ecmifoe Jnvénal et Horace , le modèle id^ial présent à sa fien^, et en.

expose le tableau ; le peète , .dans, ratilre ^^ perBonnifie mm ori|[Hial, et r^v,oi« sur le tbéàtre.s'imnon/der, se peindre loinaiéme :

Horace dit ee que fak Tavare ; . Piaule et Molière ditfge&t Tai^are de noua apprendre ce qu'il fait.' .

• Dansla ^«izn&persQnlttlk , le pr emier dses hommes est sans contredit Adbta|lbiaa& :

farceur wapudent , gPosÀksr e4 bas ^ il est vékémeiKt , fort, èaergtqœ ', r^B]^ d'un sel âere et mordtet, d^une fécondité vd!vnevaiâété , d'une rapidité incQnceiPttble d^pas» les traits ijULil dëcoebe de toute main; et si ,. avec TaTen- de sa république, il n'eôs attaqué que la manwse foi ; riasolance , . l'avidité , les rapines des geas en place , leurs iufidéUtés^ leurs Iftdtts trahisons el Tavettgle ùcililé du peuple à se laisser conduire par dé» usions

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